Un député-reporter à... La Réunion !
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est le quatrième département d'outre-mer qu'on fait cette année. On a fait la Guadeloupe, on a fait la Martinique, on a fait Mayotte et là la Réunion. Ma difficulté pour faire une synthèse de notre séjour à la Réunion, c'est qu'en fin de compte, c'est plus proche de l'Hexagone. Il y a plein de problèmes qui sont un peu accrus ici, mais qui ressemblent à la Picardie. Tu prends le logement, il y a ici 50 000 personnes qui sont en demande de logements sociaux et tu as 30 000 logements vacants, mais ça ressemble à la France où tu as 3 millions de personnes qui sont en demande de logements sociaux et tu as 3 millions de logements vacants.
Alors c'est accru avec une terre à l'ouest dont on nous explique qu'elle se gentrifie, qu'elle s'embourgeoise, qu'elle est rachetée par les oreilles, c'est les blancs, les métros, et que tu as une terre à l'est qui est de quartier populaire. Tu prends les violences sur les femmes ou sur les enfants, mais on nous dit qu'ici, ça serait plutôt 5 enfants par classe qui seraient victimes d'abus sexuels. En Hexagone, c'est supposé être 3, mais enfin, c'est des statistiques qui sont tragiques et assez floues. Autant MeToo sur les violences faites aux femmes a produit un sursaut.
Ce n'est pas que ça soit parfait, mais il y a eu des institutions, notamment la police, la gendarmerie, qui prennent les plaintes différemment, qui écoutent les victimes. On a des textes de loi sur les violences conjugales, autant sur les violences aux enfants. On a beau dire ça, cette stat de 3 enfants par classe, on la connaît depuis plus de 10 ans. Il y a eu le rapport de la civise, Edouard Durand, le juge, qui a dit qu'il s'agit de 100 000 enfants qui sont traumatisés à vie, qu'on brise et avec, évidemment, même si on veut le placer en termes d'économie, un prix à payer derrière parce que ça va donner la déviance, du mal-être, de la délinquance, une absence de confiance en soi.
On a dans un autre registre une autre occasion, l'affaire Betaram, et ça ne produit pas de sursaut. Et je dirais là, quand on écoute Jesse et dans son association qui a affronté, puisqu'il s'agit d'un affrontement, l'indifférence des institutions, l'indifférence de l'éducation nationale, l'indifférence de la justice. Ça ne veut pas dire qu'à l'intérieur, les profs sont indifférents, ça ne veut pas dire que les magistrats sont indifférents, mais comme institution, ça ne bouge pas, mais ça ressemble à ce qu'on éprouve en hexagone.
Ce matin, quand on visite le territoire zéro chômeur, longue durée, qui fait du recyclage, j'y reviendrai, de matériaux de construction, je demande aux dames qu'est-ce qu'elles faisaient avant. Il y en a une qui était auxiliaire de vie, mais elle est usée par ce métier, elle a décidé d'en sortir. Il y en a une autre qui était accompagnante d'enfants en situation de handicap, mais comment voulez-vous vivre à 800 euros par mois ? Donc, j'ai l'impression d'être chez moi encore, même si je suis sous les tropiques et à 10 000 kilomètres de là. Il y a plein de sujets comme ça où ça ressemble beaucoup. Et puis, ça ressemble beaucoup aussi par un niveau d'éducation qui est élevé.
Ici, il y a une école d'architectes, on rencontre des gens qui ont fondé une école, on peut dire, de bande dessinée. On va sur un tournage de films et on nous explique que ça participe de la construction d'une filière du cinéma avec à peu près tous les métiers qui sont rassemblés là. Les compagnies de théâtre aussi, on a un agrégé en créole, Francky Laurette. Ça dit une île qui se met en récit, qui assume sa propre histoire. Quand on va chez Emmaüs et qu'on nous parle de tas de gens qui ont du mal à entrer dans l'emploi normal, qui n'y arrivent pas, qui galèrent.
Juste avant de partir, j'étais au relais à Saint-Ouen, tu sais, dans la filière de recyclage des habits et ce sont les mêmes parcours brisés de gens qui auraient de grandes difficultés à retrouver du boulot à l'usine. Finalement, c'est l'économie sociale et solidaire qui leur offre un avenir. À l'intérieur des ressemblances, tu as des différences. Tu regardes les airbags Takata là. C'est des airbags qui explosent alors qu'il n'y a même pas d'accident et qui transpercent le conducteur avec de l'acier, qui tuent 19 morts, une vingtaine de blessés, des gens qui ont la mâchoire complètement écrabouillée. On rencontre un collectif, on se dit pourquoi ce serait spécifique à La Réunion ?
