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interviewyoutube.com· 11 mai 2026 85 min

Eric Zemmour : les secrets d'une ambition | Entretien

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:21
Présentateur

Bonjour Eric Zemmour. Bonjour. Bienvenue sur Livre Noir. Merci. Et puis merci de nous avoir accordé cet entretien exclusif puisque je crois que ça fait plusieurs années que vous n'avez pas donné ce type... Ça c'est le moins qu'on puisse dire. Voilà, alors on va essayer aujourd'hui de mieux vous connaître, de mieux vous comprendre et puis c'est l'objectif de l'émission de découvrir un peu des nouvelles facettes de votre personnalité. Alors conformément à la tradition de cette émission, je vais commencer par une citation. En fait c'est vous qui me l'avez fait connaître cette citation. Elle est de Jacques Bainville qui vous ressemble par certains aspects.

Il était écrivain, essayiste, historien, journaliste également bien sûr. Pourquoi si bien prévoir et pouvoir si médiocrement, j'ai toujours eu le tort de ne pas viser assez haut, excès de fausse modestie, fausse fierté, méfiance exagérée de soi-même, sentiment d'impuissance. Alors vous aviez utilisé cette citation dans un article du Figaro. Récemment et certains commentateurs se sont dit mais est-ce qu'il ne fait pas allusion à lui-même ? Est-ce qu'ils avaient raison ?

1:26
Éric Zemmour

Ils avaient raison au-delà même de ce qu'ils pensaient, c'est-à-dire qu'il faut comprendre le contexte. Toutes les semaines, je fais un livre, je fais une chronique sur un livre dans le Figaro et le plus souvent, on discute avec l'un des rédacteurs en chef du journal et deux fois sur trois, c'est lui qui me dit bah tiens, j'ai repéré tel. Livre, tu sais, tu ferais une chronique et là, en l'occurrence, c'est le cas et il me dit c'est une biographie de de de Bainville par un des spécialistes Christophe Dickes qui est vraiment le grand spécialiste vivant de Bainville et donc je dis bah avec plaisir.

En plus, j'ai lu énormément de Bainville, donc je suis en je suis chez moi, je suis en terrain de connaissance, donc je lis ce livre et à la fin de la biographie, je découvre que quelques temps avant sa mort, Bainville est très dépité sur son existence et tout et que il dit. Voilà, il dit cette phrase là que je ne connaissais pas, que j'ai découverte dans cette biographie.

Alors, évidemment, vu les pensées qui m'agitent, vu les pensées qui agitent aussi beaucoup de gens qui m'en parlent, vu l'échéance qui nous attend, vu le contexte politique, je pense effectivement Bainville que j'admire parce que, entre autres, pas que pour ça, il a dans son livre célèbre Les conséquences politiques de la paix annoncé dès 1920. Tout ce qui allait se passer dans les années 30 et tout ce qui allait nous conduire à la guerre avec Hitler et avec l'Allemagne, etc.

Et à la défaite finale, je me dis évidemment, je ne peux pas ne pas m'identifier à cet homme que j'admire et me dire que moi aussi, modestement, j'ai depuis 20 ans annoncé, prophétisé en vain pour l'instant en disant mais vous voyez, voilà ce qui va arriver. Et j'ai longtemps pensé que cela suffisait. C'est à dire, je me suis longtemps. Et bien, c'est déjà je suis dans la dans la bataille idéologique, dans la bataille gramscienne, vous savez, du célèbre Gramsci, dans la lutte culturelle. Et c'est déjà faire de la politique. Je continue d'ailleurs de le penser.

Mais là, en voyant les états d'âme et les regrets de Jacques Bainville qui dit vous l'avez pas cité, mais j'aurais dû être dans le bureau de Vergennes. Vergennes, c'est le grand ministre des Affaires étrangères de Louis XVI. Et qu'à l'époque de la Troisième République, à l'époque de Bainville, c'est le ministre des Affaires étrangères qui détermine la politique étrangère de la France. Effectivement, je ne peux pas penser. Je ne peux pas ne pas penser à moi dans les mêmes circonstances et à me dire oui, alors peut être qu'il faut passer à l'action parce que la prévision, la prédiction, même la prophétie ne suffit pas. Mais évidemment, je ne pouvais pas ne pas partager cette réflexion.

4:15
Présentateur

Alors, avant de rentrer dans le vif de cet entretien, j'invite bien sûr ceux qui nous regardent, ceux qui nous écoutent à s'abonner à notre chaîne YouTube. C'est simple, c'est gratuit. C'est un simple clic en bas à droite de la vidéo, mais ça nous aidera beaucoup en augmentant notre audience et donc notre indépendance. Alors, si cet entretien vous plaît, commentez le massivement, partagez le, likez le. Et puis, pour nous aider à propager cette vidéo, n'oubliez pas qu'il faut la diffuser au maximum parce que l'algorithme de YouTube ne nous est pas disponible.

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5:02
Éric Zemmour

Écoutez, c'est très simple. Vous savez, je peux dire que dans l'espace d'une vie, j'ai vu exactement dans les lieux où je suis né, où j'ai grandi, le changement profond de la France. Je peux en témoigner. Je ne suis pas né dans un quartier huppé de Paris qui aurait été moins touché par le changement de population. Non, je suis né à Montreuil, en banlieue parisienne. J'ai grandi en Paris. J'ai fait mon enfant à Drancy, toujours en banlieue parisienne. Puis, dans les années 70, mes parents se sont installés rue Doudoville. C'est dans le 18e arrondissement, pas loin de Barbès, au métro Château-Rouge.

Donc, si vous voulez, en 20 ans, j'ai vécu exactement dans des quartiers où la population a été complètement renouvelée. Évidemment que moi, quand j'étais enfant, il y avait une population française, française de chou. Je me souviens que j'avais des voisins. J'avais des voisins à Drancy qui s'appelaient Martin et Minot. C'était mes voisins dans les quartiers populaires de Drancy. Je ne peux pas dire mieux. Les noms parlent tout seuls. Je ne parle même pas d'immigrés italiens ou espagnols qui étaient là aussi. Mais dans mon immeuble, il y avait des familles françaises depuis 1000 ans. Donc, c'était la France des années 60, pas la France de Louis XIV. Donc, ça, il faut bien comprendre ça.

Et dans les années 70, je vais dans le 18e arrondissement. Donc, rue de Deauville, à métro Château-Rouge, où là, effectivement, on commence à avoir, il y a des immigrés maghrébins, très peu d'Africains. Là, aujourd'hui, vous retournez et à Drancy et à Montreuil, où je suis né, où mes grands-parents, mon grand-père paternel habitaient. Mes grands-parents paternels habitaient. Et à Château-Rouge, vous avez des contrées qui sont complètement africanisées. C'est-à-dire l'Afrique noire et le Maghreb. Je peux vous raconter une anecdote.

Il y a quelques années, il y a, je dirais maintenant, 7-8 ans, je vais déjeuner chez une amie qui habitait dans le 18e, pas loin, vous savez, de la fameuse église Saint-Bernard, où il y avait eu une occupation par les sans-papiers, comme on disait. Donc, je vais déjeuner chez elle et donc, je descends dans la rue de Deauville où j'ai habité. Je vais regarder l'immeuble où j'ai habité. D'ailleurs, dans tous ces endroits dont je vous parle, les immeubles n'ont pas bougé. C'est uniquement la population qui a changé. On a l'impression que le décor est resté le même et que ce n'est plus les mêmes acteurs. C'est tout.

Et je passe par la rue Léon, je peux vous dire, par la rue Myra, toutes les rues adjacentes. Tous les gens qui connaissent reconnaîtront évidemment ce parcours. Et je vois 3-4 jeunes maghrébins qui sont sur une voiture. Et l'un me reconnaît et me haile en me disant « Hé Zemmour, qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'es pas chez toi ici. » Et j'avoue que cette interpellation, bon, je suis passé, je n'ai rien, je n'ai pas répondu. C'est, si vous voulez, c'est révélateur de ce qui s'est passé. J'ai grandi. Je suis là avant qu'ils naissent. Et pour eux, je ne suis pas chez moi. C'est-à-dire qu'il y a des territoires aujourd'hui où un Français qui est né là n'est plus en France.

Tout le monde l'assume en vérité. Ceux qui le disent, comme ce jeune homme, et ceux qui le nient. Puisqu'en fait, ils le savent très bien, mais qu'ils ne veulent pas le reconnaître. Donc, je pense que c'est unique dans l'histoire de l'humanité. Je pense qu'en l'espace d'une vie. Parce que ce que je vous raconte là, c'est 40 ans. C'est rien. C'est-à-dire, c'est vraiment un instant dans l'histoire de l'humanité. C'est rien du tout. On n'a jamais vu une population changer comme ça, aussi vite et aussi profondément. Je pense dans toute l'histoire de l'humanité. Je pèse mes mots.

8:54
Présentateur

Alors, justement, vous avez des prises de position qui sont courageuses, qui sont fortes, mais qui vous désignent souvent comme une cible pour vos opposants, vos adversaires. Donc, je pense bien sûr récemment au rapport au rappeur Youssoupha, qui a écrit à votre sujet. Je mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d'Éric Zemmour. Est-ce que vous recevez régulièrement des menaces ? Et au fond, est-ce que vous vous sentez menacé ? Est-ce que vous avez peur ?

9:17
Éric Zemmour

Vous savez, là, ce vers, si j'ose m'exprimer ainsi, de Youssoupha, puisque c'était dans une chanson de rap. Je ne sais pas si on dit un vers. C'est une très vieille histoire. Ça a 10 ans. C'était le temps où j'étais chroniqueur chez Ruquet. Et les menaces, vous savez, elles sont permanentes. C'est-à-dire que ma vie a changé depuis une dizaine d'années. Moi, j'aime marcher, j'aime prendre le métro, je suis quelqu'un qui aime me retrouver seul pour réfléchir, etc. Et donc, je peux de moins en moins le faire. C'est-à-dire que je suis régulièrement interpellé, soit de façon agréable, chaleureuse. La plupart du temps, c'est cela.

