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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 24 janvier 2024 7 minComplaisantFond programmatiqueÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

Visite d'Emmanuel Macron en Inde : "C'est important de s'y positionner", décrypte Catherine Bros, professeure d'économie et spécialiste de l'Inde

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 80 %Attaque 10 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:27OuverteRéponse directe

    Au-delà du symbole, est-ce que c'est important aujourd'hui de s'afficher aux côtés de la première puissance démographique du monde ?

  • 0:34OuverteRéponse directe

    En gros, est-ce que la France peut tirer un avantage de cette marque d'attention ?

  • 1:35FerméeRéponse directe

    Donc au-delà des volumes, ça reste un partenaire important stratégiquement ?

  • 2:26OuverteRéponse directe

    Parmi tous les pays du G20, l'Inde affiche le plus faible revenu par habitant, moins de 2 000 euros par habitant et par an. Est-ce que c'est tenable comme modèle ?

  • 3:13OuverteRéponse directe

    Et comment est-ce qu'on l'explique, ça, Catherine Ross ? Ce sous-investissement privé ?

  • 4:26OuverteRéponse directe

    Et on voit dans le même temps un gouvernement indien qui est très protectionniste, qui protège son marché intérieur, pharmaceutique, agroalimentaire, automobile aussi. Est-ce qu'il y a un espoir pour les entreprises françaises, notamment, que ça change ou est-ce que c'est peine perdue ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:47InvitéFait
    « L'Inde n'est pas un très grand partenaire de la France et la France n'est pas un très grand partenaire commercial de l'Inde. »
  • 1:06InvitéChiffre
    « C'est le 14e client de la France et le 16e fournisseur de la France, l'Inde. »
  • 1:51InvitéChiffre
    « C'est la cinquième puissance économique. »
  • 2:06InvitéChiffre
    « 7,3% de croissance attendue pour cette année. »
  • 2:26PrésentateurChiffre
    « Parmi tous les pays du G20, l'Inde affiche le plus faible revenu par habitant, moins de 2 000 euros par habitant et par an. »
  • 3:54PrésentateurChiffre
    « Alors que c'est 15% du PIB, ça. »
  • 4:11InvitéChiffre
    « 60% de l'activité économique. »
  • 5:10PrésentateurPromesse
    « Elle peut devenir la troisième économie en 2030. »

Temps de parole

  • Invité66 %
  • Présentateur34 %

2,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous. Le 14 juillet dernier, Narendra Modi était l'invité d'honneur du défilé sur les Champs-Elysées à Paris. Le Premier ministre indien rend l'appareil au président français Emmanuel Macron, invité à son tour de la fête de la Constitution. Ce sera vendredi à New Delhi. Bonsoir Catherine Bross. Bonsoir. Vous êtes professeur d'économie à l'université de Tours, spécialiste de l'Inde. Au-delà du symbole, est-ce que c'est important aujourd'hui de s'afficher aux côtés de la première puissance démographique du monde ? En gros, est-ce que la France peut tirer un avantage de cette marque d'attention ?

0:39
Invité

Alors c'est important d'un point de vue stratégique. L'Inde n'est pas un très grand partenaire de la France et la France n'est pas un très grand partenaire commercial de l'Inde. Mais en fait, ils échangent dans des secteurs qui sont extrêmement stratégiques, puisque c'est effectivement le nucléaire, la défense et l'aéronautique.

0:55
Présentateur

La France a vendu des rafales, 36 déjà commandés, 26 en plus en négociation.

1:00
Invité

Oui, tout à fait. Et donc les exportations dans l'aéronautique de la France vers l'Inde augmentent. Mais en toute chose considérée, ce n'est pas un partenaire très important, puisque c'est le 14e client de la France et le 16e fournisseur de la France, l'Inde. Donc ce n'est pas un partenaire important en termes de volume, mais important en termes de stratégie, de présence dans l'Indo-Pacifique.

1:25
Présentateur

Oui, puisqu'effectivement les secteurs dans lesquels la France exporte sont importants, l'aéronautique, la chimie, le secteur pharmaceutique, les équipements de communication aussi. Donc au-delà des volumes, ça reste un partenaire important stratégiquement ?

1:38
Invité

En fait, c'est important de se positionner en Inde et toutes les puissances économiques se positionnent actuellement en Inde, parce qu'effectivement c'est la première puissance démographique. C'est la cinquième puissance économique ? C'est la cinquième puissance économique, mais évidemment en termes de PIB par habitant, c'est loin derrière. Et c'est surtout un relais de croissance actuellement pour l'économie mondiale, puisqu'il y a 7,3% de croissance attendue pour cette année, ce qui est énorme dans le contexte actuel.

2:06
Présentateur

Avec la Chine, elle, qui décélère.

2:08
Invité

Et donc c'est un partenaire important, disons que c'est un pari sur l'avenir, parce qu'il y a encore actuellement beaucoup de fragilité structurelle de l'économie indienne.

2:18
Présentateur

Oui, vous avez commencé à en parler. L'Inde est connue pour sa formation, ses cerveaux, mais aussi pour son sous-investissement dans la santé, dans l'éducation. Parmi tous les pays du G20, l'Inde affiche le plus faible revenu par habitant, moins de 2 000 euros par habitant et par an. Est-ce que c'est tenable comme modèle ?

