Nuit avec des ours, rencontre avec un lynx: le «kit de survie» de Julien Perrot face à l'éco-anxiété
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Notre objectif vraiment c'est de faire aimer la nature. Le safari extraordinaire il commence sur le pas de notre porte. Il y a énormément de choses à découvrir qui peuvent incroyablement enrichir notre quotidien.
Moi-même, j'ai une très mauvaise vue. Ce qui est difficile à vivre quand évidemment on se passionne pour l'observation des oiseaux ou des insectes. Chaque observation en fait c'est une petite victoire sur mon handicap.
Si changement nécessaire de la société, c'est pas seulement du moins et du punitif, mais finalement ça peut être aussi une extraordinaire occasion d'inventer, de réinventer un monde plus juste, un monde où on est plus en lien avec les autres et un monde où peut-être finalement on est plus heureux. Bonjour Julien Perot. Bonjour Julien.
Vous avez fondé il y a 40 ans la salamandre, même plus de 40 ans et on vous qualifie de naturaliste passeur. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que ce qui m'anime, c'est le c'est l'amour pour le vivant, pour les pour les arbres, pour les oiseaux, pour les insectes, pour tout ce qui vit en fait autour de nous et que peut-être un petit peu le sens de ma vie sur terre ici, c'est de transmettre cet amour le plus largement possible à travers tout le travail collectif de l'équipe de la Salamandre.
Et effectivement, cette histoire, elle a commencé il y a 42 ans quand j'avais 11 ans. Vous avez été depuis tout petit amoureux de la nature à la découverte de de choses du vivant. Quel petit garçon étiez-vous ?
Ah, j'étais un petit peu dans un autre monde que que mes camarades d'école. Je justement je m'intéressais je m'intéressais aux fleurs, au bord des chemins. J'essayais d'observer les oiseaux.
J'avais des grosses lunettes en cul de bouteille. Donc j'étais pas très performant aux fautes, donc je m'intéressais un petit peu à d'autres choses. Oui.
Et puis à un moment donné, j'ai j'étais très touché par la destruction du vivant tout autour de chez moi dans ma région au bord du lac Clément, en face de la haute Savoie, côté suisse. J'ai vu les ronds-points, les centres commerciaux, les parkings qui remplaçaient des ha des des mars, des étants, des bocages et cetera. Et ça m'a fait vraiment mal de voir toute cette beauté qui était détruite.
Et j'ai eu envie de faire quelque chose. J'ai eu envie de faire quelque chose de positif, quelque chose qui soit à m'apporter de petit garçon de 11 ans. Et alors voilà, en 2026, peut-être que je créerai un podcast ou une chaîne YouTube, mais à l'époque tout ça n'existait pas.
Donc j'ai emprunté une vieille machine à écrire à ma grand-maman et j'ai écrit le premier numéro de la Salamandre en octobre 1983. Est-ce que c'est compliqué d'être dans les années 80 un enfant un petit garçon passionné par la nature et le vivant ? C'était pas tellement dans l'air du temps à l'époque.
Oui et non. Les enfants étaient peut-être un petit peu plus en lien avec le monde vivant qu'aujourd'hui. On était moins enfermé dans du béton, dans du bitum, dans des écrans virtuels.
Mais c'est clair que j'étais un petit peu voilà passionné, décalé. En même temps, c'est ce qui a aussi un petit peu expliqué, c'était aussi une chance pour moi parce que dès les débuts de mon parcours, en fait, j'étais un bon sujet pour les journalistes. J'ai fait ma première émission de télévision à 12 ans.
Je suis passé très régulièrement en Suisse à la radio, plein d'articles de presse. On m'a baptisé le Mozartiste, enfin, il y a eu plein de de termes très élogieux. Et en fait, c'est ça qui a qui a amené à mon petit journal La Salamandre ses premiers abonnés, ses premières centaines d'abonnés.
Et à partir du moment où j'avais des abonnés, bah c'était plus possible que j'arrête. C'est donc numéro après numéro, ça a continué avec le l'idée que ce que ce magazine que je faisais avec tout mon cœur ben soit le plus beau possible pour transmettre cet amour pour le monde vivant. Alors comment on fait à 11 ans quand on crée un magazine ?
