Daniel Boy : "Les réflexes machistes en politique existent encore, Élisabeth Borne va devoir combattre cela"
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Est-ce qu'elle incarne le virage écologique et social voulu par Emmanuel Macron ?
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C'est elle qui cochait le plus de cases dans le profil type que souhaitait le président ?
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Le communiste Fabien Roussel a dit même qu'Emmanuel Macron avait trouvé finalement sa Mme Thatcher. Est-ce que la comparaison est pertinente ?
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Quelles sont ces relations, justement, avec les syndicats ? Comment ça se passe ? C'est quoi, sa méthode ?
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D'ailleurs, dans l'opposition, beaucoup soulignent que son arrivée, finalement, enterrine la disparition du poste de Premier ministre et que c'est Emmanuel Macron qui va tirer les ficelles encore plus qu'aujourd'hui. Vous avez l'impression qu'il y a un caractère à s'effacer face au président de la République ?
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Daniel Bois, on le répète depuis hier, c'est la deuxième femme à entrer à Matignon, 31 ans après Edith Cresson, qui lui souhaite d'ailleurs bon courage face à une classe politique machiste. C'est toujours le cas aujourd'hui. Vous pensez que ça va être compliqué pour Elisabeth Borne, parce que c'est une femme au-delà de ses compétences ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Qu'elle l'incarne, c'est un peu beaucoup dire, mais elle a une formation très technique, à grandes écoles, ce qui n'est pas si fréquent que ça »
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« Le communiste Fabien Roussel a dit même qu'Emmanuel Macron avait trouvé finalement sa Mme Thatcher. »
- 2:11PrésentateurFait
« Non, ce n'est pas ça, ce n'est certainement pas Mme Thatcher, pas du tout. »
- 3:20PrésentateurFait
« la réforme du chômage, elle a été repoussée par les syndicats sans aucun doute. »
- 3:30PrésentateurFait
« La réforme qui met à 65 ans l'âge de la retraite en règle générale, elle est repoussée en bloc par les syndicats. »
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« c'est la deuxième femme à entrer à Matignon, 31 ans après Edith Cresson »
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« du temps d'Edith Cresson, c'était monstrueux. Je veux dire, c'était des insultes, c'était une rigolade à l'Assemblée. »
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« tout ce que disent les femmes qui ont été en politique à un niveau élevé, c'est que les réflexes machistes restent très très forts. »
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France Inter, Mathilde Munoz, le 5-7.
Il est 6h20, bonjour Daniel Bois. Bonjour. Vous êtes politologue, directeur de recherche au Cevipof. Elisabeth Borne est donc la nouvelle première ministre. Est-ce qu'elle incarne le virage écologique et social voulu par Emmanuel Macron ?
Qu'elle l'incarne, c'est un peu beaucoup dire, mais elle a une formation très technique, à grandes écoles, ce qui n'est pas si fréquent que ça, et puis effectivement, assez précocement, elle s'est intéressée à ces problèmes, et ce qui est intéressant, c'est que dans les postes qu'elle a eus, successivement à la régie des transports, à la RATP, etc., et puis ensuite dans ses postes ministériels, elle a eu beaucoup à faire avec la question des mobilités.
La question des mobilités, c'est quelque chose d'absolument crucial dans la transition écologique, et c'est crucial parce qu'en fin de compte, c'est le plus difficile à faire, donc c'est intéressant d'avoir une ministre qui a une forte compétence dans ce domaine.
C'est elle qui cochait le plus de cases dans le profil type que souhaitait le président ?
Oui, le profil type qui faisait que c'était une équation quasiment impossible, donc oui, elle coche pas mal de cases, et notamment, effectivement, une compétence dans le domaine de la transition écologique, ce qui était très important. Une compétence ministérielle, ce n'était pas dit, bien sûr, parce qu'on ne pouvait pas le dire, mais c'était absolument crucial qu'il y ait une vraie compétence ministérielle, et elle l'a, puisqu'elle a été ministre à plusieurs reprises, et dans des domaines un tout petit peu différents, mais au fond, qu'on a tous un lien plus ou moins avec la transition écologique, transport, etc., donc c'était important.
Non, alors la case sociale, c'est un peu plus compliqué, je trouve, parce qu'on se souvient que c'est quelqu'un qui représente cette gauche qui admet les avancées du libéralisme économique, la gauche de celle de Dominique Strauss-Kahn, celle de Manuel Vannes, etc., bon, alors la case sociale, c'est un peu plus compliqué.
Le communiste Fabien Roussel a dit même qu'Emmanuel Macron avait trouvé finalement sa Mme Thatcher. Est-ce que la comparaison est pertinente ?
Non, ce n'est pas ça, ce n'est certainement pas Mme Thatcher, pas du tout. Mme Thatcher, c'est le vrai libéralisme absolu, ce n'est pas du tout ça. Elle, c'est cette partie de la gauche qui admet une fraction de libéralisme, c'est-à-dire qui admet que les mécanismes du marché doivent être accommodés avec le socialisme classique. Donc, ce n'est pas Mme Thatcher, c'est, encore une fois, la tradition, puisque c'est maintenant une tradition de ce qu'on appelle la seconde gauche, la deuxième gauche, celle de Roca. Et quels sont ces compromis ? Oui, non, allez-y, pardon, je vous en prie. Non, c'est l'idée de faire des compromis réfléchis avec le libéralisme économique.
