Jean-Louis Bourlanges : “On n'aurait pas dû écraser les sensibilités politiques”
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 1:00OuverteRéponse directe
Le niveau moyen de la violence est-il en train de monter en France ou ces actions nous semblent-elles graves parce qu'elles sont spectaculaires et médiatisées ?
- 2:28OuverteRéponse directe
Certains parlent d'un climat insurrectionnel, est-ce que vous vous accordez avec ce terme ?
- 4:00RelanceRéponse partielle
Qu'est-ce qui s'est passé ? Vous avez écrasé les sensibilités, et du coup, il n'y reste plus que Marine Le Pen ?
- 6:30RelanceRéponse partielle
Vous dites écrasé les sensibilités, et du coup, il n'y reste plus que Marine Le Pen ? Quelle a été l'erreur ?
- 9:44OuverteRéponse directe
Quel est, selon vous, l'impact des violences policières que l'exécutif a mis du temps à admettre ? Impact sur le climat général du pays ?
- 11:05OuverteRéponse directe
Vous parlez de réforme de fonds, Jean-Louis Bourlange, parlons de la réforme des retraites.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:13Invité politiqueFait
« Oui, elles sont spectaculaires et médiatisées, mais je crois que le niveau de violence monte, le niveau de violence physique, le niveau de violence verbale, l'intolérance, les mises en cause des prises à partie personnelles, les mises en cause des parlementaires. »
- 1:34Invité politiqueFait
« On a donc, et Macron peut le promener au bout d'une pique, il est quand même élu par le peuple français. »
- 1:55Invité politiqueFait
« Je crois que nous sommes dans une situation effectivement de dégradation très profonde du corps politique. »
- 2:14Invité politiqueFait
« On a reproché aux partis, on a une crise des partis politiques, on a plein de reproches à faire aux partis politiques, mais peut-être l'accusation fondamentale qu'on leur porte, c'est d'être l'incarnation d'une certaine idée, d'une volonté collective, d'une volonté générale. »
- 4:24Invité politiqueFait
« Regardez les États-Unis. Les États-Unis, ce sont deux Amériques qui s'ignorent totalement. »
- 6:05Invité politiqueFait
« Et sans doute, on n'aurait pas dû organiser la majorité comme on l'a fait, on n'aurait pas dû écraser les sensibilités politiques. »
- 9:54Invité politiqueFait
« Je crois que c'est la violence, les violences policières, il y en a, et on a des photos qui sont effectivement accablantes, mais je crois qu'il est inimaginable, il est inimaginable que par rapport au climat de violence dans la société depuis un an, il n'y ait pas eu de violence policière. »
- 11:36Invité politiqueFait
« Je suis très très prudent, sinon réservé sur la réforme des retraites depuis le début. »
- 11:42Invité politiqueFait
« Je pense que c'est une réforme à la fois inopportune et prématurée. »
- 12:21Invité politiqueFait
« Le problème fondamental, c'est que si vous dites que vous ne touchez pas au mode de financement, si vous ne touchez pas aux paramètres, comment vous pouvez équilibrer cette réforme, sinon en prenant aux uns ce que vous donnez aux autres, c'est-à-dire en créant un mécontentement prodigieux. »
- 14:20Invité politiqueFait
« Le régime spécial des avocats ne me choque pas. C'est un régime équilibré et c'est un régime équilibré qui ne demande rien à personne et qui va être remplacé par un système qui va avantager les avocats riches et qui va désavantager les avocats pauvres. »
- 21:05Invité politiqueFait
« Oui, je crois que ça n'a aucun intérêt en termes de propagande politique etc. qu'on ne masquera rien du tout qu'en réalité on aura énormément de difficultés à interpréter les résultats par rapport à En Marche qui mènent une stratégie après avoir essayé de tout conquérir à justement considérer qu'il fallait être extrêmement prudent. »
- 22:56Invité politiqueFait
