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interviewBFMTV· 8 novembre 2022 8 min

L'intégrale de l'interview exclusive de Marine Le Pen sur BFMTV

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Marine Le Pen, ça y est, vous n'êtes officiellement plus présidente du RN, 50 ans que c'était le parti des Le Pen. Vous aviez particulièrement imprimé votre ligne ces dix dernières années. Est-ce que le nouveau président, Jordan Bardella, aura aussi toute la liberté d'imprimer sa ligne ?

0:16
Marine Le Pen

Bien entendu, il a été choisi à 85% par les adhérents du Rassemblement national qui ont voté à 70%, ce qui est une participation très importante pour un congrès interne. Mais il l'a dit et il l'a redit, la ligne qu'il souhaite porter est celle que j'ai défendue. Il s'inscrit en termes de ligne politique dans une continuité. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'étais restée neutre dans cette compétition. C'est que je considérais, pour les connaître très bien l'un et l'autre, que les deux candidats étaient sur la ligne que je défends et sur laquelle j'ai été élu à plusieurs reprises.

0:51
Présentateur

Est-ce que vous dites, pour rassurer ceux qui pourraient être inquiets, que vous allez y veiller ?

0:56
Marine Le Pen

Oui, mais si tant est que j'ai besoin d'y veiller, ce que je ne crois pas, de toute façon, Louis Alliot est premier vice-président du Rassemblement national, membre du bureau exécutif. Moi-même, je siège au bureau exécutif comme présidente, en qualité de présidente de notre groupe parlementaire. Mais je n'ai pas d'inquiétude. Mais il n'y a que le temps qui rassurera, si vous voulez, ceux qui, aujourd'hui, sont inquiets de cela.

1:22
Présentateur

Je vous pose cette question parce que certains disent, quand vous, vous vous disiez ni de droite ni de gauche, Jordan Bardella s'estime plutôt à droite. Certains vont dire très à droite. Certains parlent même d'un risque de re-radicalisation.

1:34
Marine Le Pen

Je ne le crois pas du tout. Je ne le crois pas du tout. Je connais très bien Jordan. J'ai fait la campagne présidentielle avec lui. Je l'ai vu aller sur l'ensemble des plateaux, défendre le pouvoir d'achat des Français, se préoccuper précisément de la situation sociale de nos compatriotes. Je l'ai vu construire des campagnes sur le pouvoir d'achat. Je sais très bien que c'est une préoccupation. Ça l'est aussi parce qu'il vient d'un milieu modeste, d'une banlieue qui est compliquée. Il a ça en lui. Donc je n'ai absolument aucune inquiétude à cet égard.

2:06
Présentateur

Certains font le lien et estiment qu'il y a un risque de re-diabolisation. C'est vrai que la semaine dernière, il y a eu deux polémiques. Celle de votre député Grégoire de Fournasse dans l'hémicycle. Il y a aussi eu le tweet de l'un de vos conseillers traitant de clochard à un député de la France insoumise. Est-ce que ça, c'est des choses que vous regrettez ?

2:25
Marine Le Pen

Non mais moi, de toute façon, si vous voulez, je regrette à chaque fois qu'il y a des polémiques parce que les polémiques empêchent de parler du fond. Mais en l'occurrence, je considère que ce qu'a subi Grégoire de Fournasse, c'est une véritable manipulation qui ne le visait pas tant lui d'ailleurs que le Rassemblement national dans son ensemble. Le bureau de l'Assemblée a choisi une sanction extrêmement lourde pour en réalité des faits dont ils ont eux-mêmes constaté qu'il n'avait rien à voir avec le racisme.

Pour le reste, vous voulez, les échanges de tweets entre députés européens et députés nationaux, pardon, mais il y en a qui font plus parler que d'autres parce que quand je vois une députée dire « Mange, t'es mort », je n'ai pas ressenti que ça avait suscité une indignation majeure. Or, moi, voyez-vous, ce genre de déclaration m'indigne. Donc tout ça, c'est l'écume des choses. Ce qui est important, encore une fois, c'est le travail de fond que nous faisons à l'Assemblée nationale et nous le faisons avec beaucoup de sérieux, avec, je crois, vraiment un travail qui, aujourd'hui, est reconnu par tous.

3:28
Présentateur

Mais l'image a fait aussi partie de la politique. Est-ce que ça va à l'encontre de votre stratégie de normalisation et même la stratégie de la cravate, dit-on, depuis que vous êtes à l'Assemblée ?

3:36
Marine Le Pen

Non, mais pardon, mais moi, je ne vais pas laisser déterminer l'image du Rassemblement national par les agitations de la France insoumise. Vous voyez ? Je veux dire, on est aussi parfois victime de véritables manipulations politiques. Ça a été le cas dans l'affaire de Fournasse. Et ce sont des choses qui, hélas, arrivent, surtout quand les adversaires sont capables d'utiliser toutes les manœuvres, tous les mensonges qui sont à leur disposition.

