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Autrefranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 12 décembre 2025 11 minContradictoireMixte

Pour les entreprises françaises, l’Accord de Paris sur le climat a été "un point de bascule"

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Présentateur

France Info. Bonsoir Cécile Denormandie. Bonsoir. Vous êtes la déléguée générale d'EPE. Alors EPE c'est une association qui regroupe les entreprises pour l'environnement. Merci d'être sur France Info ce soir avec nous. Alors dans le cadre de notre journée spéciale, les 10 ans des accords de Paris, on a envie de se poser la question, où on en est du côté des milieux d'affaires, du côté des milieux économiques ? Depuis 20 ans, le rôle de votre association, c'est justement d'accompagner les grandes entreprises françaises à améliorer leurs pratiques environnementales. Alors votre association est composée de la plupart des grands groupes, que ce soit AXA, Total, etc.

Ça va de la banque à l'industrie, en passant par l'aérien. Alors on a envie de vous poser cette première question. 10 ans après l'accord de Paris, où il y avait quand même des engagements qui étaient forts, qu'est-ce qu'ont fait les entreprises ? Est-ce qu'elles ont réellement changé leurs pratiques pour mieux prendre en compte l'environnement ?

1:00
Invité politique

Alors peut-être partager avec vous que pour les entreprises, pour le secteur privé, 2015, c'est quand même un point de bascule. C'est une prise de conscience ? C'est une prise de conscience, c'est un point de bascule, déjà parce que pour la première fois, les entreprises, elles se mobilisent en vue d'une COP. Les COP, c'est quand même des... C'est diplomatique. C'est diplomatique. C'est des affaires d'État entre États. Et en 2015, avant la COP, à l'UNESCO, donc à Paris, il y a eu un grand sommet organisé des entreprises pour le climat, qui ont dit, c'est aussi notre affaire. Et elles ont joué un rôle, en fait, dans l'accord de Paris.

Elles ont donné une impulsion, en fait, du secteur économique, qui à cette époque-là était important. Et ça, c'était la première fois. Et depuis 2015, en fait, depuis 10 ans, les entreprises, elles vont au COP. Alors, elles ne font pas les négociations, ce n'est pas du tout de leur ressort. Mais elles y assistent. Mais elles y assistent, elles s'y rencontrent. C'est pour elles des endroits où on se rencontrait, par les climats, par les transitions écologiques. Et j'ai envie de dire, ça, c'est quand même heureusement. Alors, ça, c'est le départ. Voilà.

1:58
Présentateur

Ça, c'est le départ. Et depuis, qu'est-ce qu'elles ont fait réellement ? À quoi ça se mesure, par exemple ?

2:03
Invité politique

Ce qui est très tangible depuis 10 ans, c'est qu'il y a eu une prise de conscience générale, que ces sujets de la transition écologique étaient cruciaux. Personne ne peut se dire éloigné de ces enjeux-là. Et je pense que c'est devenu, ça ne l'était pas il y a 10 ans, c'est devenu aujourd'hui, dans les grandes entreprises françaises, un sujet de niveau COMEX. C'est un sujet de PDG et ça influe sur les stratégies des grandes entreprises. C'est-à-dire que dans les COMEX,

2:28
Présentateur

dans les comités de direction, il y a des responsables dédiés ?

2:34
Invité politique

Effectivement, il y a aujourd'hui des directions du développement durable dans toutes les grandes entreprises. Et il y a eu aussi une prise de conscience des entreprises que les sujets de la transition écologique, c'était aussi une question de viabilité économique pour certaines d'entre elles, parce qu'elles dépendent de ressources qui se raréfient. Alors, par exemple,

2:52
Présentateur

même pour les plus polluantes, comme on pense aux pétroliers, on pense à celles qui travaillent dans la chimie, celles-ci aussi, elles travaillent à mieux consommer, à consommer moins ?