« J'ai toujours considéré que Johnson manœuvrait bien, j'ai toujours pensé qu'en fait il avait intérêt à faire un accord avec l'Union Européenne. »
- 23:25Invité politiqueFait
« Johnson a eu l'intelligence de combiner deux choses : il a répondu aux brexiteurs qui voulaient sortir il a dit avec moi on va sortir et il a répondu aux prudents qu'avec lui il y aurait un accord. »
Temps de parole
- Jean-Louis Bourlanges69 %
- Présentateur12 %
- Présentateur 29 %
- Auditeur5 %
- Invité4 %
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Avec Léas Salamé, nous recevons ce matin un observateur éclairé de la vie politique et des rouages de la démocratie. Longtemps professeur à Sciences Po où il donna le cours système et vie politique dans l'Union Européenne. Longtemps aussi député européen. Il est aujourd'hui député tout court, modem à l'Assemblée Nationale. Vos questions 0145 24 7000, les réseaux sociaux, l'application mobile d'Inter. Jean-Louis Bourlange, c'est vous. Bonjour. Bonjour. Et merci d'être à notre micro avec vous. Nous voulions nous arrêter sur le moment politique dans lequel se trouve la France. On parlera aussi dans quelques instants de l'Italie et du Brexit.
La France donc et ses faits qui ont été beaucoup commentés. Je les rappelle, le président de la République chahuté au théâtre, le siège de la CFDT, ponctuellement occupé par des militants de la CGT. Cette marche au flambeau avec la tête d'Emmanuel Macron sur une pique. Et puis hier encore, des images marquantes, étonnantes, d'affrontements violents en fin de manifestation entre pompiers et CRS. Alors dites-nous, Jean-Louis Bourlange, si selon vous le niveau moyen de la violence est en train de monter en France ou si ces actions nous semblent graves parce qu'elles sont spectaculaires et donc médiatisées.
Oui, elles sont spectaculaires et médiatisées, mais je crois que le niveau de violence monte, le niveau de violence physique, le niveau de violence verbale, l'intolérance, les mises en cause des prises à partie personnelles, les mises en cause des parlementaires, dont le reproche principal qu'on peut faire à des parlementaires, c'est d'être élu par leurs concitoyens, ce qui est quand même, c'est pas Louis XVI, j'ai rien contre ce pauvre Louis XVI, mais il n'était pas élu. On a donc, et Macron peut le promener au bout d'une pique, il est quand même élu par le peuple français. Je crois que nous sommes dans une situation effectivement de dégradation très profonde du corps politique.
Mais c'est quelque chose qui me semble venir de loin, et qui, il n'y a plus de, je crois que les français se sentent de moins en moins concernés par la solidarité. On a reproché aux partis, on a une crise des partis politiques, on a plein de reproches à faire aux partis politiques, mais peut-être l'accusation fondamentale qu'on leur porte, c'est d'être l'incarnation d'une certaine idée, d'une volonté collective, d'une volonté générale. Peut-être est-ce leur qualité, non leur défaut, qu'on reproche d'abord aux partis politiques.
Je voudrais que vous écoutiez, Jean-Louis Bourlange, le témoignage de cette députée, La République En Marche, hier à l'Assemblée Nationale. Je ne sais pas si vous l'avez écoutée en direct, sinon écoutez-la.
Mes chers collègues, et mes très chers parents, à qui j'ai menti hier au soir, à leur question, tout va bien ma fille, car au même moment, ils ne me faisaient pas de leur inquiétude quant au climat social de notre pays. Car je ne pouvais pas leur dire que samedi matin, comme en ce mois de janvier, j'assistais à des voeux dans l'une des communes de ma circonscription. La cérémonie des voeux est un moment de convivialité. Néanmoins, c'est au cours de ces voeux qu'un citoyen m'a agressée verbalement et m'a menacée. C'est grâce à l'action d'un des maires présents et à un gendarme que la personne n'a pu m'atteindre.
