Pourquoi la nudité est-elle taboue ?
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Bienvenue dans le débat de midi sur France Inter 13, heureuse de vous retrouver. Aujourd'hui, nous sommes dans le pire cauchemar de tous les Français. Nous avançons dans le hall du bureau, à peine arrivés, les gloussements se font entendre, les collègues se pincent, des rires démoniaques résonnent. Alors pourquoi tous ces regards ? Nous réalisons que nous sommes venus travailler tout nu, sans bouclier social et quelle humiliation. Ce rêve, c'est la pire antise de tous les Français et cela interroge. Pourquoi avons-nous si peur de notre nudité ? Le philosophe Jacques Derrida raconte un jour avoir croisé son chat à poil et ressenti de la honte, et même la honte d'avoir honte.
A une époque où l'intime se dévoile sans pudeur sur les écrans de nos téléphones, le corps nu, dans sa plus simple expression, continue de choquer, d'être censuré sur les réseaux sociaux. Comment expliquer cette pudeur ? Sommes-nous devenus puritains au point de ne plus faire de topless cet été ? Faut-il réapprendre à vivre nu pour être ensemble ? On en débat jusqu'à 13h sur France Inter.
Paola Puerhari. Le débat de midi sur France Inter.
Et pour ce débat sur le tabou de notre plus simple appareil, j'accueille dans ce studio une philosophe. Bonjour Margot Casson. Bonjour. Vous êtes l'auteur d'un essai paru chez Grasset, « Vivre nu » où vous déshabillez les clichés sur le naturisme, convoquant vos souvenirs d'enfance, déshabillés dans des clubs de vacances naturistes. Bonjour également à une autre militante du corps libre. Bonjour Amal Taïr. Bonjour. Vous êtes sexologue, activiste féministe, très présente sur les réseaux sociaux. À cette table également Éric Fiat, qui a signé un remarquable essai chez Plon, éloge de la pudeur. Bonjour. Bonjour. Et Sophie Fontanel, journaliste pour elle. Bonjour. Vous êtes en duplex avec nous.
Je suis journaliste à l'Obs. Vous êtes journaliste à l'Obs, pardon, avec nous depuis la Normandie. Vous êtes l'auteur de « Capital Douceur » aux éditions Segers, dans lequel vous racontez votre expérience du naturisme sur l'île du Levant, à la conquête de votre nudité. Pardon pour elle, c'est vrai que vous avez passé des années dans ce magazine. Et si vous aussi, vous vous sentez libre, tout nu, au contraire que vous êtes bien dans textile, et bien, chers auditeurs, participez sur l'application France Inter. Enregistrez vos témoignages et, s'il vous plaît, n'attendez pas la fin de l'émission.
Margot Cassant, vous ouvrez votre livre avec un sein nu, celui du symbole de la France Marianne, et vous dites qu'il porte tout le paradoxe de la société française.
Oui, le paradoxe de la société française, c'est qu'on a du mal à trouver une troisième voie entre l'hypersexualisation des corps et une forme de pudibonderie. Et en fait, on fait cette distinction, on force l'abîme entre pudibonderie et hypersexualisation, alors que je pense qu'au contraire, ce sont deux faces d'une même pièce, parce qu'il faut avoir une forme d'obsession pour la sexualité, et mettre de la sexualité partout dans le corps pour être impurite.
On avait dit que Marianne, à un moment donné, c'était le symbole de la femme libre, que son sein allait nourrir la France. Ça, pour vous, c'était le symbole de la France ?
Justement, c'est bien la preuve que quand les femmes sont un symbole, on arrive à les mettre nues, mais quand elles sont juste des femmes en chair et en os, on a du mal à les imaginer nues, ce qui pose problème.
Oui, parce qu'on se souvient qu'en 2020, des gendarmes avaient demandé à une femme qui bronzait nue dans un parc, en tout cas les seins nus, de se rhabiller, parce que c'était de l'exhibition sexuelle.
Oui, mais ce qui pose question, c'est pourquoi est-ce que, par exemple, dans l'histoire de l'art, quand on voit une femme nue, on imagine la muse, la déesse, qu'on l'associe, la nudité à une forme d'absolu, et que quand c'est juste une femme sur la plage, là, tout de suite, c'est curieux, suspect, ambiguë, forcément avec une intention sexuelle. C'est cette même différence entre le symbole de Marianne et la vraie femme qu'il y a entre la femme de l'histoire de l'art et la femme de la vie de tous les jours. Éric Fiat, comment est-ce que vous expliquez cette ambivalence,
aujourd'hui, de la société française ?
Alors, je crois, en effet, comme Margot, que notre époque est très ambivalente. Elle est à la fois très puritaine et très obscène. Très puritaine en ceci qu'elle veut parfois cacher ce que l'on pourrait montrer, mais très obscène parce qu'elle veut parfois montrer ce que l'on pourrait cacher. Je crois, comme Margot, qu'il y a une solidarité entre ces deux choses qu'on pourrait croire a priori très opposées, le puritanisme et l'obscénité. Il me semble que dans les deux cas, il y a quelque chose comme un refus du désir. Il me semble, en effet, que ce qui est commun aux puritains et aux obscènes, c'est qu'ils n'aiment pas le désir.
Alors, le puritain, bien sûr, n'aime pas le désir, mais l'obscène aussi parce que je crois que le désir a besoin de pudeur, de mystère, d'ombre. Peut-être que le désir, en effet, doit être distingué de la pulsion en ceci que la pulsion veut se réaliser tout de suite, alors que le désir aime bien l'attente. Par conséquent, un corps qui n'est ni complètement montré, le corps obscène, ni complètement caché, un corps puritain, est peut-être le plus désirable des corps. Le désir, vous parliez de Derrida tout à l'heure, le désir, c'est l'attente de ce qui n'attend pas. C'est du lourd, midi sur France Inter. Il faut peut-être expliquer un peu cette formule. Mais qu'est-ce que ça veut dire ?
Ça veut dire que quand on désire un corps, à la fois, on ne peut pas attendre, il nous le faut, et en même temps, on est très heureux de l'attendre. Paul Valéry a écrit sur le désir un poème magnifique qui montre que l'on a besoin de l'attente, du mystère pour désirer. C'est un poème sur le baiser. Si tu prépares à l'habitant de tes pensées la nourriture d'un baiser, ne hâte pas ce geste tendre. Plaisir d'être et de n'être pas, car j'ai vécu de vous attendre et mon cœur n'était que vos pas. Là aussi, c'est du lourd comme poésie, mais ça veut dire qu'attendre le moment où l'autre va se mettre nu, c'est quelque chose d'absolument délicieux.
