Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLe Média — Podcasts· 21 avril 2023 12 min

Macron face à la colère du peuple : les casseroles, ennemies de la République ?

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Emmanuel Macron

Emmanuel Macron, lui aussi, tente d'apaiser, mais il a quand même quelques difficultés. On le voit bien quand il était en déplacement sur le terrain. Par exemple, le 18 avril dernier, il était à Müttersholtz, en Alsace, pour visiter l'entreprise Matisse, qui construit des charpointes pour les JO. Et à l'appel de l'intersyndicale et de plusieurs collectifs de la région, une foule a rejoint la ville des Neveurs pour exprimer son opposition à Emmanuel Macron et à sa réforme des retraites, munie de casseroles, percussions et sifflets. Les habitants lui ont réservé un mémorable accueil. Les Français nous régalent, il faut dire la vérité.

2:11
Invité

C'est plaisant pour ceux qui sont mobilisés de voir ces scènes-là, parce que justement, quand je te disais, le mouvement passe à une course de fond. La question, c'est donc une question difficile qui est posée. Un, il n'y a plus de voies institutionnelles, de mécanismes et de portes de sortie institutionnelles. A priori, il y aura peut-être cette nouvelle décision sur le RIP, mais c'est une situation qui oblige le camp mobilisé à réfléchir à comment répondre. Parce que quand vous n'avez pas de porte de sortie ou de voie facile pour pouvoir changer la séquence, vous vous opposez face à l'État, à un gouvernement qui est complètement fermé sur sa décision.

Et là, la transformation de l'épreuve du rapport de force avec la bataille sur les chiffres, de nombre de mobilisés, sur le nombre de grévistes et de blocages économiques, elle se déporte en partie avec ces apparitions constantes de la mise en ridicule du pouvoir. Ou en tout cas, la mise de sa contestation est partout, dans les plus petits endroits. On avait dit, dans ce mouvement, il y a quand même énormément de mobilisation dans des petites villes, des villes moyennes, et les cortèges sont assez remplis. Et là, il vient dans des villages, aujourd'hui rebelotes.

Donc non, effectivement, ça donne vraiment une illustration de la rupture de banques qu'il y a entre le président de la République et une partie des Français qui est quand même extrêmement majoritaire. D'autant plus qu'on a connu des mouvements sociaux qui ont été durs, qui ont duré, et qui ont fini ce qu'on appelle le pourrissement, avec un peu des rapports où ça pète à deux, trois endroits, et puis ça s'arrête. Là, la question, c'est qu'on ne sait vraiment pas quand est-ce que ça risque de s'essouffler. Et le fait d'avoir calé des dates de mobilisation, notamment le 1er mai unitaire, bon ben voilà, on peut maintenir l'effort. C'est, à mon avis, intéressant.

3:49
Emmanuel Macron

Tu as dû le voir, Paul, lors de cette visite dans cette usine en Alsace. Les énergéticiens de la CGT ont mis Macron en blackout, et ils l'ont fait d'ailleurs dans l'Hero, on le verra plus tard. Et dans un communiqué, le collectif alsacien, on ne crèvera pas au boulot, qui réunit ces syndicats, des politiques, des citoyens, rappelle que notre arme, c'est la lutte. Nous continuerons jusqu'à l'abandon de la réforme ou à l'extinction de la flamme olympique. Rappelons partout, rappelons tout le temps à Macron, à ses ministres, aux élèves renaissances, que sans retrait, pas de JO. Et donc, il conclut ce communiqué par cette petite phrase assez rigolote.

L'Alsace passe désormais la casserole olympique à l'Hero. Et effectivement, l'appel a été entendu à Ganges, donc dans l'Hero. Emmanuel Macron était en visite dans un établissement. Le courant a été coupé, ce qui a obligé le chef de l'État à faire son discours dans une cour de récréation, aux côtés notamment de deux enfants qui semblaient ravis, comme on peut le voir sur ces images. Et pour l'occasion, les casseroles ont été interdites. Un arrêté a été pris par la préfecture pour interdire tout dispositif sonore portatif.