Mais aussi, je suis invectivé, insulté, évidemment, toujours par les mêmes, c'est-à-dire soit des jeunes gens issus de l'immigration maghrébine ou africaine, soit, de façon plus rare, mais qui existe, des jeunes militants d'extrême gauche. On reconnaît à leur allure, à leur etc. Et en général, je suis soit donc invectivé, soit insulté, soit même molesté. J'ai déjà été frappé. Dans la rue, dans le métro, etc. Donc, vous vous souvenez de l'anecdote qui a été répandue partout parce que mon agresseur s'est filmé. C'était la première fois lors du premier confinement, le printemps 2020. Et lorsque le président de la République m'a appelé. Mais c'était arrivé très fréquemment avant.

Depuis des mois, ça arrivait tout le temps. J'ai même un type qui m'a frappé à vélo. Qui m'a laissé, d'ailleurs, pendant deux minutes sur le carreau. Donc, si vous voulez, depuis, j'avais été protégé après les attentats de Charlie, donc en 2015. Et puis, la préfecture de police m'avait retiré la protection. Et là, depuis, je dirais, octobre 2020, je suis de nouveau sous protection policière. Donc, voilà, c'est ma vie quotidienne. Donc, bon, je me suis, je me suis adapté à ça.

11:36
Présentateur

Alors, on va parler un peu de vous. Vous êtes le fils de Lucette, qui était mère au foyer et de Roger Zemmour, ambulancier. Qu'est ce qui a fait dans votre éducation grâce à eux que vous êtes devenu Eric Zemmour ? Quelles valeurs ils vous ont transmis ?

11:52
Éric Zemmour

Oh, c'est assez simple. Je dirais d'abord le culte du travail, de l'école. Et chez ma mère, c'était, je dirais même le sacré au dessus du sacré. C'était l'école. Il fallait que je sois toujours premier de la classe. Quand j'étais deuxième, elle me traitait de poulidor et elle me battait froid pendant quelques jours. Donc, moi, j'ai vraiment été élevé comme ça. Elle me faisait réciter. Il fallait que j'apprenne tout par cœur, etc. J'avais de la chance. J'avais une très bonne mémoire, donc ça la ravissait. Les fables de La Fontaine, les leçons, etc. Ça, c'est une première chose. Je dirais les traditions familiales.

Les réunions familiales, vous savez, ce sont des familles, on en parlera peut-être, qui venaient d'Algérie, donc des familles méditerranéennes, des familles qui sont très attachées à la famille, aux traditions, où la religion est imprégnée par, en fait, les traditions familiales. Et puis, du côté de mon père, je dirais l'amour de l'histoire de France, de la littérature. L'admiration est perdue pour les grands écrivains français, pour la langue. Par exemple, mon père admirait le Général de Gaulle pour la première raison, c'était son français admirable.

Après, il pouvait discuter de la politique, mais de toute façon, le Général de Gaulle avait un a priori favorable car il parlait un français extraordinaire. Et pour mon père, c'était le signe que ce type était vraiment supérieur. Et puis, évidemment, l'amour de la langue, de la littérature, il vénérait Victor Hugo. Il vénérait... Mon père avait un calepin sur lequel il inscrivait des citations de grands écrivains français. Et puis, évidemment, l'amour de la France, de l'histoire de France, une espèce de vénération pour l'histoire de France et pour la France qui était une espèce de peuple au-dessus, qui donnait le « là » à l'humanité. Moi, j'étais élevé comme ça.

14:00
Présentateur

Alors que votre... Moi, j'étais élevé comme ça. Alors que votre... Moi, j'étais élevé comme ça.

14:01
Éric Zemmour

peut-être ne parlait pas français encore mon arrière alors mon grand père mon grand père encore par les français mais il parlait certainement mieux arabe que français il avait une orthographe très folklorique une syntaxe très approximative mon père déjà on voit que l'école avait fait son travail parce qu'il avait une orthographe remarquable il écrivait très bien ma mère aussi voyez déjà ils avaient été éduqués en algérie et mais effectivement mon arrière-grand-père j'ai connu mon arrière-grand-père maternel mais alors j'ai pas souvenir la langue qu'il parlait j'étais trop petit il est mort centenaire j'ai un souvenir qu'il n'avait pas de numéro de sécurité sociale c'est ça qui m'avait frappé quand j'étais petit n'avait jamais été malade et mais à part ça il avait il avait fait la guerre 14 j'avais mes deux arrière-grand-pères qui avait fait la guerre 14 l'un dans les dardanelles parce qu'on en voyait souvent les pieds noirs là-bas dans les dardanelles et l'autre à verdun et qui avait survécu l'un et l'autre est absolument l'un et l'autre avait survécu alors j'avais aussi un grand oncle qui avait survécu à verdun alors là lui il avait abusé de la de l'agnol parce que alors là il était vraiment mais mais mais je me souviens très bien que je me souviens mais vous savez c'est normal que vous avez des enfants et moi quand j'étais enfant j'étais fou déjà d'histoire de politique et tout ça et donc ça me passionnait tout ça le à la table familiale il racontait la guerre 14 la guerre 40 la guerre d'algérie ils avaient eu ils avaient été toute cette génération avait plongé dans l'histoire comme peu de générations l'avait fait ils avaient tout connu et donc évidemment moi j'étais j'ouvrais grand mes oreilles j'adorais rester à la table à la table des adultes et pas

15:57
Présentateur

en plus de tout ceci qu'ils n'ont pas fait il vous sont avec mode donnez c'est vraiment

16:01
Éric Zemmour

peu d'argent pour de la crise historique puisqu'non et dans ça c'est une gorké donc il ya une bête actuelle dans un temps finalement tout est en sa mauvaise vie et il ne d t-il pas claro que tout ceci sera cela up très successien il ya naturalement beaucoup de Duval vehicles de général Tegel alors ce qui se passe dans les médias 광я du 과 Léon de la guerre baomme Mais il faut bien comprendre ce qui se passait en Algérie. La plupart des gens étaient très pauvres. La plupart des pieds noirs étaient très pauvres. En plus, nous, on était dans une situation ambivalente, c'est-à-dire qu'on n'était pas pieds noirs au départ. Vous savez, les pieds noirs, on fait souvent la confusion.

Les pieds noirs sont des gens qui ont colonisé l'Algérie, qui sont venus de France. Nous, on était là. On a été colonisés par la France. On était là. On est des Juifs berbères qui habitaient là depuis depuis 1000 ans. D'ailleurs, on a été nous-mêmes colonisés par les Arabes. Donc, si vous voulez, la colonisation française, ce n'était pas la première colonisation. Loin de là, l'Algérie a toujours été colonisée. D'abord, l'Algérie ne s'appelait pas l'Algérie. Puisque c'est la France qui l'a nommée l'Algérie. C'est la France qui a défini ses frontières. C'est la France qui l'a inventée.

Avant, c'était une terre colonisée et dont le colonisateur, qu'il soit espagnol, ottoman, arabe, ne s'occupait pas du tout. Il n'y a que la France qui a construit des hôpitaux, des routes, des chemins de fer, des ponts, etc. Et si vous voulez, pour moi, la colonisation a été une bénédiction. Je dis toujours ça. Je bénis la France. C'est nous avoir colonisés. Et donc, quand vous comprenez quand le général de Gaulle a donné l'indépendance à l'Algérie, mais ma famille, qui était très, très pauvre, mon grand-père paternel était cordonnier. Il avait neuf enfants. Ça faisait beaucoup rire mes enfants quand mon père leur racontait qu'il partageait une orange pour quatre.

Imaginez la tête de mes enfants dans les années 2000. Ils riaient beaucoup de leur grand-père. Ils se moquaient beaucoup. Moi, j'étais entre les deux. J'ai entendu ces récits-là. Et puis, j'ai connu les débuts de la société de consommation dans les années 60. Je n'ai jamais vécu cette misère-là. Je vous rassure. Et mes parents, pour mes parents, ça a été une bénédiction de venir en France. Ils ont pu travailler sérieusement. Ils ont pu nourrir leurs enfants. Ils ont pu progresser dans la société. Mon père, vous lui dites, vous disiez qu'il était ambulancier, mais il avait dix ambulances. Oui. Quand il est commencé jeune, il était préparateur en pharmacie.

Puis, comme il ne gagnait pas assez puisqu'il avait deux enfants, il a pris une ambulance. Il a pris deux ambulances. Il a eu dix ambulances en quelques années. C'était ça, la France des années 60. Pour quelqu'un, je vous dis, dont le père n'arrivait pas à faire vivre neuf enfants et qui était cordonnier, modeste. Vous voyez, c'était extraordinaire. Donc, je comprends, un, qu'il bénisse la France. Et deux, qu'il n'était pas mécontent d'avoir quitté l'Algérie. Vous voyez, ça a été une félicité pour eux. Ils sont arrivés en France dans une époque extraordinaire, dans un pays magnifique, où ils ont pris toute leur part. On les a laissés travailler comme ils voulaient. On les a récompensés.

Ou leurs enfants étaient à l'école. Vous savez, pour mon grand-père, quand j'ai eu et j'étais diplômé de l'Institut d'études politiques, je pense qu'il ne savait pas très bien ce que c'était. Il a, je m'en souviens très bien puisqu'il est mort quelques mois après, il a descendu pour fêter ça, une bouteille de champagne à lui tout seul. Et personne n'a pu lui prendre la bouteille de champagne. Pour lui, c'était quelque chose de mythique. C'est ce que j'ai lu dans Camus, vous savez, dans le premier homme. Le dernier homme, je ne sais jamais. Son livre autobiographique est sublime. D'ailleurs, moi, j'ai retrouvé tout exactement tout ce que j'avais vécu. Exactement la même histoire.

L'Algérie, la pauvreté, l'école, la littérature française et la réussite scolaire parce que parce que l'école française était extraordinaire et qu'elle permettait à tous les enfants travailleurs et méritants de monter très, très vite. Et ça, vous imaginez pas en deux générations quand on nous dit aujourd'hui. Ah bah oui, il faut cinq générations. Mais c'est pas vrai. Ce n'est pas vrai. J'en porte témoignage.

20:25
Présentateur

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Alors, j'ai découvert que Zemmour, en berbère, signifiait Olivier. Est-ce que vous êtes un homme de paix, Éric Zemmour ?