Et ça, on ne l'a pas si on est puritain, parce qu'on n'est jamais nu. Et on ne l'a pas si on est obscène, parce qu'on est tout de suite nu.
Alors, mais est-ce qu'il ne peut pas y avoir aussi des corps nus dénués de désir ? À l'époque, par exemple, dans les années 68, il y a eu la révolution sexuelle. Et Sophie Fontanel, vous racontez que c'est un moment donné où les femmes se sont un peu libérées et il leur arrivait très souvent de se mettre topless sur la plage, les seins nus.
Moi, je suis née en 1962, donc j'appartiens à une génération. Toutes les femmes qui sont nées dans ces années-là vont se reconnaître, où on n'achetait même pas de hauts de maillot. On allait dans des paniers où on ne prenait que le bas du maillot. Et on vivait seins nus. Les seins poussaient. Sans ce moment où on se dit je vais cacher, en fait. On était comme ça jusqu'à avoir des... Pour celles qui avaient de la poitrine, vraiment des grosses pommes. Et il n'y avait pas de soucis. Je me souviens de mes parents me demandant quand même à table de peut-être mettre quelque chose. parce que moi, j'allais carrément déjeuner seins nus. C'était sur la côte d'Azur. J'ai vécu...
Alors, est-ce qu'il y avait à la fois une notion de désir, parce que j'étais très contente de ce qui se passait avec mon anatomie, et à la fois, il y avait les deux. Il y avait aussi ce qui, après, a été très important dans ma vie, c'est-à-dire juste la liberté d'être nue sans justement se soucier du désir.
C'est-à-dire liberté, égalité, nudité. Mais alors, on a des chiffres, et aujourd'hui, il y a de moins en moins de Françaises qui se mettent les seins nus. Elles étaient 16% en 2021 contre 43% en 1984. Comment est-ce que vous expliquez que les Françaises se rhabillent ?
C'est quelque chose de mécanique. C'est-à-dire que moi, je me suis retrouvée sur la plage des Catalans à Marseille. Bon, seins nus, puisque je ne sais pas, il y a cinq ans de ça, j'étais seins nus, puisque je n'avais pas de haut de maillot, en fait. Donc, j'ai tout de suite vu que ça n'allait pas. J'ai mis mon débardeur, parce qu'en fait, il y avait des regards. Alors, les regards n'étaient pas agressifs, je dois dire. Ils étaient juste interloqués. Et je voyais bien que personne n'était habitué. En fait, vous savez, tout ça, c'est des histoires de référents et d'habitude.
Si vous n'êtes pas habitués à avoir des gens qui vont se baigner seins nus en sentant que c'est tout à fait naturel, ça vous paraît complètement... Les gens étaient ahuris, en fait. Et par... Je n'ai pas envie de dire par respect, parce que ça me gêne de dire ça, parce que moi, je trouve que ce n'est pas irrespectueux d'être seins nus. Mais disons, pour ne pas mettre cette plage, pour ne pas susciter trop de conversations, j'ai mis un débardeur, mais j'ai trouvé que c'était triste d'avoir à le faire. D'autant qu'à l'endroit à côté, après, il y a un endroit privé qui s'appelle le Cercle des Nageurs. Là, vous pouvez être seins nus sans problème, parce que cette culture existe encore là-bas.
C'est vrai qu'on voit bien
que dans la société, il y a un peu deux poids, deux pudeurs. Alors, Amal Tahir, aujourd'hui, dans la société, tous les hommes et toutes les femmes, d'ailleurs aussi, ont un téléphone portable. L'image des femmes peut être rapidement capturée. Est-ce que vous pensez que c'est ça qui fait qu'aujourd'hui, on se couvre un peu plus, qu'on ait moins d'insouciance ?
Alors, je pense qu'il est important de partir du schéma corporel et de se rendre compte qu'en effet, il y a aussi une montée des réseaux sociaux. Il y a bien sûr la notion que vous vous dites d'être prise en photo, d'être, comme on dit, affichée, donc que tout le monde puisse nous voir. Mais il y a aussi cette comparaison de son corps. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, malgré le fait qu'aujourd'hui, on aborde de plus en plus la confiance en soi, les corps sont différents, il reste quand même la montée des réseaux sociaux et de cette perfection inatteignable. Donc, ça veut dire qu'il y a de plus en plus aussi des personnes qui voient le maillot de bain comme un vrai challenge.
Donc aussi, il y a cette peur de se dire, je vais me mettre nue et je vais être jugée aujourd'hui. Je pense qu'il y a quelques années, il y avait peut-être moins aussi ce jugement-là. On le voit aussi dans l'art, dans l'histoire. Les femmes étaient rondes, pulpeuses, elles avaient du ventre, des seins, les seins qui tombaient et ça ne posait pas problème. C'était artistique, c'était une mélodie. En fait, finalement, ce corps racontait une histoire. Alors qu'aujourd'hui, on ne raconte plus d'histoires vraiment avec nos corps, mais est-ce qu'on est assez bien ou pas ? C'est plutôt ça aussi. Il y a un genre de diktat, en fait. Exactement, oui. Je pense qu'en effet, ça joue énormément.
Et alors là,
le gouvernement vient de mettre en place une nouvelle application qui s'appelle Safer. En gros, quand une femme se fait harceler en maillot de bain sur la plage, elle peut cliquer sur un bouton d'appel et un garde-plage vient la secourir. C'est nécessaire, ce genre d'application,
aujourd'hui ? C'est dommage. Je veux dire, c'est assez fort et c'est vrai qu'il y a de l'harcèlement, mais pas que sur les plages. Il y a de l'harcèlement partout, mais c'est nécessaire, oui et non. C'est-à-dire que c'est dommage de devoir les créer, de se dire qu'on est harcelé sur la plage. Pourtant, j'ai l'impression que c'est quand même un endroit où on est assez flexible. On se dit, bon, t'es pas en maillot de bain. On a l'impression un peu que la plage, c'est vraiment le moment de folie de tout le monde, de se dire, je suis en maillot de bain, on voit mes fesses, on voit mes cuisses, c'est pas grave.
Mais d'un côté, il y a aussi un harcèlement, plutôt de l'harcèlement sexuel, de se faire draguer, mais très insistement, de se faire suivre, de ne pas pouvoir se baigner tranquille. C'est dommage. Donc, je comprends que ces applications existent et elles existent dans la rue aussi. Aujourd'hui, il y a plein d'applications qui existent pour sa sécurité dans la rue en tant que femme. Donc oui, elles sont nécessaires, malheureusement, tant que les femmes ne pourront pas être tranquilles quand elles sont à poil. Margot Cassand, comment est-ce que vous lisez
justement le fait que la jeunesse garde son haut de maillot ?