4:03
Présentateur

Vous avez quand même reconnu une maladresse.

4:05
Marine Le Pen

Oui, mais pourquoi c'est maladroit ? Parce que ce sont des sujets sensibles, les sujets d'immigration. Et les sujets des migrants qui risquent leur vie pour traverser la Méditerranée sont des sujets sensibles. Et donc, quand ce sont des sujets sensibles, on ne fait pas sur eux, en quelque sorte, des interpellations, des interjections. On ne les exprime que lorsqu'on a le temps, justement, de pouvoir faire preuve en même temps de fermeté, mais d'exprimer aussi la compassion qu'on peut avoir pour des gens qui courent derrière un rêve qui n'existe pas.

4:39
Présentateur

Je vous parlais de ça parce que Steve Brioua, qui est l'un de vos amis de longue date, avec Bruno Bild, implanté à Nain-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, a fait référence dans un communiqué assez dur ce week-end, le jour même du Congrès. C'est lui qui s'inquiète, en fait, de la nouvelle présidence de Jordan Bardella.

4:55
Marine Le Pen

Oui, mais encore une fois, je pense que ces inquiétudes ne sont pas légitimes, mais il n'y a que le temps qui pourra le rassurer. Moi, ce que je vois, c'est que Jordan Bardella a été président par intérim depuis un an, et c'est l'année d'une très belle campagne présidentielle, d'une très belle campagne législative qui a débouché sur l'élection de 89 députés. Donc, moi, ça finit de me convaincre, même si je n'étais pas inquiète, mais encore une fois, je crois que le temps réussira à convaincre Steve que la ligne, je le crois, restera la même.

5:32
Présentateur

Est-ce que le lien est coupé, aujourd'hui, avec vos amis d'Nain-Beaumont ?

5:36
Marine Le Pen

Mais pas du tout, mais absolument pas. Steve et Bruno sont des compagnons de route. On a beaucoup travaillé, beaucoup souffert, beaucoup œuvré ensemble, mais ce ne sont pas seulement des compagnons de route, ce sont des amis. J'ai pour eux de l'amitié. Et cette mésentente personnelle qui existe entre Jordan et Siv Brioua n'a aucune influence sur les sentiments que j'ai, et l'admiration aussi que j'ai pour deux militants qui, avec la mairie d'Nain-Beaumont, ont fait un travail qui est un travail remarquable.

6:13
Présentateur

Et le fait que les fervents de cette ligne sociale que vous avez portée avec eux dans le Pas-de-Calais soient exclues des instances dirigeantes du bureau exécutif n'aient pas été nommées par Jordan Bardella ?

6:22
Marine Le Pen

— Non, mais attendez, pardon. Excusez-moi. La tenante de la ligne sociale du Rassemblement social, c'est moi. Voilà, d'accord ? C'est moi. C'est ma ligne. Je la défends depuis 2002. Et par conséquent, il n'y a pas plus attaché à ce que cette ligne perdure que moi-même. Que les choses soient très claires. Maintenant, encore une fois, je ne vais pas le redire trois fois, parce que je trouve que la troisième fois, c'est une fois de trop. Je pense que ceux qui ont des inquiétudes seront rassurés dans les mois et les années qui viennent.

6:54
Présentateur

— Vous dites la ligne « c'est moi », on comprend que vous êtes encore très présente. Vous avez dit « je ne vais pas partir en vacances ». Vous voulez dire quoi, exactement ?

7:00
Marine Le Pen

— Ça veut dire que ça n'est pas parce que je ne suis plus à la tête du Rassemblement national que j'arrête le combat politique. Je continue ce combat. Je le continue à la tête, encore une fois, de mes 88 députés. Ce combat, il est fondamental. Et il va nous porter au pouvoir. Voilà. Car c'est cela pour lequel nous travaillons, main dans la main, avec le parti politique. Le groupe de députés travaille à ce que nous soyons, dans les plus brefs délais, l'alternance à Emmanuel Macron.

7:28
Présentateur

— Ça sera ma dernière question. Mais dans votre camp, et y compris pour le président du parti, Jordan Bardella, vous êtes la candidate naturelle. Est-ce que 2027, c'est vous ?

7:37
Marine Le Pen

— Nous verrons. Nous verrons. Je réfléchirai. Je verrai quelle est la situation en temps voulu pour déterminer si je serai ou je ne serai pas la candidate de notre famille politique.

7:52
Présentateur

— Merci beaucoup, Marine Le Pen.

7:53
Marine Le Pen

— Merci à vous. — Merci.

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