20 ans du musée du Quai Branly: «Raconter cette histoire de manière la plus honnête possible au public»
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Comment définiriez-vous le rôle de cette institution aujourd'hui ?
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Est-ce que vous avez entrepris un travail pour changer la prise en compte de la dimension coloniale ?
- 2:44OuverteRéponse directe
Ce concept de travailler avec des chercheurs des pays liés aux expositions, vous voulez le perpétuer ?
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Concrètement, comment vont se passer les restitutions d'œuvres ? Quelles œuvres et quels pays ?
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Est-ce qu'il y a des dossiers qui ont déjà avancé ?
- 6:10OuverteRéponse directe
Quels sont les autres défis qui attendent le Quai Branly, notamment sur le financement ?
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« Son rôle, c'est celui qui a été fixé dès son berceau, c'est-à-dire d'être à un lieu où dialoguent les cultures »
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« Depuis 2020, on a lancé un grand projet qui s'appelle Dakar-Djibouti contre-enquête »
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« On pense au tambour parleur Gigi Ayokwe rendu à la Côte d'Ivoire, même plus récemment, en début d'année »
- 4:01PrésentateurFait
« On sait que ces restitutions doivent être simplifiées par une loi qui vient d'être adoptée le mois dernier par le Parlement français »
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« Le processus maintenant, qui est encadré par une procédure législative très claire et transparente, consiste à recevoir des demandes des pays qui se sentent légitimes à le faire »
- 5:06Invité politiqueFait
« l'abommé s'était pris par la force, les objets d'abommé avaient été pris par la force, par le colonel Dodds »
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« le tambour parleur DJ Ayokwe en Côte d'Ivoire avait été pris du fait d'une contrainte administrative »
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« On a fait droit aux demandes de la Côte d'Ivoire et de la République du Pénin »
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Il conserve actuellement 380 000 objets consacrés aux arts et civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques. À Paris, le musée du Quai Branly, Jacques Chirac célèbre ce week-end ses 20 ans. En deux décennies, il a abrité 161 expositions, accueilli plus de 25 millions de visiteurs, tous venus découvrir un lieu destiné, en tout cas selon son slogan, au dialogue des cultures. Quand ces détracteurs voient plutôt en cette institution un prolongement, un héritage du colonialisme français. Alors quel bilan tirer de ces 20 ans d'existence ? Comment envisager l'avenir aussi ? On est en ligne avec Emmanuel Kazarirou. Bonjour. Bonjour.
Vous êtes le président du musée du Quai Branly, Jacques Chirac, d'un genre de musée qu'on appelle encore parfois ethnographique, qui a fait débat parfois depuis sa création. Comment est-ce que vous définiriez, vous, le rôle de cette institution aujourd'hui ?
Son rôle, c'est celui qui a été fixé dès son berceau, c'est-à-dire d'être à un lieu où dialoguent les cultures, c'est-à-dire un lieu où on considère de manière égale l'ensemble des cultures avec une égale dignité, c'est-à-dire que là où on peut non plus les ranger et en faire des palmarès, mais au contraire voir ce que chacune apporte à la diversité culturelle humaine.
On a longtemps reproché à ce musée de ne pas suffisamment prendre en compte la dimension coloniale, de ne pas forcément suffisamment renseigner le public sur l'origine des collections, l'identité des producteurs d'objets. Est-ce que c'est un travail, justement, que vous avez entrepris pour changer les choses ? Comment est-ce que vous avez fait concrètement ?
Depuis 2020, on a lancé un grand projet qui s'appelle Dakar-Djibouti contre-enquête, qui était un projet de recherche menant de concert des réflexions, à la fois en Afrique, dans les différents pays traversés par cette extraordinaire expédition scientifique qui s'est déroulée entre 1931 et 1933 entre Dakar et Djibouti. Et on a fait un travail critique qui a abouti à une exposition qui était présentée l'année dernière au musée, qui vise à resituer ces objets dans des contextes coloniaux et à critiquer aussi, à apporter une vision critique à ce qu'ont pu être ces relations coloniales du passé.
Donc ça ne touche qu'une petite partie de l'histoire coloniale, mais c'est une partie qui n'est pas sans intérêt.
Mais effectivement, ce concept de travailler avec des chercheurs qui sont issus des pays liés à des expositions, c'est quelque chose que vous voulez perpétrer à l'avenir régulièrement ?
Oui, on va faire en sorte de continuer. C'est important de pouvoir jeter un regard rétrospectif qui ne soit pas univoque et de pouvoir prendre en compte aussi des mémoires qui quelquefois ne convergent pas et de raconter cette histoire de manière la plus honnête possible au public. Car c'est le public finalement qui va en faire son miel. C'est lui qui décidera en dernier lieu. Mais il est important pour nous, et c'était le cas dans Dakar Djibouti, d'avoir un commissariat qui soit composé de 12 membres, 6 venus d'Europe et 6 venus d'Afrique.
Et je pense que ce regard sur l'histoire à parts égales est une manière aussi de dépasser et de revenir sur l'histoire, il ne faut pas la nier, mais en même temps de la dépasser et d'ouvrir sur des nouvelles réflexions communes sur ces mémoires passées.