Aujourd'hui, nous sommes témoins et victimes d'une constante augmentation des violences dans les rapports sociaux et les comportements de nos concitoyens. Combien de collègues doivent encore être victimes de ces faits ? Faut-il qu'entre d'entre nous reste à terre, avant que certains membres de l'opposition sur ces bancs sortent de leur mutisme ?
Il s'appelle Michel Perron.
Olivier Grégoire disait aussi sur LCP dimanche des choses de cet ordre avec cette force. Nous sommes, enfin je ne crois pas que les parlementaires, nous sommes évidemment très directement concernés, mais nous sommes des... il ne faut pas que ça soit centré uniquement sur les parlementaires, si vous voulez. C'est une dégradation très profonde du climat.
Certains parlent d'un climat insurrectionnel, est-ce que vous vous êtes d'accord avec ce terme ?
Non, je ne sais pas, je crois que c'est un climat délétère, c'est un climat de délitement général, de violence. L'insurrection, en ce cas ce n'est pas une révolution, il n'y a pas une volonté, un complot collectif visant à remplacer le pouvoir par un autre. Il y a une espèce d'exaspération, de rage qui est très profonde. Et moi, ce qui m'avait frappé, ça vient de loin, regardez, faites la comparaison entre l'élection de Macron et l'élection de Chirac en 2002. En 2002, Chirac, le premier tour, trois candidats qui sont dans un mouchoir de poche. Jospin, Le Pen, Chirac. Jospin est éliminé, ça aurait pu être Chirac, deux points, etc. Au second tour, 82% des Français votent Chirac.
Ils n'étaient pas devenus Chirakiens, simplement ils se reconnaissaient dans le corpus de valeurs qui était incarné par Chirac. Là, en 2017, Emmanuel Macron fait au premier tour beaucoup mieux que Chirac, il fait un score bien meilleur. Au second tour, on voit bien une énorme peine à se mobiliser, non seulement parce que Mélenchon n'arbitre pas clairement en faveur de Macron et laisse un certain flottement entre l'abstention et donc un semi-vote Le Pen, mais il y a énormément de votes blancs, énormément d'abstentions, donc les gens ne se reconnaissent plus dans le second choix. Ça, c'est en 2017. Imaginez aujourd'hui, en 2020, si l'élection avait lieu aujourd'hui.
La continuité de tout ça, et effectivement, les gens ne se reconnaissent plus dans le second choix. Or, le second choix, c'est le choix de la société politique. C'est le choix où vous dites, j'ai quelqu'un qui va être au pouvoir, qui ne représente pas exactement mes idées, mais on fait partie du même corps politique, de la même vie démocratique, et donc on le reconnaît comme tel. Et ça, cette crise, elle est très profonde. C'est une crise du second tour, une crise du second choix, une crise du compromis, une crise de la reconnaissance du droit de l'autre à être un autre. Et ça, c'est quand même quelque chose qui n'a fait que croître et embellir depuis 2017.
Et sans doute, on n'aurait pas dû organiser la majorité comme on l'a fait, on n'aurait pas dû écraser les sensibilités politiques. Moi, je crois que la droite et la gauche se sont rapprochées justement, parce qu'elles avaient plus en commun que la droite avec l'extrême droite, et que la gauche avec l'extrême gauche. mais en revanche, elles étaient toujours elles-mêmes. Il y a toujours un centre en France, il y a toujours une gauche en France, il y a toujours une droite en France, et il faut des canaux.
Et donc, qu'est-ce qui s'est passé ? Vous avez écrasé les sensibilités, et du coup, il n'y reste plus que Marine Le Pen ? Non, mais je vais dire, quelle a été l'erreur ? On essaie de comprendre comment on en a réhabillé là. L'erreur est antérieure. Parce qu'aujourd'hui, de dire, c'est Marine Le Pen, attention, le barrage à Marine Le Pen, vous vous sentez bien, vous voyez bien que ça ne marche plus. Donc, il faut essayer de comprendre.
