Jordan Bardella (RN) - Le Grand Entretien de Darius Rochebin du 12/05/21 - LCI
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Nous recevons maintenant la personnalité qui incarne la nouvelle génération du Rassemblement National. A seulement 25 ans, Jordan Bardella est une pièce maîtresse du parti. Il en est le vice-président, aux côtés de Marine Le Pen. Il sera au cœur de la campagne présidentielle et du pouvoir. Peut-être, Jordan Bardella, bonsoir. Bonsoir. Est-ce que ce « peut-être » s'est rapproché ces derniers jours ?
Après l'élection présidentielle en 2017, tout le monde nous avait un peu enterrés. On nous a dit à l'époque que Mélenchon serait l'incarnation de l'opposition pendant le quinquennat. Et puis Marine Le Pen, qui a pris de ses erreurs aussi, qui s'est endurcie, qui a été endurcie par l'échec, par la défaite de 2017, a montré qu'elle était légitime pour incarner le Rassemblement National et dépasser en fait le Rassemblement National pour cette présidentielle. Moi, j'ai la conviction que nous allons gagner cette élection présidentielle.
Est-ce qu'elle s'est améliorée ? On se rappelle le débat de 2017, où elle avait été dominée, on peut le dire.
Le débat n'était pas bon, elle l'a reconnue elle-même d'ailleurs. Est-ce qu'elle y a du travail aujourd'hui ? Aujourd'hui, bien sûr. Mais aujourd'hui, beaucoup de Français font le constat que ce que Marine Le Pen a pu dire à l'occasion de ce débat, à l'occasion de cette campagne présidentielle, est vrai. Enfin, je veux dire, pendant longtemps, on nous a dit « vos idées sont extrêmes par rapport à la réalité ». Beaucoup nous ont dit pendant des années « vous en faites trop, vous êtes dans la caricature ». Ce n'est pas exactement comme ça que ça se passe.
Aujourd'hui, beaucoup de Français, y compris des gens qui, pendant longtemps, ont eu un sentiment de rejet à l'égard du Rassemblement National, font le constat que, à la fois sur la question de l'immigration, sur la montée de l'islam radical dans notre pays, sur les dégâts que fait cette mondialisation sauvage, la suppression de toutes les protections en matière économique, sociale, eh bien que nous avions eu raison peut-être avant tout le monde sur ces sujets. Et je pense vraiment que cela nous donne une légitimité, en fait.
Et de votre portrait mariniste, pur sucre, pur jus, mais je parlais de l'actualité au sens beaucoup plus strict. La thématique sécuritaire, le sondage du monde qui est plutôt favorable à Mme Le Pen, avec des réserves, on va les préciser. Et puis d'abord, on en parlait en première partie, la droite divisée dans le sud. Est-ce que cela, précisément, ça vous renforce ?
Il y a une clarification aujourd'hui. Je vous dirais oui, si je devais vous répondre rapidement. Il y a une clarification aujourd'hui. Il y a ce que j'appelle les LR d'en haut et les LR d'en bas. Avec Emmanuel Macron, en 2017, c'était peut-être l'un des seuls points d'accord qu'on avait avec lui. En bas social, vous voulez dire, pas géographique. Qu'était de dire, bien sûr, qu'était de dire le clivage entre la gauche et la droite, il est dépassé. Et qu'aujourd'hui, la question qui fonde le clivage, pas qu'en France, d'ailleurs partout dans le monde, il regroupe d'un côté les nationaux, ceux qui considèrent que l'État-nation, c'est le cadre le plus adapté pour protéger les peuples.
Des dangers économiques, pour les protéger de la mondialisation, pour leur permettre d'être concurrentiels aussi dans le cadre européen. Et puis ceux qui considèrent que l'État-nation s'est terminé, que les frontières comme limite s'est terminé, que la démocratie, que la souveraineté populaire s'est terminée, qu'il faut confier notre pouvoir à l'Union européenne. Donc ce clivage, on est d'accord avec Emmanuel Macron là-dessus et on a recomposé la vie politique ensemble.
Pardon, pardon. En termes un peu moins généraux, parce que là, c'est vraiment une actualité qui est très chaude. Là, aujourd'hui même, Thierry Mariani, qui vient de la droite classique, qui maintenant est bien placée. C'était le sondage d'hier. Est-ce que vous espérez capter d'autres Thierry Mariani, débaucher d'autres Thierry Mariani ces prochains jours ?