21:19
Éric Zemmour

Oui, ça signifie Olivier en berbère, car il y a... Vous savez, c'est un Olivier très particulier. J'ai un téléspectateur marocain. Quand j'étais chez Ruquier, quand j'étais à On n'est pas couché, qui m'a envoyé une photo de cet Olivier. Ce n'est pas un Olivier comme en Provence. C'est un Olivier particulier qui a une énorme base et qui est gigantesque et qui a la particularité de vivre très vieux, centenaire, et qui a une autre particularité. Je tiens toujours de ça, de ce charmant monsieur que je n'ai jamais vu et qui m'avait écrit tout ça. Il m'avait dit que les femmes vont devant cet Olivier pour raconter leur malheur. Je trouve ça très mignon.

Et donc, voilà, c'est ça, Zemmour en berbère. Et effectivement, je suis profondément un homme de paix. Je le pense vraiment, ce n'est pas par antiphrase, mais je suis un homme de paix au sens, évidemment, de la vieille devise, si tu veux la paix, prépare la guerre. C'est-à-dire que c'est le pacifisme qui prépare la guerre et c'est la défense farouche de son identité, de sa terre, de son pays, de son histoire qui permet la paix, la paix dans l'honneur. On connaît tous ça. On ne devrait même plus se poser la question. Vous savez, je dis toujours ça. Je comprends, moi, après 14-18, que les Français soient devenus pacifistes. Car ils avaient connu la paix. C'est la pire boucherie de l'histoire.

Et donc, on peut comprendre les erreurs qu'ils ont commises dans les années 20, dans les années 30. On peut comprendre tout le courant pacifiste, brillant. On peut même comprendre Céline. On comprend pourquoi on refusait de se battre encore une fois contre les Allemands. On peut comprendre. C'était une erreur, mais on peut comprendre cette erreur. Mais aujourd'hui, les gens qui sont pacifistes, aujourd'hui, ce sont les gens qui ne veulent pas voir la réalité, la réalité du grand remplacement, la réalité. De ce que j'appelle la colonisation islamique. Ceux-là n'ont qu'une excuse. Ils n'ont pas l'excuse de 14.

Et donc, effectivement, ces gens-là sont des pacifistes qui confondent la soumission avec la paix. Je pense que c'est moi qui défends le mieux la paix parce qu'on n'aura pas la paix si on se soumet. Là, au contraire, on aura la guerre et on aura une guerre terrible. Et moi, je fais tout pour éviter à nos enfants cette guerre qui s'annonce et qui a déjà.

23:55
Présentateur

Vous me faites un peu penser à la figure de l'honnête homme du 17e, lucide et désespéré, mais toujours avec une espèce d'énergie joyeuse. C'est-à-dire que vous pouvez dire les choses les plus angoissantes, mais avec. Je ne sais pas comment dire. On ne vous sent pas. On ne vous sent pas abattu. Et je me demandais, est-ce qu'il vous arrive d'être triste? Et dans ces cas-là, qu'est-ce que vous faites?

24:21
Éric Zemmour

Je pourrais vous dire la fameuse phrase, je crois, de Montesquieu. Il disait il n'y a pas une heure de tristesse qu'un livre n'est pas effacé ou dissipé. J'ai ça, j'ai ce moyen là. Effectivement, vous avez raison. Je suis un désespéré combatif. C'est-à-dire que vous savez, c'est la fameuse phrase de Bernanos qui dit l'optimisme, c'est une lâcheté, alors que le pessimisme. Le pessimisme surmonté doit être notre comportement. Moi, je pense que c'est du pessimisme surmonté. Je suis pessimiste. Je pense effectivement que les lois démographiques sont des lois d'airain et qu'elles s'imposent de plus en plus à nous et qu'il nous faut absolument réagir. Il nous faut absolument résister.

Sinon, nous allons à la catastrophe. Et je pense que la politique, c'est ça. Je pense que la politique, c'est. Pouvoir. Prédire précisément, ça nous ramène à notre discussion du début sur Bainville. Prévoir absolument l'avenir, le tragique de l'avenir pour pouvoir l'éviter. Si on ne veut pas voir ce qui va nous arriver et si on ne veut pas voir le tragique de ce qui va nous arriver, on ne prévoit pas et on ne prend pas les mesures nécessaires pour l'éviter. Et c'est exactement ce qui est en train de nous arriver. C'est exactement là où nous emmène toute la classe politique. Et tous les et tous nos dirigeants depuis 40 ans, vous êtes de confession juive.

Est ce que vous êtes très pratiquant ou là, je suis, je suis très modérément pratiquant. Je j'ai gardé, je vous dis, j'ai été élevé comme ça dans les dans les dans les traditions. Pour moi, la religion est reliée à une tradition familiale. Donc j'aime tout ce qui a trait à la famille, tout ce qui a trait aux retrouvailles familiales. Mais je vous parlais de ma famille tout à l'heure. Voyez, par exemple, mon grand père, lui, était très pratiquant. Mon grand père, vraiment, connaissait très bien la Torah, les enseignements de la loi juive et pratiquait très strictement. Petit à petit, on a édulcoré la pratique, mais c'est assez logique.

Je pense que moi, c'est ce que je pense que c'est là les conséquences de la francisation. C'est à dire que si on avance dans l'étude des textes. C'est à dire que si on avance dans l'étude des textes. Dans l'étude des textes. Dans l'étude des religions. Dans l'étude des religions. C'est assez simple. Il y a la religion juive qui est une orthopraxie, c'est à dire que c'est une religion qui repose sur la pratique très stricte de commandements très définis et qui définissent toute votre vie. Vous devez manger ceci, pas manger cela, faire ceci, faire cela. Il y a 613 commandements. Oui, c'est pareil. Et moins pour les femmes, je crois. Et il y en a.

Non, non, c'est pas qu'il y en a moins pour les femmes. Non, non, non, non. C'est que simplement, les femmes sont considérées comme représentantes. Elles perpétuent la tradition. Puisque dans la structure traditionnelle familiale, c'est elles qui tiennent la famille. Donc, comme moi, j'ai toujours pensé que la religion juive est d'abord une religion pour préserver la famille. Donc, vous voyez, imaginez le rôle absolument décisif et fondamental qu'on alloue aux femmes. Donc, voilà le qu'est ce que c'est que le catholicisme, le catholicisme, le christianisme? C'est justement. Justement, on part de la base du judaïsme et on édule corps et on a.

Et on réduit les considérations pratiques pour faire faire mettre le projecteur sur l'amour et sur sur la foi. C'est à dire qu'on part de la loi avec un L majuscule et on va petit à petit vers la foi et l'amour subverti la loi. C'est une vraie dialectique, d'ailleurs très intéressante entre les deux religions. Qui a donné la modernité? Et je pense que vous savez, c'est la fameuse réflexion de Saint Paul à qui on vient dire est ce que les nouveaux chrétiens doivent se circoncire et qui dit non, c'est la circoncision du cœur. Pour moi, le christianisme par rapport au judaïsme, c'est ça.

Et donc, évidemment que quand on est en France, quand on vient en France, j'allais dire vous allez comprendre, c'est un néologisme, évidemment, mais on christianise sa pratique religieuse. C'est à dire que. C'est à dire qu'on s'arrache à une pratique très stricte et très rigoriste pour atténuer, pour alléger le poids de cette pratique. C'est la logique assimilationniste. Ça ne veut pas dire qu'on se renie. Ça ne veut pas dire qu'on est apostat. Ça ne veut pas dire qu'on renonce à sa religion, ni même qu'on se convertit. On peut se convertir, mais c'est une autre démarche. Mais vous voyez, je pense que c'est la logique de la France et du christianisme. Et je pense que j'ai vécu tout bêtement.

C'est cette évolution là. Et en plus, dans une époque où, contrairement à aujourd'hui, je suis la dernière génération qui a vécu l'assimilation telle qu'on la vivait en France pendant des siècles, en particulier pendant le 19e siècle. Je vous donne un exemple. Dans mon enfance, un juif, même très pratiquant, ne sortait pas avec une calotte sur la tête. D'ailleurs, on disait calotte et non pas kippa. Ça amuse beaucoup mes enfants. Vous voyez. On employait le mot français. Et même mon grand-père, qui était très religieux, mettait une casquette. Il aurait considéré ça comme une provocation inutile d'afficher comme ça sa religion dans l'espace public. C'est comme ça qu'on a été élevé.

C'était ça le contexte de ce qu'on appelait l'assimilation.

30:12
Présentateur

Et c'était davantage lié au respect de la laïcité qui était récente et qui avait été imposée dans des conditions assez difficiles. Ou c'était le respect de l'identité française.

30:22
Éric Zemmour

Mais je vais vous dire que c'est les deux. C'est-à-dire qu'on ne veut pas le voir aujourd'hui. Mais la laïcité avait une règle et il avait un esprit. La règle, on la connaît. C'est la liberté religieuse et la neutralité de l'État. Mais l'esprit, c'est la neutralité des gens, qu'on le veuille ou non. On ne veut plus le voir aujourd'hui. C'est la discrétion, le devoir de discrétion. Dans l'espace public. On ne fait pas état de sa religion. Pour une raison simple que tous les démocrates peuvent comprendre. Le débat rationnel ne peut plus être rationnel si on met Dieu dedans. C'est assez simple à comprendre. Si à partir d'un moment, l'argument ultime, c'est Dieu l'a dit. La discussion est close.

Donc, c'est pour ça qu'on ne doit pas mettre Dieu dans l'espace public. Tout bêtement. Et donc, vous avez tout à fait raison. Un, c'est par respect de la laïcité telle qu'elle était comprise à l'époque par tout le monde. Parce qu'il y a eu un travail de déconstruction depuis les années 80 que j'ai bien observé, que j'ai vécu. Parce qu'évidemment, ça s'opposait à ce qu'on m'avait appris dans mon enfance. Tous les théoriciens modernes de la laïcité, tous les Baudelot et compagnie qui nous ont expliqué que la laïcité, ce n'était que la liberté religieuse. Mais c'est faux. C'est faux. Ces gens-là ont éclairé uniquement le texte.

