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interviewC à vous (sur YouTube)· 1 avril 2025 11 min

Condamnation de Marine Le Pen : qu’en pensent les Français ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

certains partisans causent des comparaisons inquiétantes. - S'il faut aller faire des manifestations et monter à Paris, on ira. - On va faire comme le Capitole aux Etats-Unis.

On va aller investir l'Elysée. - A.-E.Lemoine: Bonsoir, F.Dabi, directeur général de l'Ifop.

Quand vous entendez ces électeurs du RN non seulement contester la décision de justice qui vise leur cheffe de file, mais prendre modèle sur les insurgés du Capitole, ça vous inspire quoi? - F.Dabi: Ils sont dans une logique de confiscation de la justice qui a interféré sur la grille de départ de l'élection présidentielle.

Il faut bien savoir quel statut a M.Le Pen aujourd'hui. Oublions les sondages.

On a publié une enquête dimanche dans "Le JDD" qui la montrait entre 35 et 37 %. Des enquêtes de premier tour. La logique d'élimination qui lui a tant coûté existe encore.

M.Le Pen apparaît comme une alternative. Dans le discours spontané des Français, on a du "pourquoi pas elle", du "on n'a jamais essayé", "elle ne fera pas plus de mal que les autres", "G.Meloni a un peu modéré une fois au pouvoir"...

La logique privative de cette solution réactive une crise de l'écoute de la considération. Le 29 mai 2005, il y a eu le traité constitutionnel européen. Beaucoup de Français ont dit quelle Europe ils voulaient et ne voulaient pas. - P.Cohen: Quelle Europe ils ne voulaient pas.

Justement! - F.Dabi: Ils ont le sentiment que quelques années après, avec le traité de Lisbonne, ils n'ont pas été écoutés.

La crise des "gilets jaunes" est une crise de la considération. La réforme des retraites...

Pourquoi en 2010, la réforme de Sarkozy, Fillon et Woerth a été soutenue par des millions de Français et pas celle-ci? Il y a quand même un remplaçant, le chef du parti, mais cette idée de confiscation infuse. - A.-E.Lemoine: Le RN revendique 10 000 adhésions de plus en 24 heures.

Ca peut se comprendre? - F.Dabi: Dans ce cadre, le parti va serrer les rangs.

Les adhésions, c'est important. Je regarde plutôt les structures électorales. Le RN est devenu, de par sa structure, une sorte de parti de masse.

L'époque où c'était une structure jean-mariste, un électorat jeune, ouvrier, issu des catégories populaires, a complètement évolué. Dans les hypothèses, M.Le Pen fait 38 à 40 % chez les retraités.

Ce n'est qu'un sondage à 2 ans du vote, ce n'est pas une prédiction. Mais ça a dit la montée du RN dans certaines catégories, notamment la France active. On peut perdre une présidentielle avec un électorat retraité, comme Giscard en 81 ou Sarkozy en 2012.

On ne peut pas gagner, pour l'instant, sans cette France du travail qui, aujourd'hui, vote RN. - P.Cohen: Ce qui pose un problème de stratégie politique, particulièrement depuis hier...

Ce RN à 30, 33, 35, 37 %...

C'est leur score aux dernières législatives. Ca ne permet pas de gagner une élection présidentielle, où il faut dépasser les 50. Est-ce que ce virage populiste Depuis hier est de nature à permettre d'élargir ce socle au-delà des 35? - F.Dabi: L'histoire du RN/FN depuis le congrès de Lyon où M.Le Pen prend le pouvoir, c'est un élargissement de son socle.

Malgré tout, le RN a un problème de 2d tour. Vous connaissez la phrase de G.Mollet, popularisée par C.Pasqua: "Au 1er tour, on choisit, au 2d tour, on élimine." Depuis 30 ans, le RN ne gagnait qu'en triangulaires.

Ca reste compliqué pour la présidentielle. Un durcissement du RN...

Il y a un temps de digestion de la part des Français. Ca peut réactiver quelque chose de très fort dans le contre-vote RN du 2d tour: la crainte du désordre et le saut dans l'inconnu. - J.-P.Raffarin: Au 2d tour l'an dernier, il y avait un problème de crédibilité économique.

Dans le débat avec E.Macron, elle était apparue très faible, voire médiocre. Ce qui se passe sur le plan international, avec cette bonne sagesse populaire, qui se ressemble s'assemble...

Est-ce que ça ne va pas, en matière de crédibilité...

Avoir le soutien de Poutine, d'E.Musk et de quelques autres comme ça, n'est-ce pas une forme de crédibilité dans un monde hyper dangereux? N'est-ce pas quelque chose d'assez catastrophique pour elle?

