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interviewRMC — Face à Face· 9 février 2022 21 min

L'interview : François Ruffin - 09/02

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
François Ruffin

Vous écoutez RMC, l'interview à Pauline de Valherbe. François Ruffin, bonjour. Bonjour. Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes député de la France Insoumise de la première circonscription de la Somme. Vous avez mis du temps à dire que votre candidat serait bien Jean-Luc Mélenchon. Mais ça y est, vous faites activement campagne pour lui. À la veille de cette élection, les enjeux cruciaux aux yeux des Français, c'est notamment le pouvoir d'achat, la santé et la sécurité. Je vais vous interroger sur les trois. Je voudrais qu'on commence par ce qui est lié aussi à la question du pouvoir d'achat, qui sont ces convois de la liberté qui commencent à apparaître en France.

La ville d'Ottawa au Canada est entièrement paralysée par ces convois de la liberté qui là-bas ont été lancés par des chauffeurs routiers qui refusent la vaccination obligatoire en France. À partir d'aujourd'hui, il y a des convois qui commencent à émerger, qui voudraient converger vers Paris et ensuite vers Bruxelles. Vous étiez, vous, sur les ronds-points avec les premiers gilets jaunes et vous avez même continué, vous en avez même fait un film. Est-ce que vous pourriez être aux côtés de ces convois ?

1:01
Présentateur

En tout cas, j'aurais la même attitude qui serait, mon métier reporter, c'est d'aller comme reporter pour prêter l'oreille.

1:08
François Ruffin

Reporter député.

1:08
Présentateur

Oui, et prêter l'oreille d'abord pour voir qu'est-ce qu'ils ont à dire ces personnes, pourquoi elles se bougent, qu'est-ce qu'elles ont envie de porter dans la société. Et avant de juger, avant de me positionner, de tendre l'oreille. Vous voyez, ça sera ma première attitude.

1:25
François Ruffin

Ça, c'est l'attitude du reporter, mais vous êtes aussi député.

1:28
Présentateur

Oui, mais avant de juger, avant de se positionner, il faut savoir quels sont les tenants et les aboutissants, quelles sont les figures qui émergent. Vous savez, par exemple, vous parliez du mouvement des gilets jaunes. Au départ, c'est parti sur le gasoil, mais dès que je suis arrivé le premier matin, le 17 novembre, sur les ronds-points, on parlait tout de suite de social. On parlait de l'allocation adulte handicapé, on parlait des contrats aidés, on parlait du salaire minimum, on parlait de tout ça, dès le premier jour. Donc, voir là, ça part au début sur le pass vaccinal, un peu en copie de ce qui se passe au Canada. Bon, voir comment ça se transforme.

Si à la fin, le convoi, il arrive pour faire le siège de Total à la Défense, je vous assure que j'y serai très favorable.

2:05
François Ruffin

Vous seriez au pied de la tour de Total à la Défense.

2:08
Présentateur

J'irais soutenir les personnes qui viennent réclamer que les dividendes de Total ne servent pas qu'aux actionnaires, mais servent aux salariés de Total et servent aux automobilistes et servent au fisc français.

2:20
François Ruffin

Eh bien, précisément, ça va peut-être servir au moins aux consommateurs puisque vous l'avez sans doute vu ce matin, le patron de Total, François Ruffin, le patron de Total... Pas moi. Non, c'est pas vous, évidemment. Le patron de Total a annoncé de faire des gestes sur la question du pouvoir d'achat. D'abord en faveur de ses clients de Total Énergie, donc du gaz, 200 000 clients en situation de précarité qui vont toucher un chèque de la part de Total, un chèque de 100 euros.

Et puis pour les clients de l'Essence Total et des stations-services, les 1150 stations-services totales en zone rurale, ils vont mettre en place un système où des 50 litres, vous toucherez 5 euros, une baisse de 5 euros pour l'achat de 50 litres.