C'est parce que Briand n'avait pas besoin de le rajouter qu'il y avait le reste. Et c'était aussi le respect de l'identité française. Vous avez tout à fait raison. C'est-à-dire que la France était chrétienne. Et donc, d'ailleurs, mes parents adoraient la beauté des églises, etc. Et par exemple, je vais vous donner, pour vous dire jusqu'où on allait. Au 19e siècle, quand on construisait des synagogues, vous remarquerez, les synagogues sont derrière des façades d'immeubles. Pourquoi ? Parce que le paysage devait être uniquement composé d'églises. C'était une règle imposée par Napoléon III, qui était pourtant ô combien philo-sémite, par la Troisième République, etc.

Ce n'est pas une règle vichyste, loin de là. Et que les Juifs, évidemment, respectaient à la lettre. Donc c'était ça. Vous voyez, c'est tout un cadre. C'est ça la conception de la laïcité française. C'est au-delà de l'article... L'article 1 et l'article 2 de la loi de 1905.

32:47
Présentateur

Donc le premier changement de ce point de vue architectural, c'est peut-être la mosquée de Paris, construite en 1920. Et elle s'assume pleinement. Absolument. Avec un style oriental.

32:56
Éric Zemmour

Absolument. Mais vous avez raison. Ce n'est pas le style. C'est le fait de ne pas se mettre derrière une façade d'immeubles. Ça, c'est très choquant.

33:03
Présentateur

Et pourquoi l'islam est également une orthopraxie ? Absolument. Pourquoi l'islam a plus de mal aujourd'hui à s'assimiler ? Est-ce que c'est parce que l'islam a été wahhabitisé ? Dans les années 70-80 ? Ou est-ce que c'est lié à quelque chose d'autre, plus fondamental ?

33:19
Éric Zemmour

Je pense que d'abord, le salafisme, le wahhabisme, c'est le retour à l'islam des origines. Salaf, ça veut dire ancêtre. Il faut arrêter avec ça. Il faut arrêter de nous faire croire qu'il y a un islam qui n'était pas le salafisme. Il peut y avoir des musulmans qui ne sont pas salafistes, ça bien sûr. Mais l'islam, c'est le salafisme. C'est l'islam des origines. Ça, c'est une première chose. Deuxièmement, alors là, vous posez une question historique. C'est-à-dire qu'il y a plusieurs raisons. La première raison, c'est que le judaïsme a vécu depuis 2000 ans en terre européenne.

Et qu'il a toujours été une minorité qui a dû composer avec la majorité qui était chrétienne et qui était inspirée de culture grecque. D'ailleurs, le judaïsme lui-même a été fécondé par la culture grecque. C'est la grande rivalité intellectuelle dans l'Antiquité romaine entre la philosophie grecque et la religion juive. Et c'est d'ailleurs toute la théorie. Je lis beaucoup des gens comme Alan Bloom, des gens comme Léo Strauss, qui vous expliquent très bien, tous ces grands intellectuels universitaires américains, qui vous expliquent très bien comment l'Occident, c'est le lien, la rencontre entre le judaïsme et la philosophie grecque.

Entre la philosophie qui domine la religion, c'est Athènes, et la religion qui domine la philosophie, c'est Jérusalem. Et cette rencontre-là, qui n'est pas sans affrontement, mais cette rencontre-là donne l'Occident et donne le christianisme. Et Rome dans tout ça. Et c'est Rome la synthèse de ça, évidemment. Et Rome, le premier Rome, c'est-à-dire la Rome antique et la Rome chrétienne, évidemment. Et donc, on voit bien tout ça. Donc, l'islam est un judaïsme qui n'aurait pas accepté d'aller au bout de la fécondation grecque. Vous voyez, il y a le formidable livre de Guggenheim là-dessus. Le... Le... Mont-Saint-Michel. Voilà, merci. Ah oui, le Mont-Saint-Michel.

35:34
Présentateur

Aristote au Mont-Saint-Michel.

35:36
Éric Zemmour

Aristote au Mont-Saint-Michel, merci. Qui explique très bien comment l'islam du Moyen Âge, accepte l'héritage grec quand il s'agit de médecine et le refuse quand il s'agit de philosophie. Tout simplement parce que l'islam ne veut pas que la philosophie prenne le pas sur la pratique religieuse. Ça, c'est... Et ne veut pas accepter l'interprétation. Alors que les juifs qui ont perdu leurs terres, qui ont été chassés par les romains, par Adrien qui a détruit Jérusalem, sont obligés, selon moi, de réinventer une autre religion qui s'accroche uniquement au texte et à l'interprétation.

Et donc là, alors que vous avez tout à fait raison, au départ, l'islam, c'est un judaïsme retrouvé, après la grande transgression chrétienne de l'incarnation et de l'amour. D'ailleurs, c'est ce qu'explique Marcel Gaucher dans son livre Le Désenchantement du Monde. Mais avec une différence, déjà. C'est que, un, il n'y a pas de prosélytisme, et deux, il y a le droit de l'interprétation. Et la troisième différence, c'est que l'islam est chassé d'Occident, et ne... et ne... à part l'Espagne, qu'ils vont conquérir et qui vont coloniser pendant sept siècles. Donc là, il y a déjà une histoire différente. Et là, je peux vous dire, moi, ce qui s'est passé vraiment.

En Algérie, déjà, c'est avant le salafisme, c'est avant tout ça. En Algérie, qu'est-ce qui se passe ? Et là, je... c'est mon histoire. Les Français arrivent donc en 1830, 1840. Les familles juives mettent leurs enfants à l'école française. Y compris les filles. Pas les musulmans. Pas les musulmans. En 1870, en 1865, Napoléon III propose aux juifs et aux musulmans, on ne le dit jamais, un senatus consulte, c'est comme ça qu'on disait, qui permet à tout individu qui accepte d'abandonner son statut personnel, j'expliquerai ce qu'est le statut personnel, de devenir citoyen français. Juifs et musulmans à égalité. Il y a quelques milliers de juifs qui le font.

Il faut dire qu'ils sont très peu nombreux. Les juifs sont algériens déjà. Et quasiment aucun musulman. En 1870, les juifs d'Algérie obtiennent le décret crémieux qui leur donne la citoyenneté française en échange de l'abandon du statut personnel. Les musulmans ne l'ont pas parce qu'ils le refusent. Alors que les juifs d'Algérie l'acceptent. D'ailleurs, certains, et en particulier les rabbins, ne le voulaient pas. Et je vais vous expliquer pourquoi. Et c'est la pression d'une partie des juifs d'Algérie et aussi des juifs de France, le consistoire qui avait été installé par Napoléon, etc., qui les pousse à accepter. Les musulmans refusent. Qu'est-ce que c'est ce statut personnel ?

On est au cœur du sujet. Le statut personnel, c'est le fait...

38:28
Présentateur

C'est conserver des droits traditionnels.

38:30
Éric Zemmour

C'est le fait, pour les juifs comme pour les musulmans, puisque ce sont deux orthopraxies, d'être régentés par leur... droit religieux. Puisque l'islam, comme le judaïsme, ce sont d'abord une loi. Avec un L majuscule.

38:46
Présentateur

En droit civil uniquement, c'est ça ?

38:48
Éric Zemmour

Bien sûr, c'est-à-dire le mariage, l'héritage... La vie, quoi. Ce que je vous ai dit. Donc c'est un droit. C'est une loi avec un L majuscule. Le judaïsme comme l'islam. Abandonner le statut personnel, ça veut dire que la loi avec un L majuscule ne régit plus votre vie de tous les jours. Et que vous vous sommitez au code civil français, en l'occurrence napoléonien. C'est ça que les juifs acceptent. C'est ça que les musulmans refusent. Après la guerre 14, la France va de nouveau le proposer aux musulmans. Ils vont de nouveau refuser.

Donc quand on dit, aujourd'hui, à la suite de la propagande du FLN et de la propagande de l'extrême gauche, que les juifs ont eu un sort privilégié par rapport aux musulmans en Algérie, c'est faux. Ils ont eu un sort privilégié car ils ont accepté de renoncer à leur statut personnel. C'est pas pour une autre raison. Et donc après, d'ailleurs, les fameux accords Blum-Violette vous savez, en 1936, là il y a déjà un renoncement de la République. Parce que le rapport Blum-Violette accordait la citoyenneté française aux musulmans d'Algérie même s'ils ne renonçaient pas à leur statut personnel.

Et c'est pour ça, que les pieds noirs ont protesté et ont obtenu l'abolition de ce projet de loi français socialiste. C'est ça toute l'histoire, qu'on ne raconte jamais. Et donc aujourd'hui, quand vous avez, vous savez les fameux sondages qui disent est-ce que vous pensez que la charia est supérieure à la loi de la République et qu'une majorité de jeunes musulmans dit oui, les chrétiens, les chrétiens sincères, croient que ça veut dire ah oui, la loi naturelle est au-dessus de la loi de la République. Les chrétiens s'identifient à ça. Ils comprennent ça comme ah oui, mais moi aussi je comprends, après tout, il y a des lois au-dessus de la loi de la République, la loi de la vie, etc.

Mais ils se méprennent. Ils pensent, comme dit Rémi Brague, que l'islam est un christianisme pour les arabes. C'est une naïveté. Il ne s'agit pas de la loi naturelle. Il s'agit de la loi au sens où je vous l'ai dit. C'est-à-dire la loi avec un L majuscule, la loi droit, la loi code juridique, la loi code civile. C'est ça que ça veut dire. Ça ne veut pas dire du tout la même chose. Et là, les chrétiens se leurrent ou veulent se leurrer ou se leurrent par ignorance. Il faut bien comprendre ça. Et c'est le vrai problème que pose l'islam aujourd'hui. Que posait le judaïsme ? Depuis toujours. Qui a été réglé par Napoléon Ier en 1806 ?

C'est-à-dire que Napoléon Ier leur a dit et c'est très simple, on était sous le régime du concordat, pas pour la loi de la laïcité. Il leur a dit, c'est très simple, vous avez des règles, il faut y renoncer. Si elles contreviennent à mon code civil, c'est ça la discussion de Napoléon avec le fameux Sanhedrin et les autorités juives. Et il ne leur laisse pas le choix. Et il leur dit, parce que si vous voulez, dans le Talmud il est écrit qu'on peut par exemple sauver la vie d'un juif mais pas d'un non-juif parce que c'est le samedi, etc. Et Napoléon leur dit à partir de maintenant, vos compatriotes non-juifs sont vos frères. Exactement. Et que Paris c'est Jérusalem. Et le Sanhedrin dit oui.

