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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 1 octobre 2015 10 min

Valérie Pécresse

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Valérie Pécresse. Que faire de Nindy de Morano ?

0:03
Valérie Pécresse

Nous allons nous réunir très vite, puisqu'il y aura une commission d'investiture le 7 octobre, et nous allons, je pense, tous ensemble, lui retirer la tête de liste au régional en Meurthe-et-Moselle.

0:18
Présentateur

Faut-il l'exclure ?

0:20
Valérie Pécresse

Vous savez, moi j'ai été la première, puisqu'il se trouve que j'étais dimanche à la télévision, j'étais l'une des premières à condamner ses propos et à dire que la France n'était pas une race, mais une nation, avec des Français qui se retrouvent autour de valeurs communes, qui veulent écrire un récit commun, et qui veulent avoir un destin commun, et que derrière il y avait le respect des lois de la République, qui devait être notre ciment.

Donc j'ai été la première à prendre mes distances, et j'ai dit dès le lendemain à mes colissiers, à mes têtes de liste au régional, que si jamais il y avait le moindre dérapage dans cette campagne, je prendrais moi-même, à leur égard, les sanctions qui convenaient. Mais en même temps, vous savez, au regard de tout son parcours politique, je ne veux pas participer à la curée.

1:07
Présentateur

Donc on ne partit pas à la curée. Alors, essayons d'analyser un peu, enfin, j'aimerais avoir votre sentiment là-dessus. Est-ce que c'est une dérive personnelle, ou est-ce qu'un rêve de grandeur associé à une perte de repère, ou est-ce que c'est le symptôme, ou le révélateur, d'un glissement plus vaste ?

1:24
Valérie Pécresse

Il n'y a aucun glissement. Les Républicains sont totalement, et j'allais dire d'un seul bloc, hostiles à toute alliance avec le Front National. Nous l'avons dit, nous l'avons répété, si, parce que vous parlez de glissement, il n'y a pas de glissement. Il n'y a pas de glissement. Les propos de Nadine n'engagent qu'elle, et la condamnation de ces propos a été unanime dans nos rangs.

1:48
Présentateur

Regardez ce matin encore, Pierre Lelouch, l'un de vos soutiens à Paris, on l'a entendu tout à l'heure dans le journal de 7h. Pierre Lelouch dit, elle a dit, Nadine Morado, maladroitement ce que pensent beaucoup de gens dans notre pays, et on comprend dans sa voix que c'est beaucoup de militants ou de sympathisants de votre camp, Valérie Pécresse.

2:08
Valérie Pécresse

Mais si vous voulez que je vous dise que le pays est très fragilisé, et qu'aujourd'hui il y a des replis identitaires et communautaires qui sont extrêmement graves, et je vais vous dire, dans toutes les communautés, je vous répondrai oui. Et je vous répondrai que le rôle des Républicains, et c'est tout l'enjeu de cette campagne régionale, à laquelle personne ne s'intéresse, et vous allez me dire, ne me parlez pas de régional, ne me parlez pas de régional, je vois votre regard. Tout l'enjeu de cette campagne régionale, c'est, pardon, quelque chose dont on parle très peu, et moi je vais en parler ce matin, c'est le développement économique.

Quand vous avez 660 000 chômeurs en Ile-de-France, 3 500 000 chômeurs en France, le sujet et la fragilité de notre pacte social vient du fait qu'on n'est plus capable d'intégrer, qu'on n'est plus capable d'assimiler, qu'on n'est plus capable aujourd'hui de faire vivre ensemble tous les Français sur le même territoire et d'assurer la prospérité de notre pays. On va parler d'économie en Ile-de-France, je vous le promets. Oui, mais cette question économique, elle est aussi très implante.

3:03
Présentateur

Vous faites le constat d'un repli en France, d'un repli identitaire, la question est de savoir si les politiques, si les élus accompagnent ce repli par des discours tels que celui de Nadine Morano, ou est-ce qu'ils le combattent ?

3:14
Valérie Pécresse

Eh bien, moi je le combat, et je le combat avec un discours qui allie l'humanité, et la fermeté. Je pense que ce qui doit cimenter la France, c'est le respect de la loi et l'autorité. Et de ce point de vue, il y a un certain nombre de dérapages sur cette question du respect de la loi qui font que nous accroissons les tensions au sein du pays et nous prenons le risque qu'il n'y ait plus de cohésion sociale. Exemple, la burqa. Moi je suis aujourd'hui en Ile-de-France, en campagne, je vois des femmes avec des voiles intégrales. J'ai saisi Manuel Valls de la question, j'ai posé la question, je lui ai dit qu'est-ce que vous allez faire ?