Une raison, c'est que le gaz qui est à l'intérieur des airbags, en fait, c'est en chauffant qui se met à exploser. Il y a une spécificité des tropiques là-dessus, tu vois. C'est douloureux pour les gens parce que ce n'est pas pris en compte comme c'est vu depuis Paris. On ne tient pas en compte que ça explose à La Réunion, à 10 000 kilomètres de là, loin des yeux, loin des oreilles, que ça fait des victimes là-bas. On les a croisées, la famille d'une personne qui est décédée alors qu'elle avait 39 ans, deux enfants, qu'elle était notaire, que tout allait bien pour elle.
Un maçon qui était là, qui allait au boulot avec son collègue et qui maintenant se retrouve en grande difficulté parce qu'il n'y a pas de dédommagement, parce qu'il y a des soucis pour retrouver du boulot derrière. En étant handicapé, mais aussi on se sent loin du pouvoir, on se sent loin des médias, on se sent loin des yeux et des oreilles de Paris. Et finalement, on nous dit, c'est quand il y a eu un accident, le même, un drame qui s'est produit à Reims, que enfin le ministre en a parlé alors qu'alors il était dans le déni.
Dans les différences, il y a quand même un rapport à l'histoire qui est différent quand on a eu évidemment l'esclavagisme, que derrière on a eu l'engagisme, on allait chercher des travailleurs indiens qui étaient avec un contrat de travail, mais enfin quand même très contraints. Ils étaient obligés de s'engager pendant cinq ans et puis après on ne leur payait pas le billet retour pour repartir en Inde. Ils étaient contraints de rester ici. Ce qui a donné quand même une originalité de Lille où on trouve à la fois des temples hindous, on trouve des mosquées, on trouve là derrière nous la cathédrale de Saint-Denis.
Quand hier on va rencontrer le collectif, encore un collectif, la Réunion, ça veut dire que ça se réunit. C'était un nom qui a été trouvé au moment de la Révolution française et comme ça s'appelait Lille Bourbon, du nom de Louis XVI, Louis XV, Louis XIV, il fallait éliminer ce nom-là, ça a été la Réunion des Marseillais et des insurgés parisiens au moment du 10 août, c'est-à-dire au moment de la deuxième révolution, de la Révolution dans la Révolution. Toujours est-il que Lille Bourbon est devenue l'île de la Réunion avec beaucoup de collectifs, je le trouve. Franchement, tu as un collectif sur les airbags, là tu as un collectif sur les enfants de la Creuse.
En vérité, c'est le collectif des enfants de la Réunion. Ils expliquent comment ils ont été arrachés à leur famille, une petite voiture rouge qui passait dans les rues des villages, et les enfants en avaient peur parce qu'on avait commencé à comprendre que quand la petite voiture rouge arrivait, on pouvait être embarqué quand même par les services sociaux de l'époque. Je pensais que c'était des enfants qui étaient des enfants de l'ASE, de la DAS, qui étaient des enfants abandonnés, mais non, on passait même chercher des enfants qui juste avaient été confiés pendant quelques temps à une tante, à un oncle, à un frère, enfin dans la famille.
Et hop, on les embarquait, on les envoyait en hexagone, on les envoyait dans des départements ruraux qui étaient en train de se dépeupler, donc la Creuse, mais aussi le Tarn, la Véron, 83 départements en vérité, avec une double faute de l'État. Évidemment, la faute d'arracher comme ça à la famille ici, mais de ne pas protéger en France, parce que ce que racontent certains, c'est qu'ils sont tombés sur une famille aimante qui leur a dit la vérité quand ils ont eu 10-11 ans ou une demi-vérité.
Mais la plupart racontent aussi des violences sexuelles, des violences physiques, de la maltraitance, qu'on leur faisait boire l'eau dans un abreuvoir qui servait de main-d'œuvre pas chère pour les fermes. Voilà, l'État ne les a pas protégés à ce moment-là. C'est cette histoire-là qui continue avec l'État qui aujourd'hui n'a pas présenté ses excuses aux enfants de la Creuse. Mais je dois dire que ce n'est pas comme si ça produisait un ressentiment sur toute l'île qu'il y avait du reproche qui était fait en permanence à l'égard de l'État français ou qu'on confondait les individus que nous sommes avec l'attitude de l'État colonial et postcolonial.
