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interviewÉlysée· 19 février 2021 11 min

Intervention du Président lors de la Conférence sur la sécurité de Munich 2021.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Emmanuel Macron

Merci beaucoup, M. l'Ambassadeur. Heureux d'être là et de pouvoir juste dire quelques mots, peut-être, avant de répondre à vos questions. Suite à ce que le président Biden et la chancelière Merkel viennent d'exprimer et dans lequel je me retrouve pleinement, écoutez, vous nous lancez un défi, au fond, qui est de savoir comment l'Alliance transatlantique et comment l'Ouest peut être utile. Moi, je pense que nous avons un common destiny, en tout cas un rôle historique aujourd'hui. Et je voudrais juste, au fond, partager 2 grandes idées.

La 1re chose que nous devons faire, me semble-t-il, entre Américains et Européens, qui se retrouvons à nouveau avec une volonté commune d'avancer, de partager les mêmes valeurs, la 1re chose, c'est d'avoir un multilatéralisme qui produit des résultats, qui soit utile. En matière de climat, Joe et Angela l'ont parfaitement dit, en matière de préservation de nos démocraties, et tout particulièrement quand il s'agit d'ailleurs de préserver la liberté d'expression et d'éviter la haine, le retour de la haine dans nos démocraties. Et la question d'ailleurs de la régulation du numérique est ainsi posée. Elle est, je pense, vitale pour nos démocraties.

La question aussi du traitement des inégalités, parce que je pense que si nous voulons faire réussir notre mondialisation, et en particulier l'Ouest, mais l'Ouest ne réussira pas l'Alliance transatlantique sans ses voisins, ses voisinages, en particulier l'Afrique, nous devons régler le problème des inégalités dans nos sociétés et avec nos voisins. C'est la question de, en particulier, la réponse économique à cette crise. C'est notre agenda avec l'Afrique. C'est notre agenda au FMI pour plaider pour des droits de tirage spéciaux et une augmentation forte. C'est notre agenda de restructuration des dettes africaines, c'est vital. Et puis, évidemment, c'est notre agenda en matière de santé.

Là aussi, je rejoins totalement ce que le président Biden et la chancellaire Merkel viennent de dire. Nous avons un défi collectif. Nous avons passé des premières étapes, nous coordonner pour protéger nos populations, réussir à innover de manière inédite pour inventer des nouveaux vaccins et maintenant les déployer dans nos pays. Je pense que si nous voulons réussir un multilatéralisme qui produit des résultats, le défi qui nous est posé, c'est à nous, Européens, Américains, de permettre à tous les pays du monde, pauvres et émergents, d'accéder le plus vite possible aux diagnostics, aux traitements, aux vaccins et d'améliorer leur système de santé.

C'est au coeur de l'initiative Act A, lancée en mars 2020, avec l'Organisation mondiale de la santé. C'est le défi qui est le nôtre aujourd'hui. Nous avons, lors du G7, il y a quelques instants, annoncé des sommes importantes, fait, je crois, un pas en avant, très fort, mais il y a une idée toute simple que je défends. Après avoir échangé avec nos partenaires africains, le continent africain a 6,5 millions de soignants. Il faut 13 millions de doses de vaccins pour les protéger, permettre au système de soins de résister. Si nous, Européens, Américains, nous savons livrer le plus vite possible ces 13 millions de doses, ça vaut énormément, ça vaut notre crédibilité.

Ça représente 0,43% des doses que nous avons commandées. Si nous savons faire ça, alors l'Ouest aura une présence et sera considérée en Afrique. Si nous annonçons des milliards aujourd'hui pour donner des doses dans 6 mois, dans 8 mois, dans 1 an, nos amis africains auront, sous la pression de leur population, et à juste titre, acheté des doses aux Chinois, aux Russes, ou directement à d'autres laboratoires. Et la force de l'Ouest, des Européens ou des Américains, ce sera un concept, mais pas une réalité. Et donc je pense que c'est une idée très concrète, très importante.

Le 2e pilier, pour moi, de notre destinée commune, du travail que nous avons à faire en commun entre Européens et Américains, c'est, au fond, de bâtir un agenda de sécurité. Angela Merkel a dit en détail beaucoup de choses sur les différentes situations régionales. Je partage absolument ce qui a été dit par Mme la Chancelière. Et donc, je ne vais pas répéter ce qui a été très bien dit par elle. Je veux simplement dire, pour moi, on a, sur l'agenda de sécurité commun, au fond, 3 choses à faire ensemble. La 1re, c'est de bâtir, de rebâtir, l'agenda et l'architecture de sécurité ensemble, c'est-à-dire le nouveau concept de l'OTAN.