Vous l'envoyez par la poste ou vous comment vous aviez des abonnés ? Comment vous avez eu des abonnés ? Ben, suite à ces émissions de télévision, émissions de radio, article de presse et cetera, il y a des gens qui m'ont écrit euh écrit par la poste parce que absolument et qui se sont abonnés par la poste et qui ont reçu mon magazine par la poste.
Donc, je devais aller à la poste, amener tout ça, c'était toute une histoire, faire des photocopies, agrafer et cetera et cetera. Et c'était vraiment le début de cette histoire de manière très artisanale. Et en fait aujourd'hui 40 ans plus tard, la Salamandre, bien on est une maison d'édition indépendante, sans but lucratif sur les deux pays, donc sur la Suisse d'où je viens, mais aussi très active en France.
J'ai toujours eu l'objectif finalement de de diversifier notre activité pour toucher un maximum de gens possible avec notre message. Si bien que aujourd'hui bah nous éditons trois magazines. Il y a la revue Salamandre qui est l'héritière de mon premier petit journal qui est une revue sur la nature le plus le le chemin le plus court vers la nature autour de chez vous.
Donc c'est la revue Salamand, c'est pour les adultes. Il y a deux magazines pour les enfants. La Petite Salamand pour les 4 7 ans, la Salamand Junior pour les 8 12 ans.
Et puis on édite aussi une quinzaine de livres par année. J'ai aussi une chaîne YouTube qui s'appelle la minute nature. On a aussi des plateformes, une plateforme pédagogique pour les enseignants, une plateforme de documentaire nature par abonnement, Salamand TV.
Enfin, on a vraiment essayé de diversifier un maximum pour toucher les gens. Donc en 83, vous avez créé ce magazine qui s'appelle la salamandre. Pourquoi ce nom ?
Alors, c'est quoi une salamandre déjà ? rappelez-nous. Alors, une salamandre, c'est un cousin des grenouilles et des crapaux et des tritons.
Ça a une forme de lézard mais ça n'en est pas du tout un, c'est un amphibien et c'est un animal noir avec des taches jaunes. C'est très spectaculaire. C'est rare le noir avec le jaune dans la nature.
Généralement, c'est synonyme de danger. C'est un avertissement noir et jaune comme une guêpe aussi est noir et jaune ou comme peut-être des panneaux de signalisation. Et en fait, ça veut dire que moi, la salle àam, je suis toxique.
Donc si tu es un chien ou si tu es un hérisson, si tu es une couleœuvre, ne m'attaque pas, ne me mange pas. parce que tu vas vivre un très sale quart d'heure. Donc la salamandre, elle se protège avec ses taches noires et jaunes et puis avec une sécrétion toxique sur la peau.
C'est un peu ma bonne fée parce que j'ai j'ai vécu des moments très forts avec cet animal. J'avais donc 11 ans et c'était un soir d'automne. Il pleuvait et je suis partie me promener dans la forêt.
J'avais la chance d'avoir la forêt tout près de moi, ce qui ce qui est plus le cas de tous les enfants aujourd'hui malheureusement. et mes parents m'ont laissé aller me promener. Donc j'avais mes petites bottes en plastique, mon ciré, ma lampe de poche et alors j'avance dans la forêt.
C'est extraordinaire parce que dans le dans le rais de lumière de la lampe de poche, partout, je vois des gouttelettes argentées, toutes les gouttes d'eau sur les feuilles des fougères, sur les coussinets de mousse, sur les racines des arbres. C'est d'une beauté inouie. Et puis tout ça me paraît tellement immense.
Enfin, je suis je suis en Amazonnie quoi. C'est complètement fou. Et alors, je rêve de d'apercevoir évidemment des créatures incroyables.