Tu vois, et puis je lisais une BD, Outre-mer ça s'appelle, et c'est sur les femmes qui allaient dans une clinique à Saint-Benoît, on leur disait qu'on allait les opérer de l'impanicite et on leur faisait, je crois que ça s'appelle une hystéritomie, non ? On enlève l'utérus ou on leur alligaturait les trompes, on les stérilisait. Et sans leur dire, des centaines et des centaines de femmes. Ça dit quelque chose qui était une grande angoisse démographique sur la Réunion de l'époque, qu'on appelle la transition démographique, c'est que normalement on a deux courbes qui se touchent. On a la courbe de la mortalité et la courbe de la natalité.
Avant la phase de développement, les deux sont hauts, on meurt beaucoup mais on fait beaucoup d'enfants. Et puis dans une première phase de développement, on a une baisse de la mortalité parce qu'il y a l'hygiène, parce qu'il y a une meilleure alimentation, parce qu'il y a des soins qui sont apportés. Pendant ce temps-là, tout ce différentiel-là, c'est une augmentation de population qui est considérable. Et puis ensuite, dans la dernière phase de développement, il y a une baisse de la natalité qui rejoint la mortalité. Pendant tout ce temps-là où il y avait ce gros différentiel-là, il y avait une inquiétude des autorités françaises sur le fait que c'était une bombe démographique.
Et donc ça se traduisait par ces crimes, parce que ce sont des crimes de stériliser des femmes sans même les en informer.
Je ne vais pas placer ça dans la continuité exacte, on n'est pas à ce même niveau de tragédie, mais c'est sûr que quand t'entends les enseignants du collectif, encore un collectif, profs déchirés, qui disent, voilà, ils vont être obligés, à la fin du mois d'août, d'abandonner leurs enfants pour rejoindre le continent européen, ce qu'ils appellent PVC, Paris, Versailles, Créteil, aller travailler dans ces académies-là, alors qu'ils ont leur gamin, leur marmaille, c'est le mot créole qui est ici, tu te dis que là, il y a aussi, il y aurait une matière, une BD, il doit y avoir quand même un moyen de régler ces situations individuelles de manière, là, 76 profs, alors ça en concerne sans doute davantage, mais d'une manière plus humaine, plus transparente, plus accompagnante, alors ce n'est pas expatriés, c'est la même patrie et eux-mêmes, elles-mêmes se considèrent comme français et comme françaises, mais enfin, dépaysés, tu vois, un petit pays, le pays qui est la Réunion, et je trouve qu'il y a quand même une certaine continuité dans la maltraitance, quoi.
Alors, une question que j'ai eue au fil de ces quelques jours un peu décousue parce qu'on a quand même un peu touché à tout, justement parce qu'il n'y a pas de fonds avec le conducteur, il n'y a pas de la différence majeure qui fait que quand tu es à Mayotte, bah oui, tu as la question de l'immigration quand même qui est présente tous les jours, dont tout le monde te parle, c'est une constante, et est venue la question de l'éducation, et puis aussi des immenses différences sur l'eau, par exemple, mais sur à peu près tout avec l'hexagone. Ici, tu ne peux pas avoir le même fil conducteur, donc on est un peu touché à tout. Mais la grande question que j'ai eue, c'est, voilà, où va la Réunion ?
Voir les réussites, et je pense que c'est vécu comme des réussites du département depuis 1946, date de sa création. Déjà que ça devienne un département, c'était une forme de réussite. Qu'il y ait la convergence sociale, c'est-à-dire que le SMIC est le même, les allocations familiales sont les mêmes, le RSA est le même, c'est une forme de réussite. Qu'il y ait une région, c'est-à-dire avec une petite dose d'autonomie, c'est une réussite. J'ai dit la transition démographique opérée, pour moi c'est une réussite. Et sur l'économie, il y a des secteurs qui ont rendu la Réunion comme étant le département d'outre-mer le plus prospère.