Je dis à tous les électeurs de droite aujourd'hui qui ne souhaitent pas suivre ce que j'appelle les LR d'en haut, c'est-à-dire une grande partie des cadres républicains qui vont à la gamelle et à la soupe avec Emmanuel Macron. Assumez vos convictions. Faites comme Thierry Mariani, qui était un ministre de Nicolas Sarkozy, qui est resté plus de 40 ans à l'UMP et qui dit, il a eu l'occasion de me le dire, de le dire partout dans ses meetings. Moi, un jour, il m'a dit, moi, je n'ai jamais changé de conviction. C'est mon parti, les Républicains, qui a évolué et qui a abandonné tous les fondamentaux pour lesquels moi, je m'étais engagé.
Donc il y a beaucoup de gens qui viennent des Républicains et je pense qu'on a beaucoup de points communs avec une grande partie de l'électorat des LR.
Est-ce qu'Emmanuel Macron ne vous rend pas un fiéfait service ? Il est en train de diviser la droite. Est-ce que c'est un cadeau qu'il vous fait ?
Il y a une partie de l'électorat de droite qui souhaite se tourner vers Emmanuel Macron. Mais il y a toute une partie de la droite qui est attachée aux valeurs, qui est attachée à l'autorité de l'État, qui est attachée à la nation qui protège, qui souhaite mettre fin aujourd'hui à l'immigration. Vous pouvez lui dire merci ? C'est une clarification. Il ne s'agit pas de dire merci ou non. On verra ce que dans les élections régionales en PACA. En tout cas, moi j'ai la condition qu'on peut gagner ces élections régionales en PACA.
On se rappelle François Mitterrand, c'est du calcul électoral, c'est de bonne guerre, qui avait poussé vos ancêtres du Front National parce que ça divisait la droite. Est-ce que M. Macron est en train de faire la même chose ?
Je ne sais pas parce qu'il a aussi beaucoup de cadres des Républicains qui sont venus travailler avec lui. M. Darmanin, M. Le Maire, M. Castex qui était lui-même, qui est aujourd'hui Premier ministre, qui était lui-même le chef de cabinet de M. Bertrand, qui prétend s'opposer à Emmanuel Macron au gouvernement de M. Castex, dont il a été lui-même l'employeur lorsque il était ministre de la Santé avec Jean Castex en tant que directeur de cabinet. Donc on voit bien que tout ça est une grande clarification. Et nous, on en appelle dans ces élections régionales, notamment en PACA, à tous les lectorats de droite qui ne souhaitent pas voir réélu Emmanuel Macron l'an prochain.
Thierry Mariani a toujours défendu des convictions, a toujours été un patriote sincère, un souverainiste, qui était attaché à l'indépendance de la France, à l'identité de notre pays, et aussi à l'identité de notre région en PACA, dont il a été pendant plusieurs années l'un des parlementaires.
Jordan Mardella, les éditorialistes le rappelaient à l'instant. Ce qui se passe ces dernières heures, objectivement, c'est plutôt bon pour vous. Est-ce que vous vous y voyez ?
On va faire en sorte que oui. Vous savez, nous, on ne fait pas de la politique pour nous, on ne fait pas de la politique pour les places, on fait de la politique parce qu'on a des convictions. Tout le monde fait aussi de la politique pour soi.
Oui, mais est-ce que vous imaginez maintenant un peu plus précisément Mme Le Pen à l'Elysée, qui vous fait venir, essayez-vous Jordan, là ? Est-ce qu'on s'approche de ça ?
Mais Marine Le Pen souhaite remporter l'élection présidentielle. Parce que Marine Le Pen, ça fait 20 ans qu'elle est en première ligne et ça fait 20 ans qu'à contre-courant aussi, avec à chaque fois l'intégralité du système qui se coalise contre nous, les Français sont aujourd'hui en train d'ouvrir les yeux.
Avec quand même de grands boulets, regardons le sondage du Monde, il est très révélateur. Alors, il y a des choses qui sont en votre faveur, incontestables. 42% des Français qui estiment que le RN n'est pas un risque pour la démocratie. Là, vous avez progressé de plusieurs points. En revanche, 24% seulement qui pensent que Marine Le Pen ferait une bonne présidente de la République. Est-ce qu'en termes de crédit, vous n'avez pas encore un déficit considérable ? 24% ?