Euh, qui sait ? Un anaconda, un Jaguar. Mais évidemment, d'abord ce que je vois c'est quelques limasses et puis une grenouille et puis au bout d'un moment derrière une grosse souche moussue justement je vois je vois comme un jouet en plastique noir et jaune posé par terre queurait oublié un enfant et je me rapproche et en fait ce jouet en plastique il bouge et c'est là que je comprends que c'est vraiment un animal et que je le vois cet animal qui avance avec sa démarche lentement mais avec détermination c'est assez impressionnant puis ses yeux noirs mystérieux qui insondabl et voilà c'est ma grande rencontre avec une salamandre et ça m'a beaucoup impressionné et je suis souvent retourné dans cette forêt et un jour j'ai vu une salamande comme ça qui avait un très très gros ventre et j'avais lu dans un livre à l'époque parce qu'il y avait pas encore Wikipédia ni tout ce que nous faisons aujourd'hui à la salamandre et pour cause j'avais lu dans un livre que les Salamandes en fait comme c'est les amphibiens ben comme les comme les grenouilles, comme les grapaux, elles font leurs petits dans l'eau.
J'avais obtenu une autorisation parce que c'est des animaux protégés pour en ramener à la maison pendant quelques jours. Je la ramène dans un grand terrarium que j'avais aménagé dans ma chambre. Je mets une petite coupelle d'eau dans un coin du terrarium puisque j'ai voilà, j'aimerais bien qu'elle fasse peut-être ses bébés.
Et puis je surveille cette cette pensionnaire et puis je me dis qu'au bout de 4 jours, s' passe rien, j'irai la ramener évidemment où je l'ai prise. Et le 3è jour, le matin, je me lève, je vais prendre mon petit- déjeuner, je prépare mon sac d'école, je me brosse les dents, il faut y aller. Et tout à coup, j'ai j'ai une inspiration.
Je me rapproche du terrarium, je colle mon nez contre la vitre. et j'assiste au grand miracle de la vie et je vois ces bébés salamandres enfin je vois des espèces de sphères qui sortent de l'arrière du ventre de cette maman salamandre qui tombe dans l'eau. En fait, c'est des œufs et au moment où les œufs touchent la surface de l'eau, il y a il y a comme une décharge.
Et en fait, c'est des petites larves, c'est déjà des petits étards avec quatre pattes qui se promènent dans l'eau miraculeusement. Et ça m'a ça m'a beaucoup impressionné d'être d'être ainsi en contact avec le grand miracle de la vie. Et évidemment, c'est une grande émotion que j'ai revécu encore bien plus tard, encore plus fortement. quand j'ai vu naître mes enfants bien sûr, mais déjà à 11 ans, voilà ce ce lien incroyable.
On est tous passés par là, on est tous nés. Qu'on soit Salamandre, qu'on soit maisange, qu'on soit qu'on soit renard, qu'on soit loup, on est tous des cousins. On fait tous partie de la même grande famille sauvage et vivante.
Et voilà, ça m'a beaucoup impressionné. Et comme j'étais en train de me dire que j'allais créer ce petit journal, je me suis dit bah voilà, j'ai trouvé un nom, ça sera la salamandre. Mais j'étais loin d'imaginer que cet animal avait une charge symbolique importante, que c'était le symbole du feu chez les alchimistes, que c'était la l'emblème de Françoisier, hein, dans les châteaux de la Loire.
Il y a des salamandes partout qui ressemblent d'ailleurs plutôt à des à des à des dragons. Donc voilà, je je j'ai j'ai pas fait des des études en marketing pour voir si ce serait un titre porteur, mais non, c'était un choix du cœur. Et voilà, aujourd'hui la salam est toujours là et nos trois magazines totalisent 75000 abonnés et on a on a tenu 42 ans et j'espère qu'on agira encore longtemps pour le vivant.
Et donc le but c'est de sensibiliser les gens à la nature, au vivant. Il y a eu combien de numéros depuis le depuis la création ? Vous avez compté ?
On va bientôt fêter le 300e numéro. de la de la revue [raclement de gorge] Salamandre qui paraît donc tous les deux mois six fois par année. Et l'objectif en fait de tout ce que nous réalisons avec mon équipe, on est on est presque 30 salariés.