2:57
Présentateur

C'est l'aumône. C'est l'aumône. Voilà, maintenant, ce qu'on ne voit pas là, c'est le gouvernement. C'est eux qu'on doit entendre. C'est le gouvernement de dire, écoutez, qu'est-ce qui se passe ? En deux ans, Total a vu son cours en bourse doubler.

3:08
François Ruffin

Non mais François Ruffin, deux secondes. Vous pourriez quand même d'abord dire, c'est bien.

3:13
Présentateur

C'est bien, ils font l'aumône. Non mais c'est plus que ça pour ceux qui vont toucher ça. Combien ça représente ça ? C'est 15 milliards d'euros de profits de Total cette année.

3:21
François Ruffin

Vous n'arrêtez pas de dire qu'ils font que c'est scandaleux leur profit. Pour une fois, ils redistribuent un peu et là, vous n'êtes pas là pour dire bravo. Chiffrons.

3:28
Présentateur

Non mais je vais dire bravo si jamais ça représente par exemple 10 milliards d'euros. Est-ce que ça, ça va représenter 10 milliards d'euros ? Est-ce que vous pouvez me le chiffrer, madame ? Pour l'instant, non. C'est tombé. Est-ce que le patron a pu le chiffrer ? Je crains que ça soit une norme.

3:37
François Ruffin

J'imagine que lui, il l'a chiffré en tout cas.

3:39
Présentateur

Voilà, je pense qu'ils l'ont chiffré, qu'ils l'ont bien chiffré, qu'ils l'ont chiffré après la virgule. Aujourd'hui, c'est 15 milliards d'euros les bénéfices de Total. L'essentiel va partir aux actionnaires. Ce qu'on a en face de nous sur le CAC Total, mais en général, c'est un formidable pillage de l'économie française. Avec des actionnaires qui aujourd'hui se gavent comme jamais ils se sont gavés. 135 milliards d'euros rien que pour le CAC 40. La fortune des milliardaires français qui a augmenté de 68% en un an de crise sanitaire. Vous imaginez ? Est-ce que ce sont les premières lignes des ennemis qu'on a augmenté de 68% ? C'est eux qu'on devrait récompenser.

4:15
François Ruffin

Mais si le gouvernement disait, puisque vous dites justement, je voudrais entendre le gouvernement Total, le patron de Total ce matin dit pour 50 litres, je vous rembourse 5 euros, est-ce que vous dites au gouvernement ce matin de faire la même chose ?

4:27
Présentateur

Non, mais moi je dis au gouvernement de bloquer les dividendes de Total et de bloquer les prix à la pompe. Voilà, je suis pour un double blocage des prix et des dividendes. Je suis déjà venu vous le dire, donc ma position n'a pas varié là-dessus. Il doit y avoir, les 15 milliards d'euros de profit Total n'ont pas de raison d'être. Donc ces 15 milliards d'euros-là, à la place d'aller aux actionnaires, ils doivent aller soit à l'investissement pour transformer nos énergies en France, soit aux automobilistes, tout simplement.

4:57
François Ruffin

La question des automobilistes...

4:58
Présentateur

Parce que vous savez, quand on regarde ce que ça va faire à la fin du mois, quand on voit que le gasoil est en train de passer à 1,70, 1,80, ça grimpe...

5:05
François Ruffin

Le diesel est à 1,68, le 100.95, à 1,70, 13, le 100.98, à 1,82.

5:10
Présentateur

Plus 50% depuis l'automne. C'est considérable. Là, ce qui va être donné, ça représente 10% dans un certain nombre de stations. Ils avaient déjà fait le coup il y a quelques années, ça n'avait pas marché. Donc voilà, il y a des conditions, il va falloir qu'ils comprennent qu'est-ce que c'est.

5:25
François Ruffin

Enfin là, il n'y a pas beaucoup de conditions, pardon.

5:28
Présentateur

C'est mis en 1,50 en commune rurale, il va falloir faire du plein, il ne va falloir pas faire plus de 50 litres.