Nous allons avoir l'occasion de démontrer aux Français, lors de cette campagne présidentielle, que les solutions que nous avons répondent aux problèmes qui sont aujourd'hui ceux du pays. Vous vous souvenez, quand on est arrivé à la tête d'un certain nombre de municipalités en 2014, tout le monde nous expliquait que ça allait être la catastrophe. Quand on a gagné Hénin-Beaumont, quand on a gagné Fréjus avec David Rachline, quand on a gagné Bocquer, quand on a gagné d'autres villes partout en France, on nous a dit que ça allait être terrible. Vous allez remettre des barbelés, vous allez être incapables de gérer.
Or, l'intégralité de nos maires ont été quasiment tous réélus dès le premier tour l'an dernier, avec de nouvelles victoires, comme Louis Alliot à Perpignan. Donc, je dis aux Français, vous avez essayé tout le monde. Vous avez essayé la droite. Vous avez essayé la gauche. Bien souvent, vous n'avez pas vu la différence. Vous voyez bien que tous les sujets que nous avons toujours portés dans le débat public sont aujourd'hui des thématiques sur lesquelles une majorité de Français s'accordent à dire que nous avions raison.
Mais pardon, vous citez quelques noms, mais en termes de personnel politique, vous savez très bien, si on imagine demain un gouvernement nommé par Marine Le Pen, franchement, ce sera dur. Elle parle de M. Garraud pour la justice, mais qui d'autre ?
Mais M. Garraud, M. Mariani, qui a été ministre de Nicolas Sarkozy, M. Juvin, M. Chenu, et d'autres, beaucoup de gens qui vont venir travailler avec nous. Vous savez, Marine Le Pen, ça ne sera pas la candidate du Rassemblement national. Elle sera la candidate de l'Union nationale. Et ce n'est pas le Rassemblement national qui vous rejoindra. Une partie des LR, vous l'espérez, ça ? Mais bien sûr. Mais de partout. Tous les gens qui, aujourd'hui, sont attachés à l'identité de notre pays, qui sont attachés à la souveraineté nationale, qui ne veulent pas avoir réélu Emmanuel Macron.
Parce que, vous voyez, il y a beaucoup de gens qui, aujourd'hui, qui, ce soir, nous regardent et qui savent que si Emmanuel Macron était réélu l'an prochain, alors nous nous dirigerions vers un nouveau quinquennat de violence, de désordre et de chaos. Alors, face à cela, Marine Le Pen sera la présidente qui va protéger les Français, qui va les protéger en matière économique, avec le patriotisme économique, qui va la protéger en matière sociale, en défendant notre modèle de protection sociale, quand M. Macron, notamment avec la réforme des retraites qui va revenir, lui, est dans une démarche de casse sociale.
– Jean-André Bardella, vous avez beaucoup lissé vos positions pour être un peu plus bourgeois, un peu plus respectable. L'euro, vous avez bien évolué. – Pourquoi bourgeois ? – Sur le mariage homosexuel, à plus ça comme vous voulez, alors compatible avec une plus grande majorité, disons. Sur le mariage homosexuel, vous avez considéré que c'est un acquis. Sur le Frexit, où est-ce que vous en êtes ? Est-ce que, oui ou non, la France devrait quitter l'Union européenne ?
– Nous avons aujourd'hui, sur la scène européenne…
– Ah, c'est pas oui et non, là, c'est un début de…
– En l'état actuel des choses, non. – Ah. – Nous allons aller devant les instances de l'Union européenne. L'Union européenne, aujourd'hui, elle est contestée de toutes parts. À chaque fois que l'Union européenne s'occupe de quelque chose, c'est une catastrophe, et on l'a encore vue dans cette crise sanitaire, à la fois avec les commandes de masques, pardon, et à la fois avec les commandes de vaccins. Nous allons aller devant les institutions européennes. – À l'arrivée aujourd'hui, la France,
le professeur Pittel disait hier à votre place, la France se situe parmi les bons élèves en Europe. – Les bons élèves de quoi ? – À l'arrivée, en termes de surmortalité, c'est le rapport qui rendra dans quelques jours, un rapport indépendant, en termes de surmortalité.