Notre objectif vraiment c'est de faire de faire aimer la nature, c'est de transmettre beaucoup de connaissances mais aussi des émotions aussi euh du vécu, des témoignages authentiques avec des des textes ramenés du terrain avec des photos, avec des dessins naturalistes aussi des aquarelles pour transmettre cet amour et pour développer ce respect essentiel plus que jamais aujourd'hui de de ce vivant dont nous faisons partie et dont nous avons besoin. Sur les 300 numéros, est-ce qu'il y en a un ou deux dont vous êtes particulièrement fier que vous pouvez évoquer ici ? Un numéro qui m'a beaucoup amusé, c'est que j'avais fait un j'avais écrit il y a quelques années un dossier sur les Tardigrades.
Les Tardigrades, donc c'est des petits nounours transparents. Tardigades qui mesure euh maximum 1 ou 2 mm de long. Et en fait, il y en a certainement si vous avez un jardin, même sur un balcon, s'il y a un petit coussinet de mousse, bah c'est quasiment sûr que là-dedans vous avez des tardigrades et en fait quand vous vous penchez que vous prenez une loupe, vous rentrez dans un autre monde.
Enfin, c'est un monde de science-fiction avec ces êtres incroyables. Ils ont diath, ils sont transparents. C'est un peu tout le message de la Salamand, c'est que le safari extraordinaire, il commence sur le pas de notre porte et que il y a énormément de choses à découvrir qui peuvent incroyablement enrichir notre quotidien au fil des saisons, par tous les temps, enfin même en pleine ville, enfin la nature nous fait plein plein de cadeaux et c'est important qu'on les qu'on les respecte.
Pourquoi est-ce que notre société s'est déconnectée de la nature depuis depuis des années ? La culture occidentale, elle s'est construite, le philosophe François Terrasson explique ça très bien, en opposition au monde naturel. C'est-à-dire que pour les Romains déjà, il y avait le monde sous contrôle, le monde agricole avec les villas.
Les Romains, ils ont inventé l'agriculture presque industrielle à l'époque, hein. Donc en fait, on a commencé vraiment à façonner le paysage et il y avait la le monde civilisé d'un côté et puis de l'autre côté, c'était la forêt avec les barbares. On a constamment développé notre société en opposition avec la nature, contrairement à la plupart des autres cultures sur terre.
C'est cette culture-ci peut-être malheureusement qui s'est imposé à l'ensemble du globe et qui a imposé son modèle capitaliste, extractiviste, scientifique à l'ensemble du monde. Et en fait, malheureusement, c'est ce paradigme aujourd'hui en fait qui détruit notre monde et qui détruit le vivant. Qu'est-ce qu'on apprend au contact de la nature et comment se replonger dans la nature ?
Comment replonger nos enfants ? Je crois que vous avez trois enfants qui sont peut-être grands désormais. Est-ce que vous les avez, j'imagine que vous les avez emmené au contact de la nature régulièrement ?
Comment est-ce qu'on peut faire ? Comment ceux qui nous écoutent et qui nous regardent peuvent faire pour se reconnecter à la nature ? C'est compliqué quand même.
Alors, vous m'avez posé deux questions différentes. D'abord, qu'est-ce qu'on peut apprendre de [rires] la nature ? Oui.
Alors, on va commencer par ça. Qu'est-ce qu'on peut apprendre de la nature ? Je pense quelque chose de très important, c'est l'humilité.
Euh, j'en parle à un moment donné, j'ai écrit l'année passée un livre qui s'appelle Une vie pour la nature qui raconte un petit peu mon parcours et mon engagement à travers plein de rencontres avec des plantes et des animaux. Notamment dans un chapitre, je parle de l'ours et je raconte un séjour que j'ai fait en Slovénie pour observer des ourses. Euh et un soir dans une magnifique forêt qui était pratiquement une forêt vierge avec un ami peintre naturaliste, on a bivoqué, donc on a dormi au clair de lune et c'était une expérience très forte.