5:34
François Ruffin

On peut faire plus, c'est à partir de 50 litres, vous touchez 5 euros, vous avez intérêt dans ces cas-là à faire que 50 litres, en effet. Mais c'est quand même assez concret, c'est du sonnant et trébuchant.

5:42
Présentateur

On ne va pas passer 20 minutes d'émission.

5:44
François Ruffin

C'est quand même drôle, vous passez votre vie à parler des dirigeants de Total, là il y a une mesure qui est proposée par Total et vous dites, on ne va pas y passer la vie.

5:51
Présentateur

Mais vous ne pouvez même pas la chiffrer, madame de Malherde, le patron lui-même.

5:54
François Ruffin

Je peux la chiffrer sur 50 litres, c'est 5 euros.

5:56
Présentateur

D'accord, on a compris, d'accord. Maintenant, je vous dis, ça, par rapport à ce que ça représente sur les 15 milliards d'euros, vous verrez, je veux prendre un pari avec vous. Allons-y. Je parie que ça ne représente pas un tiers de ça. On pourrait dire un tiers pour les automobilistes, un tiers pour les actionnaires, un tiers pour les salariés, par exemple. Eh bien, vous verrez que cette mesure-là ne représentera pas 5 milliards d'euros. Vous verrez que ça sera comme d'habitude. Qu'est-ce qui se passe d'habitude ? Quand c'est pour les pauvres, on compte en millions. Quand c'est pour les riches, on compte en milliards.

Et vous verrez qu'on aura consacré bien du temps, là, à parler de quelque chose qui, à l'arrivée, va se chiffrer en millions.

6:31
François Ruffin

La question du nucléaire, Emmanuel Macron sera demain à Belfort pour annoncer de nouvelles centrales nucléaires. Alors, c'est un des pleins de clivage, d'ailleurs, entre Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel. La relance du nucléaire qui va donc être concrétisée demain. Sur ce point, d'abord, sur le nucléaire ?

6:45
Présentateur

D'abord, sur Alstom, quand même. C'est quand même incroyable. On a un président de la République qui était ministre, qui a décidé de solder, avec ses petits copains et à ses amis, des ports entiers d'un fleuron français à General Electric.

7:01
François Ruffin

Alstom était passé sous pavillon américain avec General Electric. Voilà, rendant service à Bouygues.

7:06
Présentateur

Mais ça redevient français. Oui, c'est formidable. Il vient détricoter ce qu'il a tricoté. En plus, avec un certain nombre de faits qui apparaissent très, très, très litigieux et qui sont devant la justice française, quand même, sur la vente de Alstom. Et là, il vient détricoter ça et venir dire, regardez comment je fais du patronautisme.

7:23
François Ruffin

On va préciser pour tous ceux qui nous écoutent et qui nous regardent, la France souhaite en effet remettre la main sur la fabrication des turbines qui étaient passées via Alstom, sous pavillon américain avec General Electric. L'aberration, l'aberration. Et c'est ce qui constitue ces centrales nucléaires.

7:37
Présentateur

L'aberration, c'est qu'on les cédait. C'est qu'on les cédait quelque chose qui faisait partie du patrimoine industriel français aux Américains. Donc, on revient là-dessus. On va redonner de l'argent dans l'autre sens. Sans doute qu'il y a un certain nombre de cabits des conseils qui ont été encore consultés et qui vont être grassement payés au passage.

7:50
François Ruffin

Tout est bien, qui finit bien quand même.

7:51
Présentateur

Tout est bien, qui finit bien. Sur une partie, au passage, il y a des milliers de salariés qui sont partis aux oubliades dans cette histoire-là.

7:57
François Ruffin

Mais aujourd'hui, les salariés de ces turbines sont plutôt satisfaits.

