Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewEurope 1 — L'interview politique du week-end· 23 novembre 2025 10 min

L'objectif est de transformer la ville avec tous les leviers qui existent et redonner le pouvoir aux citoyens» affirme l'eurodéputée Manon Aubry

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Europe 1 Matin Week-end, 6h-9h, Alexis Delafléchère. Et à 8h13 sur Europe 1, vous recevez maintenant Alexis Manon Aubry, eurodéputé de la France Insoumise, en direct sur Europe 1.

0:12
Manon Aubry

Bonjour Manon Aubry.

0:14
Présentateur

Bonjour.

0:14
Manon Aubry

Merci d'avoir accepté l'invitation d'Europe 1 Matin Week-end. La France Insoumise lance aujourd'hui au doc d'Aubervilliers à Saint-Denis sa campagne pour les municipales campagnes offensives. 500 communes ciblées, y compris des villes déjà tenues par la gauche. À Paris, par exemple, vous assumez un bras de fer face à l'écologiste David Béliard, au communiste Yann Brossat. Vous présentez donc face à eux, Sophia Chiquirou, qui dit même « Il ne faut pas qu'un socialiste soit maire de Paris ». Pourquoi Manon Aubry cette charge contre l'EPS ?

0:44
Présentateur

Bon d'abord, si on se présente aux élections municipales, c'est pour changer la vie des gens. C'est la gratuité des cantines scolaires alors qu'on a un enfant sur cinq qui va à l'école de ventre vide. C'est le gel des loyers HLM. C'est une brigade du droit au logement dans des villes où Airbnb remplace petit à petit nos centres-villes, où des logements sont insalubres. C'est des centres de santé contre des déserts médicaux. Je vous donne ces exemples volontairement parce que le but, c'est de transformer la vie.

Et il est normal, quand on a une formation politique, qu'on puisse se présenter à des élections municipales, défendre ce programme, ce programme qui n'a pas été réalisé, y compris par des mairies socialistes. Et puis, vous savez, ma liste aux européennes, elle est arrivée en tête dans de nombreuses villes aux européennes. Je pense à Strasbourg, à Lille, à Montpellier. Et dans toutes ces villes-là, si on arrive en tête aux municipales et qu'on reproduit le même score, alors on se tournera vers les autres listes de gauche. Et en tout cas, de ce point de vue-là, nous, nous sommes clairs. Je constate que le Parti Socialiste ne l'est pas autant.

Mais il est normal qu'on puisse se présenter à des élections.

1:56
Manon Aubry

Si je vous dis ça, Manon Aubry, c'est parce qu'on a eu aussi sur notre antenne Yann Brossat du Parti Communiste qui nous disait « Vous inquiétez pas, on sera unis, on trouvera un candidat commun à Paris, par exemple. La gauche sera finalement unie. » Mais c'est vrai que si trois candidats de gauche se présentent, il y a un risque finalement que la gauche ne passe pas. C'était ça aussi sur la notion que je voulais vous faire réagir.

2:18
Présentateur

Non, peut-être pour clarifier pour vos auditeurs sur la manière dont fonctionnent des élections municipales, c'est assez différent d'élections présidentielles ou d'élections législatives, où c'est seulement les deux premiers qui vont au second tour. Là, pour des élections municipales, toute liste qui fait plus de 10% est qualifiée au second tour. Donc, il y aura plein de second tours. Vous aurez deux listes, trois listes, parfois même jusqu'à quatre listes. Et en ce qui nous concerne, en tout cas, partout où nous serons en tête au premier tour, ou au moins en tête de la gauche, nous proposerons une fusion pour le second tour, justement pour se permettre de l'emporter.

2:54
Manon Aubry

Alors justement, combien de villes dans lesquelles vous espérez vous imposer et faire ces fameux 10% ?

3:02
Présentateur

C'est difficile à dire par définition. Et par défaut, quand vous partez pour une élection, quel que soit le scénario, vous voulez faire le meilleur score possible et c'est normal. Ce que je peux vous dire, c'est qu'on sera présents avec une liste de la France insoumise dans à peu près 75% des communes de plus de 30 000 habitants, qu'il y a de nombreuses villes, où je vous le disais à l'instant, où on est arrivé en tête aux élections européennes. Donc on peut espérer reproduire le même score et arriver en tête aussi aux élections municipales au premier tour.

Et dans tous les cas, l'objectif, comme je le disais, ce n'est pas arriver en tête pour arriver en tête, c'est transformer la ville avec tous les leviers qui existent au niveau municipal, redonner le pouvoir aux citoyens avec aussi des référendums d'initiatives citoyennes, parce que quand on est un citoyen dans une ville...

3:54
Manon Aubry

Je me permets juste de vous interrompre sur toutes les mesures que vous nous citez ce matin. C'est ce que vous nous dites très clairement, en fait, que ni le Parti Socialiste ni le Parti Communiste sont capables de mettre en place ce type de mesures. D'ailleurs, vous n'avez pas répondu sur la charge contre le Parti Socialiste. Sophia Chikirou, qui, je le rappelle, a dit qu'il ne faut pas qu'un socialiste soit maire de Paris.

4:15
Présentateur

Elle a dit que que ce soit un socialiste ou quelqu'un de droite, elle essaiera de faire mieux. Elle essaiera de faire mieux. Vous savez, le Parti Socialiste...

4:24
Manon Aubry

Non mais c'est important parce que votre programme est donc bien différent de celui du Parti Socialiste et des écologistes.