Mais ce n'est pas un choix. Je ne crois pas du tout que ni Macron, Macron a exploité le fait que l'opposition était devenue, le clivage était devenu la France le pénis contre l'autre, mais il n'a pas du tout créé ce système. En revanche, la droite et la gauche s'étaient effectivement disqualifiés. Sans doute, on n'a pas su répondre suffisamment, et le malaise est accentué. Mais il est quand même très profond. Regardez les États-Unis. Les États-Unis, ce sont deux Amériques qui s'ignorent totalement. L'Angleterre, on n'a jamais eu une tension aussi forte que d'ailleurs Johnson a assez bien réussi à domestiquer en réconciliant les brexiteurs mous et les brexiteurs durs.
Mais pendant deux ans et demi, ça a été une lutte auxquelles on n'était jamais habitué. Regardez l'Italie. On va y venir. La tension est partout.
Et en Espagne également. Jean-Luc Mélenchon et Ségolène Royal parlent tous deux, Jean-Louis Bourlange, d'un pouvoir qui n'entend pas, qui n'écoute pas, et même d'un régime autoritaire. Là aussi, n'est-ce pas une nouveauté que des voix comme les leurs, issues de partis républicains ou issues de la social-démocratie, puissent dire cela aujourd'hui dans le débat public ?
Écoutez, ça a toujours été... Moi, je crois que Ségolène Royal, il y a quand même une variable tactique qu'on ne peut pas ignorer. Il y a quelques mois, elle disait beaucoup de bien de M. Macron. Là, elle le trouve soudain très autoritaire. Moi, j'ai l'impression, quoi qu'on pense de M. Macron, qu'il n'a pas énormément changé au cours de la dernière année. Donc, c'est plutôt Ségolène Royal qui a bougé. Quant à Mélenchon, il a quand même une... J'ai de bons rapports avec Mélenchon, qui est un collègue extrêmement plein de talent, etc. Mais, il faut dire qu'il est totalement sur deux logiques.
Il a une logique lui-même extrêmement intolérante, extrêmement autoritaire, et en même temps, il dénonce cela. Mais, en revanche, ce qui est clair, c'est que la Ve République, dans sa forme dure, ne fonctionne plus très bien. C'est qu'on a besoin de changements institutionnels importants. Moi, j'ai quelques idées là-dessus. On a besoin, non pas de mettre en cause le système majoritaire, mais d'introduire de la proportionnelle, pour que le Parlement respire par rapport au gouvernement. On a besoin d'introduire de la décentralisation. Je crois que l'une des clés, c'est de faire respirer la société française, en termes de décentralisation. On a besoin, sans doute, d'utiliser le Sénat.
On a deux chambres, ce n'est pas pour rien. Moi, je trouve qu'on pourrait donner un bloc de compétences, à égalité avec l'Assemblée nationale, au Sénat, par exemple, dans toute la gestion de la France territoriale, la France des territoires. On peut faire des choses, il faut faire respirer la démocratie. C'est ça, la réforme, et c'est sans doute ça que n'a pas perçu jusqu'à présent suffisamment le Président de la République.
Quel est, selon vous, Jean-Louis Bourlange, l'impact des violences policières que l'exécutif a mis du temps à admettre ? Impact sur le climat général du pays ?
Je crois que c'est la violence, les violences policières, il y en a, et on a des photos qui sont effectivement accablantes, mais je crois qu'il est inimaginable, il est inimaginable que par rapport au climat de violence dans la société depuis un an, il n'y ait pas eu de violence policière. Je ne dis pas que je ne légitime rien du tout, mais on est dans une situation où la violence est partout. L'État a évidemment le monopole de la violence légitime, c'est extrêmement grave. Je crois qu'il faut reprendre la gestion des affaires policières à la base.