Ce qui me frappe dans vos témoignages, c'est qu'à chaque fois, en fait, ce n'est pas la nudité qui pose problème, c'est le regard des autres sur la nudité. C'est toujours quand vient la question de l'altérité que d'un coup vient la honte. Mais d'ailleurs, depuis Adam et Ève, c'est la même chose. C'est qu'on envisage la nudité, pas comme une forme stable, mais comme une privation de quelque chose. D'un coup, on vous arrache quelque chose. Donc, vous ne pouvez pas vivre votre nudité sereinement. Et je pense aussi que par rapport à ce que tu dis... À Maltaïr. Oui, pardon.
Allez-y, il y a aussi ce côté où j'ai l'impression que ça nous donne un statut un petit peu social de se dire est-ce que je fais partie des gens qui se mettent nus ? Est-ce que je suis accessible ? Il y a aussi cette chose dans nos relations, vraiment nos relations amoureuses, intimes, de cette est-ce qu'on est accessible quand on se met nue tranquillement en maillot de bain ? La société veut que du coup automatiquement on est à l'aise avec nos corps, on est des filles accessibles, on est faciles, etc. Alors qu'en fait, ça ne veut rien dire sur nos émotions, vraiment.
Ça veut juste dire qu'on travaille sur nous-mêmes, sur notre corps, sur notre besoin d'être nus et moi j'ai aussi l'impression que c'est vraiment un statut de se dire aujourd'hui je me mets top-less, moi je suis une grande fan du top-less mais ça veut vraiment dire et voilà, je n'ai pas du tout une petite poitrine donc ça ne suscite pas les mêmes réactions que des copines à moins qui n'ont plus une petite poitrine par exemple mais j'ai l'impression que c'est vraiment un statut d'affirmation de soi aujourd'hui de se dire bon ben voilà, je me mets top-less, je n'aime pas avoir mon haut de bikini, j'ai l'impression que ça joue même sur la séduction de se dire ok si cette personne me drague elle va se dire que je suis facile si j'enlève mon j'ai l'impression qu'il y a vraiment un statut aussi intime qui se met en place Oui mais c'est drôle qu'on ait besoin à ce point d'être validé encore une fois par le regard des autres je pense que moi ce que je défense c'est le naturisme parce que précisément c'est un corps pour soi c'est une nudité pour soi qui n'a pas besoin du regard des autres pour considérer qu'on est valide ou pas valide c'est le drame je pense du summer body c'est que le summer body c'est pas un corps pour vous c'est un corps pour les autres et quand ce corps il se fait au prix d'un sacrifice financier, physique, moral c'est pas un corps valable Eric Fiat Je suis d'accord et pas d'accord avec vous Margot je suis d'accord avec vous pour dire que le regard objectivant le regard jugeant le regard obscène est un regard qui peut faire beaucoup de mal aux êtres humains je veux dire par là que pour moi être nu c'est jamais forcément totalement facile un autre philosophe Emmanuel Lévinas pense que la dénudation c'est l'exposition à la blessure à l'outrage à la profanation à la profanation il y est toujours la nudité à la fragilité à la vulnérabilité à la faiblesse à la misère vous semblez dire qu'on peut dépasser cela moi je crois que l'être humain ne sera jamais nu comme un ver même s'il est nu comme un ver parce que quand nous sommes nus comme des ver c'est parce que nous nous sommes déshabillés et se déshabiller c'est toujours quelque chose comme la possibilité d'une émotion c'est la vulnérabilité d'une présence ce que je ne montrais pas mon sexe mes fesses je ne sais vos seins tout à coup est montré et dans ce qui se montre là il y a quelque chose d'un petit peu fragile émouvant et c'est là en effet que j'ai peur d'un regard jugeant objectivant et que j'espère ce que j'appellerais un regard pudique ce que j'appelle le regard pudique c'est le regard ombrant le regard courbé le regard qui jette sur l'unité de l'autre ce que j'appellerais un voile de fin silence une ombre de délicatesse pour empêcher que ce qui a été dévoilé précisément devienne obscène donc pour moi ce jeu entre un corps un peu fragile et un regard qui respecte cette fragilité est quelque chose qu'on ne peut jamais dépasser complètement même si comme mes deux amis je suis d'accord pour dire que l'assomption d'un corps nu comme un corps totalement assumable et qui peut se montrer nu c'est l'objectif mais peut-on assumer sa nudité si on n'a pas l'aide de ce regard pudique de ce regard respectueux de ce regard comment dirais-je qui passe du regard à l'égard du regard à l'égard ce que vous dites
c'est que ce n'est pas tout à fait naturel d'être nu entre guillemets et qu'en plus dans ce regard il y aurait par exemple un biais mais on peut aussi se regarder dans les yeux et complètement oublier le fait qu'on est nu Margot Cassin
Oui surtout je comprends ce que vous dites mais derrière ce discours il y a l'idée que la nudité c'est une forme de vérité sur vous-même qu'à partir du moment quand vous parlez de la vulnérabilité c'est-à-dire qu'à partir du moment où vous êtes nu face à quelqu'un vous révélez quelque chose de vous-même et ça je ne crois pas du tout et c'est pour ça que je ne place pas du tout le curseur de la pudeur à l'endroit de la nudité parce que je pense qu'un discours sur soi peut être beaucoup plus impudique que la nudité et que la nudité franche ne dévoile rien au contraire il y a presque un mystère parce que vous devenez un anonyme vous êtes un cessoro qui dit le cornu c'est le passant dans la nature il y a quelque chose qui vous singularise en fait beaucoup moins que la parole par exemple Alors avant de continuer
à parler de la nudité je voudrais qu'on s'attarde quelques secondes sur les réseaux sociaux parce que c'est là où il y a vraiment deux mondes sur les réseaux sociaux il y a la pornographie complètement gratuite et puis il y a toutes ces images qu'on montre de nous en train de déjeuner sur la plage mais jamais les seins nus et Amal Tahir par exemple vous qui postez beaucoup de photos de vous en maillot de bain en lingerie etc qui vous dévoilez sur les réseaux sociaux vous avez toujours
les mains sur les tétons expliquez-nous pourquoi alors j'ai toujours mes mains sur mes tétons parce que en fait Instagram interdit du coup sauf dans le cas de l'allaitement donc c'est assez parlant donc interdit le fait qu'on puisse poster des photos de nos tétons sous voilà mais les tétons masculins il n'y a pas de problème mais du coup la photo saute donc elle est supprimée de la plateforme s'il y a un téton féminin qui n'a pas pour but l'allaitement maternel donc voilà c'est pour ça que j'ai toujours y compris de par exemple