8:00
Présentateur

De la même manière, si Emmanuel Macron veut continuer à détricoter ce qu'il a tricoté, je lui propose le retour de l'impôt de solidarité sur la fortune, entre autres. Mais il y a d'autres choses. Puisqu'il a supprimé 8 000 postes d'enseignants dans les collèges et lycées, il peut les mettre à deux mois de l'élection présidentielle. On voit bien que c'est le moment de détricoter tout ce en quoi il a heurté la France.

8:22
François Ruffin

Mais vous n'avez pas répondu à ma question, François Riffin, sur la relance du nucléaire. Vous êtes plutôt Fabien Roussel ou Jean-Luc Mélenchon ?

8:26
Présentateur

Non, je ne suis pas favorable à une relance du nucléaire. Aujourd'hui, d'abord, je souhaite qu'on ait un vrai secteur public sur le nucléaire. Ça me paraît ma priorité du moment. C'est-à-dire, pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, le fait qu'on sous-traite et qu'on fasse passer au privé des pans entiers de notre sécurité nucléaire, ça fait que c'est de l'insécurité pour les salariés qui interviennent sur les centrales, et c'est de l'insécurité pour les sites eux-mêmes.

Et donc, la priorité des priorités pour moi aujourd'hui, c'est qu'on aille vers beaucoup, beaucoup, beaucoup moins de sous-traitances, voire pas de sous-traitances dans les centrales du nucléaire de manière à sécuriser à la fois les salariés et les centrales.

8:58
François Ruffin

Et sécuriser les centrales, puisque au moment où on se parle, il va y avoir 12 centrales à l'arrêt, puisque 3 réacteurs nucléaires vont être à nouveau arrêtées. C'est ce que EDF a annoncé ce matin. 3 réacteurs nucléaires supplémentaires en raison de soupçon de corrosion qui fragilise le système de sécurité. Vous n'êtes donc pas pour la relance du nucléaire, qui est une des pistes aussi pour réindustrialiser la France.

9:19
Présentateur

Je vais vous dire ce que je pense vraiment sur ça. Ma position à moi, elle est que quelle énergie on veut demain, ça réclame un vrai débat qui ne va pas se tenir là en quelques semaines. Et ce vrai débat, il doit se voir avec tous les Français, et moi je pense qu'il doit être tranché par les Français, et je suis favorable à un référendum sur quelle énergie on veut demain. Est-ce qu'on veut se lancer dans les énergies alternatives de manière beaucoup plus forte que c'est aujourd'hui ? Et je vous signale que la France est le pays européen qui a été montré comme étant le moins investi dans les énergies alternatives. Est-ce qu'on veut poursuivre dans la filière nucléaire ?

Je crois que le débat, il doit être posé avec les Français, et je suis favorable à un référendum sur cette question.

9:56
François Ruffin

Ça veut donc dire que si les Français privilégient le nucléaire, vous direz « banque ».

9:59
Présentateur

On n'y est pas encore, d'accord ? Mais moi je souhaite en tout cas qu'il y ait une solution.

10:03
François Ruffin

Pardon, si c'est un référendum, il faut que les gens puissent choisir.

10:05
Présentateur

Oui, d'accord, mais d'abord qu'il y ait un référendum qui a un long débat sur cette question, qui a un débat qui pose tous les tenants et les aboutissants. Mais ils auront le droit de choisir le nucléaire ? Oui, bien sûr, oui. Et quelles sont les alternatives qu'on a devant nous ? Est-ce qu'on veut rester à cette hauteur-là ou pas ? Je pense qu'il y a un certain nombre de sujets qui doivent être mis sur la table et qui ne vont pas l'être tranchés en quelques semaines, même si Emmanuel Macron, lui, a déjà tout tranché tout seul. Enfin, et avec les lobbies du nucléaire potentiellement.