Un, sans doute l'agriculture, l'agroalimentaire, il n'y a pas une autonomie. On est à 50%, il me semble, mais quand on va en Guadeloupe, en Martinique, on est à 10%. Il y a 80% des fruits et légumes qui sont produits ici. On a une filière volaille, il y a une filière porc, il y a une filière lait. Bon, tout ça n'est pas parfait, on est loin de l'autonomie. Et puis avec une industrie agroalimentaire derrière, premier secteur. Ensuite, il y a eu le tourisme qui plafonne parce que la géographie de l'île fait qu'il y a peu de plages. C'est la montagne, il ne peut pas être les pieds en éventail, dans le sable.
Il n'y a pas tellement d'espace pour ça et pour faire un tourisme de masse, ça a apporté le BTP avec des résidences, avec des axes routiers, avec aussi du logement social. Tout ça a été un secteur qui a porté la Réunion. Et maintenant, quoi ? C'est la question que je posais à mes interlocuteurs. Et je dois dire que pour beaucoup, ils étaient incertains. Ils disaient, justement, vous posez la bonne question, c'est notre interrogation du moment. Ça serait d'une grande prétention, en cinq jours sur place, de venir résoudre cette équation. Mais peut-être qu'on peut émettre des hypothèses. Et l'hypothèse que j'émettrai, c'est notre travaillisme climatique.
Peut-être, peut-être, peut-être, peut-être, avec plein de peut-être, mais peut-être que la Réunion peut être un bon laboratoire d'un travaillisme climatique sur plein d'aspects. Bon, évidemment, le réchauffement, il se fait sentir en France, mais il se fait sentir encore davantage quand on est sous les tropiques. Les cataclysmes, cyclones, garances, là, qui viennent de frapper, se fait sentir fortement à la Réunion. Alors, que faire ? Sans doute, un, renforcer la sécurité alimentaire. Je ne parle pas d'autonomie alimentaire qui supposerait d'être à 100% sur tous les produits. À l'échelle d'une île, ce n'est pas possible. Peut-être même qu'à l'échelle d'un pays, ce n'est pas possible.
Mais au moins, aller vers plus de sécurité. C'est-à-dire que quand les grands axes de navires sont bloqués, on puisse s'assurer que pendant 15 jours, un mois, deux mois, on puisse tenir. Ça suppose d'aider davantage les cultures vivrières. Ça suppose aussi peut-être de penser cette sécurité alimentaire à l'échelle de la région, c'est-à-dire avec l'île Maurice, avec Madagascar, peut-être avec l'Est de l'Afrique et pas strictement la Réunion, la Réunion. Autre piste, la question des transports. Il n'y a que des voitures, 100% voitures. Et c'est vrai que c'est une grosse quatre-voix qui fait le tour de l'île. Et il y a un petit peu de bus, peut-être à l'intérieur de Saint-Denis.
Il y a eu des trains, mais ça remonte à l'époque des usines, quand il y avait plein d'usines pour la canne à sucre. Ça paraît une bonne configuration quand même pour que ça soit un train ou un tram qui fasse le tour de l'île et qui desserve toutes les villes de la Réunion. Hypothèse. Autre hypothèse, sur l'énergie. L'énergie à la Réunion, c'est la bagasse, ce qu'on n'utilise pas pour le sucre de la canne, qu'on brûle, qu'on brûle avec du charbon. Et c'est du fioul, du pétrole. Il y a du solaire, mais est-ce qu'on ne peut pas creuser pour cette filière ? Est-ce qu'il n'y a pas de la possibilité de la géothermie ?
Tu sais, quand on est allé à Grigny, c'est en région parisienne, il faut imaginer. Moi, je n'imaginais pas ça. Là, on a des grands ensembles, la grande borne, chauffée avec la géothermie. Là, il y a un volcan, d'eux-mêmes, à la Réunion. On nous dit qu'il y a de l'eau à 70 degrés sous l'île. En tout cas, il y a des sondages qui doivent être faits. Sans doute qu'il y a une source d'énergie possible à ce niveau-là. Ensuite, la houleau motrice, qu'est-ce qu'on doit faire avec la mer quand on est entouré par la mer ? Est-ce que ça peut être producteur d'énergie ? Bon, tout ça est intéressant. Donc, agriculture, transport, énergie en travaillisme climatique. Quatrième point, le réemploi.