Il y a un excellent rapport qui vient d'être fait par la Cour des comptes sur les problèmes de gestion de la police, et on voit bien que tout est à reprendre, notamment la formation, l'encadrement, qu'il y a un système, vraiment, on a une police qui est beaucoup plus une police de l'État qu'une police des citoyens, il y a là des réformes de fonds à faire au-delà des procès de tel ou tel individu qui sont plus ou moins faits, bien faits, etc. Mais c'est vrai que le stress qui est imposé à la police depuis un an et demi ne pouvait pas, objectivement, ne pouvait pas ne pas dégénérer dans un certain nombre de bavures, comme on dit assez vulgairement.
Vous parlez de réforme de fonds, Jean-Louis Bourlange, parlons de la réforme des retraites. Dans le monde, l'essayiste et conseiller politique de Matteo Renzi, Giuliano D'Ampoli, fait un parallèle entre Matteo Renzi, l'ancien président du Conseil italien, et Emmanuel Macron. Et il met en garde Emmanuel Macron contre, je cite, la réforme de trop, celle qui permettrait aux mécontents de tous bords, de l'extrême gauche à l'extrême droite, de dépasser leur division pour s'unir contre le chef de l'État. Est-ce que vous voyez cette perspective se dessiner en France aujourd'hui ?
Je ne sais pas ce qu'il faut en penser. Je suis très très prudent, sinon réservé sur la réforme des retraites depuis le début. Je pense que c'est une réforme à la fois inopportune et prématurée. inopportune parce qu'on n'impose pas un changement aussi important qui est un remodelage général des droits de chacun en matière de retraite à une société qui est aussi traumatisée que celle qui sort d'un an d'affrontement avec les Gilets jaunes. Je pense qu'il y avait, comme aurait dit le regretté Léon Blum, il y avait besoin d'une pause dans la... Non pas dans les réformes, il y avait des réformes à faire, celles que je viens d'évoquer sur la décentralisation, etc. ça aurait été très bienvenu.
Mais dans les changements imposés au corps social. Et elle est inopportune en plus parce que le vrai problème de la retraite, c'est un problème financier. Or, à part le Premier ministre qui très courageusement a décidé de poser le problème et même s'il a retiré l'âge pivot a bien dit qu'il maintiendrait cette affaire. Le problème fondamental, c'est que si vous dites que vous ne touchez pas au mode de financement, si vous ne touchez pas aux paramètres, comment vous pouvez équilibrer cette réforme, sinon en prenant aux uns ce que vous donnez aux autres, c'est-à-dire en créant un mécontentement prodigieux. Et donc, elle est inopportune et aujourd'hui, le projet de loi est prématuré.
C'est bâclé, dit le Conseil d'État. Oui, le Conseil d'État flou. Et je ne comprends pas, là, parce que nous sommes dans une réforme qui va se développer sur des dizaines d'années. On pouvait attendre six mois de plus pour nous présenter un système qui soit convenablement ficelé sur le plan financier. D'une part, car le premier point, c'est ça, c'est quand même un domaine où on pouvait vraiment marquer des points en matière de réduction du déficit. Il fallait effectivement prendre des mesures d'âge et les négocier avec des contreparties importantes en matière pour les seigneurs.
Mais là, vous dites quoi ? Vous dites quoi au gouvernement ? Arrêtez, faisons pause ?
Retirez, retravaillez ? Pour l'instant, ils ne nous présentent non pas une réforme, mais une idée de réforme, comme vous savez, comme un film de célibat sur une idée de... Il y a une idée de réforme, il n'y a pas une véritable réforme, qu'il faut attendre ça. Et le second point sur lequel c'est prématuré, c'est le rapport entre l'universalité et la particularité. Le principe un euro cotisé doit donner lieu au même droit est totalement contradictoire avec le principe un couvreur ne doit pas partir au même âge qu'un comptable.
Donc vous dites que c'est impossible le régime universel ?