Et on a le même problème aujourd'hui avec l'islam qui écrit noir sur blanc qu'il y a une triple inégalité en vérité entre les musulmans et les non-musulmans. Entre les hommes libres et les esclaves. Entre les hommes et les femmes. Donc on met toujours en avant cette inégalité entre les hommes et les femmes qui est évidemment importante. Mais sans doute la plus importante c'est entre les musulmans et les non-musulmans. C'est-à-dire qu'ils ne considèrent pas les français comme leurs frères. En revanche, ils vont considérer les non-français musulmans comme leurs frères. C'est ce qui est écrit noir sur blanc dans le Coran. Il faut poser cette question aux musulmans français.

Qui sont vos frères ? Le problème c'est que s'ils répondent que ce sont les français non-musulmans ils contreviennent au Coran. Alors qu'est-ce qu'ils vont choisir ? Je pense qu'ils font les obliger à choisir. C'est toute la dialectique. Et c'est la dialectique des juifs. Et les juifs ont répondu à Napoléon oui, les français non-juifs sont nos frères à partir de maintenant. Ça n'est rien, mais c'est fondamental.

43:19
Présentateur

Qu'est-ce que vous pensez du propos de Patrick Buisson récemment ? Est-ce que vous préférez une Lolita en string ou une femme voilée ? Est-ce qu'il ne meurt pas lui aussi à sa manière ?

43:29
Éric Zemmour

Il est exactement le cœur de ce que je viens de dire. Le cœur. Je ne peux pas faire mieux. Patrick Buisson je lui réponds parfaitement en vous expliquant ce que je viens de vous expliquer. Je pense qu'il se trompe. Volontairement ou involontairement, il ne comprend pas ce qu'est l'islam. Je répète, l'islam n'est pas un christianisme pour les arabes. Et la Lolita en string est simplement mal élevée. Et il faut l'éduquer mieux. Il faut lui apprendre les règles. C'est à sa mère de lui apprendre les règles de ce qui se fait, de ce qui ne se fait pas, de la réserve, de la bonne éducation. Ça se faisait avant dans France naturellement. Quelle que soit la classe sociale.

La femme en voile est tout aussi respectable en tant qu'être humain. Mais qu'est-ce que ça signifie la femme voilée ? Ça signifie, voilà, l'islam s'impose en France. C'est une mosquée ambulante. Ça signifie que la France devient un pays islamique. Et je l'assume dans la rue. J'islamise votre paysage urbain. C'est ça que ça veut dire. Ça n'a rien à voir avec une Lolita. Et encore une fois, contrairement à ce que croit Buisson, ça n'a rien à voir avec la dignité. Ce n'est pas une bonne soeur. Ça n'a rien à voir. Vous comprenez ? Ça veut dire mon identité musulmane est supérieure à toutes les autres.

Ça veut dire vous, les Français et les Françaises qui n'êtes pas voilées, vous n'êtes pas mes soeurs. Et ça veut dire tout simplement ma loi musulmane s'impose en France. Mais c'est tout à fait légitime puisque pour le Coran le monde est partagé en deux. Il y a le Dar el-Islam et le Dar el-Hab. Le Dar el-Hab, ça veut dire le monde de la guerre. Le monde de la guerre, on lui fait la guerre parce qu'il est infidèle pour qu'il devienne le monde de l'Islam et qu'il reçoive la paix puisqu'il se soumettra. C'est ça la... Comment vous dire ? Vous savez, l'Islam, ça vient de... Comment dire ? C'est à la fois la soumission et ça veut dire salam, la paix. Pourquoi c'est la même origine ?

On n'a la paix que si on se soumet à l'Islam. Il y a une phrase de Mahomet qui dit ça. Si vous vous soumettez,

45:59
Présentateur

vous aurez la paix. Alors, vous dites parfois que vous avez été élevé par des femmes et qu'elles vous ont, je cite, appris à être un homme. Qu'est-ce que c'est qu'être un homme, Éric Zemmour ?

46:11
Éric Zemmour

Bonne question qui est complètement aujourd'hui politiquement incorrecte puisqu'aujourd'hui, on nous explique qu'être un homme, soit ça n'existe pas, soit c'est nuisible. Donc moi, je suis resté à des choses simples. Vous savez, quand j'étais enfant, les cousins de ma mère me racontaient qu'en Algérie, ils se battaient pour protéger ma mère quand elle était en danger parce que paraît-il, elle était très jolie et donc elle était l'objet de mini-agressions, etc. Et pour moi, être un homme, c'est d'abord ça. Moi, j'ai été élevé comme ça. Il y a aussi le mythe français de la chevalerie, de l'amour courtois, le seigneur au pied de sa dulcinée qui se bat pour elle, qui porte les tendards, etc.

J'ai toujours été fasciné par ça et qui correspondait... Donc pour moi, être un homme, c'est tout ça. Aujourd'hui, on a un vrai problème, c'est que on a une idéologie féministe qui ne se... qui ne défend pas les femmes, qui ne défend même pas l'égalité, qui défend l'indifférenciation. Et quand on se bat contre l'indifférenciation, c'est-à-dire qu'on veut simplement dire qu'un homme est un homme et une femme une femme avec des qualités, des défauts, etc. Et qu'après, chacun nuance ça, évidemment, à sa façon, on nous fait passer pour un misogyne, un affreux macho, un afroréac. Moi, je n'ai pas l'impression que ce soit le cas.

Et au contraire, je pense que la plupart des femmes pensent la même chose.

47:53
Présentateur

Imaginez que je suis une femme et que je vous dise, moi, Éric Zemmour, je ne peux plus vous regarder dans vos émissions parce que vous êtes un misogyne. Qu'est-ce que vous me diriez pour me rassurer ?

48:03
Éric Zemmour

Ce n'est même pas pour vous rassurer. Je ne tiens pas à vous rassurer. Je dirais simplement être misogyne, c'est ne pas aimer les femmes. Je ne vois pas pourquoi... Qu'est-ce qui ferait dire que je suis misogyne ? Il y a d'ailleurs des misogynes flamboyants. Jacques Brel était un misogyne flamboyant. Ce n'est pas... Ça fait partie d'un folklore ou d'une souffrance. Moi, ce n'est même pas le cas. Je n'ai absolument rien contre les femmes. Je vous dis, mon seul adversaire, c'est ce féminisme indifférentialiste. Ce n'est pas différentialiste, c'est indifférentialiste. Et je pense que ce féminisme-là est absolument criminel et dangereux et totalitaire.

Et maintenant, il ne faut pas se voiler la face, même si les militantes féministes professionnelles passent leur temps à se voiler la face sans mauvais jeu de mots. Qu'est-ce qui met en danger aujourd'hui les femmes ? Qu'est-ce qui est... Quelle est la religion qui les voile, qui les enferme, qui leur interdit de porter des robes ? Quels sont les gens qui insultent des jeunes femmes qui sont en robe ? Quels sont les gens qui crachent par terre quand une jeune femme est habillée de façon trop courte, une jupe trop courte ? Je ne parle même pas des agressions, des insultes, des viols, etc. Il faut arrêter.

Je pense qu'aujourd'hui, celui, l'homme qui défend le mieux et qui protège le mieux les femmes et qui est le moins misogyne du monde, c'est celui qui, justement, se bat contre l'immigration qui nous vient du sud de la Méditerranée, d'une civilisation qui enferme les femmes. Je vous ai dit tout à l'heure, il y a une triple inégalité à l'origine de l'Islam, qui définit l'Islam. Et une de ces trois inégalités, c'est entre les hommes et les femmes.

C'est le contraire du christianisme, c'est le contraire de la phrase de Saint Paul, vous savez, il n'y aura plus de juifs, il n'y aura plus de grecs, il n'y aura plus d'hommes, il n'y aura plus de femmes, il n'y aura plus d'hommes libres, il n'y aura plus d'esclaves, car tous seront rassemblés en Jésus-Christ. C'est la phrase de Saint Paul qui est l'antithèse de l'Islam, puisque l'Islam dit exactement le contraire. Notre civilisation, et ce n'est pas pour rien qu'il y a cette promotion des femmes dès le Moyen-Âge, dans les couvents, enfin, je ne vais pas refaire Régine Pernaut, mais l'historienne a raison là-dessus. Il n'y a pas besoin d'être féministe pour dire ça.

Vous voyez, c'est simplement une différence de civilisation. Moi, je sais à quelle civilisation j'appartiens. Je sais d'ailleurs que mes ancêtres venaient d'une civilisation où c'était différent. Donc je sais d'où je viens et je sais où je vais. Mais ça ne veut pas dire qu'on est obligé pour cela de se soumettre à tous les délires féministes. Et d'ailleurs, vous remarquerez, et c'est le dernier paradoxe, c'est que toutes ces militantes qui voient derrière tout homme, dès qu'il est blanc, hétérosexuel et plus de 50 ans, un violeur en puissance, la fameuse culture de viol, alors là, quand l'agresseur ou le violeur est maghrébin ou africain, elles ont les yeux de chimène pour lui.

C'est Caroline de Haas qui dit qu'il faut élargir les trottoirs et c'est d'autres qui vont traiter de racistes tous ceux qui vont se plaindre de ces agressions et qui vont désigner les agresseurs. Aujourd'hui, dans toute l'Europe, il n'y a pas qu'en France, en Allemagne, en Suède, dans tous les pays qui ont accueilli par millions des migrants les viols de jeunes femmes blanches à exploser. Tout le monde le sait. Il y a des pays où les statistiques sont édifiantes. Je crois qu'aujourd'hui, le premier danger pour les femmes, ce n'est pas une controverse philosophique et idéologique sur ce qu'est le féminisme.

Aujourd'hui, le premier danger pour les femmes, c'est pour leur vie, pour leur intégrité physique, et on sait d'où vient le danger. Je pense que je suis au contraire, le contraire d'un misogyne, puisque je défends l'intégrité de nos femmes, des femmes de notre civilisation, à rester en vie, tout simplement. Je ne vois pas quel est le meilleur défenseur que moi.

