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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 30 août 2024 9 min

Lucie Castets à Matignon, destitution d'Emmanuel Macron, Bernard Cazeneuve Premier ministre... Marine Tondelier est l'invitée du 30 août 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bonjour, et je me trompe de chaise, vous voyez, c'est la rentrée.

0:15
Marine Tondelier

C'est très perturbant.

0:16
Présentateur

C'est très perturbant, mais nous sommes là. Bonjour Marine Tondelier. Bonjour. Merci d'être avec nous.

0:20
Marine Tondelier

Et merci pour votre invitation.

0:22
Présentateur

C'est France Télévisions et France 2 qui vous remercient d'être là ce matin. Le président Macron, qui était en visite officielle en Serbie hier, a affirmé, je le cite, qu'il faisait tous les efforts, je le cite, pour aboutir à la meilleure solution pour le pays. Dans un pays, la France, qui n'a pas de majorité à l'Assemblée nationale, est-ce qu'il n'est pas normal qu'il faille prendre du temps pour trouver la bonne équipe, le Premier ministre ? Après tout, il y a nos pays voisins comme l'Allemagne qui mettent du temps à trouver un gouvernement. Pourquoi cela vous choque-t-il ?

0:49
Marine Tondelier

Vous savez, Emmanuel Macron, ce n'est plus en politique, c'est un maître composteur. En fait, il est sur la stratégie du pourrissement. Ça fait deux mois et demi que l'Assemblée nationale ne s'est pas réunie. Ça fait 45 jours qu'on vit avec un gouvernement démissionnaire, donc qui ne gouverne plus, qui doit juste expédier les affaires courantes, et ça commence à bien faire.

1:07
Présentateur

Je vous reprenez l'expression « pourrissement ».

1:09
Marine Tondelier

Oui, c'est du pourrissement, c'est-à-dire qu'il a fait le pari tout l'été de l'effritement du nouveau Front populaire, ou alors du fait que ça s'effondrerait comme un château de cartes. Et je pense que sa stratégie, finalement, c'est que tout le monde en est tellement marre à la fin de ne pas avoir de Premier ministre, qu'ils se disent que les Français, à la fin, accepteront n'importe qui, et surtout, accepteront la continuité de sa politique. Parce qu'il nous parle de la continuité de l'État, lui, tout ce qu'il veut, c'est la continuité de sa politique. Le problème, c'est que les Français veulent l'inverse.

1:34
Présentateur

Ceci dit, je vous ai entendu parler de pourrissement, de compost, ce n'est pas forcément négatif dans votre bouche écologique.

1:39
Marine Tondelier

C'est le seul truc écolo qu'il a fait, donc on le félicite. Mais en fait, le compost, il faut le faire dans son jardin, pas au gouvernement. Il faut un gouvernement d'action. Vous voyez bien que les Français, ils veulent qu'on améliore leur quotidien. Ils veulent qu'on protège leur lendemain. On est à la rentrée scolaire, on aurait pu avoir les fournitures gratuites si nous gouvernions. On aurait pu déjà avoir abrogé la réforme des retraites. Il fait de l'obstruction. C'est un Gaulois réfractaire, cette expression n'est pas de moi, elle est de lui.

2:01
Présentateur

Si vous gouvernez, comme vous dites, Mme Tondelier, l'envie, c'est que Lucie Castel, la candidate que le nouveau Front populaire a portée cet été, elle ne dispose pas d'une majorité à l'Assemblée nationale. Mais personne n'en dispose. Et tous les autres partis, certes, mais elles n'ont plus, et tous les autres partis ont annoncé qu'ils voteraient une motion de censure si elle était au pouvoir. Est-ce qu'il ne faut pas tenir compte de cette réalité mathématique, si j'ose dire ?

2:23
Marine Tondelier

Nous en tenons compte qu'il n'y a pas de problème. Vous savez, en 2022, il n'y avait déjà pas de majorité absolue. Et j'ai l'impression qu'Emmanuel Macron, pour nommer un Premier ministre de son camp, parce que c'était son camp qui arrivait en tête, là, il ne voyait pas du tout le problème. Il ne voit le problème que quand c'est un autre camp que le sien.

2:37
Présentateur

Il y avait 260 députés, vous en avez 192.

2:40
Marine Tondelier

Oui, mais en fait, c'est notre problème. Il y a des logiques institutionnelles. Il doit appeler un Premier ministre du camp qui est arrivé en tête. Il doit nous laisser nous y coller. C'est-à-dire qu'après, c'est à nous de travailler. On a écrit cet été à tous les parlementaires, sénateurs, députés, pour leur proposer une méthode des priorités, pour leur dire qu'on travaillerait ensemble. C'est notre travail. Et moi, je ne me fais pas de soucis sur le fait que pour taxer les super-cofis, 80% des Français sont pour. Le Modem a même déposé une proposition de loi pour résoudre les déserts médicaux, pour travailler sur l'école, les services publics. Bien sûr qu'on trouvera des majorités.