tableaux de maîtres comme de Vénus de Nus de Bodigliani c'est-à-dire qu'en fait on censure plus la nudité que la violence sur les réseaux sociaux
exactement ça veut dire qu'on va pouvoir trouver des vidéos très choquantes très violentes on va pouvoir partager des propos extrêmement haineux extrêmement en fait violents à l'encontre de quelqu'un une communauté voilà mais par contre les tétons féminins restent choquants pour Instagram
Sophie Fontanel comment est-ce que vous analysez en tant que journaliste cette censure de la nudité sur les réseaux sociaux
alors déjà en premier Instagram a une politique c'est dans les statuts d'Instagram que si c'est une oeuvre d'art ils ne le censurent pas j'en ai fait j'en ai fait expérience il n'y a pas longtemps puisque j'ai passé une oeuvre de John Deandrea qui est un homme qui faisait des sculptures hyper réalistes alors vraiment Instagram peut se tromper peut vraiment penser que c'est une photo alors que c'est une sculpture mais bon il y avait les hashtags avec le nom de l'artiste ça n'est pas censuré donc normalement sauf si on tombe on a une mauvaise surprise si vous passez une sculpture grecque vous n'êtes pas censuré par Instagram
oui peut-être alors je referai le test parce que j'avais le souvenir justement qu'il y avait énormément de nudes modigliani qui avaient été censurées
mais parce qu'en fait tout vient de la lecture de l'algorithme parce qu'il peut se tromper sur ce qu'il voit sur ce qu'il croit voir mais en tout cas la politique ça je sais sûr parce que je suis allée à un séminaire d'Instagram là-dessus la politique d'Instagram c'est que l'oeuvre d'art peut alors évidemment une oeuvre d'art vous savez c'est une photo d'Elmuth Newton il est un peu paumé l'Instagram mais il y a ça ensuite les réseaux sociaux les réseaux sociaux ont cette politique je pense parce qu'il y a je la désapprouve cette politique qu'on ne puisse pas montrer ses tétons ça m'énerve moi aussi mais je crois que ça vient du fait que nous n'en rendons pas compte parce que nous vivons selon des algorithmes et donc on se voit proposer des choses qui nous sont familières et que l'on aime beaucoup mais si par exemple moi ce que j'aimais c'était les images un petit peu plus on va dire érotiques je ne vais même pas jusqu'à pornographique à un moment donné je me rendrai compte que les réseaux sociaux ont aussi tout un aspect beaucoup plus beaucoup plus érotique et je pense qu'Instagram a voulu lutter contre l'invasion d'images pornographiques et de commercialisation du corps et même on le sait tous même si on ne les suit pas on en reçoit quand même on reçoit des invitations pour y aller donc je pense que ça vient de là et ce que je trouve terrible et tellement triste c'est que du coup on en revient encore à mélanger à opposer amalgamer la nudité à la pornographie et ce qui est drôle
c'est que vous parliez de cette exposition du sculpteur John DeAndrea qui fait des sculptures de corps nus et vous racontez que vous vous êtes auto-censuré vous en postant des photos sur Instagram c'est-à-dire que vous aviez en tête déjà qu'on ne pouvait pas tellement montrer de nu
la confusion entre un corps de John DeAndrea c'est la curiosité d'aller voir sur internet un corps sculpté par lui est exactement comme un corps une photo d'un corps nu il y a tout il y a les poils il y a les pores de la peau il y a tout c'est pour ça qu'il est si célèbre donc la confusion est telle que moi j'ai plus de 300 000 personnes qui me suivent sur Instagram quand j'ai posté j'ai tourné autour de la sculpture sans m'attarder vous voyez sur le pubis parce que je savais que l'algorithme idiot allait se dire c'est un vrai corps en fait alors qu'en fait s'il analyse que c'est une sculpture il le laisse passer et après j'ai reposté une seconde fois en mettant le hashtag le nom de la galerie tout ça donc dans ces cas-là à ce moment-là c'est passé c'est très subtil mais ce que je voudrais dire puisque tout à l'heure j'entendais parler de cette histoire de nudité et de savoir si c'était naturel ou pas naturel parce que ça touche aussi aux réseaux sociaux c'est que moi je pense je pense que Margot elle va être d'accord avec moi mais je pense que c'est complètement naturel d'être nu et justement
on va continuer ce débat justement puisqu'on va se demander si pour vivre ensemble il ne faut pas réapprendre à vivre nu ou est-ce que c'est une illusion naïve et on va partir pour l'île du Levant capitale de la douceur pour déshabiller les clichés sur le naturisme en écoutant David Walters sous le tropical
on est toujours
ensemble jusqu'à 13h sur France Inter pour se demander pourquoi nous sommes si mal à l'aise avec notre nudité à ma table deux femmes qui pratiquent le naturisme la philosophe Margot Cassand et la journaliste Sophie Fontanel Eric Fiat qui n'est pas encore un adepte de l'île du Levant et qui signe un éloge de la pudeur et la militante activiste à Maltaï et nous avons reçu énormément de réactions d'auditeurs d'abord Pierre qui nous dit mes garçons me racontent que la pudeur va jusque dans les vestiaires du sport où la jeune génération prend maintenant sa douche en gardant son caleçon et David qui nous dit pour alimenter le débat je voudrais partager cette citation du philosophe André Comte Sponville qui écrit que la nudité est comme le soleil on ne peut pas la regarder en face on va en débattre justement mais nous avons aussi reçu une note vocale de Jacques Frimont vice-président de l'APNEL l'association pour la promotion du naturisme en liberté
vivre nus ça fait du bien à l'individu à la société et à la nature qui nous entoure raisonnablement ce tabou de la nudité ne tient pas debout il suffirait d'une décision politique courageuse et la simple nudité paraîtrait aussi banale qu'elle l'est pour nous naturistes Margot Cassand
vous qui avez passé tous vos étés enfant chez vos oncles et vos tantes dans un village naturiste au pied du mont Ventoux sans culotte au gré au vent est-ce que vous croyez que la nudité peut vraiment être banale
comme ça ? La question de la naturalité de la nudité c'est une vaste question mais comme la question même de la naturalité de la nature elle-même qui est l'environnement je pense qu'il y a deux choses qui font que le naturisme est naturisme et le fait de vivre en communauté et le fait de vivre dans un...