Je fais souvent ça de dormir à la belle étoile, mais là dans une forêt où il y a des ourses, ben je vous assure que vous vous vivez les choses différemment et vous appréciez chaque bruit, chaque craquement de brind pendant la nuit autour de vous différemment. Et en fait, c'était une expérience très forte et j'écris dans mon livre à un moment donné que je je recommande cette expérience. Je pense qu'on devrait l'imposer à tous les présidents, ministres, députés, PDG et autres puissants de notre monde.
Une fois par année, on devrait les emmener en stage et puis dormir une nuit sans rien dans une forêt où il y a des ourses pour développer leur humilité et leur empathie aussi pour le monde vivant. Je pense que ce serait une très bonne chose qui changerait peut-être un peu la perspective de notre monde. Est-ce que vous avez croisé les ourses à cette occasion là ?
Oui. Alors, pas cette nuit-là, mais j'ai eu la chance, j'ai eu la chance de voir des ourses. J'ai eu la chance de voir des ourses en Slovénie.
Je suis allé là-bas parce qu'en Suisse il y en a il y en a pas beaucoup. De temps en temps, il y en a un qui vient mais ça se termine en général assez mal. Et puis dans les Pyrénées, j'ai pas eu l'occasion d'aller les chercher là-bas.
Et la deuxième partie de ma question c'était comment est-ce qu'on peut se reconnecter à la nature nous-même adultes, nos enfants, nos petits-enfants si on en a ? En fait, c'est très simple. Il faut il faut réapprendre à ouvrir les yeux.
Il faut décoller le nez de son téléphone et puis regarder, écouter, sentir, faire retravailler ses sens. Les enfants le font beaucoup plus naturellement que nous, les adultes. Et ce que j'aimerais vraiment dire par là, c'est que c'est des on peut vivre vraiment plein de belles expériences, même en pleine ville, même dans un parc, même dans un boulevard de Paris.
Là, j'observais avant des desanges, un couple de maisange bleu qui amenait des chenilles dans le trou d'un d'une branche de platan juste devant le bâtiment de la rédaction du Figaro. Donc partout, il y a du vivant et en fait on a vraiment besoin, c'est-à-dire que il y a beaucoup d'études scientifiques qui montrent aujourd'hui que la nature nous fait du bien, que quand on va en forêt, on a notre ride cardiaque, notre tension artérielle qui diminue, qu'on a notre stress qui diminue. Ça nous fait du bien physiologiquement, ça nous fait du bien mentalement, ça nous permet aussi de ralentir et c'est aussi un message qu'on transmet très fort à travers nos différents magazines de la Salamandre et nos livres, c'est vraiment de bien sûr transmettre l'amour du vivant, mais aussi d'ouvrir des portes justement pour parce que cette nature et ben elle peut nous redonner du courage, de l'énergie, de la force dans des temps qui sont quand même pas faciles et c'est aussi un message de toutes nos publications.
Vous disiez au début euh de notre entretien que vous aviez des lunettes en cul de bouteille parce que euh j'ai j'ai cru comprendre que vous étiez atteint d'une infirmité qui est un peu paradoxale avec votre votre métier si j'ose dire et votre vocation. Oui. Alors mon mon métier, ma vocation c'est d'ouvrir les yeux du plus grand nombre possible de gens sur la nature.
Et en fait effectivement le paradoxe, c'est que moi-même j'ai une très mauvaise vue, ce qui est difficile à vivre quand évidemment on se passionne pour l'observation des oiseaux ou des insectes. Euh donc j'ai plus de lunettes aujourd'hui, j'ai des verts de contact mais je vois quand même assez mal. Je crois que c'est aussi une leçon un petit peu de vie que un handicap peut aussi nous amener du positif.
Et dans mon cas, je pense que ça m'a ça m'amène un grand intérêt en fait pour la nature ordinaire. Dans mon jardin, si j'observe un piquet pêche ou une citelle qui sont des oiseaux relativement communs, chaque observation en fait c'est une petite victoire sur mon handicap tandis qu'un ornitologue chevrené ne vivra que pour des raretés improbables qu'il ira chercher en faisant des centaines de kilomètres en voiture en avion. Pour moi, justement le la magie du vivant, ça commence vraiment sur le panneau de porte et c'est de nouveau, c'est vraiment le message que transmet la salamandre.