La dimension de femme d'Etat sur ce sujet... - P.Cohen: J.-P.Tanguy a dû dire ce matin à la radio que le soutien du Kremlin montre qu'ils ne les soutiennent pas. - A.-E.Lemoine: Pour essayer de s'en dépatouiller. - J.-P.Raffarin: Avec des amis comme ça... - F.Dabi: N'oublions pas 2 choses. 2027 sera une élection de renouvellement, comme 95 et comme 2007.

Il y a pléthore de candidats. On pensait le bloc RN tranquille, on voit une incertitude sur qui sera candidat pour 2027. Et l'époque où l'imaginaire présidentiel, où les campagnes étaient le moment où l'international disparaissait, où la mondialisation était mise à distance, où c'était le pays qui se regardait...

Là, jamais l'intérêt des Français pour les questions nationales n'a été aussi fort. Une logique d'opinion s'est mise en place. Ce qui se passe dans le bureau Ovale, en Ukraine, dans la forêt amazonienne, peut avoir un impact concret sur sa vie.

On attend des experts en candidats. - A.-E.Lemoine: Elle n'est pas éliminée jusqu'à preuve du contraire, M.Le Pen.

Une décision en cour d'appel à l'été 2026...

De toute façon, elle s'accroche à 2027. Hier, elle n'a absolument pas transmis le flambeau à J.Bardella. - F.Dabi: On pouvait s'attendre "aux adieux de Fontainebleau", au passage du relais.

On a eu une M.Le Pen extrêmement combative. Quand elle qualifie J.Bardella, président du parti, celui qui a mené la bataille victorieuse aux européennes et au premier tour des législatives, "d'atout" qu'il ne faut pas utiliser tout de suite, on voit qu'elle est dans une logique de combativité et de résilience absolue.

L'avenir dira si elle peut se présenter. - E.Tran Nguyen: Des sondages disent déjà que J.Bardella est le successeur naturel.

Ca pourrait rebattre les cartes. Beaucoup de candidats se sont préparés à un duel avec M.Le Pen.

E.Philippe, par exemple. Je ne sais pas si l'arrivée d'un J.Bardella peut changer des choses pour lui, mais ça peut en changer pour un G.Attal, qui peut se dire qu'ils sont de la même génération et qu'il a plus d'expérience.

Le débat a déjà été rodé lors de la campagne des européennes l'année dernière. - J.Bardella: L'un des grands défis de notre génération, c'est de réconcilier les Français.

Je souhaite un débat de haute tenue. - G.Attal: Il ne suffit pas d'être jeune pour incarner l'espoir.

L'important, c'est ce qu'on propose et ce qu'on veut faire. - E.Tran Nguyen: C'est peut-être le prochain duel. - F.Dabi: Ca crée un saut générationnel.

G.Attal n'a pas fait un pas comme candidat ni à la présidentielle ni à la mairie de Paris. Il a des scores satisfaisants dans l'enquête du JDD.

Ca permet de coller dans la rétine des Français les 2 porte-parole de la campagne de 2022, ceux qui ont mené la campagne législative. On dit toujours qu'un nouveau président est en rupture avec les précédents. E.Macron, les doutes sur son âge, son expérience, qui il était vraiment, les mêmes questions ne pourraient-elles pas se poser pour J.Bardella?

Dans les enquêtes préélectorales, notamment une de décembre dernier, il faisait à 2 points près le même score que M.Le Pen. Une différence sociologique... - J.-P.Raffarin: Ne peut-on pas rester optimistes?

On avait 2 blocs extrémistes. On a laissé le débat s'installer entre les 2 blocs. Tout cela ne va-t-il pas créer une remobilisation d'un électorat qui va participer aux élections alors qu'il participait peu?

La situation est si grave aujourd'hui que si on ne s'en occupe pas maintenant, le pays est dans une situation très grave. C'était un socle, le RN. Il attaquait les autres, les partis qui étaient des voyous, etc.

Il se posait en force morale. Là, il est terriblement cassé. Les radicaux vont se radicaliser encore plus...

Ce pays est un pays de sagesse. Il y a un moment où on va pouvoir se réveiller. - F.Dabi: Vous parliez de bouleversements internationaux.

Les Français les voient. Ca contraste avec le sentiment d'éclipse du politique dans le pays. Depuis le 7 juillet, les Français ont des phrases très sévères où "il ne se passe plus rien".

La politique nationale, il ne s'y passe plus rien. - J.-P.Raffarin: A part le vote du budget...

C'est un spectacle. - F.Dabi: Les 2 acteurs qui s'imposent sont les maires, qu'on vote dans moins d'un an, et les dirigeants d'entreprises, qui arrivent parfois à changer la vie.