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interviewBFMTV· 28 octobre 2022

L'interview en intégralité de Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Après, qu'est-ce que vous pensez d'ailleurs de ces actions contre ces grandes œuvres d'art ? Je pense que ça desserre la cause. Vous savez, la transition écologique, pour la réussir, il ne faut pas seulement des engagements des États, il ne faut pas seulement des prises de position, il ne faut pas seulement des rapports et des experts.

Il faut que tous les citoyens fassent en sorte de modifier leur comportement. Et avec ce genre de choses, je pense qu'on desserre la cause. Parce que les gens se demandent pourquoi s'en prendre à des œuvres d'art qui sont dans des musées.

Les réactions des visiteurs, la réaction globale des internes, elle ne va pas dans ce sens-là. Alors, si on pense qu'on arrivera à l'écologie par la lutte, en faisant en sorte d'expliquer qu'il y a les gentils d'un côté, les méchants de l'autre, je pense sincèrement qu'on va aller au-devant de graves déconvenus. Qu'est-ce qui sert la cause, alors ?

D'abord, c'est de dire les choses. Et de les dire de façon totale. Pour être clair, le rapport de l'ONU, il est juste.

Nous sommes en retard par rapport à des engagements qui ont été pris. Aujourd'hui, à l'échelle de la planète, il n'y a qu'une vingtaine de pays qui ont commencé à baisser leurs émissions. Ils sont quasiment tous en Europe.

C'est précisément en plus les endroits où on a des activistes. Je regarde, j'observe que pour une partie des Européens qui ont commencé à changer leurs pratiques, à acheter des voitures électriques, à diminuer leur consommation, à changer, à faire des travaux de rénovation, entendre dire qu'il n'y a rien qui se passe, c'est faux. Entendre dire qu'on n'est pas du tout dans le bon rythme, qu'il faut qu'on double le rythme de baisse, ça c'est juste.

Ça c'est vrai. Mais il ne faut pas qu'on le fasse n'importe comment. Parce que si demain on dit qu'on arrête les voitures thermiques tout de suite, si c'est pour acheter des voitures chinoises fabriquées dans des usines qui tournent avec du charbon, on aura aggravé la situation.

Si demain on empêche nos agriculteurs de nous nourrir avec des règles qui vont trop vite et qu'on se retrouve pour manger, à importer des produits qui sont faits avec du phyto ou avec de la déforestation de forêts amazoniennes, qu'est-ce qu'on aura gagné à l'arrivée ? Il y a un changement. C'est ça la planification.

Et c'est ça aussi le fait d'apporter à la fois une radicalité dans l'orientation et de la nuance dans la manière dont on le présente. Vous avez entendu aussi ces nouvelles projections qui montrent qu'en France, le réchauffement climatique s'annonce pire que prévu, avec une hausse de 3,8 degrés en 2100 par rapport au début du XXe siècle. C'est exactement ce que je suis en train de vous dire.

Donc quand vous dites, oui, en Europe, on est pour l'instant les mieux placés, je ne dis pas ça. Nous sommes ceux qui avons le plus contribué au réchauffement climatique par le passé. Donc il est logique qu'on agisse plus.

Je dis juste pour reprendre ou pour paraphraser ce qui a pu être dit dans le rapport de menu, qu'aujourd'hui, nous n'avons qu'une vingtaine de pays dans le monde qui ont commencé à baisser leurs émissions. On a des pays qui nous expliquent qu'ils vont continuer à les augmenter. La Chine explique qu'elle atteindra son pic d'émissions en 2025 ou 2026 et qu'elle, elle considère que la neutralité carbone, elle peut se permettre d'attendre 2060 pour la mettre en œuvre.

Et le réchauffement, il est mondial. On est déjà à un réchauffement de plus insiste, tout le monde le constate. On a des rapports d'experts qui vont dans ce sens.

On a deux risques. Il y a quelques années, le risque, c'était le climato-scepticisme. Les gens qui vous disaient, il y a toujours eu des variations de la température sur la planète.

Aujourd'hui, le risque, c'est le climato-défaitisme. On pèse que 1% des émissions, nous Français. Donc pourquoi est-ce qu'on est en train de nous demander de changer nos modes de vie alors que tant que les Chinois, tant que les Indonésiens, tant que les Américains en font pas davantage, on n'arrivera pas à lutter contre ce réchauffement global.

Le climato-scepticisme, c'est une forme de négationnisme par rapport à ce que nous disent tous les experts et à ce qu'on voit aujourd'hui sous nos yeux. Le climato-défaitisme, ça, ça m'inquiète aussi. Parce que c'est une manière de se dire, ne faisons rien, puisque de toute façon, foutu pour foutu, ce n'est pas ce que je dis.