J'ai compris que vous étiez vous aimiez beaucoup écouter les oiseaux et que vous étiez un un spécialiste du champ des oiseaux. Euh comment est-ce qu'on écoute les oiseaux ? On va dans la forêt, on on Alors, maintenant, il y a des applis qui permettent de reconnaître le champ des oiseaux.
Est-ce que c'est un sacrilège ? Non, moi j'ai pas trop appris avec ça, mais c'est vrai que ça peut bien aider. Sur sur ma chaîne YouTube La minute nature, j'ai posté pas mal d'épisodes sur cette question du champ des des oiseaux.
Certains qui ont eu beaucoup de succès, qui ont fait des centaines de milliers de vues, voir plus d'un million. Et j'explique un petit peu, je donne différents conseils. Par exemple, l'intérêt de s'intéresser au champ des oiseaux de pas attendre le le somum du le somum du printemps mois de mai, quand fait tous les oiseaux chantent en même temps, c'est l'orchestre symphonique.
C'est c'est assez difficile comme débutant. C'est intéressant de démarrer déjà en janvier, en février quand il y a que quelques oiseaux. d'abord les maisanges et puis ensuite les merles, les griffes.
Enfin, au fur et à mesure qu'on avance dans le printemps, l'orchestre s'enrichit et petit à petit, voilà, c'est c'est enfin c'est plus facile de démarrer au début et aussi de se fixer des objectifs assez modestes, se dire voilà, si j'ai pas l'oreille particulièrement musicienne, si chaque printemps je retiens trois ou quatre nouveaux champs, c'est déjà beaucoup en fait pour débuter. Est-ce qu'il y a d'autres expéditions promenades découvertes ? pas forcément au bout du monde parce que vous ce que vous ce que vous dites me semble-t-il c'est aller à côté de chez vous.
D'ailleurs, vous n'avez pas pris l'avion depuis une quinzaine d'années. Oui. Alors évidemment, il y a beaucoup beaucoup de choses que je pourrais vous raconter.
Il y a de semaines, il faisait très chaud chez vous comme chez moi. Et comme j'ai la chance d'habiter en bordure du du massif jurassien, j'ai eu l'idée, je me suis dit bah, je vais aller dormir à la belle étoile. J'aime beaucoup faire ça.
Donc j'ai sauté sur mon vélo, j'ai commencé à grimper la pente. Alors, heureusement vélo électrique, ça m'a un peu aidé quand même, mais ça montait, ça montait dans la forêt pour aller dormir un peu au frais. Et puis euh j'arrive à peu près à 900 m d'altitude et euh à gauche du la piste forestière sur laquelle je j'entends un bruit dans les feuilles mortes et je me dis tiens bah c'est peut-être un un chamoi ou un chevreuil.
Je pose mon vélo, je traverse la piste à pied, je jette un œil par-dessus le talu et il y a un lynx qui me fixe. Donc un fin, un gros fin. C'est grand.
Un lynx, c'est impressionnant. C'est grand. C'est presque grand.
C'est grand comme un grand chien quoi. Et il me regarde, il est là, il est à 5 m de moi, il bouge pas et ça dure 5 6 secondes d'une intensité folle. Il y a cees c ses deux yeux, enfin c'est incroyable ce masque facial, ses oreilles avec les petits toupets dessus.
Enfin, c'est le fauve qui me regarde. Et puis après, comme un seigneur, il tourne une épaule et puis il part tranquillement et il descend. Et bientôt, j'entends plus que ses pas dans les feuilles mortes et le mystère du lynx qui disparaît.
Voilà. C'était il y a de semaines. Tout ça à quelques kilomètres de chez vous.
Oui. Alors, évidemment le lynx, ça fait rêver beaucoup de gens. C'est un peu un grâ dans le monde naturaliste, mais finalement je peux vivre la même émotion si demain il pleut, ce qui serait une très bonne nouvelle.