10:27
François Ruffin

François Ruffin, je dirais qu'on parle des EHPAD. On vient de parler du pouvoir d'achat sur la question de la santé, de l'accès aux soins. Nouvelle plainte pour faux et usage de faux déposé par deux aides soignantes contre Orpea. Une troisième devrait prochainement porter plainte. Il y a de nombreuses familles de résidents aussi qui souhaitent constituer une action de groupe, à la fois contre Orpea et peut-être contre Corian. Vous avez auditionné à l'Assemblée nationale les dirigeants d'Orpea. Est-ce que vous en avez obtenu quelque chose ?

10:53
Présentateur

Rien du tout. Je vais rappeler le fond de l'affaire. C'est quoi ? C'est un rationnement dans les EHPAD sur les couches, y compris quand les personnes âgées ont des allergies, ont des épidémies, ont des gastros. On ne peut pas les changer plus que deux à quatre fois par jour. C'est un rationnement y compris sur les gâteaux de pépiteaux. En goûter, il n'y a qu'un seul gâteau de pépiteaux. On ne donne pas deux, trois gâteaux. Ce n'est pas lourd un gâteau de pépiteaux. Et un rationnement évidemment sur les soins. C'est un rationnement sur tout là-dedans, finalement un rationnement sur l'humain. Ça, c'est d'un côté. Et de l'autre côté, c'est quoi ?

Eh bien, c'est un million d'euros de rémunération pour le directeur. C'est 25% de marge pour la société. Et c'est des dividendes, là encore, qui vont aux actionnaires. On n'a pas obtenu de réponse du directeur satisfaisante. Mais moi, ce que j'attends, c'est le gouvernement. Qu'est-ce qu'il veut faire ? Qu'est-ce qu'il veut faire ? Rien. Rien. Il pleurniche. Plus de contrôle. Il pleurniche. Il pleurniche. Mais là, aujourd'hui, potentiellement, la matéritance, elle continue. Moi, ce que je réclame, c'est la réquisition de Orpéa. Je ne dis pas la nationalisation, je dis la réquisition. C'est-à-dire que je pense que...

12:04
François Ruffin

Réquisition, ça veut dire quoi, concrètement ?

12:05
Présentateur

Ça veut dire qu'on prend les maisons de retraite, Orpéa, et on les passe sous statut public associatif.

12:12
François Ruffin

Donc, ce n'est pas une nationalisation au sens où on ne rachète pas, on décide, c'est fini, c'est fini. Il n'y a plus Orpéa, ça appartient à l'État.

12:18
Présentateur

À l'État, ou à des associations où on permet à des coopératifs de salariés, de soignants, d'aides-soignants, de gérer leur maison de retraite. Pourquoi réquisition ? Pourquoi je souhaite que les actionnaires ne reçoivent pas un euro là-dedans ? Parce que je pense que pendant des années, ils ont touché des dividendes sur quoi ? Ils ont touché des dividendes sur la maltraitance des personnes âgées en EHPAD. Chaque euro qui était versé en dividende, c'est des pépitos à l'autre bout. Eh bien, je pense qu'à la fin, il n'y a pas...

12:49
François Ruffin

Pépitos en moins, en l'occurrence.

12:50
Présentateur

Il n'y a pas, à la fin, à en plus les indemniser pour ça. Je pense qu'il faut maintenant réquisitionner Orpéa. Mais vous savez, la question d'Orpéa, c'est une chose, mais Corian, moi, dès le début de mon mandat, je m'étais rendu dans un EHPAD à Foucherance dans le Jura. Et Corian, ça va être à peu près la même histoire. On sait qu'aujourd'hui, dans le public, il y a un ratio supérieur de personnes soignantes par rapport aux personnes âgées.

13:13
François Ruffin

Non, ce n'est pas juste. J'avais ce matin la défenseuse des droits, Claire Heron, qui était mon invitée sur RMC, et qui disait qu'en fait, c'était à peu près les mêmes chiffres, qui sont en effet trop faibles. C'est 7 personnes pour 10 résidents. Là où en Allemagne, c'est 10 pour 10. Et où elle, elle demande, la défenseuse des droits, et elle le demande depuis mai dernier, 8 personnes pour 10. Mais c'est le même ratio dans le public et dans le public.

