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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 30 avril 2018 7 minComplaisantPortrait personnelSolidarités & familleEurope & internationalCulture, médias & sport

Alain Lipietz : "En Mai-68, toute notre génération était très politisée"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:33OuverteRéponse directe

    Vous aviez 21 ans en mai 68. Vous étiez où ? Vous faisiez quoi à l'époque ?

  • 0:53OuverteRéponse directe

    L'appel de Nanterre déclenche tout de suite quelque chose parmi des étudiants de Polytechnique ?

  • 1:13OuverteRéponse directe

    Vous embrayez à quel moment ? Avant la nuit du 10 mai ou c'est vraiment la nuit du 10 mai qui est un marqueur ?

  • 1:36OuverteRéponse directe

    Les militaires à l'indépiace, les militaires de Polytechnique sont tous mobilisés ou c'est un peu divisé quand même à l'intérieur de l'école ?

  • 3:11OuverteRéponse directe

    Et cette nuit du 10 mai, avec les affrontements les plus violents avec les CRS, vous l'avez vécu comment ?

  • 3:26OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous vous souvenez des espoirs qui vous animaient ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:44Locuteur 1Fait
    « Toute notre génération était très politisée. »
  • 0:47Locuteur 1Fait
    « On était dans la queue de la guerre d'Algérie et dans la résistance au Vietnam. »
  • 1:00Locuteur 1Fait
    « C'est avant Nanterre que ça a commencé. Ça a été l'occupation par les garçons de la résidence universitaire des filles. »
  • 1:42Locuteur 1Fait
    « Quand la grève va être votée, c'est-à-dire au lendemain du 11 mai, elle est majoritaire, oui. »
  • 2:05Locuteur 1Fait
    « Tous les professeurs se mettent en grève. Tous. »
  • 2:34Locuteur 1Fait
    « la France n'avait pas de tabac pendant trois semaines. Bloqué complètement. »
  • 3:59Locuteur 1Fait
    « En février, on est en stage ouvrier. Moi, je sortais d'une mine de charbon. »
  • 4:52Locuteur 1Fait
    « L'écologie est une fille de mai 68. »
  • 6:12Locuteur 1Fait
    « Les femmes avaient à peine le droit de signer un chèque. »

Temps de parole

  • Locuteur 171 %
  • Locuteur 229 %

8,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Locuteur 2

Il est 6h22. A cette heure-ci, toute la semaine, nous vous proposons de remonter le temps, 50 ans en arrière. Nous sommes alors en mai 68. Dans le 5-7 cette semaine, vous allez entendre des témoignages de celles et ceux qui l'ont vécu de l'intérieur. Et on commence notre série ce matin avec un jeune étudiant à l'époque. Bonjour Alain Lépietz. Bonjour. Merci d'être avec nous sur France Inter. Vous êtes entré chez Les Verts en 88, ancien candidat éphémère à la présidentielle de 2002, ancien député européen, toujours membre d'Europe Écologie Les Verts aujourd'hui.

0:28
Locuteur 1

Absolument.

0:28
Locuteur 2

Par ailleurs, vous êtes économiste, passé par Polytechnique, ingénieur en chef des ponts et chaussées. Alain Lépietz, vous aviez 21 ans en mai 68. Vous étiez où ? Vous faisiez quoi à l'époque ?

0:38
Locuteur 1

En mai 68, j'étais à l'école Polytechnique et je faisais mes études. C'était une école militaire encore, donc on était en uniforme. Toute notre génération était très politisée. Si vous voulez, on était dans la queue de la guerre d'Algérie et dans la résistance au Vietnam. Donc on participait aux manifestations contre la guerre au Vietnam.

0:53
Locuteur 2

Donc l'appel de Nanterre déclenche tout de suite, immédiatement quelque chose parmi des étudiants de Polytechnique ?

1:00
Locuteur 1

C'est avant Nanterre que ça a commencé. Ça a été l'occupation par les garçons de la résidence universitaire des filles. Donc la question des rapports garçons-filles a été posée immédiatement et très fort, surtout dans une école où il n'y avait que des garçons.