– Mais monsieur, d'autres pays ont déjà rouvert leurs terrasses, leurs restaurants, depuis un certain nombre de temps. On a été les plus mauvais en tout. On a été d'abord l'otage de la bureaucratie européenne.
– Quand on voit l'Inde, quand on voit le Brésil, tout est relatif. – Non, je parle sur la scène européenne.
On a eu l'un des confinements qui a été les plus drastiques, avec des mesures complètement arbitraires, notamment de fermeture des petits commerces, alors même que des rapports, notamment le rapport de l'Institut Pasteur, qui a été commandé au mois de décembre 2020 par le gouvernement, nous dit qu'il n'y a pas plus de risques à transmettre ou recevoir le virus dans les petits commerces. On a quand même pénalisé les petits commerçants. Donc on a un peu tendance, si vous voulez, à se réjouir que dans quelques jours, on va pouvoir un peu revivre comme avant.
Mais dans d'autres pays, en Espagne, les restaurants sont ouverts déjà depuis un certain nombre de semaines avec des résultats en termes de mortalité qui sont quasiment similaires aux nôtres. L'Italie a rouvert ses restaurants. Donc si on veut prendre un exemple, la Grande-Bretagne, qui elle, s'est libérée de la bureaucratie européenne, a des résultats qui sont beaucoup meilleurs que les nôtres, et notamment en termes de vaccination.
Donc nous avons vacciné au rythme de l'escargot, et c'est vrai, pour répondre à votre question, nous nous croyons dans une Europe des nations, des coopérations, des projets, que l'Union européenne nous laisse faire du patriotisme économique, qu'elle nous laisse maîtriser nos frontières, qu'elle nous laisse une supériorité en matière juridique sur le droit français par rapport au droit européen. Et à ce moment-là, nous pourrons construire avec nos alliés une Europe des projets et des coopérations, parce que le XXIe siècle, c'est aussi le siècle de l'intelligence artificielle, de la transition énergétique.
Et pour cela, il va falloir de grands projets européens, parce que nous avons accumulé beaucoup de retard. Vous êtes une nouvelle génération, née en 95.
Née en septembre 95. Quand même, la politique a une mémoire. Vous êtes un parti qui a un passé. Comme tous les partis. Est-ce que vous reprenez tout ce passé ? Qu'est-ce que vous regrettez du passé ? Le Front National, de Jean-Marie Le Pen, qu'est-ce que vous regrettez de ce passé-là ?
Vous savez, je crois que lorsque l'on est dans un mouvement politique, ou lorsque l'on est à la tête de l'État, d'ailleurs, il y a toujours une histoire. Une histoire avec ses bons côtés, mais aussi une histoire avec ses parts d'ombre. Il y a un passif. Eh bien, un passif, mais comme dans tout, comme le Parti Socialiste a fait élire un président, M. Mitterrand, qui avait par exemple reçu la France 6, c'est-à-dire la plus haute distinction du régime de Vichy, des mains du maréchal Véthard. Les communistes ont été stalinéens. Les communistes ont une histoire. Mais vous, qu'est-ce que vous regrettez ?
Qu'est-ce qui ne passe pas dans votre passé, dans ce que Jean-Marie Le Pen a représenté ? Qu'est-ce qui ne passe pas à vos yeux ?
Il y a un certain nombre de phrases qui ont pu être dites, qui ont pu heurter, qui ont pu choquer. La Shoah, le détail ? Mais bien sûr, mais bien sûr, avec lesquelles, moi, je ne suis pas en accord, avec lesquelles Marine Le Pen... C'était des fautes morales ? En accord. Mais oui, je ne sonde pas les cœurs et les reins. Ah ben là, c'est quand même plus important qu'autre chose. En l'occurrence, mais bien sûr, mais en l'occurrence, toutes les phrases, ces petites phrases qui ont été dites, évidemment, ont probablement retardé aussi... ont probablement mis des œillères à beaucoup de Français pendant des années sur ce que nous sommes et sur ce que nous étions réellement.
Maintenant, vous voyez, je pense que quand on concourt au suffrage universel, eh bien on assume aussi, c'est vrai, une forme d'héritage et son passé. Vous savez ce que disait Napoléon, du baptême de Clovis. Je prends tout depuis Clovis. Au comité de salut public, j'assume tout. Donc, nous assumons tout, avec parfois, c'est vrai, des parts d'ombre qui méritent effectivement des explications et une part de distance aussi.