On ne peut pas faire autrement.

3:12
Présentateur

Vous allez jusqu'à demander, c'est la France Insoumise qui fait cela, la destitution du Président de la République aujourd'hui.

3:17
Marine Tondelier

La France Insoumise l'a mise sur la table. Je ne l'aurais pas mise sur la table comme ça et à ce moment-là. Mais je constate que dans les sondages, quasiment une majorité des Français commencent à être pour. Et compris, il y a des électeurs...

3:27
Présentateur

49% selon une enquête de l'Institut Elab.

3:29
Marine Tondelier

Mais il y a même des électeurs macronistes qui sont pour.

3:32
Présentateur

Mais vous n'êtes pas électeur macroniste ?

3:34
Marine Tondelier

Oui, mais je pense que les électeurs macronistes sont pour beaucoup des démocrates et des républicains. Et que ce qu'est en train de faire le Président de la République, leur pose un problème éthique, comme ça pose un problème éthique à beaucoup de Français. Et puis surtout, on ne comprend rien. Votre émission s'appelle « Les 4 vérités ». Alors, dites-nous la vôtre, s'il vous plaît.

3:48
Présentateur

Est-ce que vous seriez pour une destitution, vous, du Président ?

3:52
Marine Tondelier

J'attends de voir ce qu'il va faire. Pour l'instant, il ne fait rien. Donc c'est facile. Il ne fait pas d'erreurs. Mais ça commence à en devenir une. Et surtout, c'est un vrai problème démocratique.

4:01
Présentateur

Est-ce qu'il faut donc le destituer ?

4:04
Marine Tondelier

Et aux urnes, en juin dernier, parce qu'on voulait changer de gouvernement. Les gens se sont dit « Là, j'y vais parce que ce bulletin de vote, il va être important. » Et quand on voit ce qui se passe, je pense qu'il écoeure les gens de la politique. Et qu'à un moment, ça pose un vrai problème. Moi, je veux juste que je pose une question calmement. Je ne dis pas qu'Emmanuel Macron est d'extrême droite. Mais je dis que si un Président d'extrême droite faisait la même chose que lui, alors tout le monde serait écoeuré dans ce pays et hurlerait au scandale. Je pense qu'il bénéficie d'une grande mensuétude, parce que la mèche est bien lustrée, que le costume est bien taillé.

Mais il cache quand même des pratiques assez préoccupantes.

4:34
Présentateur

Vous allez participer aujourd'hui. On entendait un reportage dans le journal de 7h30 à l'université d'été du Parti Socialiste. On voit qu'au PS, toutes les voix ne vont pas dans le même sens. Et une partie des militants, des cadres, défendent une possibilité que des socialistes entrent dans un gouvernement qui ne serait pas dirigé par le nouveau Front Populaire. Et le nom de Bernard Cazeneuve circule pour diriger un tel gouvernement. Encore du pourrissement. Qu'est-ce que vous feriez s'il y avait un gouvernement dirigé par Bernard Cazeneuve qui est un socialiste jusqu'à nouvel ordre, même s'il n'est plus dans le parti ?

5:03
Marine Tondelier

Il a quitté le Parti Socialiste. Il reste un homme de gauche. Il représente une petite partie d'un parti du nouveau Front Populaire, d'autant plus qu'il est parti. Ça commence à faire beaucoup. Et les quatre forces politiques ont fait savoir qu'elles feraient la motion de censure si ça n'était pas Lucie Casté. Parce qu'on voit bien que Lucie Casté, c'est la candidate du nouveau Front Populaire. Elle incarne toute cette alliance. Bernard Cazeneuve, je ne l'ai pas entendu soutenir du nouveau Front Populaire. Ce n'est pas un premier ministre du nouveau Front Populaire. Vous voyez même François Hollande, que je remercie.

5:30
Présentateur

Il a été son premier ministre. Bernard Cazeneuve a été le dernier premier ministre.

5:33
Marine Tondelier

François Hollande, il est député du nouveau Front Populaire. Il a hier fait une interview pour rappeler que c'était Lucie Casté, notre candidate. Il est très corporate dans la séquence. Et moi, ce que j'irai dire aux socialistes tout à l'heure, c'est que non seulement je les remercie d'avoir élu Olivier Faure premier secrétaire, parce que sans ce chef de parti, sans Manuel Bompard et sans Fabien Roussel, il n'y aurait pas de nouveau Front Populaire. Et Jordan Bardella serait peut-être allé à Matignon. Il faut s'en rappeler. Donc il n'y a pas d'alternative. En fait, on est dans un blocage aujourd'hui. Non, mais ce que je leur dirais aux socialistes, c'est qu'on a besoin qu'ils soient unis.

Parce qu'à chaque fois qu'ils se divisent, ils fragilisent le nouveau Front Populaire. Et nous, on a besoin d'eux. Nous avons besoin de tous les socialistes pour changer la vie. Vraiment, je crois que c'est un slogan qui leur tenait à cœur.