4:29
Présentateur

D'abord, sur la méthode, le PS, le Parti Socialiste, a annoncé qu'il ne voulait pas de la France Insoumise ni au premier, ni au second tour. Et on ne peut pas être le seul parti à ne pas pouvoir se présenter, première chose. Et sur le fond, oui, si je vous reprends, de la gratuité des cantines scolaires, au gel des loyers HLM, en passant par des centres municipaux de santé contre les déserts médicaux ou les référendums d'initiatives citoyennes, tous ces éléments-là n'ont pas été mis en œuvre par des mairies socialistes. Parfois, certains de ces éléments ont été mis en place. Mais donc, si on se présente, c'est d'abord pour des éléments de fond, pour transformer la vie des gens au quotidien.

Ce n'est pas imposer nos idées, c'est la démocratie, les gens choisissent. Mais tous ceux qui sont d'accord avec ces propositions, oui, j'espère d'abord qu'ils vont se mobiliser. Vous savez, le premier enjeu pour ces élections municipales, c'est d'abord un enjeu de mobilisation. Et j'appelle d'ailleurs tous ceux qui nous écoutent à vérifier qu'ils sont bien inscrits sur les listes électorales, parce qu'on a 10 millions dans notre pays qui sont...

5:29
Manon Aubry

Exactement, et on peut encore s'inscrire. Je voulais vous faire réagir aussi, Manon Brice, bien sûr, sur ce qui se passe à Marseille et le narcotrafic. Vous avez évidemment suivi avec attention cette marche blanche hier en hommage à Mehdi Kessassi. Que faire, par exemple, sur cette ville, Marseille, où vous présentez Sébastien Delogu pour faire reculer le narcotrafic qui pourrit littéralement la vie des gens sur place ?

5:55
Présentateur

D'abord, hier, c'était un grand moment d'émotion et de dignité pour toute la famille Kessassi, qui est endeuillée une deuxième fois. Mais comme l'a dit très bien Amine Kessassi, le frère de Mehdi Kessassi, on ne peut pas tuer tout un peuple. Et c'est la raison pour laquelle la mobilisation, elle doit être nationale, elle doit être la plus large possible, parce que l'objectif de ceux qui ont assassiné Mehdi Kessassi, c'est de terroriser, de faire taire. Mais si, en face, la mobilisation, elle est large, forcément, les assassins, les terroristes, j'ai envie de les appeler comme ça, ne peuvent pas terroriser tout un peuple.

6:38
Manon Aubry

C'est ce qu'a dit Gérald Darmanin également. Mais quelle est la stratégie de la France insoumise pour justement... Est-ce que c'est par exemple, on a entendu le maire de Béziers qui dit par exemple que potentiellement il pourrait y avoir une police municipale spécialisée dans les stupes. Quelle est la stratégie de la France insoumise pour faire reculer les narcotrafiquants ?

6:55
Présentateur

Je pense qu'il faut une réponse globale de l'État contre la criminalité organisée. Ça part, un, du niveau de l'enquête. Pour cibler les têtes de réseau, pour démanteler ces réseaux, il faut renforcer les moyens d'enquête, le renseigne humain en humain, la filature. Pour ça, il faut le recrutement de 5000 policiers en police judiciaire qui sont des policiers spécialisés sur ces questions-là. Première chose. Deuxième chose, il faut un contrôle technique, concret et physique. Quand on sait qu'il y a un conteneur sur 5000 en moyenne qui est contrôlé, notamment au port du Havre qui est une des portes d'entrée, évidemment, vous avez de la drogue qui entre et qui entre très largement.

Donc, il faut le recrutement de 17 000 douaniers. C'est le nombre qui est nécessaire pour arriver au même nombre que de douaniers en Allemagne.

7:42
Manon Aubry

Faut-il instaurer un état d'urgence, par exemple ?

7:45
Présentateur

Je ne crois pas qu'un état d'urgence est ce qui va répondre concrètement à la fois aux moyens d'enquête que j'évoque, aussi à la nécessité de taper au portefeuille les trafiquants. Dans ces réseaux de drogue, vous avez aussi la possibilité de bénéficier de paradis fiscaux, de réseaux opaques qui permettent de blanchir cet argent et qui est la fin un petit peu de ce cycle que j'évoque et qu'il faut là aussi tarir. Et donc, ça veut dire ne pas permettre à ces réseaux de blanchir de l'argent et donc lutter contre l'opacité des paradis fiscaux. Et dernier élément, et qui peut être le premier, c'est la prévention avec la police de proximité.

La police a disparu, c'est la police du quotidien, c'est la police qui permet de prévenir et qui là aussi a disparu ces dernières années.

8:40
Manon Aubry

Encore faut-il qu'il puisse pouvoir, qu'il puisse rentrer dans ces quartiers. Je veux un mot également, Manon Aubry, sur le chef d'état-major des armées, le général Fabien Mandon, qui a déclaré au Congrès des maires que la France doit accepter de perdre ses enfants. Comment avez-vous vécu ces propos du général ?

8:57
Présentateur

C'est un discours qui est va-t'en guerre. Moi, je n'ai pas envie que notre pays perde des enfants, abandonne des enfants. Et je pense qu'un chef d'état-major ne devrait pas dire ça. Je rappelle que l'autorité militaire dans notre pays est subordonnée à l'autorité politique. Donc le chef d'état-major, soit il a pris la parole de manière autonome et inconsciente, soit il est missionné par le président de la République et c'est encore plus grave. Mais dans tous les cas, c'est problématique.

Et dans tous les cas, si le président de la République décide d'envoyer nos enfants à la guerre et à la mort, je pense qu'il doit en payer la responsabilité et qu'à tout le moins, il faut un débat démocratique. Et en ce qui nous concerne, on refusera non seulement ce discours, mais cette stratégie va-t'en guerre qui consiste à sacrifier une génération entière.

9:48
Manon Aubry

Merci beaucoup Manon Aubry d'avoir balayé avec nous l'actualité. Je rappelle que vous êtes eurodéputé La France Insoumise. La France Insoumise