Vous êtes une nouvelle génération, nouveau style, manœuvrier habile, très jeune en politique. Vous êtes entré au front, vous avez quoi, 16 ans ? Manœuvrier habile ? Oui, habile. Ah bon ? Ah ben oui, vous êtes très proche de Marine Le Pen. Vous dites que c'est vraiment dès le seul que vous êtes proche. Vous avez subi un coaching, c'est vrai. Il y a un ancien confrère à moi qui vous a coaché.
Oui, tout à fait. J'ai travaillé avec l'un de vos anciens confrères pendant les élections européennes. Qu'est-ce que vous avez appris encore ? Qu'est-ce que vous avez appris ? Pascal Humeau, qui était journaliste sur BFMT, et qui montre aussi, d'ailleurs, comme d'autres journalistes nous rejoignent, qu'il n'y a plus aujourd'hui de catégorie socioprofessionnelle, de profession. Qu'est-ce qu'on apprend ?
On apprend quoi, franchement ? On apprend à souris, on apprend à répondre à toutes les questions, un peu de langue de bois. Qu'est-ce qu'on apprend ?
L'exercice médiatique, c'est un exercice difficile, surtout quand vous êtes au Rassemblement national. Moi, quand je viens sur les plateaux, j'ai le sentiment que nous venons porter les idées qui sont majoritaires dans le pays, mais qui ne sont pas souvent les idées qui sont dominantes sur les plateaux de télévision. Pas encore, pardon.
Si, bien sûr, regardez ce IFOP qui est sorti il y a quatre semaines, c'était une enquête sur le vote Le Pen dans le JDD, et en fait, on voit que toutes les grandes items que ressentent les Français aujourd'hui, vous avez 62% des Français qui ne se sentent plus en sécurité nulle part, vous avez une majorité de Français qui considèrent qu'on a perdu totalement notre souveraineté, vous avez une majorité de Français qui considèrent que la justice est laxiste, et en somme, vous avez une majorité de Français qui partagent nos idées. Alors après, c'est vrai, il nous a manqué peut-être en 2017 cette dernière marche, qui est celle de la crédibilité pour arriver aux responsabilités.
Alors je crois que cette dernière marche, nous sommes en train de la franchir. Ça attire beaucoup d'ambition.
Un Éric Zemmour, par exemple, candidat à la présidence, est-ce que ce serait une bonne chose pour vous ?
Écoutez, nous, nous n'avons peur de personne. Il vous enlèverait quelques points. Moi, j'apprécie Éric Zemmour, je le lis, j'apprécie son œuvre, j'apprécie sa plume, j'apprécie aussi son courage. Maintenant, le discours d'Éric Zemmour est un discours très sombre. Moi, je ne crois pas que le destin de notre pays est une remise en cause de la paix civile, la guerre civile, la guerre entre les religions.
En termes de déclin, vous y allez pas mal quand vous parlez de la France.
Oui, mais Éric Zemmour est un fataliste. Nous, nous sommes des optimistes. C'est-à-dire que nous, nous avons un projet politique, un débouché démocratique à apporter à ces situations de tensions et de troubles, y compris démographiques, que nous connaissons dans un certain nombre de territoires. Et puis une candidature d'Éric Zemmour, alors que toutes les études d'opinion laissent à dire que Marine Le Pen est la seule qui est en capacité de battre Emmanuel Macron dans le camp national, affaiblirait le camp national. Ça veut dire que vous espérez plutôt qu'ils vous rejoignent ?
Mais nous, nous travaillerons et nous travaillons avec tout le monde, avec tous ceux qui considèrent que notre projet est une réponse politique et démocratique aux fractures françaises et aux grands délitements de l'État dont M. Macron est l'avocat.
Vous représentez, c'est un des premiers mots que vous avez mentionnés, populaires, disiez-vous. Origine simple, vous avez grandi dans le 9-3. J'ai grandi à Saint-Denis, à la cité Gabriel Péry,
centre-ville de Saint-Denis. Origine italienne. Vous êtes un immigré ? Je suis un fils d'immigré. Un Français de s'en mêler, dirait-on. Ça marche. C'est la preuve que la méritocratie, elle fonctionne.