Non, je dis que globalement, les salariés, qu'ils soient privés ou publics, sont dans une situation analogue, mais que vous avez toute une quantité de gens qui ont des régimes particuliers et pas pour rien, ce n'est pas pour rien qu'on a inventé ça. Ça ne vous choque pas
les régimes spéciaux, pour être clair ?
Ça dépend lesquels. Le régime spécial des avocats ne me choque pas. C'est un régime équilibré et c'est un régime équilibré qui ne demande rien à personne et qui va être remplacé par un système qui va avantager les avocats riches et qui va désavantager les avocats pauvres. Si bien qu'on dit qu'ils n'ont qu'à faire une caisse de solidarité, donc une sorte de solidarité spéciale. Ça ne va pas. Mais vous voyez, les danseurs, les danseurs de l'opéra, les policiers, les pompiers, aujourd'hui, tout le monde réclame, dit et moi, et moi, et moi, parce que ce qu'on ne doit jamais oublier, c'est que la retraite, c'est le prolongement du contrat de travail.
Un contrat de travail, ça mobilise des qualités intellectuelles, morales, physiques, très différentes selon les métiers et donc forcément, ça conditionne les formes de la retraite. Donc cet équilibre entre particularité et universalité, il n'est pas encore atteint. Et je trouve que quand le gouvernement aura atteint ces deux choses, le problème de l'équilibre financier, le problème de l'équilibre particularité-universalité, ce sera temps de voter.
On file au standard énormément de questions ce matin sur tous les canaux, téléphones, applications ou réseaux sociaux. Alain, bonjour.
Oui, bonjour.
Vous nous appelez de Marseille, on vous écoute.
Voilà, je voulais poser la question à M. Bourlange. Malheureusement, je dirais que la violence actuelle est proportionnelle aux décisions politiques prises par le gouvernement. Parce qu'au début, on a vu les gilets jaunes naître. Bon, il y a eu un peu déchauffouré, etc. Et j'ai l'impression qu'au gilet jaune, on a ajouté une couche importante sur les retraites. Et là, ça a fait basculer la dérive de tout le monde. Et j'ai l'impression que le gouvernement ne veut rien entendre, n'entend personne. M. Macron, je n'ai rien contre lui, je ne voudrais pas sa place pour rien au monde.
Mais il s'est mis dans une ligne et il a suivi comme plein de présidents avant lui qui se sont dit on va prendre cette ligne et je veux aller jusqu'au bout parce que je veux marquer. Donc, Alain,
permettez-moi de vous interrompre, vous pensez qu'il y a une proportionnalité ou en tout cas un rapport entre les violences dont on parle ce matin et un certain nombre de décisions politiques. C'est bien ça ce que j'ai compris ?
Oui, monsieur. Parce que j'ai l'impression qu'on va en augmentant. Prenez aujourd'hui. Et malheureusement, il y a une décision qui risque d'être prise qui n'a rien à voir avec les retraites, etc. Mais M. Macron a dit quelque chose qu'il y a beaucoup de gens. On veut battre le Rassemblement National mais il ne prend pas des décisions. Aujourd'hui, il est en train d'être au point un anniversaire pour la guerre d'Algérie. Mais ça devient fou, ça devient fou.
On y va. Il y a beaucoup de choses dans ce que vous venez de dire. On va donner la parole à Jean-Louis Bourlange. Sachez juste que ce qu'on entend là dans la bouche d'Alain est très largement partagé par un certain nombre d'auditeurs. Philippe se dit effaré par vos propos. Jean-Louis Bourlange, le climat actuel est une saine réaction aux mensonges des politiques et en particulier au décalage entre les promesses d'En Marche et ce qu'ils mettent en œuvre. Les tensions aujourd'hui, dit Antoine, résultent d'une forme de mépris. Emmanuel Macron est responsable de ce climat délétère, etc. Beaucoup de questions donc sur le même thème. Que répondez-vous Jean-Louis Bourlange ?
Je crois avoir déjà répondu en disant que la situation que l'on constate elle a existé déjà en 2017. Ça demande réflexion. Si ça existait avant Macron, c'est que ce n'est pas forcément Macron qui est responsable.