6:11
Présentateur

Alors, on a entendu hier aussi que Ségolène Royal se dit disponible pour diriger un gouvernement. Ségolène Royal, elle a été ministre de l'écologie. Qu'en pensez-vous de cette candidature ? Rien, voilà. Oui, pas plus que ça.

6:27
Marine Tondelier

Non, je pense que c'est pour ça qu'il faut qu'on en finisse.

6:31
Présentateur

Mais c'est un petit peu court, si je peux me permettre comme réponse. Elle a quand même quelques états-services à faire valoir. Mais vous ne la verriez pas, Premier ministre. En tout cas, pour vous, ce n'est pas une candidate, si j'en crois, votre réaction crédible aujourd'hui.

6:43
Marine Tondelier

Non, je pense qu'il faut vraiment qu'on en finisse maintenant.

6:45
Présentateur

Le gouvernement démissionnaire de Gabriel Attal continue, on l'a dit, d'expédier les affaires courantes. En attendant une nouvelle équipe, il y a des lettres de cadrage qui sont envoyées. Très préoccupantes. Très préoccupantes, dites-vous. Effectivement, moins d'argent pour le fonds vert, pour l'électrification des véhicules, pour la biodiversité. Ce sont des lettres de cadrage. Oui, mais c'est une direction. Christophe Béchut, le ministre, n'a pas encore confirmé de tels chiffres.

7:10
Marine Tondelier

Vous vous doutez bien qu'il ne va pas se dépêcher de confirmer. Mais on nous avait vendu un réarmement démocratique, un réarmement économique. Déjà, ils n'ont rien réarmé du tout. Mais en plus, c'est l'écologie qui se prend la balle. Moins 1,6 milliard pour le fonds vert, c'est 60% du fonds vert en moins. Moins 500 millions pour l'électrification des véhicules. Moins 137 millions pour la biodiversité. Alors que 90%...

7:29
Présentateur

Encore une fois, lettres de cadrage, ce n'est pas le budget.

7:30
Marine Tondelier

90% des hirondelles ont disparu en Ile-de-France en 20 ans. Et eux, qu'est-ce qu'ils font ? Ils enlèvent 137 millions pour la biodiversité. Mais c'est un scandale. Et si c'est ça qu'ils appellent expédier des affaires courantes, bon, ça veut peut-être dire que pour eux, c'est un comportement normal et que c'est ça qu'ils font depuis 7 ans. C'est un peu vrai aussi. Mais maintenant, il faut redonner de la démocratie à ce pays. On ne peut pas voir un premier ministre des missionnaires qui, depuis des semaines, est président de groupe à l'Assemblée. On ne peut pas voir des ministres des missionnaires qui sont présidents de commission de l'Assemblée et qui doivent contrôler leur propre action.

7:55
Présentateur

Il est normal que le pays soit dirigé, vous ne pensez pas ?

7:57
Marine Tondelier

Ils doivent contrôler leur propre action. Ça n'a aucun sens. Ce n'est pas possible. Maintenant, rendez-nous la démocratie. Rendez-nous un gouvernement de cohabitation. Emmanuel Macron, on ne lui avait rien demandé. Il a posé clairement la question aux Français. Voulez-vous une cohabitation ? Oui ou non ? On a répondu oui. Et bien maintenant, on la veut. Et s'il trouvait qu'on ne pouvait pas changer de premier ministre cet été, c'est très simple. Il n'avait qu'à ne pas faire de dissolution.

8:18
Présentateur

On vous entend ce matin. Donc, il n'y a pas de trêve paralympique. Nous sommes ici dans ce magnifique cave.

8:22
Marine Tondelier

Oui, non, c'est que quand ça l'arrange.

8:23
Présentateur

Mais quand ça vous arrange aussi, si je vous entends ce matin.

8:26
Marine Tondelier

Ah, mais moi, je ne fais pas de trêve. Moi, je sais faire deux choses en même temps. Je pensais que c'était le slogan du président.

8:30
Présentateur

Mais vous êtes spectatrice des Jeux paralympiques, vous me l'avez dit avant l'émission.

8:33
Marine Tondelier

Exactement. Parce que j'étais hier notamment au basket-fauteuil, mais aussi au taekwondo paralympique. Et j'étais très émue de voir Zakia Koudadadi, qui est une copine réfugiée afghane qui a fui Kaboul il y a trois ans et qui a gagné cette médaille qui aurait pu la gagner au nom de la France. Mais on refuse de la naturaliser. Et donc, elle a gagné cette magnifique médaille de bronze. Et je peux vous dire que pour une jeune fille de 24 ans qui a fui les talibans, c'est vraiment quelque chose de magnifique. J'espère vraiment que maintenant, elle pourra être naturalisée. Et dans quatre ans, elle gagne une médaille pour la France.

9:02
Présentateur

Merci Marine Pondelier. Fin des 4 vérités, suite de Télématin. Après une courte page, à demain. C'était les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.