13:36
Présentateur

Mes chiffres sont un petit peu super, mais je ne voudrais pas chipoter là-dessus. Ce que je veux dire...

13:39
François Ruffin

Claire Heron, la défenseuse des droits, vous ne pouvez pas franchement imaginer qu'elle monte.

13:43
Présentateur

Peu de problème. Il y a eu d'autres rapports, qu'importe. Ce que je veux dire, je vais aller de toute façon dire, que de toute façon, même dans les EHPAD publics, aujourd'hui, ça n'est pas satisfaisant. Moi, j'avais ma première attachée en circonscription, qui était aide-soignante dans un EHPAD. Elle disait, voilà, nous, on était 3 pour 85 patients la nuit. Ça veut dire qu'il n'y avait pas possibilité, quand il y avait quelqu'un à changer, d'aller le changer rapidement et qu'il restait dans des conditions qui ne sont pas humaines. Donc aujourd'hui, c'est ça qu'il faut changer.

Mais là où, quand même, pour reprendre votre expression d'hier, le gouvernement se réveille un peu tard, c'est que quand même, ça fait maintenant 5 ans que j'alerte, que ma collègue Caroline Fiat alerte, qu'il y a eu un rapport qui a été rendu avec une marcheuse, Monique Libora, qu'il y a eu la défenseur des droits qui alerte, qu'on a souhaité qu'il y ait une loi grand âge. La loi grand âge nous a été promise 5 fois, et 5 fois, elle a été éliminée. Moi, je me bagarre aussi, vous le savez, sur le maintien à domicile, qui l'autre volet.

14:37
François Ruffin

Et vous seriez pour une pub, que ce soit uniquement public, toute la question de la dépendance, de la gestion de la dépendance ?

14:43
Présentateur

En tout cas, je suis pour que ça... Un service public ? Oui, oui, je suis pour un service public de la dépendance.

14:46
François Ruffin

Comme un service public de l'enfance ?

14:47
Présentateur

Tout à fait. Moi, je suis pour qu'on fasse échapper ça à la loi du profit, en tout cas. Il n'y a pas de profit à faire sur la tête des personnes âgées.

14:53
François Ruffin

François Ruffin, vous évoquiez à l'instant l'interview d'hier. J'ai interrogé en effet Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, sur ce plateau, notamment sur la question des chiffres sur les violences faites aux personnes. J'aimerais bien quand même savoir, est-ce que vous vous feriez mieux ?

15:08
Présentateur

Moi, vous savez, j'ai interrogé plusieurs syndicats de policiers dans le cadre d'un rapport que j'ai eu à rendre pour l'Assemblée nationale. Et ce qui me semble aujourd'hui le problème, c'est que la police ne sait plus quelle est sa mission. C'est-à-dire qu'on a eu, dans un premier temps, il y a maintenant plus de 20 ans, la police du quotidien de proximité avec Jean-Pierre Chevènement et avec des objectifs qui étaient posés.

On a ensuite Nicolas Sarkozy avec la politique du chiffre, ce que les syndicats de police appellent pour certains la bâtonnite, à savoir qu'on arrête un gars qui vend de la beuse, ça nous fait un petit trait, on en a cinq et on est content parce qu'on en a arrêté un maximum. Aujourd'hui, il n'y a pas d'objectif posé par le ministère de l'Intérieur aux policiers. Quelle est leur ligne de conduite ? Qu'est-ce qu'ils doivent faire dans la société ? Ça, ça n'est pas posé. Moi, je sais ce que je veux maintenant.

15:56
François Ruffin

Vous dites, moi je sais ce que je veux et vous parlez du constat. Mais est-ce que vous feriez mieux ? Vous citez des précédents gouvernements, d'autres méthodes. Est-ce que vous, sur les chiffres des violences faites aux personnes, vous feriez mieux ?

