Aller au contenu
Tous les transcripts
Podcast / conversationyoutube.com· 20 septembre 2026 19 minDivertissement

Franck Ferrand raconte : Antoine Galland (Les Grands Dossiers de l'Histoire)

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Temps de parole

  • ?100 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Les intervenants ne sont pas encore identifiés sur ce transcript — l'identification des locuteurs est en cours de traitement et apparaîtra prochainement.

0:00

Les grands dossiers de l'histoire avec Franck Ferrand sur Radio Classique.

0:09

Sachant que le sultan se levait de grand matin pour faire sa prière et tenir son conseil, Cherad cessa de parler. "Bon Dieu, dit alors sa sœur, que votre comte est merveilleux." La suite est encore plus surprenante, répondit Cherzad, et vous en tomberiez d'accord si le sultan voulait me laisser vivre encore aujourd'hui et me donner la permission de vous la raconter la nuit prochaine. Le sultan qui avait écouté Cherad avec plaisir dit en lui-même : "J'attendrai jusqu'à demain. Je la ferai toujours bien mourir quand j'aurai entendu la fin de son compte. Ayant donc pris la résolution de ne pas lui faire ôter la vie ce jour-là, il se leva pour faire sa prière et aller au conseil.

0:53

Au commencement d'Émil et une nuit, il y a cette blessure, je devrais dire cette folie. Le sultan Chariard a été trompé par son épouse et de cette trahison est née une volonté monstrueuse de vengeance. Puisqu'une femme l'a trahi, et bien il se dit que désormais aucune femme n'aura de nouveau. Chaque soir, il épouse une jeune vierge et chaque matin, il l'a fait exécuter. Voilà le le paris, le voilà le le l'espèce de de [grognement] base sanglante du compte, cette base sanglante de l'ensemble des récits. Le royaume donc se vide peu à peu de ces jeunes femmes. Les familles tremblent, les pères cachent leurs

1:36

filles. Le vizir lui-même qui est chargé de conduire les épouses jusqu'au palais est en train de devenir l'instrument de ce qu'on doit pouvoir qualifier de massacre, un massacre qu'on narrive pas à arrêter. Et c'est alors que sa propre fille Sherzad décide d'aller vers le sultan. Oh, elle sait ce qu'il l'attend. Elle connaît la loi terrible de cette chambre où l'on entre au soir pour mourir à l'aube. Seulement, elle possède autre chose que la peur, cheras, doué d'une vive intelligence, d'une immense mémoire et surtout surtout elle a ce don assez particulier qui consiste à raconter. Avant la nuit, elle met sa sœur Dinarzad dans la confidence. Elle dit que quand l'aube approchera, il

2:21

faudra que Dinarzad lui demande une dernière histoire comme une espèce de de faveur accordé avant la mort. Et voilà que Sherzad commence donc à parler haau. Elle raconte d'abord une histoire qui a l'air assez normale, l'histoire d'un marchand menacé par un génie et puis un roi et puis un pêcheur et puis un prince et puis une femme rusée et puis très vite les récits s'ouvrent les uns dans les autres. Une histoire en appelle une autre. Un personnage devient narrateur à son tour. Une aventure s'interrom pour laisser place à un secret encore plus grand. Cherazad sait exactement comment faire. Elle sait quand surprendre, où ralentir, comment suspendre sa phrase. Elle a donc ce sens du récit qui fait

3:05

qu'on attend la suite. Et quand le jour paraît, bien à chaque fois le sultan hésite. Évidemment qu'il a été pris par le compte. Évidemment qu'il a envie de connaître la suite. Alors et bien il garde Cherazad une nuit de plus et de nuit en nuit la mort recule. Dans cette longue chaîne de comptes, évidemment vous trouvez des histoires connues comme Alibaba et les 40 voleurs comme Aladin et la lampe merveilleuse ou Sin le marin. Mais il y a aussi des récits moins célèbres. Il y a par exemple le pêcheur et le démon, le bossu, le prince Armède et la fée paranou. des récits qui sont peuplés de toutes les passions humaines avec des métamorphoses, des coffres, des voyages,

3:49

la jalousie, l'envie, le développement de soi, des sortilèges, des vérités déguisées. Et pendant 1000 et une nuit, Sherazad arrive comme ça à repousser l'échéance, à faire à faire patienter le roi cruel. Et surtout ce roi cruel, elle le change, elle le change de l'intérieur. Elle l'éduque, elle le trouble, elle l'oblige à réfléchir à des sujets qui jusqu'alors lui auraient paru impensable. Il se met peu à peu à regarder autrement l'humanité autour de lui. Et à travers ces histoires, Sherzad montre à Chariar la ruse des faibles, l'injustice des puissants, la fragilité