Vous dites que c'est un mode naturel dit naturel et oui c'est un mode de vie parce qu'à l'origine c'est même une pratique médicale qui vient des premières médecines alternatives qui disaient que pour soigner la tuberculose et la variole il fallait exposer son corps nu au soleil et dans des bains d'eau froide le naturisme est né de la rencontre entre ces médecins-là et des communautés anarchistes mais avec l'idée que derrière la nudité la vertu principale c'est effectivement le confort de se baigner nu des choses qu'on peut imaginer un caractère sanitaire que je viens d'évoquer et puis aussi un caractère politique très important égalitaire égalitaire d'égalité et beaucoup plus que de liberté justement égalité des corps égalité des genres égalité entre les classes sociales égalité entre les générations aussi une forme de le vêtement fait en fait une forme d'armure à la fois entre vous et la nature et entre vous et les autres vous ne communiquez pas avec quelqu'un qui a 50 ans quand vous en avez 12 parce que vous n'êtes pas habillé de la même manière quand vous êtes ouvrier vous ne communiquez pas avec le chef de l'usine pour une question de vêtement mais ça suffit vraiment juste en faisant tomber la veste comme ça on ne voit plus les différences entre un ouvrier et un chef d'entreprise non évidemment que le corps est marqué mais le naturisme comme n'importe quelle utopie propose un horizon et le but c'est de s'en approcher Sophie Fontanel
vous vous avez testé cette aventure si je puis dire il y a 3 ans en gagnant l'île du Levant une île au large de hier comment est-ce que ça vous est venu d'aller sur cette île ?
je connaissais quelqu'un là-bas vraiment je ne m'attendais pas du tout à ce qui m'est arrivé je savais qu'on était nus là-bas mais je ne savais pas si c'était partout et en fait dès l'instant où j'ai retiré mes vêtements c'est drôle parce que je me suis sentie à la fois effectivement désarmée surtout que c'est une île où on teste des missiles donc c'est une île militaire mais aussi je ne me suis jamais sentie je pensais qu'il ne pouvait rien m'arriver de mal en fait parce que vous savez quand vous êtes dans un endroit naturiste les gens se regardent ça c'est sûr mais vous n'allez pas vous mettre à juger l'autre parce que sinon on va vous juger vous voyez donc il y a une il y a une symétrie merveilleuse je trouve et un calme et une paix dans ces rochers de l'île du Levant c'est assez extraordinaire Eric Fiat
ça vous tente alors comme expérience parce qu'en parler moi-même j'ai envie d'y aller
non moi pas point du tout
pourquoi alors
je vais vous dire non je suis tout non d'abord c'est l'île du l'île du Levant au large d'hier et ça me donne très envie d'aller tout seul me mettre tout nu sur l'île du Levant
vous avez peur du regard des autres alors
d'y aller avec mon amoureuse mais notre petit désaccord vient du fait que en effet je crois que la nudité n'est jamais banale chez l'être humain je crois qu'il n'est pas naturel d'être nu pour l'être humain puisque l'être humain n'est pas qu'un être de nature il est aussi un être d'esprit à partir du moment où nous avons pris conscience de notre propre corps on appelle ça le stade du miroir à partir du moment où nous avons pris conscience de notre propre corps ce qui n'est pas le cas du ver de terre et bien nous nous interrogeons sur ce corps et ce corps pourrait être peut-être pour nous à ce moment-là l'objet de fierté ou l'objet de gêne il y a quelque chose dans notre nudité aussi dans le fait que nous soyons des bêtes urinantes expréquentes quelque chose qui n'est jamais totalement assumable et voilà pourquoi je fais en effet l'éloge de la pudeur être nu dans la nature avoir comment dirais-je tous les plaisirs de la sensation se baigner nu et avoir peut-être peur qu'un poisson n'alla là où vous ne voudrez pas qu'il a là enfin bon c'est quelque chose de merveilleux ça je suis tout prêt à le faire tout seul mais il me semble que
c'est l'expérience collective
cette idée d'une neutralisation possible du regard de l'autre vous n'y croyez pas je n'y crois pas ça me paraît justement relevé de ce que Margot appelait une utopie et les utopies sont à la fois des choses merveilleuses et dangereuses parce qu'il me semble que le naturisme se met tout nu pourquoi pas mais pas n'importe quand pas devant n'importe qui pas à n'importe quel moment je veux dire par là que nous avons tous je crois le droit de pouvoir choisir ce que nous voilons ce que nous dévoilons pouvoir réinventer quelque chose comme de l'intime au coeur de l'estime du cachet au coeur du montré et voilà pourquoi par exemple Margot le mot camp quand on est anarchiste ça vous gêne pas un petit peu
le camp de naturisme
alors moi je suis tellement anarchiste que je veux bien être nu mais tout seul avec mon amoureuse vous aurez du mal à trouver des institutions dans des villages naturistes ça non et de la hiérarchie et des institutions donc au contraire je trouve que ça se prête très bien à l'anarchisme d'accord l'anarchisme c'est une utopie très dangereuse vous savez
Amal Tahir alors est-ce que vous pensez vraiment que débarrassés du vêtement les corps peuvent être à égalité alors est-ce que c'est votre intuition dans la société actuelle
je ne pense pas parce que en effet on est encore dans une société qui juge les corps et ça c'est une réalité qu'on soit pour ou contre nos corps passent en examen en fait c'est normal moi je suis une femme ronde grosse voilà peu importe et je ne fais pas face au même regard que d'autres copines à moi enfin vous voyez ce que je veux dire il y a des normes sociétales donc peu importe qu'on soit habillé nu même si on était tous nus il y aurait toujours ce jugement du corps peut-être moins du coup quand justement on est dans un cercle naturiste où voilà le corps n'est plus dans le jugement etc mais dans tous les cas si demain on se disait bon on va être tous nus je suis certaine qu'il y aurait toujours ce jugement là ça serait peut-être une porte au jugement parce qu'on n'est pas tous égaux je pense dans le regard est-ce que vous ne trouvez pas que c'est aussi beaucoup l'industrie de la mode qui discrimine oui bien sûr la façon dont les patrons sont dessinés qui font qu'il y a des corps qui sont plus ou moins acceptables bien sûr et même dans la pornographie par exemple tout est rythmé par une norme par une mode de corps donc dans la pornographie on va retrouver toujours certains types de corps et voilà dans les vêtements comme vous le dites très bien il y a des certains vêtements ça s'arrête à une certaine taille alors que la taille la plus vendue en France c'est le 42 quand même et du coup il y a plein de fermetures aux corps différents aux corps ronds aux corps gros et justement
on vient de recevoir une note vocale d'une auditrice qui s'est enregistrée sur l'application France Inter qui voulait réagir en direct à ce débat
Bonjour je m'appelle Clémentine j'avais envie de participer au témoignage en expliquant que depuis 3 ans je vais sur des plages d'un turiste et depuis lors je me sens beaucoup mieux dans ma peau j'ai accepté qui j'étais peu importe les formes qu'on a c'est très libérateur
Sophie Fontanel justement vous qui avez fait cette expérience est-ce que c'est une utopie ou est-ce que vraiment c'est la réalité ?