Je serais autant heureux d'observer la fête des escargots ou le bain d'une le bain d'une hirondelle dans une dans une gouille sur la roue sur le chemin ou c'est vraiment d'une prodigieuse richesse et ça ça qui est tellement triste, c'est qu'en fait on détruit tout ça parfois sans même le connaître. Quel conseil donneriez-vous à des à des jeunes ou à des adultes ? Où allez, comment s'émerveiller ?
Évidemment, la meilleure saison, c'est le printemps. C'est là qu'on peut observer le plus de choses. C'est là que beaucoup d'animaux paradent, chantent, en particulier la plupart des oiseaux.
Mais finalement c'est à c'est à toutes les saisons, il se passe quelque chose. Donc ce que je peux vous proposer par exemple de très intéressant, c'est de choisir une promenade si possible dans un endroit où il y a quand même un petit peu de nature mais le plus près possible de chez vous. Donc vous imaginez pas la forêt vierge de délire, hein.
Ça peut être un parc en pleine ville de Paris, ça peut être un bout de rivière en banlieu, ça peut être voilà et en fait de vous fixer comme objectif de faire de parcourir ce ce cette balade pas trop longue le plus souvent possible. peut-être une fois toutes les deux semaines par exemple, quelle que soit la météo, en vous en vous habillant en conséquence évidemment et puis de vous fixer comme objectif vraiment d'ouvrir grand vos yeux, vos oreilles, euh votre nez, parfois il y a des odeurs magnifiques dans la nature aussi et d'observer et peut-être même de pas prendre votre téléphone. Ça ça peut être aussi une bonne idée et je suis certain que vous allez faire plein plein plein de belles rencontres.
Quel constat faites-vous aujourd'hui de de ce qui est devenu la planète ? Vous citez dans votre ouvrage cette phrase de Jacques Chirac en 2002. La planète brûle aujourd'hui.
Nous sommes mi-juillet et il fait très très chaud dehors. Quel constat et il y a à nouveau deux questions. Quel constatez-vous et que peut-on faire ?
Oui, alors le constat est pas très brillant. C'est vrai que c'est c'est difficile à vivre. Je pense d'ailleurs que c'est pour ça que le climatoscepticisme et et gagne du terrain, c'est parce qu'en fait le le constat de la situation est tellement effrayant que on a besoin de se protéger en fait.
C'est une des manières de se protéger, c'est d'être dans le déni ou dans la dissonance cognitive et puis de faire comme si rien n'était puis de se concentrer sur le court terme. Mais en même temps, faisant ça, on hypothèque notre avenir. Donc, je crois que c'est vraiment important d'être, je dirais, écholucide, c'est-à-dire d'être vraiment conscient de la gravité des enjeux et en même temps et ben de de travailler en soi euh des ressources pour cultiver la joie tous les jours de la vie et pour développer sa puissance d'agir et pour agir à à tous les niveaux possibles.
Donc moi je j'essaie vraiment de faire ma part à travers toute l'aventure collective de la Salamandre et je pense que c'est important que chacun s'engage pour faire sa part et pour rayonner un maximum la nécessité de ce changement de société. Votre objectif aujourd'hui c'est plutôt de montrer la beauté du vivant ou de remuer les consciences ? C'est lié.
C'est lié. C'est lié. C'est-à-dire que on a la beauté du vivant, c'est elle qui va nous donner l'énergie de de réenchanter le monde.
On en a on en a besoin. C'est notre source de vie. J'aimerais juste le rappeler quand même hein, l'eau qu'on boit, la nourriture qu'on mange, l'air qu'on respire, enfin sans monde vivant, il y a pas d'économie et et en fait on on ne comptabilise pas dans le produit intérieur brut, on comptabilise pas ses ressources naturelles, on comptabilise pas la destruction de ce capital à une vitesse effrainée.
Et en fait économie économie, ça devrait dire gérer les ressources avec économie justement pour que ça dure. Et on est dans un autre système qui qui détruit et qui et qui fonce à la catastrophe. Et effectivement, cette année, on peut s'en rendre compte.