16:09
Présentateur

Je pense qu'on ferait mieux. Je vais y aller avec modestie. Moi, je pense qu'on ferait mieux parce qu'à partir du moment où on dit ce qu'on attend d'une institution, quelle est sa ligne de conduite, ce vers quoi elle doit aller. Et donc, moi je vous le dis, l'objectif de la police aujourd'hui, je reprends les termes du sociologue Sébastien Rocher qui a longtemps travaillé dans les écoles de police, c'est d'aller vers une police de la confiance. C'est de rétablir la confiance entre la police et les citoyens et de rétablir la confiance entre les citoyens.

16:37
François Ruffin

Mais est-ce que vous imaginez une seule seconde que les policiers puissent vous faire confiance ? À vous, la France insoumise, quand vous entendez Jean-Luc Mélenchon qui ne condamne pas les slogans « Tout le monde déteste la police » ?

16:47
Présentateur

Moi, je pense que, oui, par exemple, mon collègue Hugo Bernalicis qui travaille depuis longtemps sur ces questions de police, je pense qu'il y aura à rétablir la confiance avec la police aussi.

16:58
François Ruffin

Mais entre la France insoumise et la police aussi, peut-être, non ?

17:01
Présentateur

Oui, mais en tout cas, il y a une nécessité aujourd'hui de dire à la police. Je pense que si...

17:07
François Ruffin

Vous n'auriez pas dit la même chose, je vais vous dire, François Régoire. J'entends bien votre malaise, vous êtes d'habitude très déterminé. Vous n'auriez pas dit ça ? Vous auriez dit « Non, il faut condamner ces slogans ? » Vous ne vous reconnaissez pas là-dedans ?

17:19
Présentateur

Mon collègue Guillaume Larivé, qui est membre des Républicains, disait, y compris en commission, aujourd'hui, le problème, c'est qu'il n'y a pas de direction qui est donnée à la police française.

17:27
François Ruffin

Mais vous vous sentez plus proche, finalement, de ce que dit Guillaume Larivé sur la police

17:30
Présentateur

que de ce que dit Jean-Luc Mélenchon ? Ce que je souhaite, et aujourd'hui, je pense qu'il y a un malaise de la police qui n'est du fait qu'on ne lui fixe pas d'objectifs. Est-ce qu'aujourd'hui, en permanence, c'est la politique du chiffre qui doit être menée, arrêter un maximum de personnes sur des délits qui sont mineurs, ou bien est-ce qu'on se fixe d'autres ambitions pour la police ? Moi, j'ai bossé là-dessus, et je sais à peu près ce que je pense, moi.

17:50
François Ruffin

Je n'ai pas très bien compris, précisément, si vous auriez condamné vous, vous seriez dans une manifestation sur le pouvoir d'achat, et vous avez des slogans qui crient « Tout le monde déteste la police », qu'est-ce que vous, vous auriez répondu ?

18:02
Présentateur

J'aurais répondu à quoi ?

18:04
François Ruffin

Quand on vous dit, quand les journalistes ont interrogé Jean-Luc Mélenchon dans cette manifestation, en disant « Vous entendez ces slogans, qu'est-ce que vous en pensez ? » Il a dit « Oui, il serait temps qu'on se rende compte que beaucoup de gens détestent la police ». Vous auriez répondu ça, vous, François Ruffin ?

18:15
Présentateur

Je regrette cet état de fait qu'aujourd'hui, il peut y avoir une fracture qui se lie aussi dans les sondages d'opinion entre l'institution policière et la population. C'est particulièrement vrai dans des endroits, mais en général, on voit une dégradation de la cote de confiance dans la police française. Je pense que c'est un problème...

18:33
François Ruffin

Il y a encore 72% des Français qui l'ont accordé leur confiance.