Oui, sauf que, pardon, il a promis en étant élu de réconcilier les Français. Il a dit j'arrive dans une situation fracturée, d'une France fracturée, c'est vrai, et je vous promets de vous réconcilier. Trois ans après, on a les Gilets jaunes et la plus longue grève contre une réforme
en France depuis mai 68. C'est vrai que vous avez tout à fait raison de dire qu'il n'a pas réussi à réconcilier les Français et c'était une promesse quand même, alors là, qui marquait l'impétuosité de la jeunesse. Parce que quand on a un système comme celui-là, vous savez, le problème, il faut bien, je voudrais aller au-delà de ce que je ne crois pas que Macron ait pris des mesures dans aucun domaine qu'on soit pour ou contre, qu'il soit attentatoire aux droits fondamentaux des gens, etc. Je crois qu'il y a une sensibilité extrêmement vive, beaucoup plus vive qu'à aucun autre moment de notre histoire dans le corps social.
Mais je crois, je suis assez d'accord, Dieu sait que je suis opposé à lui sur le plan européen avec les analyses d'Emmanuel Todd. Emmanuel Todd avait montré dès Maastricht, dès le référendum de Maastricht, que le droit de gauche était remplacé par un France d'en bas, France d'en haut. Ça veut dire quoi ? Le droit de gauche, ça voulait dire qu'il y avait une élite à droite, un peuple à droite et l'élite qui dirigeait le peuple. Mais il y avait aussi une élite à gauche qui était le parti communiste, les profs, etc., qui canalisait, qui guidait le peuple.
À partir du moment où la droite et la gauche sont en crise, vous avez une confrontation entre une France qui se sent plus ou moins à l'aise et une France d'en bas. Et celle-là n'est plus du tout orientée, canalisée et donc elle est dans une situation qu'on comprend de colère profonde. Ça, ce n'est pas une création. Ce n'est pas une création de M. Macron. C'est une création de toutes les sociétés actuelles, les sociétés modernes. Et ça fait que vous avez un peuple qui est en état qui ne se sent plus représentés ni socialement, ni économiquement, ni politiquement. Les parlementaires, les politiques ne mentent pas.
Ils disent ce qu'ils vont faire, ils essaient de faire ce qu'ils peuvent, ils sont plus ou moins contestés, etc. Ils ne mentent pas. Mais actuellement, vous avez une France, les liens sont rompus. Et c'est pour ça que je proposais des réformes institutionnelles comme celles que j'ai dit, rétablissement, par la proportionnelle des liens. Il n'est pas normal que le Front National ne soit pas représenté, c'est le premier parti en termes électoraux de France, ne soit pas représenté convenablement au Palais Bourbon. Il n'est pas normal que la France des territoires qui est représentée au Sénat ne soit pas plus associée.
Il n'est pas normal que le Parlement n'ait pas plus d'autonomie par rapport au gouvernement. Tout ça, il faut faire respirer le pays, recréer des liens.
Philippe nous appelle depuis le Gers. Monsieur le maire, bonjour. Je crois que vous êtes maire. Oui, absolument.
Je suis maire dans le département du Gers. On vous écoute. Juste une interrogation par rapport au sujet bonjour à tous sur le sujet que vous avez évoqué tout à l'heure sur la non prise en compte pour les communes de moins de moins de moins d'habitants de l'étiquette des maires qui se présentent aujourd'hui. N'est-ce pas une grave erreur du gouvernement une fois de plus d'effacer de gommer l'identité de ces élus qui ont de plus en plus de mal à travailler dans leur collectivité ?
Ma réponse est oui.
Ben voilà. Merci Philippe. Jean-Louis Bourlange, vous pouvez développer... On va situer. C'est la fameuse circulaire Castaner qui a décidé qu'effectivement en dessous de 9000 habitants les étiquettes politiques ne seront pas prises en compte ce qui rend... ce qui ulcère l'opposition puisqu'ils estiment que c'est une espèce de tour de passe-passe pour masquer de mauvais résultats à venir de la République En Marche aux municipales.