1:13
Locuteur 2

Donc vous embrayez à quel moment ? Avant la nuit du 10 mai ou c'est vraiment la nuit du 10 mai qui est un marqueur ?

1:18
Locuteur 1

Non, je crois que ça commence dès le 3 mai. L'occupation de la Sorbonne, c'était juste à deux pas. Il faut se souvenir que l'école Polytechnique est en plein cœur du quartier latin. Et on était extraordinairement bien placés. On était en plein milieu comme si vous étiez à l'hôtel, en plein cœur des événements. On a vécu les vacances de la vie. C'est vraiment, on est dedans.

1:36
Locuteur 2

Les militaires à l'indépiace, les militaires de Polytechnique sont tous mobilisés ou c'est un peu divisé quand même à l'intérieur de l'école ?

1:42
Locuteur 1

Quand la grève va être votée, c'est-à-dire au lendemain du 11 mai, elle est majoritaire, oui. Et un comité d'action se met en place et va gouverner l'école. Donc à partir de ce moment-là, on passe un compromis, et vraiment je l'ai tenu jusqu'à la fin, où l'école nous dit vous faites ce que vous voulez pendant les événements, mais pas en uniforme. Vous ne mouillez pas l'école.

2:00
Locuteur 2

D'accord, donc ce qui se passe, c'est que vous n'allez plus en cours, mais vous laissez l'uniforme à l'école, et vous allez dans la rue.

2:05
Locuteur 1

Tous les professeurs se mettent en grève. Tous. Bon, Laurence Farts, Medaille Fils de mathématiques, Louis Leprince-Ringuet, grand astrophysicien, tout ce qui est la science française présente ou à venir est déjà là dans le comité d'action. Et qu'est-ce qu'on fait ? La matinée, on expérimente des nouvelles façons d'enseigner. Des petits cours, des discussions beaucoup plus informelles. Et alors l'après-midi, on allait manifester, et on avait un atout absolument formidable, c'est qu'il faut se souvenir que la France n'avait pas de tabac pendant trois semaines. Bloqué complètement. Ah oui, tout le monde était en manque.

Or, l'école polytechnique avait d'immenses stocks de gauloises bleues, puisque nous étions une école militaire. On s'approchait des piquets de grève à l'entrée des usines. La CGT nous disait, fichez le camp, gauchistes, trotskistes, anarchistes. On ouvrait nos gypsières avec nos gauloises bleues. On disait, vraiment camarades ? Oh mais non, rentrez donc, cher ami !

3:02
Locuteur 2

La cigarette comme moyen d'intégration et d'union.

3:05
Locuteur 1

Nous avions un moyen d'intégration ouvrier et étudiant. Donc nous avions portes ouvertes partout. J'ai vraiment passé un excellent mois de mai.

3:11
Locuteur 2

Et cette nuit du 10 mai, qui est dans la rue Guélusac, avec, on s'en souvient, les affrontements les plus violents avec les CRS, vous l'avez vécu comment, vous ?

3:18
Locuteur 1

Écoutez, je suis un très mauvais lanceur de pavés. Il me retombait toujours sur les pieds. Non, j'étais dans une barricade et j'apportais les pavés pour ceux qui savaient lancer les pavés.

3:26
Locuteur 2

Est-ce que vous vous souvenez, Alain Dupietz, des espoirs qui vous animaient ?

3:29
Locuteur 1

Ah, très bonne question.

3:31
Locuteur 2

C'est une évidence pour vous de participer à mai 68 et à ce mouvement, mais pourquoi ?

3:35
Locuteur 1

C'est très difficile. Il faut comprendre qu'est-ce qui s'est passé en mai 68. Bon, alors là, c'est peut-être une analyse rétrospective, mais ça a été deux mouvements à la fois. Ça a été un mouvement, il y en a marre d'une société gelée et un mouvement beaucoup plus utopiste. Et pour nous, c'était vraiment remettre en question la séparation radicale entre ceux qui travaillent manuellement et ceux qui les dirigent intellectuellement. Il se trouve qu'en février, on est en stage ouvrier. Moi, je sortais d'une mine de charbon. Cette différence radicale entre la vie d'un ouvrier et ce qu'elle est de notre vie de cadre, on venait tous de la vivre.