2:36
Invité

Alors, pour l'instant, la croissance, en tout cas l'année dernière, a été tirée beaucoup par l'investissement public dans l'infrastructure, dans les infrastructures, et donc ce n'est pas l'investissement privé. Et donc, il y a des faiblesses très structurelles en Inde, qui sont par exemple la création d'emplois qui est trop faible, les revenus des individus qui sont trop bas pour pouvoir faire une consommation de masse, et un investissement privé qui, compte tenu des circonstances, devrait être plus élevé. Parce qu'en fait, il y a des taux d'utilisation des capacités productives qui sont déjà très élevés, avec des trésoreries qui sont très confortables.

Donc, on devrait avoir un investissement privé solide. Or, ce n'est pas ce qu'on voit. Il y a aussi une vraie...

3:13
Présentateur

Et comment est-ce qu'on l'explique, ça, Catherine Ross ? Ce sous-investissement privé ?

3:17
Invité

Je pense qu'il y a beaucoup d'attentisme, en fait, pour essayer de voir un peu où est-ce que tout ça se dirige. Il y a aussi une très forte activité de l'État. Donc, comme j'ai dit, c'est beaucoup tiré par la construction, la croissance actuelle, et qui elle-même est tirée par le plan de relance via l'infrastructure. Donc, c'est les dépenses publiques, en fait, en Inde qui ont créé beaucoup cette croissance, sachant que les dépenses publiques ont un effet d'entraînement très important. Mais il y a quand même encore une interrogation sur la consommation interne qui représente quand même 60% de l'activité économique, parce que les revenus n'augmentent pas.

Et par exemple, 40% de la population est encore dans l'agriculture.

3:54
Présentateur

Alors que c'est 15% du PIB, ça.

3:55
Invité

Alors que c'est une spécificité indienne. Oui, c'est 15% du PIB. Et les revenus dans l'agriculture stagnent et sont érodés même par l'inflation. Donc, vous avez déjà 40% de la population dont les revenus ne progressent pas. Et donc, la classe moyenne qui, elle, consomme et épargne. Et encore, on la cherche encore, en fait. Donc, il y a beaucoup d'attentisme de la part des acteurs privés en Inde pour voir comment évolue la consommation.

4:17
Présentateur

Et on voit dans le même temps un gouvernement indien qui est très protectionniste, qui protège son marché intérieur, pharmaceutique, agroalimentaire, automobile aussi. Est-ce qu'il y a un espoir pour les entreprises françaises, notamment, que ça change ou est-ce que c'est peine perdue ?

4:32
Invité

Alors, d'un point de vue vraiment du commerce pur, c'est assez peu probable que ça change. Effectivement, la stratégie qui a été développée jusqu'à présent, c'est une stratégie de protection de l'industrie, de subvention à l'exportation, de droits de douane à l'importation, donc très protectionniste et mercantiste.

4:49
Présentateur

Donc, ce marché intérieur balbutiant, on n'y a même pas accès ?

4:52
Invité

On y a accès via l'investissement, en fait. C'est tout le plan de l'Inde. C'est de dire, voilà, si vous voulez pouvoir accéder à ce marché, il faut investir. On ne fera pas ça au travers d'une insertion commerciale. Ça se fera via de l'investissement.

5:04
Présentateur

Alors, on voit que l'Inde se rêve en Nouvelle-Chine. Aujourd'hui, c'est la cinquième puissance économique mondiale. Elle peut devenir la troisième économie en 2030. C'est en tout cas ce que préconise Standard & Poor's. Est-ce qu'à votre avis, c'est possible ? Compte tenu de tout ce qu'on vient de dire.

5:19
Invité

Oui, c'est possible parce qu'il y a en fait une cristallisation des espoirs sur l'Inde. Donc, tout le monde veut se positionner sur l'Inde. Donc, à court terme, il y a un vrai effet d'entraînement. Mais si on regarde vraiment structurellement, il y a des faiblesses qui sont très nettes et qui sont ce dont on a parlé, en fait, qui est que la consommation, on ne sait pas très bien d'où elle va venir parce que les revenus peinent à progresser justement à cause de cette structure de la main-d'œuvre qui est en fait très disproportionnée, à la fois beaucoup dans l'agriculture et ensuite un peu dans les services.

5:51
Présentateur

Alors, avec des élections majeures qui se profilent cette année en Inde, on a vu que le régime de Narendra Modi a tendance à se durcir. Est-ce que cette tendance autoritariste, elle peut contrarier la croissance économique du pays ?

6:02
Invité

C'est peu probable. C'est peu probable d'une part parce que le résultat des élections est quand même assez attendu. Je pense qu'il n'y a pas tellement de suspense et par ailleurs, le régime se durcit, mais se durcit sur des points qui sont vraiment des points de politique intérieure. Du point de vue économique, la ligne a été assez claire et assez tenue depuis longtemps, justement, effectivement, un peu protectionniste. C'est relativement nouveau, mais avec une libéralisation, en tout cas au moins à l'intérieur.

Le seul doute qu'on a sur le rapport entre le politique et l'économie, c'est plutôt ce qu'on appelle le capitalisme de connivence qui semble se renforcer un peu en Inde et que ça peut effectivement refroidir beaucoup des investisseurs.

6:42
Présentateur

Et donc, ça peut quand même un peu refroidir les investisseurs étrangers ?

6:47
Invité

Oui, tout à fait, mais ce n'est pas le durcissement, en fait. C'est plutôt l'interconnexion entre le politique et l'économique via ce capitalisme de connivence qui peut effectivement freiner parce que c'est très difficile à lire, en fait.

6:57
Présentateur

Merci beaucoup Catherine Bross de nous avoir aidé à lire justement ce grand pays qui est l'Inde. Vous êtes professeur d'économie à l'université de Tours. Le président Emmanuel Macron entame donc demain une visite de deux jours en Inde.