4:56
Auditeur

Il faudra les enlever, madame. Pourquoi on va enlever les casseroles, s'il vous plaît ? On est sur un arrêté préfectoral. Sur un arrêté préfectoral, est-ce que je pourrais lire un document, s'il vous plaît ? Non, je vous ai demandé un papier. On a l'arrêté préfectoral. Vous allez le lire, vous le mettez-vous là. À quel moment on n'a pas le droit de parler de casserole, en fait ? Putain, mais c'est dingue, quoi. On la pose là, mais on va aller en chercher. Là, je ne sais pas mon sopalin, ma boîte de conserve. On va te faire foutre, il nous prend tout, n'importe quoi. Non, mais la boîte de conserve, tu peux la prendre, c'est pas interdit ? Non, non, si, si, on n'est pas la boîte de conserve.

Comment vous ? Allez-y, madame, posez la boîte. Ne cherchez pas. Allez. Bonne journée. Ok, mouton, et on y va. C'est l'abération complète, tout le fric est foutu pour ça. S'il était tranquille, je pense qu'on ne prendrait pas autant de plus. On ne peut pas poser les gamelles, c'est ça ? On ne peut pas prendre les gamelles ? Par arrêté préfectoral, il est interdit d'avoir une casserole.

6:01
Emmanuel Macron

Nous aussi, on rigole bien. Une interdiction qui a été largement moquée par l'opposition, notamment par toi, Paul. Mais en même temps, ce n'est pas la faute d'Emmanuel Macron. Lui, il est ouvert au dialogue.

6:11
Invité

C'est le moment qu'on vit, ça ne doit pas nous empêcher d'avancer. C'est ce que je disais, on a des tas de défis. Ce n'est pas les casseroles qui feront avancer la France. Il y a des gens qui ne sont pas contents, il y a des gens qui sont plus calmes, il y a des gens qui sont contents, donc il faut de tout. Et c'est normal que la colère s'exprime, mais il faut continuer à avancer. Monsieur le Président, vous avez dit que vous étiez prêt à aller échanger avec ces manifestants ? Si ils sont prêts à échanger, j'ai dit. Si les gens sont prêts à échanger. Si les gens sont juste prêts à acheter des choses, pour faire du bruit, ça ne vaut pas la peine.

6:39
Emmanuel Macron

Bon, cette séquence, elle t'a fait beaucoup rire. Tu l'as commentée sur Twitter.

6:44
Invité

Oui, mais en fait, festival. Festival de petites phrases. On avait l'habitude. On se dit, le pays est tendu. Que font les conseillers en communication ? Typiquement, déjà, les enfants qui font la tête derrière. Là, on a un niveau à rattraper sur les dictatures. En Corée du Nord, les enfants sourient au moins sur les vidéos. Là, on a une mise en scène pathétique, où on alterne une phrase très méprisante et une phrase qui est dite de façon négligée, mais qui est aussi très méprisante. Oui, enfin, si ces manifestants veulent échanger, c'est-à-dire, s'ils savent parler et pas baragouiner, peut-être que je veux bien aller les rencontrer. C'était vraiment le fait du prince.

Et en même temps, tout se ridicule sur l'interdiction des casseroles. Voilà. Je pense que c'est ça qui provoque la magnifique organisation, ce relais de la casserole olympique entre collectifs. Mais c'est fou. Ça veut dire qu'on a besoin de peu pour que très vite, les gens se mettent en contact et pour pouvoir renouveler cette espèce de défi au pouvoir. Et en même temps, le ridicule vient du fait que Macron a arrêté de gouverner. Il règne. Et comme le dit magnifiquement Saint-Just au procès du roi Louis XVI, il dit qu'on ne peut pas régner innocemment. La folie, on est trop édidente. Tourois est un rebelle et un usurpateur. La folie, on est trop édidente.

Bien sûr, alors là, ils ont dit non, mais nous, on n'a pas dit d'interdire les casseroles. C'est les policiers qui ont fait du zèle. Donc, ils mettent la faute sur les gendarmes. Mais enfin, le fait que des gendarmes puissent penser qu'il faille interpréter un arrêté dans le fait de confisquer des casseroles en fermant et en bouclant des villages parce qu'il y a le président de la République, où on est, en fait ? C'est une folie.