Qu'est-ce que vous allez faire vis-à-vis de ces personnes qui payent les amendes à la place des femmes verbalisées ? Est-ce que vous tolérez que sur le sol français, la loi française qui interdit le voile intégral ne soit pas appliquée ? Est-ce que vous acceptez que des Français voient tous les jours passer devant chez eux ? J'étais à Juvisy l'autre jour, j'étais à Ronis-sous-Bois. Passer devant chez eux des femmes intégralement voilées. Eh bien moi je suis désolée, il m'a répondu Madame Pécresse, vous êtes en campagne, circulez, il n'y a rien à voir. C'est intolérable.

4:19
Présentateur

On peut poser la question, est-ce que c'est une question politique importante ? Est-ce que c'est une question qui mérite d'être portée en campagne comme vous l'avez fait juste après le développement économique ?

4:28
Valérie Pécresse

L'égalité entre les hommes et les femmes est une valeur de la République. Elle s'impose à tous les Français, elle s'impose à toutes les religions, elle s'impose à tous les courants de pensée. Et si on ne se cimente pas, vous me disiez qu'est-ce que c'est que la France ? La France est une nation, une nation c'est des valeurs. Donc si on renonce à défendre nos valeurs, si on renonce à défendre le respect de la loi, eh bien on aura effectivement ce repli communautaire et on aura cette haine de l'autre. Et moi je lutte contre la haine de l'autre. Mais on ne peut y lutter qu'avec l'autorité et le respect de la loi et le respect de l'État.

Et ça vaut aussi pour la fraude dans les transports, ça vaut aussi pour les incivilités, ça vaut pour la violence, ça vaut pour l'insécurité. Et c'est des thématiques sur lesquelles les Républicains sont très présents.

5:06
Présentateur

Un dernier mot sur les propos de Nadine Morano, on y reviendra peut-être ensuite. Ensuite, il y a une proposition de loi du Front de Gauche qui a été votée à l'Assemblée Nationale, qui a été portée aussi par des députés d'outre-mer qui visent à supprimer le mot « race » dans la législation française. C'est une bonne idée ?

5:23
Valérie Pécresse

Mais ce n'est pas parce qu'on rayera un mot qu'on enlèvera le problème. Le sujet n'est pas là, le sujet n'est dans les comportements, le sujet n'est dans le vivre ensemble. Moi, vous savez, je pense qu'il y a des fausses bonnes solutions. Voilà, je vous dis, ce n'est pas en supprimant un mot qu'on supprimera le problème.

5:42
Présentateur

Votre campagne en Ile-de-France, Valérie Pécresse, l'un des axes de cette campagne, vous avez parlé du développement économique, ce sont les transports en Ile-de-France. Vous voulez donner un grand coup de neuf dans les transports et investir 4 milliards et demi d'euros dans ces transports. Vous le trouvez où cet argent ?

6:00
Valérie Pécresse

Alors d'abord, j'investirais beaucoup plus que 4 milliards et demi parce que là, vous ne parlez que d'un volet qui est le volet prioritaire, qui est celui de la rénovation du matériel, de la rénovation des lignes existantes. Pourquoi ? Parce que ces lignes sont vétustes, parce qu'elles sont toujours en retard, parce qu'elles sont bondées, parce qu'elles sont saturées et parce que c'est source à la fois de mal-être et c'est source aussi de sous-productivité, si on parle économie, parce que les salariés arrivent en retard, parce qu'un certain nombre de personnes sont au chômage, parce qu'elles sont sur les mauvaises lignes. Donc nous avons besoin aujourd'hui de ce grand plan de rénovation.

6:31
Présentateur

Alors vous direz chercher l'argent pour financer un grand plan de rénovation ?

6:34
Valérie Pécresse

Alors sur ce plan de rénovation, nous avons trouvé la possibilité de le faire dans, j'allais dire, le changement complet de philosophie du mode de financement de ces transports. Jusqu'à présent, la loi a changé. Il faut savoir qu'avant, le syndicat des transports, qui est donc présidé par le président de région, voilà, le STIF, ce syndicat des transports achetait le matériel pour la SNCF et pour la RATP. Donc il l'achetait comptant, parce qu'il le donnait aux opérateurs. La loi a changé. La loi a changé depuis deux ans. Le syndicat des transports est propriétaire de son matériel. Et donc moi je crois qu'il faut changer le mode de financement de ce matériel.