Mais on voit bien que ça a été extrêmement compliqué pour le Parti Socialiste, puisque ça a amené à une vraie fracture.
Et on a vu aussi comment elle a travaillé avec la réforme de l'assurance chômage. Les syndicats s'en souviennent. Quelles sont ces relations, justement, avec les syndicats ? Comment ça se passe ? C'est quoi, sa méthode ?
Je ne suis pas sûr qu'elle a une méthode particulière. Enfin, elle passe pour être quelqu'un qui écoute, bien sûr, et en même temps, quelqu'un qui décide. Donc, elle paraît être assez ferme. Ceci dit, je ne suis pas dans le secret de ces négociations, mais il n'y a pas de doute que la réforme du chômage, elle a été repoussée par les syndicats sans aucun doute. Et la réforme à venir des retraites, bien sûr, elle est repoussée en bloc. La réforme qui met à 65 ans l'âge de la retraite en règle générale, elle est repoussée en bloc par les syndicats. Et donc là, bien sûr, les syndicats seront vent debout contre elle.
Quand on lit des portraits d'Elisabeth Borne, il y a des mots qui reviennent vraiment souvent, les mots « bosseuse » et « exigeante », exigeante même quitte à épuiser ses équipes. D'ailleurs, elle était surnommée « borne-out » quand elle dirigeait la RATP. Ce n'est pas facile d'avoir ce surnom « borne-out ».
Non, mais je crois que du point de vue du président Emmanuel Macron, ça a été un trait positif, puisqu'au fond, il met le travail, l'acharnement au travail, la compétence, la réussite, l'excellence. Ça fait partie de ses critères. Donc, je ne suis pas surpris qu'il ait choisi quelqu'un qui a cette réputation.
Il a choisi aussi quelqu'un qui avait un profil plus technique que politique. Elle n'a jamais été élue. Là, elle est candidate aux législatives, mais c'est la première fois. D'ailleurs, dans l'opposition, beaucoup soulignent que son arrivée, finalement, enterrine la disparition du poste de Premier ministre et que c'est Emmanuel Macron qui va tirer les ficelles encore plus qu'aujourd'hui. Vous avez l'impression qu'il y a un caractère à s'effacer face au président de la République ?
Je n'ai pas cette impression. Je ne la connais pas personnellement. Mais sa réputation, ce n'est pas quelqu'un qui s'efface, c'est quelqu'un qui travaille, bien sûr. Mais au fond, un peu dans la même logique que celle qu'il y a eu avec, et dans un mode différent, la logique qui a été celle du Premier ministre sortant, Castex. Au fond, on n'a pas vu, on a dit, il n'a pas d'égo, cet homme. Ça ne veut pas dire qu'il s'est effacé. Il a travaillé dans une collaboration, apparemment, avec le président. Et à mon avis, c'est le même type de collaboration qui peut s'établir entre Mme Borne et le président. C'est du même ordre.
Alors, c'est vrai que vous avez raison de parler de son manque d'incarnation territoriale, parce que ça faisait partie plus ou moins de ce qui aurait dû être coché. Là, c'est un petit manque. C'était, au contraire, une des qualités de Castex. Là, c'est un petit manque. Est-ce que c'est important ou pas ? Il y a toujours eu un déficit d'implantation territoriale, de discours territorial pour le président actuel. Il a essayé de le combler de mille manières. C'est plus ou moins réussi. Là, c'est une petite case qui manque.
Daniel Bois, on le répète depuis hier, c'est la deuxième femme à entrer à Matignon, 31 ans après Edith Cresson, qui lui souhaite d'ailleurs bon courage face à une classe politique machiste. C'est toujours le cas aujourd'hui. Vous pensez que ça va être compliqué pour Elisabeth Borne, parce que c'est une femme au-delà de ses compétences ?
La preuve, c'est qu'on est en train d'en parler. Ça veut dire que ça n'est pas quelque chose de naturel, de normal.
Mais pourtant, est-ce que ça va être compliqué ? Est-ce que la classe politique est machiste ?
Elle a un peu bougé, certainement. Je veux dire que du temps d'Edith Cresson, c'était monstrueux. Je veux dire, c'était des insultes, c'était une rigolade à l'Assemblée. On n'en est plus là. Mais tout ce que disent les femmes qui ont été en politique à un niveau élevé, c'est que les réflexes machistes restent très très forts. Donc oui, elle va avoir à comprendre ça. Et je comprends bien le message un peu ironique d'Edith Cresson. Quand on dit bon courage, on comprend ce que ça veut dire. Donc c'est probablement moins difficile que le calvaire qu'a été le ministère d'Edith Cresson. Mais ce n'est pas forcément très très simple.
Ce qui est intéressant, en fait, c'est que Mme Borne, elle vient de ces écoles polytechniques, etc., qui sont des écoles historiquement à domination totale masculinale. La technique, c'est du côté des hommes, les grands corps techniques français. Et elle, c'est par là qu'elle a commencé. Donc c'est assez intéressant.
Merci Daniel Bois, politologue et directeur de recherche au Cevipov. Vous étiez l'invité du 5-7. France Inter