4:31

de tout désir et la violence de toute vengeance. Et peu à peu, Chariard cesse d'attendre la mort de cette femme. La vérité, ce qu'il attend, c'est la suite du récit. Et à l'issue de milit, Cherazad est toujours là. Elle est toujours vivante. Elle est plus compteuse que jamais. selon les versions, elle donne un fils au sultan ou elle arrive à à avoir totalement supprimé en lui l'envie de de se venger. Il n'y a plus de haine chez ce sultan qui renonce au massacre et qui garde Sherazad auprès de lui. Dans cette chambre où tant de femmes avaient été condamnées, on peut dire qu'une voix, la

5:15

voix de Cherazad, a fini par vaincre la mort. Franck Ferrand sur Radio Classique. On ne sait pas exactement d'où viennent les miles nuit. C'est sont des origines un peu flouses. C'est d'ailleurs ce qui les rend fascinant. Depuis longtemps, les chercheurs discutent euh sur la naissance des milés de nuit entre le monde persant et la civilisation arabe. Le point de départ a bien l'air d'être persant puisque au 10e siècle, deux auteurs arabes, en l'occurrence, c'est Almasoudi et Ibn Al Nadim, l'un et l'autre évoque l'existence d'un ancien recueil qui s'appelle les 1000 comptes, qui est un recueil perçant, traduit, adapté en arabe. Pour autant, on n' pas

5:58

trouvé le manuscrit de ce livre perçant. Et les nuits que nous connaissons, disons-le, portent la marque du monde arabe beaucoup plus que celle de la civilisation Perse. On voit des villes arabes, des califes, des croyances, tout un imaginaire qui fait partie des premiers siècles de l'islam. Il faut donc imaginer cette histoire ou ces histoires parce qu'après tout, ce sont des histoires qui sont cousues ensemble comme une sorte de fleuve ancien dont on devine une source principale du côté de la Perse, elle-même nourrie probablement par des récits plus anciens qui venaient de de l'Inde. Source et et fleuve, si je puis dire, qui ont grossi en traversant d'autres terres. Alors, un premier courant

6:41

indoerçant peut-être formé probablement entre le 3e et le 7e siècle de notre ère. C'est lui qui apporte le goût des récits chassés, des princes éprouvés, des sages, des visirs, des énigmes, des leçons de conduite. Ça c'est très perçant dans l'esprit. Et puis vient le grand affluent arabe entre le 9e et le 11e siècle avec un univers plus magique si je puis dire euh celui des califes abassides, des marchands et des caravanes, des esclaves, des poètes, des juges, des génies et des nuits pleines de ruses. D'ailleurs, quand on quand on se plonge dans les différents comptes d'Émile et une nuit, on arrive d'une certaine manière à saisir ces deux types d'influence qui ne se sont jamais totalement fondu l'une dans l'autre. Et

7:25

puis plus tard encore, il y a eu tout un fond populaire égyptien. Donc là, on est euh entre les 12e et 13e siècle, ce fond égyptien qui a ajouté d'autres couleurs et d'autres voies. Euh alors là, on est plus proche du compte de rue euh avec la population du CER, avec les ports, plein de de marchandises et de senteurs et c'estes marchés et c'estes vis ordinaires, ça il y a une influence là. Et à mesure que ce fleuve avance, si on peut dire, et bien vous voyez bien qu'il change et se transforme avec des histoires qui disparaissent, d'autres qui entrent dans le recueil, certaines qui sont déplacées dans le dans le fil du récit ou allongé ou raccourci ou transformés d'ailleurs par les copistes qui sont eux-mêmes des compteurs. Le cadre demeure, c'est toujours chez Razad

8:10

qui raconte pour survivre nuit après nuit devant le sultan Chariard. Ça ça c'est la base. Mais autour de ça, vous avez des récits qui sont en mouvement et qui viennent de plusieurs civilisations et qui ont l'air de se répondre, de s'emboîter, de créer des effets de miroir et de perspective. C'est fascinant. Alors, comment est-ce que ce fleuve d'histoire, si je puis ainsi le qualifier, arrive en Occident ? par quel chemin les contad qui vous l'avez compris sont nés dans la Perse et qui ont grandi à Bagdad et qui se sont ensuite agrandis au K et en Syrie, comment est-ce qu'ils ont fini par se retrouver dans les bibliothèques et dans les salons d'Europe ? Alors pour comprendre ça, il va falloir s'arrêter