Dans le double sens du terme, le réemploi des hommes et des femmes, quand on a un taux de chômage qui est endémique ici, et le réemploi des matières. C'est mon truc d'un atelier de réparation par quartier ou par canton. Alors, on en discutait longuement avec Emmaüs. On en a discuté aussi avec le territoire zéro chômeur ce matin. L'un sur l'électroménager, l'autre le bois, les matériaux de construction. Parce que tout ça, ici, fait l'objet d'importation. Mais je vous le dis, pour la France, en général, il y a deux manières de résoudre notre déficit commercial. Il y a un moyen, c'est de dire on exporte davantage. Et ça fait 40 ans que nos gouvernements font ça ou essayent de faire ça.
Avec, on emmène LVMH, Airbus dans nos bagages pour aller en Chine, en gros. Et la deuxième manière, c'est de dire on diminue nos importations. On diminue nos importations, évidemment, de pétrole et de gaz saoudien, américain, russe, algérien. Fin des passoires thermiques, on commence par ça. Et on diminue nos importations. En général, tout téléphone portable acheté, c'est de l'importation de produits chinois. C'est du déficit commercial. Et évidemment, résoudre cette équation où on aurait l'obsession du réemploi, de la réparation, ça fait qu'on résout trois problèmes en même temps. La question écologique, puisqu'on consomme moins de matière.
La question sociale, parce qu'on crée de l'emploi local, plutôt qu'à l'autre bout de la planète. La troisième chose, c'est le déficit commercial, puisqu'on importe moins. Donc, on devrait avoir cette obsession-là. À l'échelle de la Réunion, il y a des gens qui sont conscients de ça. Ici, on le voit bien que tout produit est importé. Donc, on a intérêt, les déchets, plutôt que de les enfouir, plutôt que de les brûler, plutôt surtout que de les renvoyer par bateau, on ne sait pas trop où, de tout faire pour les réemployer, les réutiliser ou les recycler sur place. Le souci qu'on a, c'est que ça n'est pas rentable. On a là un besoin et on a d'autres besoins.
On a besoin de s'occuper des enfants, on a besoin de s'occuper des enfants en situation de handicap, on a besoin de s'occuper des personnes âgées. Là, il y a des besoins qui sont considérables, y compris dans la réparation, dans la réutilisation. Mais de l'autre côté, il n'y a pas de marché, ça n'est pas rentable. Il faudrait que l'enfouissement soit beaucoup plus cher, que le réexport des ordures soit beaucoup plus cher. Enfin, il faudrait que tout ça soit beaucoup plus cher pour que ça devienne rentable. Donc, tant que ce n'est pas rentable, il nous faut un tiers secteur.
Ce tiers secteur, c'est l'économie sociale et solidaire, que, aujourd'hui, le gouvernement paralyse plutôt que de lui donner un plein essor. Et pour moi, ce tiers secteur, cette économie sociale et solidaire, elle a un rôle qui est à la fois social, puisqu'il y a des tas de gens qui ne vont pas rentrer dans l'emploi tel qu'il est aujourd'hui, parce qu'on a un marché du travail, à la fois qui est intense sur les rythmes et qui est exigeant sur les compétences. Tout le monde ne va pas y arriver, ne va pas y arriver tout de suite. Il faut s'en rendre une étape pour ça. Et évidemment, sur le plan écologique, parce qu'on a des besoins qui ne seront pas remplis par le marché.
Il me semble qu'il y a une conscience, là, que ça peut être le lieu pour essayer ça, et qu'il y a plein de bonnes volontés qui ont envie d'essayer ça à La Réunion. Donc maintenant, il s'agit de se demander comment le département, la région et l'État en font un axe de développement. Je parle de laboratoire, parce qu'évidemment, si ça réussit ici, tout ce qui réussit quelque part, comment l'universaliser ? Je terminerai là-dessus, mais l'exemple qui nous a été donné, là, L'aéroport de Saint-Denis, il n'y a pas de climatiseur. Il fait 30, 35, 40 degrés, on est sous les tropiques, et on a un aéroport ultra moderne, immense, où il n'y a pas de climatiseur. Pourquoi ?
Parce qu'il y a des architectes, il y a une école d'architecture des tropiques, ici, qui pense la circulation de l'air, qui pense comment on oriente les bâtiments, qui pense tout ça. Il ne s'agit pas de copier ça en Picardie, mais quand même, on doit regarder ce qui se fait ici, et que l'importation, elle ne se produise pas toujours de Paris vers Saint-Denis. Il peut y avoir une importation aussi des bonnes pratiques de Saint-Denis vers Paris, vers la Picardie, vers notre pays tout entier.