52:31
Présentateur

Est-ce qu'il y a des sujets sur lesquels vous avez changé d'avis ces dernières années, et si oui, lesquels, en découvrant un auteur ou simplement percuté

52:39
Éric Zemmour

par la réalité ? Il y a des sujets sur lesquels je change d'avis, ou sur lesquels, en tout cas, j'hésite. Vous voyez, où je réfléchis, où j'essaye de tester d'autres idées, d'essayer de me provoquer moi-même. Il y a quelques semaines, par exemple, j'ai beaucoup choqué des gens en disant que je m'interrogeais sur la légalisation du cannabis. Vous voyez, parce que quand une situation ne me satisfait pas, j'essaye d'aller plus loin, au-delà de ma propre réflexe et de mes propres pensées. Ça ne veut pas dire que je change d'avis, mais que j'essaye de réfléchir. Il y a des auteurs qui me font changer d'avis.

Oui, par exemple, ma vision de la révolution française a radicalement changé depuis que j'ai lu Origines de la France contemporaine d'Otten. Je ne vois plus la révolution française de la même façon. J'ai longtemps regardé ça à la manière de Furet. Moi, je suis un enfant de Furet. Et donc, en gros, c'est le distinguo entre 1789 et 1793. Ce distinguo me satisfaisait, comme beaucoup de gens. Depuis que j'ai lu Taine, je ne le vois plus du tout comme ça. Je pense effectivement que le 93 commence, comme il le dit, le 14 juillet 1789. Que la terreur commence le 14 juillet 1789. Et ça change tout.

Je pense effectivement avec Taine et avec Tocqueville que la révolution française a continué le travail de la monarchie, de centralisation, d'élimination des corps intermédiaires, etc. J'ai une vision effectivement beaucoup plus conservatrice, beaucoup plus, vous voyez, Burke, Taine et d'autres qu'une vision progressiste de la révolution française. Et ce n'est pas négligeable parce que la révolution française non seulement est un événement évidemment majeur dans l'histoire de France on passe notre temps à refaire la révolution française. Donc chaque génération doit se positionner par rapport à la révolution française.

Et évidemment je le fais et je l'ai fait à 20 ans et je ne le ferai pas de la même façon aujourd'hui. Mais même pour une question alors là ça fait longtemps que je n'ai pas changé d'avis vous allez me dire, mais par exemple pour la question de l'immigration et de l'islam j'ai longtemps pensé que il n'y avait aucune raison que l'immigration musulmane ne s'assimile pas à la France comme les immigrations précédentes. J'ai pensé cela. Pour vous dire que ce n'est pas une question ethnique ou raciale si j'ose dire, c'est que après tout je venais de la même région qu'eux. Mes ancêtres les avaient côtoyés. Mes ancêtres parlaient arabe avec eux ou le berbère.

Donc vous voyez, je me disais si je suis parent et que je fais moi il n'y a aucune raison. Tout le monde peut le faire. J'ai basculé en 1989 avec la polémique du voile de Creil. Les quatre jeunes filles, vous savez, qui se sont voilées. Là j'ai compris, si vous voulez, d'où l'importance du voile. J'ai compris qu'il y avait que le chemin on pouvait le faire dans un sens le chemin de l'assimilation mais on pouvait le faire aussi dans l'autre sens. C'est ce que le général de Gaulle appelait la francisation ou la défrancisation. Donc je pense que là c'est le point de départ de la défrancisation. Et depuis nous avons cessé de le parcourir à grandes enjambées.

56:17
Présentateur

Ça fait une quarantaine d'années que vous suivez la classe politique, que vous la connaissez, que vous la fréquentez, que vous l'interrogez. Ne me vieillissez pas. C'est pas 84 ?

56:29
Éric Zemmour

Je pensais 84.

56:31
Présentateur

Et on est plus que 30. Mais donc vous les connaissez, ces gens qui ont dirigé la France. Comment est-ce qu'elle a évolué cette classe politique ? Qu'est-ce que vous en diriez aujourd'hui

56:45
Éric Zemmour

avec le recul que vous avez ? J'ai connu la fin des gaullistes historiques. C'est-à-dire que quand je suivais une réunion du RPR il y avait encore Maurice Couve de Murville, Michel Dobré, des gens comme ça. Alain Perfit. Il y avait encore ces gens-là. C'est-à-dire les gens qui côtoyaient le général de Gaulle, vraiment. C'était pas un mythe. J'ai très bien connu ça, je m'en souviens très bien. J'ai connu aussi évidemment Valérie Giscard d'Estaing. Très bien aussi car le premier parti que j'ai suivi quand j'étais au Quotidien de Paris comme journaliste politique, c'était l'UDF. Et donc Giscard d'Estaing à partir de 88 reprend l'UDF. Et donc j'ai très bien connu Giscard d'Estaing.

Je l'ai vraiment côtoyé. Comme j'ai très bien connu Jacques Chirac. Vous voyez, tous ces gens-là je les ai très bien connus. J'assistais aux réunions de l'UDF avec Raymond Barre, François Léotard, Alain Madelin. Il y avait les réunions du RPR, Pierre Mazot. Vous voyez, des gens comme ça. Michel Debré, je m'en souviens très bien. Je vous dis, Maurice Couvre de Meurville. Jacques Chabondelmas. J'ai connu très bien Jacques Chabondelmas à Bordeaux, etc. Je dirais deux choses très différentes. Et par rapport aux générations d'aujourd'hui, j'ai très bien connu Nicolas Sarkozy. Je l'ai connu vraiment, on était jeunes hommes, si j'ose dire, tous les deux.

Je l'ai vu sauter de joie dans la rue quand il avait appris le premier sondage qui donnait la victoire de la droite en 1993 parce qu'il était sûr d'être ministre puisque Edouard Balladur serait nommé premier ministre. Je m'en souviens très bien. Et la différence est très simple. Première chose, la connaissance intime de l'histoire. Les gens qui avaient connu la guerre, qui avaient connu la seconde guerre mondiale, même Mitterrand avait été né pendant la première guerre mondiale, qui avaient connu la guerre d'Algérie, donc qui savaient que, selon la formule célèbre de Raymond Aron pour Giscard, qui savaient que l'histoire était tragique.

D'ailleurs, j'en parlerai un autre jour, mais je pense que Raymond Aron se trompait. Giscard savait que l'histoire était tragique, mais il pensait qu'elle ne le serait plus. Ce qui est une nuance, mais c'est une autre discussion. Maintenant, ça c'est la première chose. Évidemment, vous voyez bien que, à partir de Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron, ils ont en commun de ne rien connaître de l'histoire. Ni dans les livres, ni dans leur chair. Deuxièmement, la culture.

Je peux vous dire que quand on discutait avec Giscard, ou avec Perfit, ou même avec Balladur, vous voyez, avec des gens comme ça, pas la génération gaulliste, il fallait connaître certains livres, il fallait connaître une histoire de France, ils la connaissaient sur le bout des doigts, ils avaient lu des livres, ils savaient ce que c'était que la littérature. Ils admiraient Maupassant et ils voulaient écrire des romans. C'est vrai qu'il était un peu ridicule. Mais qu'est-ce que ça prouvait ? Ça prouvait qu'il lisait des livres. Tout bêtement. Il lisait des romans, il lisait Maupassant. François Hollande n'a pas lu une ligne de Maupassant. Peut-être Bruno Le Maire ?

Mais Bruno Le Maire, vous avez vu, il fait tache. Il fait tache dans le paysage. Et il le sait très bien, il en joue. Après tout, il a raison. Ces deux éléments-là, je pense que c'est essentiel. Alors maintenant, je dirais que les conséquences, qu'est-ce que c'est ? Les conséquences, c'est que ils ne comprennent rien à l'histoire qui est en train de se vivre. Tout simplement parce que ils n'ont pas, on parlait de Bainville dans le début de notre conversation, pourquoi Bainville prévoit ce qui va se passer dans les années 30 ? Il connaît intimement l'histoire de l'Allemagne et de la France depuis 1000 ans. Et donc, il sait que ça se répète. Et donc, qu'est-ce qui se passe ?

Il va annoncer exactement tout ce qui arrive. Et il va gagner, si j'ose dire. Et là, c'est le contraire. Comme ils ne connaissent rien du passé, ils ne savent pas que c'est en train de vivre. Ils ne connaissent pas, vous savez, la phrase terrible de René Girard dans Auschwitz, son dernier livre, qui dit il nous faut entrer dans une pensée du temps où la bataille de Poitiers et les croisades seront plus proches de nous que la révolution française et l'industrialisation au second empire. Cette phrase, pour moi, détermine tout ce qui est en train de nous arriver.

Mais nos politiques ne la connaissent pas et ne veulent pas la connaître parce que tout simplement, ils ne veulent plus être dans l'histoire. L'histoire n'est pas notre code. Vous savez, selon la phrase de Rabot de Saint-Etienne à la révolution.

1:02:03
Présentateur

Parmi les rares qui sont lucides, qui voient la montée des périls, pourquoi est-ce qu'ils n'agissent pas ? Par lâcheté, tout simplement ?

1:02:11
Éric Zemmour

Oui. Par peur des médias, par peur de leur carrière, par peur, vous savez, il y a des gens qui ont laissé leur carrière pour des choses anodines. Un Charles Millon simplement pour avoir fait un accord avec le Front National en 1998 en régional, ce n'était pas non plus le basculement de la France, il y a perdu sa carrière. Donc, si vous voulez, ils ont peur de ça et puis ils ont peur de la révolte des banlieues et donc d'une situation qu'ils savent absolument imprévisible et incontrôlable.

1:02:53
Présentateur

Une question maintenant, plusieurs commentaires nous ont demandé de vous la poser. Est-ce que vous êtes inquiet ? Ils trouvent que vous ne parlez pas beaucoup des libertés publiques, de la défense des libertés publiques. Et voilà, je voulais vous poser la question face au Covid et plus généralement à la liberté d'expression, etc. Est-ce que vous êtes inquiet pour les libertés publiques ? Et quelles seraient vos propositions pour les défendre ?