C'est les deux vous prononcez le mot expérience et c'est ce que tout à l'heure j'entendais des propos un petit peu frileux et un peu peureux sur le fait de se mettre nu mais c'est quelque chose dont on fait l'expérience et si on n'a pas envie de la faire cette expérience ben on la fait pas et quand on la fait il se passe quelque chose c'est-à-dire que beaucoup d'idées qu'on a sur le fait d'être nu s'évapore en fait à partir du moment où on est nu parce qu'on oublie assez vite qu'on est nu à dire vrai donc oui c'est une expérience et puis évidemment c'est une utopie et je trouve ce mot très beau puisqu'on est envahi par la dystopie et les choses dramatiques ben oui c'est un rêve et je le trouve assez beau
Margot Cassand vous racontez que nuls les rapports entre les hommes et les femmes tombent vous écrivez l'absence de vêtements chagrine l'érotisme est-ce que vous voyez vraiment ce renversement cette égalité des rapports hommes-femmes ?
Oui je pense que tous les rapports de domination sont un peu heurtés face au naturisme et l'expérience des relations hommes-femmes se trouve apaisée par le fait que l'homme dans sa nudité n'ayant plus le vêtement pour faire autorité se retrouve dans une situation de vulnérabilité très impressionnante et qui fait qu'il partage pour la première fois l'expérience des femmes dans l'espace public parce qu'un homme qui bande mou qui a le vent de bedonnant et qui se promène sur une plage il peut difficilement incarner le patriarcat Eric Fiat
la réponse au patriarcat si je puis dire
ça j'en suis très très heureux je ne pense pas que le désir vaut forcément à la domination je distinguais au début de notre petite discussion entre la pulsion et le désir en effet le mal qui a une pulsion ne supporte pas l'attente et est en puissance un dominant violent mais quelqu'un qui n'a pas une pulsion mais un désir c'est quelqu'un qui est prêt à attendre c'est quelqu'un qui passe du regard à l'égard à la considération à l'estime et moi je
mais vous ne croyez pas que si effectivement les hommes et les femmes étaient nus c'est-à-dire s'il n'y avait pas de décolleté de jupe courte etc effectivement les rapports seraient plus apaisés puisqu'on voit tout on n'a pas besoin de chercher à voir
il n'y a pas besoin de ça pour apaiser les regards moi je fais l'éloge de la timidité des hommes et par conséquent la figure de l'homme dominant qui objective le corps de la femme est une figure qui malheureusement a longtemps existé qui malheureusement existe encore aujourd'hui nous sommes tous et toutes d'accord pour dire qu'il faut combattre mais le combat contre ce regard objectivant le combat contre la domination pour moi peut passer par de tout autre biais que la mise à nu mais que chacun fasse ce qu'il veut par exemple cette cette cette timidité des hommes je trouve qu'elle est bien dite tenez on est en train de dire au revoir à Jane Birkin par Gainsbourg dans certaines chansons qu'il a fait chanter par Jane la la la
vous voyez que la jeune génération s'esclave Eric Fiat
les dessous chics c'est la pudeur des sentiments maquillés outrageusement où je sens
mais Gainsbourg c'est aussi Limonet Inceste avec Charlotte Gainsbourg aussi c'est aussi c'est Gainsbar
plutôt que Gainsbourg
oui
notre débat ne porte pas là-dessus il y a dans certaines chansons de Gainsbourg un infini respect de la féminité et un aveu de la fragilité masculine alors cette fragilité dont vous parlez c'est une fragilité qui est utilisé toujours pour le plévière masculin c'est-à-dire que là comment vous vous exprimez tout ça c'est très intéressant mais on voit quand même que dans une relation hétérosexuelle homme-femme cette cette timidité cette voilà ce pouvoir caché sans trop en dévoiler sont les choses dont les femmes aimeraient se libérer aussi parce que on a l'impression finalement que c'est notre le fait qu'on s'affirme qu'on se libère qui va pousser en fait contre le mur de dire ben voilà je suis nue je suis fière j'assume ma sexualité qu'est-ce que tu peux bien me dire alors que là dans votre discours où je retrouve ce voilà caché ce désir ce donner sans donner c'est un petit peu la punition des femmes de toujours être dans des relations mais trans sans trop pardon se donner cette sexualité mais sans trop en faire cet amour sans trop en faire en fait j'ai vraiment l'impression que c'est tu vois mais tu vois pas et c'est un peu je parlais de la fragilité des hommes pas des femmes c'est de cette fragilité que je faisais à l'éloge pour dire que la parité homme-femme elle peut se trouver en dehors ailleurs que sur le camp naturiste et je crois pas que le but ce soit forcément le plaisir des hommes Casanova mon plaisir fut toujours composé au 4-5ème de celui que je donnais donc moi je suis pour la parité et que et surtout chacun invente la joie d'affirmer un désir violent la joie de le cacher liberté totale pour ces choses là Margot Cassan je trouve ça intéressant que le thème étant la nudité vous mettiez beaucoup en avant la question du désir parce que de la même façon tout à l'heure vous disiez oui la nudité c'est bien mais pas tout le temps pas devant tout le monde pour moi en fait c'est exactement la même chose avec le désir ce qui est génial dans les villages naturistes c'est pas un monde sans désir c'est justement un monde où pour une fois le désir n'est pas omniprésent il sature pas l'espace dans les villages naturistes il y a un lieu il y a un temps pour le désir c'est le soir c'est le moment où on est habillé et donc vous racontez
que dans les villages naturistes en fait vous dites il y a une différence entre voir et mater quand on est nu
oui puisque l'étymologie du mot mater c'est soumettre donc ça veut dire que d'un coup vous regardez quelqu'un en lui faisant porter la charge de toutes vos projections souvent ces projections sont de l'ordre du désir mais ça peut être autre chose et quand vous regardez quelqu'un sans le mater votre regard ne fait que passer c'est un peu la même chose avec les réseaux sociaux je pense que le drame des réseaux sociaux c'est un drame d'éternité c'est à dire que quand vous êtes nu sur une plage et que vous savez que bon quelqu'un peut croiser votre regard que peut-être vous allez être gêné mais que ce regard il va durer 3-4 secondes c'est pas du tout la même chose que si vous savez que votre corps va être pris en photo et que d'un coup sur les réseaux sociaux vous pouvez être vu face au monde entier et pendant très longtemps Amal Tahir justement vous qui publiez
beaucoup des photos de votre corps sur Instagram est-ce que vous retouchez certaines photos ou est-ce que...