8:22
Emmanuel Macron

Un arrêté qui se fonde dans la scie juridique de cet arrêté-là, apparemment, il semblerait que ce soit une loi antiterroriste.

8:28
Invité

Oui, a priori, c'est la loi d'octobre 2017 dite sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, c'est six lettres, on l'appelle, qui, effectivement, permet que dans des espaces, dans des lieux, on puisse provoquer, en fait, des fouilles systématiques, etc. En tout cas, c'est une loi dite scélérate.

J'aimais bien, c'est l'avocat, notamment Raphaël Kempf, qui a écrit un petit bouquin là-dessus que je conseille, qui dit, voilà, ce sont des lois qui sont toujours faites dans le coup de l'émotion, en réaction à un événement, dans le but d'augmenter, généralement, les pouvoirs de répression de l'État ou du pouvoir administratif sur le pouvoir judiciaire, la décision des juges, etc., et qui doivent s'appliquer pour contrer un émis particulier et finiront, de toute manière, à s'appliquer dans l'ensemble, à l'ensemble de la population. Et, en fait, cette loi-là, c'était la loi qui retranscrivait l'état d'urgence dans les droits communs.

Donc, effectivement, là, on a aujourd'hui de nouveau un arsenal immense qui est déployé avec, des fois, aussi, le caractère illégal de sa pratique. On a eu des dépôts par la préfecture de Paris d'interdiction de manifestation de façon massive qui ont été battus en justice par, je crois, il y a le syndicat des avocats de France et le syndicat de la magistrature, je ne sais plus qui a mené les procédures. Donc, vous voyez, il y a des arsenals qui sont complètement légaux et que le pouvoir confond avec légitimes et qu'ils utilisent en permanence.

Des fois, il y a des expérimentations de durcissement sécuritaire pour empêcher, et c'est ce qu'on disait tout à l'heure, la bataille, elle se fait entre ordre public, une vision très extensive qui veut venir tout justifier, et de l'autre côté, les droits. Et c'est ça qu'il faut, à mon avis, dans la paix, retenir, c'est qu'encore une fois, les droits, quand ils sont déclarés, il manque quelque chose pour qu'ils vivent pleinement. Et pour leur juste application, qui viennent remettre en cause un peu plus que des rapports de force électoraux ou des rapports de force entre options politiques.

C'est le fonctionnement même des institutions, et même au-delà des institutions, des répartitions qu'il existe dans les richesses ou ailleurs. Quand je dis ça, c'est pour donner un exemple. Le droit à l'avortement, c'est très bien. L'opposition a proposé, par exemple, de le mettre dans la Constitution, de le sacraliser quelque part par cet acte-là. Mais si vous avez des cliniques qui pratiquent l'avortement, qui sont fermées parce qu'il y a de l'austérité budgétaire, si vous avez une pénurie de médicaments parce que vous êtes dépendant de l'étranger pour pouvoir produire les pilules abortives, vous avez le droit d'avorter, mais si vous ne pouvez pas, c'est un droit creux.

Et c'est tout l'enjeu, à mon avis, des combats qui sont menés, que ce soit celui sur la retraite ou autre, de dire, bon, d'accord, on s'oppose à des réformes, mais derrière, il faut développer un récit. Et là, le récit, il est évident, c'est la folie d'un homme seul, isolé contre le peuple ne peut pas permettre d'avenir satisfaisant pour l'ensemble des intérêts qui sont ceux des citoyens français.

11:13
Présentateur

Chers auditeurs du Média, vous aimez nous écouter ? Vous êtes la garantie de notre liberté et de notre indépendance et nous avons besoin de vous pour continuer. Devenez sociaux et abonnez-vous sur lemediatv.fr slash soutien. Dès maintenant, pour tout nouvel abonnement au Média, le premier mois est reversé à une caisse de grève. Grâce à vous, on bloque tout.

Macron face à la colère du peuple : les casseroles, ennemies de la République ? — Emmanuel Macron · Pourquijevote