Moi, je crois que tout ce que je vous ai dit l'année dernière reste valide. Les questionnements, les doutes qu'on peut avoir, les défis qui sont devant nous. Il y a un travail qui a été fait par un comité des sages, c'est le rôle des Etats et des chefs d'Etat et de gouvernement de s'en saisir pour préparer le nouveau concept qui structurera notre action au sein de l'OTAN dans les prochaines années et bâtira les fondements de cette architecture de sécurité. L'architecture de sécurité commune, c'est aussi le dialogue avec la Russie, qui ne doit pas être complaisant, exigeant, mais qui est la clé pour que la plaque européenne puisse vivre en paix.

La 2e chose, c'est de pouvoir fixer les situations régionales. Et donc, du Sahel, où nous sommes très présents et nous battons contre le djihadisme, jusqu'à l'Irak, situation extrêmement importante pour nous, la Syrie ou le Nagorno-Karabakh, la Méditerranée orientale et plusieurs autres sujets, comment on bâtit la sécurité et comment on agit ensemble de manière coordonnée en respectant tous les alliés de manière absolue, ce qui n'a pas toujours été le cas ces derniers mois, et donc comment nous avançons ensemble pour résoudre ces situations entre alliés, mais aussi entre membres permanents du Conseil de sécurité, entre partenaires, pour justement bâtir des solutions communes.

L'Iran sera aussi évidemment une situation importante. Et puis le 3e grand défi qui est le nôtre, c'est de maintenir ce que j'appellerais la liberté de la souveraineté. Maintenir la liberté de la souveraineté, c'est une formule que j'emprunte à l'ancien Premier ministre Tandbul, l'ancien Premier ministre d'Australie, et cela vaut pour l'action que nous avons à mener ensemble dans le cyber, dans l'espace maritime, dans l'espace, justement, parce que ce sont des nouvelles zones de conflictualité, et défendre la liberté de la souveraineté, c'est agir ensemble pour y être présent, préserver notre espace, et c'est aussi le coeur de notre agenda commun en matière d'Indo-Pacifique.

Nous n'avons pas toujours les mêmes approches exactement de cette notion, mais au fond, pour moi, l'objectif que nous devons poursuivre dans cette région, c'est la liberté de la souveraineté. Voilà, résoudre les conflits régionaux, préserver dans les grands espaces de conflictualité la liberté de la souveraineté pour chacun, bâtir une architecture de sécurité et de confiance, voilà pour moi les éléments clés de cet agenda de sécurité qui est le nôtre. Je ne serai pas plus long, parce que je veux pouvoir répondre à vos questions, cher ambassadeur.

6:39
Présentateur

Merci beaucoup, monsieur le Président. Merci, et je pense qu'on a vraiment le temps pour quelques questions. Donc, laissez-moi commencer avec une question conceptuelle. You have explained on several occasions what the concept of strategic autonomy should mean and could mean for Europe, for the European Union. This concept is, speaking here at a transatlantic event is interpreted by some in the United States as an attempt by Europe to move away from the United States, alienating itself from the US, potentially even damaging NATO.

Could you explain to us and to our American listeners why this concept should not stand and would not stand in the way of repairing transatlantic cooperation and trust?

7:48
Emmanuel Macron

The opposite, indeed. First, because when you look at the burden sharing within NATO, a large part of the investments, a large part of the commitments were made by the US. This is why, as Chancellor Merkel fairly said, we have to increase our defense investments. We will reach in the coming month the 2% of our GDP in defense expenditures. And I think this is very important because this is the way to rebalance the transatlantic relation and to provide the evidence to our US friends that we are reliable and responsible partners. And I think having a European Union much more invested in defense makes us much more credible as members of NATO. This is the first point.

We reduce the net contribution of the US in the partnership. We take our responsibility. We provide the evidence. We are reliable. The second point is that when you look today at the situation, we need more Europe to deal with our neighborhood. I listened very carefully to President Biden and the common challenges. We do have common challenges in Africa, in Middle East. But we have an agenda which could be not totally different, but with, I would say, perhaps not the same level of priority. One of President Biden's predecessors said at the point of time, now the US has become a pacific power, meaning looking at China and the Pacific Ocean.

It means that it will refocus the US to other regions than our neighborhood. During decades, the US within NATO was totally focused on Europe, defense of Europe and our neighborhood. and I think it is time for us to take much more of the burden of our own protection. Europe, the European Union, its key members have to be part of the solution of their own security. When we speak about this architecture of trust and security, when we discuss with Russia or China about ballistic missiles or missiles involving our countries, we should be part of the negotiation. when we speak about security at our borders, it is normal that sometimes the US could decide to be less involved.

If we are too much dependent in the US within NATO, we can put ourselves in the situation to be no more protected at our borders. And we experience this situation in 2013, de facto, in Syria. So I think we have to be trustful partners. I do believe in NATO. I do believe NATO needs a new political momentum and clarification of its strategic concept. NATO needs more political approach. And I do believe that the best possible involvement of Europe within NATO is to be much more in charge of its own security and to be much more in charge of this strategic autonomy. This is totally compatible.

More than that, given the arguments I just presented, I think it will make NATO even stronger than before.