18:35
Présentateur

Je pense que c'est un problème et c'est un problème qui doit être posé. Je pense que c'est dû, entre autres, à l'usage politique qui a été fait de la police française. Pendant la crise des Gilets jaunes, on a utilisé la police à des fins politiques. On a imposé la peur sur les Gilets jaunes et je veux dire avec quand même un traitement qui fait qu'à la fin, on se retrouve avec des crânes brisés, on se retrouve avec des estropiés, on se retrouve avec des éborgnés.

19:00
François Ruffin

Mais c'est moins, si je vous entends bien, c'est moins la faute des policiers que des politiques ou des donneurs d'ordre ? Tout à fait.

19:05
Présentateur

Tout à fait. Moi, je le dis depuis le départ, le problème, c'est le bras qui tient la matraque. Et le bras qui tient la matraque, c'est clairement le pouvoir politique. C'est le pouvoir politique qui, au moment des Gilets jaunes, a demandé aux policiers ou a libéré les policiers pour qu'ils agissent de cette manière-là. Ce que je regrette. Je pense qu'à l'époque, on a fait un usage très politique de la police. Et je pense que les policiers eux-mêmes, je l'ai constaté, moi, parce que j'ai des discussions avec les policiers, ils m'arrivent même de jouer au foot le dimanche avec eux, il y en a dans mon équipe.

Ils ont regretté cet usage qui était fait de politique, de répression politique de la police.

19:43
François Ruffin

Et donc, vous, vous rétabliriez la confiance d'abord avec eux, avec les policiers ?

19:47
Présentateur

Je pense qu'il y a à avoir un discours clair.

19:49
François Ruffin

J'allais dire, vous, président, mais bon, ça n'a pas arrivé tout de suite. Jamais.

19:54
Présentateur

Jamais ou là. On verra. La vie est longue, d'accord ?

19:57
François Ruffin

C'est peut-être la dernière campagne de Jean-Luc Mélenchon.

19:59
Présentateur

On verra. Écoutez, franchement, vous savez, moi, je vais vous dire, pourquoi je soutiens Jean-Luc Mélenchon aujourd'hui ? Parce que moi, ce qui m'intéresse, c'est de parler aux Français. Et donc, je vais parler de sécurité aussi. Mais je pense qu'aujourd'hui, qui, par exemple, sur les EHPAD, va pouvoir arriver à ce taux de 8 sur 10 ? Ça veut dire, qui va pouvoir mettre des moyens dans les hôpitaux ? Qui va pouvoir aller contre l'Europe qui vient dire, moins de déficit, moins de déficit, moins de déficit, réduisez les dépenses de santé ? Eh bien, je crois que Jean-Luc Mélenchon est mieux à même de le faire.

Qui, aujourd'hui, va pouvoir dire qu'on revient sur les traités de libre-échange parce que sinon, on n'aura pas de nouveau une industrie en France ? Ma conviction, c'est que c'est Jean-Luc Mélenchon qui est le mieux à même de le faire. Hier, j'étais avec des accompagnantes d'enfants en situation de handicap dans la rue. Elles touchent 760 euros par mois. 760 euros par mois pour s'occuper d'élèves handicapés. Vous imaginez l'indécence. Est-ce que vous vivriez, vous, Apolline de Malherbe, avec 760 euros par mois ?

20:51
François Ruffin

Et donc, pour vous, c'est Jean-Luc Mélenchon ?

20:52
Présentateur

Et je pense que là-dessus, c'est Jean-Luc Mélenchon qui est le mieux à même de dire, écoutez, on met au moins tout le monde dans ce pays au salaire minimum mensuel et même ce salaire minimum, on le relève parce que le pouvoir d'achat, ça passe par les aumônes de Total, mais ça se passe surtout par le fait que les salariés, les salariés les plus essentiels, ceux qu'on a applaudis aux frontières, les premières lignes, les deuxièmes lignes, soient payés correctement dans ce pays.

21:13
François Ruffin

François Ruffin, député La France Insoumise, merci d'avoir répondu à mes questions. Nous sommes le mercredi 9 février, 60 jours avant le premier tour.