Donc, le divorce qu'il y avait en France entre la petite bourgeoisie intellectuelle et les travailleurs, pour nous, c'était à vif presque. Au moment de mai 68, beaucoup de gens étaient en révolte contre ça.

4:27
Locuteur 2

Est-ce que de ces événements découle votre engagement futur ? Alors, pour le Larzac et puis plus tard, chez les Verts ?

4:32
Locuteur 1

Totalement. Alors là, vraiment, c'est un Éden, un paradis perdu presque, le loin de mai 68. En plus, on a découvert la camaraderie, on a découvert la fraternité, on a découvert la fête. Paris, c'était comme ça pendant trois semaines. Vous imaginez ce que pouvait être Paris au printemps sans aucune voiture. Et où tous les espoirs sont permis. Tous les espoirs sont permis.

4:50
Locuteur 2

Vous diriez que l'écologie est une fille de mai 68, Alain Lépiard ?

4:52
Locuteur 1

Tout à fait. L'écologie, le féminisme, etc. Mais on a mis un certain temps à le dégager. C'est-à-dire que mai 68 a tout de suite été codé avec les souvenirs de 1848. Enfin bon, faire des barricades, c'est victoriaux, c'est les misérables, c'est tout. Donc, c'était très passéiste comme vision de ce que c'est que faire la politique. Mais disons que des 69-70, les deux grands futurs mouvements politiques sociaux se dégagent, c'est-à-dire l'écologie d'une part et le féminisme d'autre part.

5:21
Locuteur 2

Daniel Cohn-Bendit, figure de mai 68 et du mouvement écolo, aujourd'hui visiteur du soir chez Emmanuel Macron. Ça vous inspire quoi, Alain Lépiard ?

5:27
Locuteur 1

Pas que la vieillesse n'est pas tout à fait un naufrage, mais enfin, beaucoup de gens évoluent, disons. Daniel Cohn-Bendit, je l'ai connu, j'étais sur la place, la manifestation du 13 mai. Il était tout en haut parmi les statues à hurler, nous ne sommes pas là pour faire simplement libérer nos cabarans mais pour faire la révolution. Ah bon, d'accord, ok. Donc pour moi, c'était ça. Après, je l'ai beaucoup connu puisque j'étais pendant 10 ans député européen. Bien sûr. Il est souvent venu me défendre dans des campagnes électorales locales. Donc c'est pour moi une référence. C'est un espèce de génie, mais un génie de 4 ans d'âge mental.

6:01
Locuteur 2

Quand vous voyez la France aujourd'hui, ce sera ma dernière question, où est-ce que vous voyez, vous, l'héritage de mai 68 ? Est-ce qu'il existe encore ?

6:07
Locuteur 1

Ah, tout à fait. Il faut se souvenir de qu'est-ce que c'était la France avant 68. Bon, je crois en par exemple le féminisme. Les femmes avaient à peine le droit de signer un chèque. Alors, est-ce que les idées de solidarité subsistent ? Non, elles sont mortes. On peut dire qu'il y a moins d'idées de solidarité et de mixité aujourd'hui qu'en 67. Donc il y a eu des reculs considérables.

6:31
Locuteur 2

Pour vous, le combat continue.

6:32
Locuteur 1

Le combat continue.

6:33
Locuteur 2

Alain Lipiette, étudiant et militant en mai 68. Merci pour votre témoignage ce matin. Mai 68, 50 ans après. Notre série dans le 5-7 se poursuivra demain avec un ancien ouvrier de l'usine Wunder. Sous-titrage Société Radio-Canada

Alain Lipietz : "En Mai-68, toute notre génération était très politisée" — Alain LIPIETZ · Pourquijevote