Donc le le constat est pas fantastique. En plus de ça, le l'effondrement du monde vivant autour de nous et l'effondrement euh des du climat en fait sont deux crises qui sont extrêmement liées. Donc chaque fois qu'on protège le vivant, ça c'est aussi important en fait, on on diminue, on atténue l'impact de du dérèglement climatique.
Donc c'est important. Et alors, qu'est-ce que je peux faire moi comme individu ? Et ben le maximum.
Le maximum. Mais il faut essayer de le faire sans s'épuiser parce que je vois beaucoup de gens qui partent dans les coanxiétés. euh qui paralysent dans les angoisses ou bien alors qui veulent sauver le monde à eux tout seul et puis qui s'épuisent.
C'est ce qu'on appelle le burnout environnemental. Donc c'est justement ce que j'ai beaucoup développé dans mon livre, une vie pour la nature. J'ai j'essaie d'expliquer à un moment donné euh mon petit kit de survie en fait pour rester positif, ancré et actif au 21e siècle.
Et en fait, c'est hyper important aussi de prendre soin de soi pour pouvoir un maximum prendre soin du monde et pas s'épuiser. Alors, votre kit de survie pour faire face au dérèglement climatique, pour faire face à à cette planète qui brûle de plus en plus, c'est quoi ? Alors, c'est c'est difficile à résumer comme ça en 2 minutes, mais d'une part, c'est la fréquentation du monde vivant.
Ça ça donne énormément de de ressources autant que possible. Ensuite, c'est ce que nous apprennent toutes les grandes sagesses millénaires, c'est de me concentrer sur l'instant présent. Là, en ce moment, je suis en face-à à face avec vous.
Je suis en lien avec tous les gens qui qui nous écoutent. Ça me met en joie, on vit un beau moment, un beau partage. Je me concentre là-dessus.
Ma vie, c'est maintenant. Ma vie, c'est pas mes souvenirs, mes regrets. C'est pas mes projet, mes angoisses de demain.
Ma vie, c'est vraiment maintenant. C'est très difficile et dans notre monde, tout nous éloigne de ça. Nos notifications, nos mails, nos machins.
Mais j'essae, j'essaie de cultiver ça. Donc, ça c'est un deuxième élément. Le troisème élément, ce que j'ai remarqué, c'est que quand on s'en met en quand on se met en action, ça fait diminuer les angoisses.
Quand j'agis, quand je fais ma part, même en étant modeste sur l'impact que ma part aura vraiment, et bien ça fait ça diminue l'angoisse surtout si je me mets en lien avec d'autres personnes qui partagent peut-être les mêmes inquiétudes et les mêmes les mêmes constats. Donc ça c'est très aidant. Et puis ce que j'ai remarqué aussi, c'est que c'est important de se créer une vision d'un avenir positif qui soit désirable.
Et je pense que ça c'est quelque chose que l'écologie y compris l'écologie politique doit absolument faire aujourd'hui, c'est de percevoir à quel point ses changements nécessaires de la société, c'est pas seulement du moins et du punitif et et de la frustration, mais finalement ça peut être aussi une extraordinaire occasion d'inventer, de réinventer un monde plus juste, un monde où on est plus en lien avec les autres et un monde où peut-être finalement on est plus heureux. Merci Julien. On va passer à une autre phase de notre entretien avec des questions rapides et des réponses rapides.
Euh un sorte de d'échange un peu plus rapide. Si vous deviez résumer votre engagement avec un mot, ce serait joie. Qu'est-ce qui vous révolte le plus ?
La destruction de la beauté. De quoi le monde a-t-il le plus besoin selon vous ? D'amour pour les autres vivants, humains et non humains, confondus.
Et quel est votre prochain rêve ? Mon prochain rêve, c'est qu'il pleuve beaucoup. Merci beaucoup Julien Perot.
Je rappelle que vous êtes fondateur de la Salamandre, le média du vivant. Vous avez sorti un livre qui s'appelle une vie pour la nature. Merci.
Merci à vous. M.