jamais oh mon dieu quelle horreur non je pourrais jamais retoucher mon corps je trouve ça très violent pour soi-même de retoucher et je trouve ça très violent pour les autres j'aime beaucoup les femmes qui me suivent et je pense que ce que je veux c'est plutôt qu'elles se disent
les femmes et les hommes peut-être aussi j'ai beaucoup de femmes
j'ai un 3% d'hommes mais bon j'ai beaucoup de femmes mais c'est vrai que j'ai envie que ces femmes se disent plutôt ouf les vergetures c'est pas si grave que ça la cellulite c'est pas si grave que ça ton corps évolue c'est tout ton corps raconte l'histoire de ta vie aussi donc il évolue avec toi c'est plutôt ça que je veux dire donc non je retouche jamais et d'ailleurs aujourd'hui légalement les influenceurs on doit signaler lorsqu'on retouche une photo donc ça c'est très bien
oui Sophie Fontanel justement en tant que journaliste qui a beaucoup travaillé dans la mode vous avez vu les marques changées par exemple les marques de lingerie aujourd'hui proposent aussi des mannequins rondes et ne camouflent plus la cellulite par exemple comment est-ce que vous voyez cette évolution ? c'est de la communication ou ça marche ?
c'est évidemment de la communication mais c'est vachement bien que ça existe tant mieux la mode suit la mode comme son nom l'indique et à un moment donné elle se met dans le courant de la rivière et elle prend ce courant mais quel rapport ça a avec la nudité ? c'est que dès que le corps en fait c'est très important dès que le corps il est un tout petit peu habillé on quitte complètement l'histoire du corps nu et on entre dans autre chose ce qu'on voit très peu c'est des corps nus vous en voyez très peu dans la publicité on en voyait à une époque vous n'en voyez plus
plus du tout c'est vrai et on va continuer à parler de ce corps nu dans la société à se demander s'il n'y a pas certains âges de la vie où la pudeur s'impose s'il faut lutter ou dépasser cette pudeur gagner l'île du Louvent Eric Fiat question à méditer avec la reine de la sensualité Nora Jones can you believe ?
et on est toujours ensemble
jusqu'à 13h sur France Inter pour se demander pourquoi le fait d'être nue comme un verre nous met si mal à l'aise beaucoup beaucoup de réactions d'auditeurs et nous vous remercions d'abord Camille qui nous dit qu'elle faisait du topless à 20 ans mais qu'en vieillissant elle est moins insouciante Nathalie aussi qui nous dit je suis quasiment née dans un des premiers camps naturistes et je peux témoigner du merveilleux le corps bizarrement disparaît les regards se désérotisent et nous avons reçu aussi un témoignage vocal d'un auditeur Vincent qui s'est enregistré sur l'application France Inter
j'ai été éduqué dans un environnement extrêmement pudique que ce soit en famille ou à l'école puis je suis allé travailler aux Pays-Bas là j'ai découvert une totale différence la nudité n'était absolument pas tabou que ce soit au sauna à la plage etc et depuis je n'ai plus aucun problème de pudeur
Eric Fiat alors est-ce que la pudeur c'est aussi une histoire de culture
oui parce que la pudeur au Japon n'est pas la même que la pudeur en Italie la pudeur de ma grand-mère n'est pas la mienne et ne sera sans doute pas celle de ma petite fille il y a une histoire une géographie de la pudeur cependant il me semble qu'il n'existe pas d'être humain totalement impudique la pudeur fait partie de l'humaine condition précisément parce que l'homme ayant conscience de son corps ne peut jamais avoir un rapport totalement simple à son propre corps par conséquent il y a une histoire une géographie de la pudeur alors moi je fais l'éloge de la pudeur parce que la pudeur c'est la juste mesure entre l'obscénité et la pruderie c'est Aristote qui disait que la vertu est la juste mesure entre un vice par défaut il n'y en a pas assez et un vice par excès il y en a trop par exemple le courage c'est la juste mesure entre le vice par défaut la lâcheté et le vice par excès la témérité mais surtout ce qui est intéressant chez Aristote c'est qu'il dit que le défaut et l'excès se rejoignent il y a une grande ressemblance entre le lâche et le téméraire parce que ce ne sont pas de bons soldats le lâche c'est celui qui fuit quand il faudrait combattre le téméraire c'est celui qui combat quand il faudrait fuir qu'est-ce que c'est qu'un courageux c'est quelqu'un qui combat et fuit à la fois parce qu'il y a des retraites qui ne sont pas délâchetées qui sont nécessaires pour la victoire finale de même la pudeur c'est la juste mesure entre l'obscénité c'est-à-dire le vice par défaut manque de pudeur et la pruderie l'excès et il y a une ressemblance entre l'obscène et le prude parce que ni l'obscène ni le prude ne sont désirables l'obscène c'est celui qui montre ce qu'il faudrait cacher le prude c'est celui qui cache ce qu'il faudrait montrer qu'est-ce que c'est qu'un pudique c'est quelqu'un qui cache et montre à la fois et je trouve qu'il y a quelque chose de très beau de très émouvant dans ce jeu sur le cacher et le montrer
ce clair-obscur
la pudeur c'est la vertu du clair-obscur les êtres humains ne sont pas faits pour être complètement cachés parce qu'on a besoin d'être vus par les autres ils ne sont pas faits pour être en pleine lumière parce que sinon on recherche quelque chose comme de l'ombre le clair-obscur et le vrai j'ai une immense admiration pour les lampes halogènes vous savez pour les variateurs de lumière que chacun puisse tirer le curseur et si vous voulez être nu devant les autres allez-y si je veux être caché devant les autres que j'y aille
oui la liberté de chacun
la liberté de chacun c'est la liberté de choisir ce qu'il peut montrer ou cacher selon les occasions
et d'ailleurs Margot Cassant vous racontez qu'il y a un moment dans les villages naturistes où on respecte la pudeur des autres c'est au moment de l'adolescence où là pour le coup on n'est pas obligé d'être nu racontez-nous