Quand vous achetez un appartement pour vous, vous le payez à tempérament, puisque vous l'habitez, et c'est le vôtre. Donc il faut acheter ces matériels en crédit bail, en l'amortissant l'achat sur la durée de vie du matériel, ce qui permet d'avoir du matériel neuf et de rembourser petit à petit. Ce qui permet, avec les mêmes mensualités actuelles, aujourd'hui on paye 540 millions d'euros par an pour la rénovation des transports. Au lieu de payer comptant, on paye sur 30 ans et ça nous permet de rénover.

Mais il y aura dans mon plan transport pas seulement la rénovation de ces lignes et des transports dignes, accessibles, confortables, mais il y aura aussi un volet, et je le dis sur les embouteillages, parce que j'entendais ce matin parler des embouteillages. C'est un mot qui ne franchit jamais la bouche des responsables politiques, que ce soit Madame Hidalgo à Paris, que ce soit les responsables politiques régionaux, parce qu'ils ont refusé d'investir sur les routes.

8:00
Présentateur

Vous voulez abolir les embouteillages ?

8:01
Valérie Pécresse

Non, mais je veux abolir cette distinction manichéenne et stupide qui date des années 90, qui a été portée par la gauche au pouvoir à la région, qui est de dire « La route, c'est la pollution, c'est la droite, nous ne financerons plus ». Aujourd'hui, la route, il faut se projeter. En 2035, la route, ce sera un chemin. Ce ne sera plus un aspirateur à pollution. Tout dépend de ce qu'on fait rouler dessus. Donc moi, je ne veux pas qu'on condamne les investissements routiers. Il faut au contraire reprendre un plan d'investissement routier et j'expliquerai comment je peux le faire très vite.

8:33
Présentateur

Juste un mot encore en matière de transport. Il y a un mois est entré en vigueur le pass Navigo à tarif unique, 70 euros pour tous les franciliens, quelle que soit leur localisation. On peut traverser la région parisienne maintenant pour le même prix. Vous aviez farouchement combattu cette mesure, d'abord initiée par les Verts et puis reprise par le président de région, Jean-Paul Huchon. Comment vous maintiendriez ce pass Navigo à tarif unique ? Je vous reprends, M. Cohen.

9:00
Valérie Pécresse

Je n'ai pas critiqué le principe du pass unique. Non, non, non. Le principe qui consiste à ce que toute la région paye le même tarif. J'ai contesté le fait que cette mesure n'est pas financée. C'est un chèque sans provision. Il manque 300 millions. Alors moi, ma responsabilité...

9:16
Présentateur

200, dit la région.

9:17
Valérie Pécresse

Oui, si elle dit 200, comptez 300. 200, versement transport. Si elle avoue 200, comptez 300. Nous sommes en période électorale. Vous savez comment ça marche ? On a les audits. C'est 520 millions le coût. Il y a 200 millions qui ont été payés par les entreprises en hausse d'impôts. Il manque 300. Vous revenez là-dessus ou pas ? Je ne reviendrai pas là-dessus. J'assumerai le bilan de la gauche parce que je ne vais pas jouer au yo-yo avec le pouvoir d'achat des Franciliens. Et parce que les habitants de la très grande couronne, et j'en suis une, sont les plus, j'allais dire, les plus oubliés des transports publics. Je le financerai sans hausse d'impôts. Le sujet, c'est ça.

Comment mes adversaires politiques vont-ils financer ces 300 millions ? Moi, je vous annonce 300 millions de hausse d'impôts en janvier si la gauche passe à la région. De mon côté, je vais le financer sans hausse d'impôts et je proposerai des mesures de lutte contre la fraude, des mesures de réduction du train de vie du Conseil régional et des mesures de suppression d'une tarification qui me paraît particulièrement injuste, qui est la tarification à 75% de réduction pour les étrangers en situation irrégulière et leur famille.

10:12
Présentateur

Valérie Pécresse, invitée de France Inter. On vous retrouve dans quelques minutes avec les auditeurs d'Inter dans un instant, la revue de presse.

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