Est-ce que les Italiens de l'époque n'étaient pas les Arabes d'aujourd'hui ?
Non, je ne crois pas parce que lorsque ma famille est... D'abord, je ne fais pas de parallèle ou je ne rentre pas dans ce type de considération communautaire ou raciste, mais...
À l'époque, pardon, beaucoup de gens cultivaient...
Oui, je comprends la phrase à laquelle vous faites référence, mais juste pour que ce soit bien clair, parce que sorti de son contexte, ça peut être mal compris. Lorsque... J'appartiens à une génération dont les parents, lorsqu'ils sont arrivés en France dans les années 50-60, ils ont tout fait pour s'intégrer, pour s'assimiler, pour faire que, eh bien, on respecte la police, pour faire en sorte qu'on apprenne très vite le français. Moi, ma mère, elle a dû très, très vite apprendre le français lorsqu'elle est arrivée en France. Elle travaille aujourd'hui dans la fonction publique et c'est une fierté aussi de pouvoir se mettre à disposition de l'État.
Et cette génération qui est arrivée a fait cet effort de s'assimiler.
Certainement, mais est-ce qu'il n'y a pas aussi beaucoup de migrants d'aujourd'hui quand on voit que des policiers, des policiers, pardon, sont issus d'immigration,
beaucoup de policiers, ils ont été tués ? Mais je vais vous répondre, je vais vous répondre. Et il n'y a pas de raison que les nouvelles générations issues de l'immigration qui arrivent aujourd'hui soient dispensées du même effort. Et elle est là, la clé, aujourd'hui. C'est que les efforts d'assimilation extrêmement exigeants qu'on a demandés pendant un certain nombre de temps aux générations d'immigrés qui sont arrivées dans notre pays, on ne le demande plus aujourd'hui. Mais, vous voyez, je ne suis pas pour la fermeture des frontières, je ne suis pas pour mettre des murs. Est-ce qu'on peut même les fermer, d'ailleurs ?
Est-ce que ce n'est pas un mouvement inéluctable ? Quand on voit, pardon, ce sont les derniers chiffres que l'Union européenne donne elle-même, la croissance démographique ne fonctionnerait pas s'il n'y avait plus de l'immigration.
Mais moi, si vous voulez, je ne suis pas pour mettre des barbelés, je ne suis pas pour mettre des murs. Évidemment que la France continuera toujours d'accueillir sur son sol des gens qui viennent dans notre pays parce qu'ils aiment notre pays, parce qu'ils ont envie de participer de cette épopée nationale, parce qu'ils aiment notre langue, parce qu'ils aiment notre littérature, parce qu'ils aiment notre art de vivre. Et c'est tout cela qui s'est perdu aujourd'hui avec les nouvelles générations qui arrivent et à qui cet effort extrêmement exigeant d'assimilation n'est plus demandé, n'est plus suivi.
Et quand on a un président de la République qui nous explique les yeux dans les yeux qu'il souhaite déconstruire l'histoire de France et qui poursuit une certaine forme de repentance et de culpabilisation permanente des majorités, alors effectivement, on ne peut pas s'étonner du comportement et du rejet qu'expriment un certain nombre de personnes aujourd'hui à l'égard de la République.
Emmanuel Macron qui parfois, effectivement, joue sur ce registre, repentance, etc., mais qui a aussi donné des signes d'ouverture intellectuelle de l'autre côté, quand il discute avec Philippe Devilliers, quand il parle avec les gens de valeur actuelle. Est-ce qu'il n'y a pas là quelque chose d'un peu mitterrandien, ces gens qui savent ouvrir le jeu assez large qui peuvent être assez redoutables pour vous comme adversaire ?
Quand on arrive à dire tout et le contraire de tout, du lundi au dimanche,
en étant persuadé d'avoir raison,
je ne dirais pas que c'est une forme de folie pour ne pas que ce soit mal interprété, mais ça pose à un moment donné un problème de cohérence. Emmanuel Macron, son problème, c'est que le lundi, il est à la droite de la droite et que le mardi, il est assis à côté des indigènes de la République. C'est que dans son interview qu'il a donnée à l'Express le 23 décembre, il arrive à se revendiquer du chevet de mentisme et au paragraphe suivant, à nous expliquer que l'assimilation est un concept dépassé et qu'il faut miser sur une intégration à l'anglo-saxonne.