Mais si on veut mobiliser les gens, il faut les alerter sur l'urgence et faire en sorte de dessiner un chemin qui soit désirable. Si on explique que l'écologie, c'est « je taxe, je punis, j'interdis et je culpabilise », je pense qu'on va perdre des gens en chemin. Concrètement, qu'est-ce qui se prépare ?

Vous venez de nous dire, oui, attention, on a un petit problème, on est en retard. C'est ce que dit notamment ce rapport de l'ONU. Donc on se dit, si on est en retard, il faut qu'on rattrape.

Il faut qu'on double le rythme. On doublait le rythme, mais ça veut dire quoi concrètement ? Je vais vous répondre.

Au cours de ces cinq dernières années, on a déjà doublé le rythme de baisse de nos émissions de gaz à effet de serre. Mais il faut qu'on double à nouveau. C'est le Haut Conseil pour le climat qui le dit dans un rapport qui a été publié au début de l'été.

C'est exactement la planification écologique. Alors, ce n'est pas hyper grand public, mais je vais quand même essayer de le faire. On est en train de consolider tous les secteurs d'émissions et de leur fixer des trajectoires de baisse.

Je vais prendre des exemples. 30% de nos émissions, c'est les transports. Comment, dans les transports, on baisse de 30% nos émissions ?

C'est pour ça qu'il y a un plan vélo. C'est pour ça qu'on va présenter des investissements massifs dans le ferroviaire dans le cadre de la feuille de route. C'est pour ça qu'il faut substituer des voitures thermiques par des voitures électriques.

C'est pour ça qu'on fait des ristournes pour les gens qui utilisent leur voiture en ce moment, avec une baisse du carburant. La planification, je l'entends, mais dans les faits, elle est contrariée aussi par ce genre de mesures. M.

Toussaint, vous êtes tous les matins ici aux commandes de l'actualité. Il ne vous a pas échappé qu'il faut toujours être capable de conjuguer le temps long et le temps court. Et si, au titre du temps long, vous dites, les prix de l'essence, on va les laisser monter jusqu'à 4 ou 5 euros, parce que comme ça, ça accélérera la sortie des véhicules fossiles, ça veut dire qu'on fera la transition écologique contre les plus pauvres, contre les plus fragiles.

Je ne pense pas que ce soit non plus le sujet. Pourquoi est-ce qu'on l'a fait, cette transition écologique ? C'est pour vivre mieux, c'est pour préserver l'habitabilité de la planète.

Donc si on ne la fait pas en pensant aux plus pauvres, on passe déjà à côté de la raison pour laquelle on agit. La transition écologique, c'est agir pour le climat, mais c'est aussi agir pour notre qualité de vie et pour le porte-monnaie, si on la conduit intelligemment. Il ne vous échappe pas que les températures sont extrêmement élevées en cette fin octobre.

Il y a eu cette tornade, d'ailleurs, il y a quelques jours, dont on a expliqué qu'elles étaient directement liées à ce réchauffement. Il faut s'attendre, d'ailleurs, selon vous, là, tout de suite, pas dans 10 ans, mais dans les prochaines semaines, les prochains mois, les prochaines années, à des phénomènes climatiques de plus en plus violents en France. C'est exactement ce que vous expliquent tous les experts, et c'est exactement ce qui commence à se passer.

C'est ce qui explique qu'on est aujourd'hui des feux de forêt qui soient au nord de la Loire, alors qu'avant, c'était plutôt au sud, parce que vous avez l'assèchement des terres, et la force de ces feux liés à l'intensité des épisodes de chaleur explique l'été qu'on a vécu. Dans quelques minutes, le président de la République va revenir et présenter la manière dont on va pouvoir, sur ces sujets, tenir compte et s'adapter. Il reçoit les pompiers à l'Elysée.

Et les forestiers, et tous ceux qui ont un titre ou un autre vont devoir s'engager pour qu'au titre de la forêt, on puisse aussi assurer cette fonction de captation du carbone, qui est un des éléments d'une stratégie climatique. Et tout est lié. Ce que je veux dire, c'est que notre qualité de vie, elle dépend des choix qu'on fait, et tous ces épisodes dramatiques, ils montrent le coût de l'inaction.

Autrement dit, quand vous avez un épisode, au-delà de l'émotion qu'il suscite, il faut, quand vous regardez le montant des factures et des dégâts, se dire que la transition, elle est d'autant plus utile et rationnelle, et que les entreprises, les collectivités, tout le monde doit faire en sorte d'aller augmenter les moyens qu'on y consacre. C'est le sens des 2 milliards d'euros d'appui aux collectivités territoriales du fonds vert. C'est le sens des crédits en progression pour le ministère de l'écologie, de façon historique, au titre de l'année 2023 qui est proposée.