vous parliez tout à l'heure Eric d'anarchisme là où les naturistes ne sont pas anarchistes et qu'il y a une charte avec des règles assez strictes qui régissent la vie des camps et dans cette charte la place de l'adolescence c'est assez importante parce qu'on considère que c'est un endroit où la nudité devient problématique et elle devient problématique précisément parce que et là c'est normal mais comme beaucoup d'adultes c'est l'endroit de la confusion entre la nudité et le désir d'un coup votre corps n'est plus celui d'un enfant il n'est pas non plus celui d'un adulte et on ne le maîtrise pas totalement on ne le maîtrise pas il change c'est un peu les quatre saisons en un jour vous avez des endroits qui poussent d'autres noms et puis vous n'êtes pas un objet fini or pour être à l'aise avec son corps je pense qu'il faut le considérer comme un objet fini donc les naturistes autorisent aux adolescents de s'habiller pendant cette période de la vie mais la question des âges et de la nudité est très intéressante parce que autant dans les réseaux sociaux par exemple et sur la publicité les adolescents sont omniprésents par exemple les personnes âgées et la nudité des personnes âgées l'est beaucoup moins c'est les invisibles par excellence qu'on veut invisibiliser parce qu'on est allergique aux peaux froissées on n'aime pas ça et dans les villages naturistes ils ont toute leur place tout à fait
à Maltaïr justement vous les adolescentes c'est un problème pour elles leur corps de s'affirmer
oui pour les adolescentes mais les jeunes femmes aussi tant qu'on n'a pas eu cette émancipation du regard des autres moi j'y crois à cette émancipation du regard des autres je crois que après du travail sur soi on arrive à se libérer de la vie des autres moi je poste mes photos alors que mon corps va contre l'idéologie de la société en mon dieu des seins qui tombent des vergetures je ne suis pas toujours la grosse acceptable parce que la grosse acceptable c'est que les grosses fesses ou les gros seins mais le gros ventre les gros bras c'est pas dans la sphère de l'acceptation donc je crois à l'émancipation du regard des autres et en effet il y a encore aujourd'hui beaucoup de problèmes avec son schéma corporel sa confiance en soi parce qu'il y a beaucoup de comparaisons comme je l'expliquais sur les réseaux sociaux on va se comparer on va se demander si on est assez bien il y a toujours ce besoin d'aller plus loin et d'être toujours mieux chez les femmes notamment chez les garçons aussi mais il y a ce besoin d'être toujours mieux Sophie Fontanel vous vous l'avez ressenti
justement ce diktat qui tombe quand on est nu justement cette acceptation de tous les corps
alors moi je suis plutôt mince mais j'ai 60 ans et il y a deux ans j'ai fait j'ai fait toute une série de photos pour elle où j'étais nu pour la sortie de Capital de la Douceur et ça devait faire peut-être enfin vraisemblablement la couverture du journal et au dernier moment le journal a hésité et puis a reculé et il y a eu la série avec les 12 photos à l'intérieur du journal ça a d'ailleurs eu beaucoup de succès mais ils n'ont pas réussi à me mettre en couverture parce qu'ils avaient peur de montrer aux femmes ce corps qui n'a plus 20 ans et ça les effrayait ils avaient je dois dire ils avaient peur pour moi ils avaient peur qu'on me fasse des commentaires qui m'auraient blessée donc il y a quand même un gros gros gros tabou
bien sûr et Margot Cassand dans votre livre vous citez justement Éric Fiat et vous dites que la pudeur aussi c'est l'esprit rougissant du corps et d'ailleurs vous rougissez beaucoup donc finalement j'ai l'impression que vous êtes assez pudique aussi quelque part
oui justement je pense que c'est à l'endroit du langage qu'on se révèle le plus donc c'est généralement à ce moment-là que mon esprit se met à rougir de mon corps comme vous l'avez décrit merci juste un petit mot un petit mot sur l'âge un petit mot sur l'émancipation il n'y a pas très longtemps que j'ai compris ce qu'était un flacon de whisky hors d'âge je croyais que c'était un whisky qui était tellement vieux qu'on ne pouvait pas lui donner d'âge et maintenant je sais que dans un flacon de whisky hors d'âge on mélange des whisky de plusieurs âges des jeunes et des vieux je crois que toute sa vie on est hors d'âge je veux dire que je suis peut-être un adolescent un vieil adolescent en moi il y a encore le petit garçon qui n'avait aucun problème à être tout nu il y a encore l'adolescent qui était très gêné il y a déjà le vieillard qui s'assumera comme un peu fripé et par conséquent je crois qu'il ne faut pas faire de l'âgisme la possibilité d'être gêné par le regard de l'autre elle peut surgir à tous les âges et pour l'émancipation un petit mot sur l'émancipation c'est un très beau mot moi je suis pour toutes les émancipations dans l'émancipation il y a ex manou capéré ex c'est en dehors manou la main capéré émanciper c'est lever la main qui prend parce que sur les marchés romains il suffisait qu'un homme libre mis la main sur un esclave pour qu'il fût à lui manou capéré c'est je fais main basse je te prends je te domine je suis pour toutes les émancipations je ne crois pas qu'on puisse jamais s'émanciper de la petite peur que nous éprouvons quand quelqu'un nous regarde c'est peut-être ça la petite différence à malgré le mot de la fin on lève le bras alors oui ben moi très intéressant ce que vous me partagez mais je suis sûre qu'on peut on peut se détacher du regard des autres et je le souhaite vraiment à tout le monde parce que c'est c'est incroyable on peut faire du bien le regard des autres aussi bon et ben écoutez ça dépend comment parce que finalement on a déjà notre propre on se combat déjà contre nous-mêmes
bon écoutez moi je vous regarde et je vous remercie en tout cas d'être venue débattre de vous être mis à nu dans ce studio merci à Florence Gimala Constance Villanova Savannah Ruelan et Aloïs Nollet qui ont préparé cette émission à la réalisation Étienne Bertin à la technique Maxime Gouda et demain dans le débat de midi on se pose une question peut-on vraiment combattre le complotisme alors si un de vos proches est tombé dans une pseudo-théorie que vous ne savez pas comment le sortir de sa spirale et bien vous pouvez dès maintenant réagir sur l'application France Inter vous enregistrez vos témoignages vos questions et on les diffusera demain dans l'émission à suivre le journal de 13h et bienvenue dans l'émission