Il arrive en même temps à nous expliquer qu'il veut soutenir les forces de l'ordre et en même temps à nous expliquer qu'il y aura une forme de racisme systémique dans la police et des contrôles aux faciètes qui seraient effectués par les forces de l'ordre. Donc, ces incohérences permanentes du matin au soir, je crois, ne sont pas de nature à répondre aujourd'hui aux attentes du pays. Par la politique qui a été la sienne, par la déconstruction méthodique de tout ce qui fait notre pays, le délitement de l'État qu'accompagne Emmanuel Macron, je crois qu'il accompagne que son quinquennat aura été celui du désordre, du chaos et de la violence.
Jean-Albert Della, quand vous dites ça, vous savez que vous êtes très excessif quand même. Je ne le crois pas. Quand on voit que la France, y compris économiquement, ça reste la sixième puissance économique du monde, on n'est pas complètement dans le chaos général.
Oui, qui était incapable d'ailleurs de produire des vaccins, qui était incapable de fabriquer des masques. On est la sixième puissance économique mondiale et je vais vous dire, nous, on souhaite se battre pour qu'elle reste la sixième puissance économique mondiale et qu'elle avance dans le classement. Parce que nous, on croit dans le génie français et on croit surtout dans la capacité de notre pays à décider de ce qui est bon pour lui. Je vous donne un exemple. Les vaccins. Il y a une start-up française qui avait mis sur pied un vaccin qui s'appelle Valneva à Nantes. Eh bien, le gouvernement n'a pas cru dans le génie français.
Et du coup, c'est la Grande-Bretagne qui a financé Valneva et c'est donc la Grande-Bretagne qui va bénéficier peut-être du seul vaccin français qui aura été produit à l'issue de cette crise économique. Donc, il ne croit plus dans le génie français. Il laisse nos entreprises partir. Et nous sommes, juge en termine, je crois, dirigés par des liquidateurs. C'est eux qui laissent notre tissu industriel partir. C'est M. Macron qui a été à l'origine de la découpe d'Alstom et de la vente d'Alstom, notre fleuron industriel aux Américains. Donc, vous voyez qu'il y a beaucoup de choses à dire et qu'il y aura beaucoup de choses à dire dans cette campagne présidentielle.
Est-ce que c'est votre adversaire favori ?
Ça me frappe. Vous attaquez depuis le début beaucoup Emmanuel Macron. Les LR, ils sont déjà un peu... La fiche que vous souhaitez, c'est celle-là, Macron le règne.
Nous sommes... Franchement,
c'est celle qui vous favorise. En vérité,
la campagne présidentielle ne s'est jamais véritablement arrêtée. Avec Macron, on est allé au bout de cette recomposition de la vie politique. Tout nous oppose. Donc, en tant que leader de l'opposition, nous soyons là pour proposer une alternative, pour composer une alternance avec des gens qui viennent de la droite de la gauche. C'est bien normal. Jordan Bardella,
merci. 2022, vous gagnez à tout coup parce que si Marine Le Pen gagne, vous serez ministre. Si elle perd, vous pouvez être dauphin, vous pouvez prendre sa place.
Je ne suis candidat à rien. À 25 ans,
quand on est rentré à 16 ans dans notre parti, on a une certaine ambition, j'imagine.
Je suis conscient de la chance que j'ai eue au sein du Rassemblement national. Je vous accorde que je n'ai pas la vie qu'on a normalement lorsqu'on a 25 ans et que mes amis qui ont 25 ans et qui ne font pas de politique me regardent un peu comme un ovni. Mais je suis très fier de m'engager dans cette bataille présidentielle et je me suis engagé en politique à 16 ans en collant mes premières affiches à la Cité des Bosquets à Montfermeil. Et je me suis engagé pour voir Marine Le Pen arriver aux responsabilités et je conviens faire en sorte qu'elle y arrive dans quelques mois.
Nous verrons. Merci beaucoup d'avoir été notre invité. Merci à vous. La soirée continue sur LCI. Ce soir, document exceptionnel Elisabeth II, le destin d'une reine. Merci et à demain. Sous-titrage Société Radio-Canada
Jordan Bardella