Jean-Louis Bourlange. Oui, je crois que ça n'a aucun intérêt en termes de propagande politique etc. qu'on ne masquera rien du tout qu'en réalité on aura énormément de difficultés à interpréter les résultats par rapport à En Marche qui mènent une stratégie après avoir essayé de tout conquérir à justement considérer qu'il fallait être extrêmement prudent donc ça ne changera rien en revanche c'est une entreprise effectivement qui est forcément mise en suspicion compte tenu du climat qui règne et c'est une entreprise de dépolitisation alors que je crois qu'effectivement dans une commune de 9000 habitants il y a des...
il y a déjà des attitudes politiques je ne vois pas pourquoi on a modifié la règle et je crois que c'est une erreur il ne faut pas changer pour changer il faut changer quand c'est utile quand c'est nécessaire et ne pas le faire quand c'est inutile et quand ça crée du trouble dans l'opinion
ce vendredi il y a un fait capital qui va se dérouler un divorce officiel en Europe puisque ce sera le Brexit ce vendredi prochain là cette semaine je voudrais savoir comment vous percevez Boris Johnson Jean-Louis Bourlange il a été moqué la liste de ses revirements est spectaculaire son opportunisme de notoriété publique mais mais il a remporté une élection de manière claire nette et spectaculaire et avec lui l'interminable Brexit et bien va se terminer alors est-ce que c'est un cynique pur sucre Boris Johnson ou est-ce que c'est plus simplement un grand homme politique
écoutez on verra on verra après les hommes politiques un peu palinodiques ils sont de grands hommes ça existe d'Israëli quand vous lisez la vie d'Israëli c'est impressionnant ce qu'il a fait comme manœuvre et contre-manœuvre changement de camp etc donc il ne faut pas juger les gens sur cela même le général de Gaulle est quand même revenu au pouvoir porté par l'Algérie française et a fait l'indépendance de l'Algérie mais je ne comparerai pas monsieur Johnson au général de Gaulle en revanche j'ai toujours considéré que Johnson manœuvrait bien j'ai toujours pensé qu'en fait il avait intérêt à faire un accord avec l'Union Européenne je vois d'ailleurs que l'Union Européenne a voté Johnson si je puis dire les Européens monsieur Barnier les autres étaient favorables à ce qu'il y ait une vraie majorité ils n'étaient pas tellement favorables parce qu'on est monsieur Corbyn qui avait des idées un peu particulières ils étaient certainement favorables à ce qu'il y ait une vraie majorité avec laquelle l'accord pouvait se faire Johnson a eu l'intelligence de combiner deux choses il a répondu aux brexiteurs qui voulaient sortir il a dit avec moi on va sortir et il a répondu aux prudents qu'avec lui il y aurait un accord donc il a tenu les deux bouts de la chaîne alors maintenant on ne sait pas ce qu'il va faire bon là il ne va rien se passer il ne va rien se passer l'accord est fait pour qu'il ne se passe rien à court terme donc on va continuer mais le feuilleton continue on a une négociation il faut défendre très clairement monsieur le maire le disait hier en commission des affaires étrangères il faut défendre très clairement les règles du jeu européenne pour avoir une relation correcte avec les britanniques et on ne sait pas on ne sait pas à ce jour si Johnson va jouer la carte du Brexit dur ou la carte du ce que Pascal Lamy avait appelé le brino c'est à dire ce qui est une expression assez amusante le Brexit in name only le Brexit purement nominal on ne sait pas s'il va jouer l'une ou l'autre carte et ça c'est le feuilleton que les britanniques nous réservent pour l'année prochaine Brexit ou brino merci beaucoup Jean-Louis Bourlange d'avoir été au micro de France Inter
ce matin
Jean-Louis Bourlanges