En presque 10 ans, Emmanuel Casarero, le musée du Quai Branly a restitué, si je ne m'abuse, une vingtaine ou une trentaine d'œuvres à plusieurs pays. On pense évidemment au Trésor-Royal d'Abomé, restit au Bénin en 2021. On pense au tambour parleur Gigi Ayokwe rendu à la Côte d'Ivoire, même plus récemment, en début d'année. On sait que ces restitutions doivent être simplifiées par une loi qui vient d'être adoptée le mois dernier par le Parlement français. Concrètement, comment ça va se passer ? Quelles œuvres vont être prochainement restituées ? A quel pays ? Est-ce qu'on en sait un peu plus ?
Alors le processus maintenant, qui est encadré par une procédure législative très claire et transparente, consiste à recevoir des demandes des pays qui se sentent légitimes à le faire, et ensuite à instruire là aussi de manière transparente et équitable, puisque une commission se met en place, une commission mixte se met en place pour étudier la validité ou la non-validité d'ailleurs de la demande. Puisqu'il s'agit de faire droit à des demandes concernant des objets qui ont été acquis de manière illégitime, c'est-à-dire soit acquis par la force, soit acquis par la contrainte administrative. Et d'ailleurs, les deux exemples que vous avez cités illustrent ces deux grandes thématiques.
l'abommé s'était pris par la force, les objets d'abommé avaient été pris par la force, par le colonel Dodds, et le tambour parleur DJ Ayokwe en Côte d'Ivoire avait été pris du fait d'une contrainte administrative. Donc c'est ce travail maintenant que nous allons réaliser. Est-ce qu'il y a justement des dossiers qui ont déjà avancé ?
Est-ce qu'il y a des dossiers qui ont déjà avancé ?
Oui, bien sûr, parce qu'on travaille toujours sur les demandes qui sont celles qui ont été réalisées il y a déjà plusieurs années. Et on a fait droit aux demandes de la Côte d'Ivoire et de la République du Pénin. Et celles-ci ont déposé récemment, au début d'année, des demandes complémentaires. Donc nous travaillons sur ces demandes complémentaires. Et nous allons, conformément à la loi, et nous attendons les décrets d'application pour pouvoir le mettre en œuvre, travailler avec une commission mixte. Mais de notre côté, nous avons déjà travaillé avec nos collègues de ces deux différents pays pour avancer sur ces demandes.
Un mot, Emmanuel Cazarrerou, sur les autres défis qui attendent le Quai Branly, notamment, on l'imagine comme d'autres musées parisiens, peut-être des défis concernant le financement de son fonctionnement ?
Oui, comme beaucoup, on est dans une période de contrainte. C'est à nous de trouver aussi la manière d'y répondre, en changeant peut-être la manière dont nous travaillons, la manière dont nous dépensons l'argent public, pour faire en sorte de le concentrer sur certaines activités, peut-être en faisant des choix également, des choix aussi en matière de programmation, des expositions, en ayant peut-être un peu moins, en allongeant leur durée, etc. Donc il y a une façon de faire.
Je crois que ce qu'il faut faire, c'est surtout pas faire la tortue qui se recroqueville dans sa coquille, mais au contraire, essayer de prendre en compte ces nouvelles dimensions pour adapter la façon de travailler du musée à des contraintes nouvelles.
Il y a des défis aussi liés au contexte actuel mondial, avec toutes ces guerres, et moins de pays qui sont faciles d'accès aussi pour programmer des expositions. Je sais que notamment, vous envisagez une exposition sur l'Iran, ça semble compliqué aujourd'hui.
Oui, mais nous avons des contacts avec des artistes. Alors justement, le monde culturel, le monde des artistes, le monde des universitaires, le monde des chercheurs est aussi un lien que l'on peut maintenir au-delà des vicissitudes de la géopolitique mondiale. Et en tout cas, c'est notre espoir de continuer de cette manière-là. Dans l'exemple de l'exposition Dakar-Djibouti contre enquête dont on parlait, entre le démarrage de notre projet et la fin, les relations avaient été rompues entre la France et le Mali, ce qui ne nous a pas empêchés, grâce à l'intelligence de part et d'autre, de pouvoir continuer à avoir des relations avec nos collègues et nous continuons à les avoir.
Et en attendant, en tout cas pour ceux qui passent par Paris, l'exposition Africa Fashion est toujours à découvrir au musée du Quai Branly-Jacques-Chara jusqu'au 12 juillet. Ce week-end aussi, vous organisez des festivités, on en parlait dans notre journal, pour célébrer les 20 ans du musée. Grand bal ce soir, je crois. Merci beaucoup Emmanuel Kazarirou d'avoir été avec nous sur RFI. Merci à vous. Sachez aussi que dans RFI matin, demain on fera un tour du monde avec nos correspondants d'autres musées dits ethnographiques, qui essaient aussi de se réinventer, de s'adapter à leur époque. Ce sera vers 6h15, c'était 8h15, heure de Paris.
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