8:54

sur un manuscrit absolument essentiel qui a été envoyé d'Alepp au tout début du 18e siècle qui aujourd'hui est à la bibliothèque nationale de France. Ce manuscrit euh un des plus anciens témoins connus des milé une nuit, ce manuscrit se retrouve entre les mains d'un érudit français du de la fin du 17e et du début du 18e siècle. Un nom que vous avez déjà entendu forcément, c'était un personnage assez fascinant par l'ampleur de ses connaissances et la vivacité de sa curiosité, c'est Antoine Galant. Avec Galan, l'émilé une nuit change de rive. Alors, elle ne cesse pas d'être ni personne ni arabe, même peut-être indienne et syriennes et égyptiennes, mais elles deviennent aussi européennes parce qu'un savant les

9:39

traduit, les arrange, les polie et les adapte à la grande à la grande exigence d'un public qui est celui de l'Europe du 18e siècle. Franck Ferrand sur Radio Classique. Antoine Galant est un personnage très intéressant érudit [musique] qui a été très jeune formé aux langues anciennes et orientales. un de ses savants du 17e siècle qui [musique] était capable de passer du grec à l'hébreu, de l'arabe au turc et au persant avec cette espèce de de curiosité immense qui caractérisait cette cette France et cette Europe du 17e et du 18e siècle. Il était né en

10:24

Picardie Galant en 1646 dans une famille assez modeste. D'ailleurs, il avait été tôt orphelin de père et c'est à son travail qu'il a dû. sa réussite euh travaille sur les langues, vous l'avez compris, c'est ce qui lui a ouvert les portes d'un certain nombre de cabinets parisien puis les portes du Levent. En 1670, donc dans les débuts du règne personnel de Louis XIV, il a 24 ans à l'époque, il accompagne l'ambassadeur de France auprès de la sublime porte donc à Constantinople. il va rester euh plusieurs années à Constantinople et puis il voyage énormément dans la Méditerranée orientale. Il revient en France entre-temps, il collecte des manuscrits pour les bibliothèques du

11:07

royaume. Il revient d'ailleurs avec autre chose que des papiers. Il revient avec cette espèce de familiarité qu'il a acquise de l'Orient et qui lui permet d'en comprendre l'esprit. Et plus tard, quand il sera installé entre Paris et la Normandie, occupé à chasser les collections, il se penchera sur ses comptes arabes dont il a entendu parler. Voici ce qu'on peut lire dans les essentiels de la littérature de la BNF. Justement, Antoine Galan se fonde en premier lieu sur un manuscrit en trois volumes datant du Xe siècle qu'il a fait apporter d'Allep en 1701. Encore de nos jours, ce manuscrit conservé à la bibliothèque nationale est l'un des plus

11:49

anciens témoignages des nuits. La traduction qu'il en propose mêle habilement volonté d'exactitude et liberté stylistique. En ce sens, son œuvre marque un moment de l'histoire de la traduction. Mais venu à bout de ses sources, l'érudit ne se contente pas d'écrit. Il profite du passage à Paris d'un certain Anadi, chrétien maronite venu d'Allep en tant que serviteur du voyageur Paul Lucas pour se faire réciter de nouveaux comptes en arabe. Et dans son journal, il note ses 14 récits sous forme de résumé plus ou moins détaillé puis les réécrit, les adapte en français. Ce faisant, il fait aussi bien œuvre d'écrivain que de traducteur.

12:33

Cette méthode de travail est la raison pour laquelle certains des comptes arabes qui nous sont le mieux connus comme Alibaba ou Aladin sont intégrés au recueil des 1 et une nuit alors qu'ils n'en font pas originellement partie. Vous voyez qu'il y a une part d'œuvre de création hein chez Antoine Galant. Euh le premier volume paraît donc appar 1704 avec un très grand succès tout de suite. Oh bah 1704, on est en plein dans cette époque qui est euh qui est versé dans un début d'orientalisme si je puis déjà employer ce terme. Euh c'est la passion pour ben pour tout ce qui vient d'Orient en quelque sorte avec euh ce monde de vizir, de génie, de princesse, de marchands et de voleurs et de métamorphose avec cette impression

13:16

grisante qu'une histoire en cache une autre et qu'une histoire en développe une autre. C'est fascinant. la construction des 1 et une nuit et la d'ailleurs, c'est pas une construction automatique et mécanique. Tout ça est est constamment renouvelé et revivifié par l'inventivité. La publication va se faire en en 12 volumes jusqu'en 1717, c'est-à-dire après la mort de Louis XIV. On est déjà là en pleine régence et on raconte que dans le village normand où Galant séjourne, des enfants viennent se glisser sous sa fenêtre pour lui réclamer la suite des histoires. Vous voyez que ça marche assez extraordinaire. Allez, une histoire, encore une histoire. Mais oui, Galant a rendu lisible pour son temps et pour son et pour son