1:03:15
Éric Zemmour

Ils ont raison, j'en parle pas assez. Alors que je le vis moi-même. On parlait tout à l'heure de... Mais je vais vous dire, je pense que nous vivons une époque très paradoxale. C'est-à-dire que c'est une époque qui glorifie en permanence la liberté individuelle, qui a fait de l'individu un roi et qui en même temps organise une société pour qu'il y ait le moins de liberté possible, tout simplement parce que inconsciemment, nos maîtres ont compris que la diversité, interdisait la liberté. C'est-à-dire que pour avoir la liberté de penser, pour avoir la liberté de réflexion, d'expression, il faut un corpus culturel commun.

Il faut avoir les mêmes références pour pouvoir s'engueuler sur les références. A partir du moment... Je vais vous donner un exemple. Vous parliez de mon livre La biographie de Bainville. J'ai découvert dans cette biographie que Bainville, historien de l'action française, était un artiste brillant, chantre du pacifisme. J'ai découvert dans ce livre, je l'ignorais, que Maurras était ami de Poincaré, président de la République française, et qu'il se voyait très souvent.

Vous comprenez bien que ces gens-là étaient opposés sur le plan politique, intellectuel, idéologique, mais qu'ils avaient lu les mêmes livres, qu'ils avaient les mêmes références, qu'ils comprenaient les mêmes choses, et que donc, ils pouvaient avoir toute liberté pour s'exprimer, qu'on ne comprend plus aujourd'hui, même dans ses excès, même dans sa violence, parce qu'ils avaient les mêmes références. Quand Léon Daudet, écrivain et élu de l'action française, passait ses séances de la Chambre des députés à insulter Aristide Briand, il le traitait de tous les noms, avec une violence phénoménale. Il le traitait de macro, il le prostituait quand il avait 18 ans.

Vous voyez, on en rit aujourd'hui. Mais l'autre savait très bien les références de Léon Daudet. Et quand il se voyait, il pouvait en rire. C'est ça qu'il faut comprendre. Aujourd'hui, nous sommes exactement dans le sens inverse. Nous avons des gens qui viennent de cultures différentes, de civilisations différentes, avec une ignorance énorme de part et d'autre. Et qui ne réagissent plus qu'en réflexe identitaire. On ne débat plus, on insulte son identité. On se sent insulté. Moi, quand par exemple je critique l'islam, les musulmans se sentent insultés. Je n'insulte personne. Quand on critiquait les communistes, quand on critiquait le communisme, les communistes ne se sentaient pas insultés.

Ils étaient furieux contre celui qui critiquait le communisme. Ils ne se sentaient pas insultés. Et on ne disait pas « Pauvres communistes, qu'est-ce qu'on est dur avec le communisme ? » Non. Donc, c'est ça la différence. Et donc, la loi organise l'absence de liberté. C'est le sens de toutes nos lois sur les discriminations. La loi Pleven, et toutes les lois qui ont suivi sur LGBT, sur les soi-disant incitations à la haine, la première chose à faire pour restaurer des libertés publiques, c'est d'abolir toutes ces lois. La deuxième chose à faire, c'est d'empêcher les associations qui défendent ces minorités, parfois infinitésimales, de saisir la justice.

Ils n'ont pas un intérêt à agir contrairement à... Vous savez, ça n'existait pas avant la loi Pleven de 1972. Sous le général de Gaulle, ça n'existait pas. Sous la Troisième République, ça n'existait pas. Il n'y avait pas de régime plus libéral, au sens propre du terme, qui respecte les libertés que la Troisième République. Ça n'existait pas. Il faut arrêter avec ça. Pour restaurer la liberté, il faut supprimer les lois liberticides et couper et priver de moyens ces associations qui instrumentalisent la justice pour faire taire leurs opposants. J'en sais quelque chose. Je suis harcelé par ces associations. Ils me traînent au tribunal tous les trois mois. Et il n'y a pas que moi.

Ça, c'est la première chose à faire. Maintenant, il y a une deuxième chose qui est Internet. En vérité, qu'est-ce qui s'est passé ? Nous avons vécu, et je dis au passé composé, je dirais même nous vécûmes, parce que c'est fini, je pense, une période assez extraordinaire de quelques années où les réseaux sociaux ont permis de briser le monopole médiatique. Et un monopole médiatique qui était... qui reposait sur une uniformisation idéologique. C'est-à-dire qu'à partir des années 80, je m'en souviens très bien, quand la gauche s'est convertie au libéralisme au nom de l'Europe, quand la droite gaulliste s'est convertie à l'Europe au nom du marché, il n'y avait plus de différence.

Et donc tous les médias sont devenus bien pensants. Et ça a été terrible pour la liberté d'expression. Et les réseaux sociaux ont permis de percer ce monopole. Je compare parfois cette histoire à l'histoire de l'imprimerie. C'est-à-dire que l'imprimerie, au 15ème siècle, l'invention de l'imprimerie, ça permet quoi ? Ça permet d'imprimer la Bible. Et donc ça permet aux chrétiens de lire la Bible. Ils n'ont plus besoin de passer par les prêtres pour savoir ce qu'il y a dans la Bible. Ça s'appelle le protestantisme. Je n'en montre rien. Victor Hugo le dit, Balzac le dit. L'imprimerie provoque le protestantisme. Et Balzac ajoute provoquera la révolution française. Voilà.

Et bien je pense que les réseaux sociaux c'est l'imprimerie de notre temps. Et que les prêtres ce sont les journalistes. Et que les prêtres sont furieux d'avoir perdu leur monopole. Et que donc, qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? On est en train de casser à l'imprimerie. Il ne faut plus qu'il y ait la liberté d'imprimer. Et donc, on dit que pour régler l'incitation à la haine on va verrouiller Internet. On va verrouiller les réseaux sociaux. Alors je ne suis pas en train de faire l'apologie des réseaux sociaux. Vous comprenez ce que je veux dire. Il y a évidemment à boire et à manger. Mais exactement comme l'imprimerie auparavant. Tous les libelles ont trouvé ça scandaleux.

C'est la même chose. Donc, c'est là ce qui est en train de se passer. Et je pense que en 2021 en janvier 2021 le fait que Twitter a fermé le compte de Donald Trump est une date historique. C'est-à-dire que là, on a dit fin du match. Là, ça y est. C'est fini. La liberté sur les réseaux sociaux c'est terminé. Pour moi, depuis janvier 2021. Et ça va être... Ça va se passer pour la présidentielle française. Ils vont tenter. Il y aura une alliance entre le pouvoir macronien et les médias et tous les esprits bien pensants pour verrouiller Internet. Ça, c'est sûr. Je ne sais pas comment ils vont s'y prendre. Il y a déjà eu la loi Avia qui a été retoquée par le Conseil constitutionnel.

Mais ils vont retenter. Ça ne va pas arrêter. Ils vont prendre tous les prétextes. J'ai vu que lorsque le pauvre Samuel Paty a été égorgé par le Tchétchène, qu'est-ce qu'on a dit ? On n'a pas dit c'est l'immigration, on n'a pas dit c'est l'islam, on n'a pas dit... Non, on a dit c'est les réseaux sociaux. C'est extraordinaire. C'est la fameuse phrase sur l'idiot qui monte la lune et l'autre qui regarde le doigt.

1:11:28
Présentateur

C'est la classique. Je reviens à la présidentielle. Très rapidement, quelles sont les forces et les faiblesses, à votre avis, des deux personnalités politiques les plus en vue aujourd'hui, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ?

1:11:42
Éric Zemmour

Leurs forces, c'est leur faiblesse. Leur force, c'est qu'ils sont complices. L'un a besoin de l'autre, l'autre a besoin de l'un. Et donc, ils ont une complicité objective et subjective. C'est-à-dire que chacun se sert de l'autre pour écraser le reste. Et c'est leur faiblesse parce que de plus en plus, Emmanuel Macron parle comme Marine Le Pen et Marine Le Pen parle comme Emmanuel Macron. Ils sont déjà dans un combat de second tour. Ils ont oublié que dans la Ve République, c'est d'abord le premier tour qui détermine. On a des exemples fameux. Jospin, en 2001, Baladur en 1994, on sait comment tout cela a fini.

1:12:24
Présentateur

Certains murmurent que vous pourriez penser à une candidature pour cette présidentielle. Je ne vais pas vous poser la question, ça n'a aucun sens au mois de juin. Mais est-ce que vous pensez, parce qu'on vous voit souvent dans une attitude de sonneur de toxin, mais plus rarement dans une attitude de proposition. Est-ce que vous pourriez vous imaginer dans cette nouvelle peau ?

1:12:48
Éric Zemmour

Je n'ai pas de difficulté à m'imaginer puisque je le fais déjà. Depuis des mois, depuis que je suis tous les soirs à CNews, c'est la logique de l'émission et c'est la logique de mon analyse. Évidemment, quand vous analysez une fois tous les deux ans dans un livre ou une fois tous les trois mois dans une émission de télévision, on n'a pas le temps de vous demander ce que vous faites. Quand vous faites ça tous les soirs, évidemment qu'on finit par vous dire qu'est-ce que vous proposez ? Tout simplement, c'est au-delà de toute arrière-pensée. Effectivement, je fais de plus en plus de propositions. Je pense de plus en plus à comment mettre en application ce que je dis.

Je pense tout simplement que, si vous voulez, je continue de penser que ce qui manque à notre classe politique, c'est le diagnostic. Ils font des propositions dans le vide. Ils ne comprennent pas ce qu'il se passe. De Marine Le Pen à Emmanuel Macron, ils ne comprennent pas ce qu'il se passe. Par exemple, je vais vous donner un exemple. Ils sont tous, maintenant, compris que la sécurité allait être au centre de la présidentielle. Donc, ils font tous des propositions sur la sécurité. Très bien. Mais le sujet, ce n'est pas la sécurité. Ce n'est pas ça, le sujet. La sécurité, la sécurité est un problème parce que nous vivons un changement de peuple et une guerre de civilisation sur notre sol.

Donc, il faut traiter en amont. Ce n'est pas en mettant plus de policiers que les policiers vont résoudre la guerre de civilisation qui se mène sur notre sol. Si vous ne voulez pas l'admettre ou si vous ne le comprenez pas, vous mettez des coups d'épée dans l'eau. Vous voyez ? Tout est comme ça. Et je pense que moi, j'étais l'inverse. C'est-à-dire que je pose le bon diagnostic et que je ne faisais pas la suite tout simplement parce que je me disais, naïf que j'étais, si je pose le bon diagnostic, il y a des politiques professionnelles qui vont s'emparer de ce diagnostic et qui vont mettre en œuvre et qui vont trouver des mesures adaptées à ce diagnostic.