14:00

siècle et pour sa civilisation. Il a rendu ses comptes orientaux lisibles. Il les a traduit, les a polies en retirant des passages érotiques ou trop crus parce que la morale du grand siècle ne permettait pas de livrer au public de l'époque les comptes aussi crus qu'il l'avait été dans l'Orient. Ces éditions des 1 et une nuit annoncent le grand goût orientaliste hein qui va traverser toute l'Europe et qui un jour reviendra vers le monde arabe. Là, ça nous emmènera au 19e siècle bien entendu. C'est ce qui impressionne en tout cas, c'est cette matière venue de très loin probablement de l'Inde, je vous l'ai dit, à travers la Perse et cetera, avec des apports égyptiens et tout et du monde musulman bien sûr. C'est tout ça

14:43

qui va prendre en Europe une forme française décisive avant d'aller repasser de l'autre côté de la de la Méditerranée puisque le fleuve des nuits n'a pas achevé son cours, il poursuit sa course. Franck Ferrand sur Radio Classique. Alors Galant est devenu il est nommé en 1709 à la chair d'Arabes au collège royal. Il est il a été antire du roi, c'est-à-dire spécialiste des des écrits anciens. Et jusqu'à la fin de sa vie, il va rester cette espèce d'érudit qui travaille longuement dans son cabinet, tout en ayant, vous l'avez compris, des liens avec ceux qui l'entourent. Il traduit énormément, il publie pas tout, loin de là. Euh, on sait notamment qu'il a travaillé sur à une une traduction du

15:26

Coran qui a été perdu aujourd'hui. On la retrouvera peut-être un jour. Il meurt en février 1715, c'est-à-dire la même année que Louis XIV, au début de l'année où va mourir le grand roi. Et il laisse derrière lui quelque chose de considérable. Il est l'homme qui a ouvert au lecteur d'Occident les portes d'un Orient fantasmé, les portes des 1 et une nuit. Et les volumes vont paraître les uns après les autres, bien après sa mort, hein, vous l'aurez compris. Et le public se passionne pour ces récits qui viennent donc de cet Orient rêvé, cet Orient merveilleux. Pendant plus d'un siècle, la version de Galant sera la seule ou quasiment la seule qu'on connaîtra en Europe avec des

16:10

dizaines de réédition, certaines d'un luxe extraordinaire et ça se collectionne bien sûr, d'autres beaucoup plus populaires nourri en tout cas de cet imaginaire fait de musique, de romans, de palais, de génies et de princesses, un imaginaire de de théâtre oriental si on peut dire et les 1000 et une nuit ne sont pas une œuvre figée. La traduction de Galan porte sa marque avec des choix très très forts et je vous l'ai dit avec une prudence peut-être un peu excessive. Alors au 19e siècle, on va voir apparaître d'autres versions en Angleterre notamment avec Lane, Edward William Lane, John Pain, Richard Francis Burton. Des traductions qui vont se multiplier à partir des textes arabes qu'on retrouve.

16:53

Alors, on essaie de de compiler tout ça au début du 20e. Nouvelle traduction et là ça va enflammer Paris. Ça va avoir un rôle très important. C'est la traduction de Mardrus. Joseph Joseph Charles Mardrus traduction publiée à la Belle époque entre 1899 et 1904 qui prétend partir d'un manuscrit méconnu en réalité qui assemble beaucoup d'éditions existantes mais dans un style beaucoup plus vrai, plus sensuel, plus exotique, un style, disons-le, destiné beaucoup plus aux adultes. Et derrière toutes ces traductions derrière Alibaba et Aladin et les 40 voleurs, il y a toujours cette voix et c'est ça qui a de fantastique dans les mil et une nuit, c'est la voix de

17:37

Cherazad. C'est elle qui tient en quelque sorte les milé une nuit et qui leur donne cette espèce de sève si particulière. C'est elle qui tient son fil, qui retard l'aube, qui comprend que raconter ça n'est pas seulement distraire. raconter, ça peut-être euh une question de vie ou de mort. Ça peut donner envie de vivre. Ça peut modifier le regard de celui ou de celle qui écoute sur euh sur la vie. Ça peut d'ailleurs euh augmenter, donner une autre dimension à l'existence. C'est ça qu'il y a de magnifique. Distraire pour survivre en quelque sorte. Pendant 1 et

18:21

une nuit, Sherzad aura opposé à ce qu'au départ était la violence brutale d'un roi qui peu à peu essaie de s'accrocher néanmoins à ses principes. Elle essaie de lui opposer la patience du récit, précieuse patience art consommé de ménager les effets et au bout du compte c'est pas seulement la vie qu'elle sauve, c'est la possibilité de croire encore aux histoires et c'est surtout la volonté très vitale d'en entendre toujours d'autres. Vous écoutez Radio classique.