Mais je dois avouer que ça fait 20 ans, ça fait 10 ans, ça fait 5 ans, et je ne vois pas de politiques qui mettent en œuvre cela. Donc, du coup, je réfléchis à la suite et je réfléchis aux mesures éventuelles qu'on pourrait prendre à partir de mon diagnostic.

1:15:24
Présentateur

Alors, vous qui êtes journaliste, comment Emmanuel Macron s'y prend-il pour museler la presse, si c'est le cas ? Est-ce qu'il a des leviers ? Est-ce que vraiment un président de la République peut faire taire ou changer une ligne éditoriale ?

1:15:38
Éric Zemmour

Museler, c'est un grand mot. Museler, c'est un grand mot. Je pense que là, effectivement, on a beaucoup dit la fameuse femme qui tenait la presse People, etc. Je n'en sais rien, peut-être que c'est vrai. Et là, effectivement, comment ? Mimi Marchand. Mais c'était pour la presse People. C'était donc pour la vie privée, pour tout ça. Pour le reste de la presse et pour les sujets plus sérieux, plus politiques, je ne crois pas qu'il muselle la presse. Je crois qu'il n'a pas besoin. Je pense que... C'est de l'auto-censure avant tout. Non, ce n'est pas l'auto-censure. La presse est à 80% macronienne. Mais elle l'était avant Macron. Qu'est-ce que c'est Macron ?

C'est l'héritage de Dominique Strauss-Kahn. Qu'est-ce que c'est Dominique Strauss-Kahn ? C'est l'héritage de Michel Rocard. Et qu'est-ce que c'est les médias depuis 40 ans ? Ils sont rocardiens, ils ont été strauss-khaniens, donc ils sont macroniens. Ils sont macroniens parce que Macron est, vous savez, est conforme à leur idéologie. Je taquine souvent Alain Duhamel que j'aime bien malgré nos désaccords parce que c'est exactement ce que je vous disais tout à l'heure. C'est-à-dire que nous avons lu les mêmes livres et donc on peut on peut s'accrocher en connaissance de cause. Mais Alain Duhamel, ce n'est pas Alain Duhamel qui va au pouvoir. C'est le pouvoir qui vient à Alain Duhamel.

C'est Mitterrand qui s'est Duhamelisé. En fait, il s'est Giscardisé. C'est Chirac qui s'est Duhamelisé. En fait, il s'est Mitterrandisé, qui s'était lui-même Giscardisé. Vous voyez, c'est Sarkozy qui s'est Duhamelisé mais parce qu'il sait... Vous avez compris. C'est tout. Donc les médias suivent leur ligne et il s'avère que c'est la ligne du président de la République. Bien sûr, il faudrait nuancer ce que je viens de dire, mais la grande ligne, c'est ça.

1:17:40
Présentateur

Je pensais qu'Edouard Philippe, rapidement, pourrait être le remplaçant après le rocardisme,

1:17:44
Éric Zemmour

le strotskanisme, le macronisme... Mais Edouard Philippe, si je me souviens bien, a commencé dans sa jeunesse, il était rocardien. Et d'ailleurs, Jean-François Copé aussi.

1:17:52
Présentateur

Alors, un peu de légèreté, quelles sont les régions de France que vous préférez ?

1:17:56
Éric Zemmour

Très vite. Oh, alors là... Alors, la Touraine. Je suis fasciné par la Touraine. Évidemment, la Provence. Euh... Ce que je connais moins bien, mais qui me plaît bien, c'est le Pays Basque, le Sud-Ouest, etc. Mais je connais moins bien, donc j'ai besoin d'approfondir ma connaissance de ça.

1:18:25
Présentateur

Vous avez de la chance de ne pas encore bien le connaître. Voilà, exactement. En revanche, les deux précédentes, je connais très bien. Autre question un peu légère, mais quelle est la fête en France parmi tous les jours ferrées qui vous émeut le plus, à laquelle vous êtes le plus attaché ? Noël. Quelle est la chose la plus émouvante qu'on ait pu vous dire, que ce soit au fil de... C'est news, les gens que vous avez rencontrés, ou tout simplement dans la rue, ou dans vos visites à la campagne, des gens qui ont été vous parler. Qu'est-ce qui vous a le plus touché ?

1:18:52
Éric Zemmour

Beaucoup de... Beaucoup de jeunes qui m'ont dit euh... Grâce à vous, je me suis mis à lire tel auteur, tel auteur. D'autres gens qui m'ont dit j'ai compris ce qui s'était passé en France grâce à vous. Vous me donnez de l'espoir pour l'avenir. C'est paradoxal, hein. Mais beaucoup de gens me disent ça. Et j'avoue que ça m'émeut beaucoup. Alors, sur un plan personnel, une fois, une dame est venue me dire j'ai vécu en Algérie dans le même immeuble que votre mère.

1:19:28
Présentateur

Ah, c'est émouvant. Elle se souvenait de...

1:19:32
Éric Zemmour

Très bien, très bien, elle m'a raconté. C'était sidérant, j'avais moi-même pas connu, parce que je ne suis pas né en Algérie et que je n'ai pas... Je n'ai jamais mis les pieds en Algérie.

1:19:42
Présentateur

Alors, je vous donne l'occasion pour terminer cet entretien, parce que malheureusement, il y a une fin. On approche des 1h30. Justement, vous avez parfois un discours très apocalyptique. Je pense à la conclusion du suicide français. Pas le destin français qui est là, mais le suicide français. Je pense également à la tonalité de votre discours à l'occasion de la convention de la droite. Et j'aimerais que vous puissiez dire à ceux qui nous écoutent quelque chose qui est finalement, comme disait Cioran, démentisse l'avenir. Espérer, c'est démentir l'avenir. Est-ce que justement, pour changer de ce ton que vous pouvez avoir parfois, nous dire, avant de nous séparer...

1:20:28
Éric Zemmour

Vous savez, je crois, il faudrait vérifier, mais je crois qu'Apocalypse vient du grec révéler la vérité.

1:20:34
Présentateur

C'est vrai, c'est révélation.

1:20:36
Éric Zemmour

Donc, je pense qu'apocalyptique, ça ne veut pas dire sinistre. Ça veut dire, voilà la vérité. Et je ne pense que l'on ne peut l'on ne peut se défendre, qu'on ne peut combattre, qu'on ne peut que si l'on connaît nos ennemis, que si l'on connaît les dangers qui nous guettent. Le général de Gaulle, il dit pas on n'a pas perdu la bataille. Il dit, on n'a pas perdu une bataille, mais on n'a pas perdu la guerre. Et bien, je dis exactement la même chose. Les autres disent, il n'y a pas de bataille, et on est en train de la gagner. Moi, je dis, on a perdu une bataille, mais si on veut gagner la guerre, il faut vraiment se battre. Je trouve que ça n'a rien de défaitiste, ça n'a rien de pessimiste.

C'est au contraire très optimiste. Mais un optimisme pas idiot, un optimisme, si vous voulez, qui est fondé sur les réalités. Quand le général de Gaulle, pour reprendre encore ma comparaison, quand il dit, nous ne sommes pas seuls, la guerre va devenir mondiale, vous voyez, qu'est-ce qu'il fait ? Il dit, on a perdu, on a pris une raclée, mais le combat peut continuer, si, si, on fait certaines choses. Et bien, moi, je dis la même chose. Je dis, on a déjà perdu beaucoup de batailles, mais on n'a pas perdu la guerre. Pour cela, il faut vraiment comprendre pourquoi on a perdu ces batailles passées, et comment on peut gagner la guerre. C'est ça que j'essaye, tout simplement,

1:22:10
Présentateur

de définir. Et vous pensez que les Français ont encore l'envie de se battre ?

1:22:14
Éric Zemmour

C'est tout l'enjeu. C'est tout l'enjeu. Vous savez, je crois qu'il y a, pour prolonger la comparaison avec le général de Gaulle, je ne me compare pas au général de Gaulle, je ne suis pas devenu complètement fou, mais il a une formule qui dit, il n'y a pas de défaite, il n'y a pas de renoncement, il n'y a qu'une seule chose, c'est un peuple qui renonce à se battre et qui se couche pour mourir. Voilà. Je pense que si le peuple français ne veut pas se coucher pour mourir, il doit se battre, et se battre pour sauver son identité, sa civilisation. Et ça, ça veut dire regarder en face les dangers mortels qui les menacent.

1:22:56
Présentateur

Eh bien, merci Eric Zemmour. Merci pour cet entretien très dense. On va vous offrir un petit cadeau, c'est un buste de l'empereur Napoléon Ier. Il est offert par l'atelier Missor, on avait reçu Sibarbar Civilisé qui travaille avec eux, donc voilà, ils avaient tenu à vous offrir ce buste. Vous les remerciez beaucoup de ma part. Bien sûr, on leur transmettra, puis vous verrez plus tard dans les images ce très beau buste qui apparaîtra.

Et puis, nous venons de lancer un site internet de www.livrenoir.fr donc n'hésitez pas à vous connecter, continuez à vous abonner, à nous recommander auprès de vos proches, et puis vous allez voir passer une campagne de levée de fonds parce qu'on a des nouveaux formats à venir, en particulier des documentaires et en particulier un documentaire qui aura pour thème l'immigration. Donc, si vous voulez qu'on continue le beau travail qu'on a commencé, eh bien, n'hésitez pas à nous soutenir. Et puis, n'oubliez pas, nous sommes en podcast, et à vous tous, surtout, un très très bon dimanche. On décidait de franchir une nouvelle étape en lançant une Web TV. Pourquoi ?

Pour être la grande peur des bien-pensants, pour continuer notre travail en cas de censure YouTube, et pour vous offrir d'autres formats inédits, documentaires, débats, reportages. Alors, si vous appréciez Livrenoir, abonnez-vous. N'hésitez pas à vous rendre sur notre site et à nous envoyer vos dons, et merci à tous ceux qui nous soutiennent déjà.

Eric Zemmour : les secrets d'une ambition | Entretien — Éric Zemmour · Pourquijevote