3:04
Invité politique

Alors, ce qu'elles font les entreprises dans leurs actions climatiques, et ce qui est important, c'est qu'aujourd'hui, en fait, elles prennent des engagements, les entreprises. Elles ont des plans de transformation climatique, donc elles prennent des engagements, ça veut dire qu'elles mesurent leur impact pour suivre leurs engagements. Ça, déjà, c'est un énorme progrès. Ça ne se faisait pas il y a dix ans. Et en mesurant leur impact, elles voient là où il faut agir, là où elles ont de l'impact. Et effectivement, les entreprises les plus polluantes, elles ont de l'impact sur l'énergie. En fait, soit c'est leur consommation et leur énergie qui a un impact sur le climat.

Donc, elles agissent soit en travaillant leur consommation énergétique, donc elles travaillent à des systèmes plus efficaces énergétiquement. Par exemple, j'ai une usine qui fonctionne qui est ultra gourmande en énergie. Je retravaille mon système énergétique d'alimentation de mon usine pour consommer beaucoup moins d'énergie. Donc ça, c'est intéressant parce que c'est gagnant pour le climat. On émet moins de CO2. Et puis, c'est gagnant pour l'entreprise. Elle a une facture énergétique moins chère. Donc, elle agit là-dessus. Et elle agit aussi sur le type d'énergie qu'elle consomme. Donc, aujourd'hui, les entreprises, elles travaillent beaucoup sur s'alimenter en énergie décarbonée.

Donc, les énergies renouvelables, solaires, éoliennes, nucléaires. Et elles s'éloignent des énergies fossiles alors ? Et donc, petit à petit, effectivement, elles diminuent leur dépendance aux énergies fossiles. Ça, vous arrivez à le mesurer depuis 10 ans ? Effectivement, c'est vraiment des tendances fortes. Et c'est des engagements, en fait, qu'elles prennent, justement, dans leur plan d'action climatique. C'est de diminuer leurs émissions de CO2.

4:35
Présentateur

Alors, souvent, ce que l'on se dit quand on est un citoyen lambda, un auditeur lambda, OK, elles prennent des engagements, mais finalement, est-ce que ce n'est pas un peu de l'affichage ? Est-ce qu'elles les tiennent, ces engagements ?

4:46
Invité politique

Alors, elles les tiennent parce que, justement, elles sont dans ces démarches de réduction de leur consommation énergétique qui sont engagées et qui sont souvent intéressantes pour elles. Elles sont aussi ameneuses de solutions, les entreprises. Il y a des entreprises qui, donc, sont des gros pollueurs et, donc, ont un impact dans leur système de production. Mais il y a aussi beaucoup d'entreprises qui, dans leur système de production, ce n'est pas forcément ça qui pollue le plus, qui réchauffe le plus la planète, mais c'est qu'est-ce qu'on va faire, de quel usage on va faire de ce qu'elles vendent, de ce qu'elles mettent sur le marché comme biens et comme services.

Donc, elles travaillent sur les produits et les ventes. Voilà. Je vous prends l'exemple de la voiture. Évidemment, l'industrie automobile, elle travaille à avoir une mode de fabrication de la voiture qui soit moins polluante. Mais, finalement, la voiture, ce qui a un impact sur le changement climatique, c'est son utilisation. C'est nous, quand on prend notre voiture et qu'on conduit. Donc, ça, c'est tout le mouvement vers la voiture électrique. Donc, c'est tout le mouvement qui entame les entreprises sur quelles solutions je propose, comment je change ce que je vends comme biens et services pour que ça soit plus durable.

5:55
Présentateur

Et dans le luxe, c'est la même chose qu'on imagine dans l'industrie, mais dans le luxe, par exemple, qu'est-ce qu'elles font ?

5:59
Invité politique

Et donc, effectivement, ce mouvement de proposer des solutions et quand même de changer de modèle, il se développe dans des tas de secteurs différents, y compris le luxe, puisque vous prenez cet exemple-là. Le luxe, par exemple, travaille beaucoup à utiliser des matériaux recyclés pour faire ses baskets, pour faire ses vêtements. Donc, ça, ça envoie des signaux aussi qui sont très forts, puisque le luxe qui se dit extrêmement « je ne veux que des matières premium », et puis « je ne veux que des matières premium », elles donnent le signal qu'une matière premium, ça peut être une matière 100% recyclée, en fait. Mais voilà, il y a des tas d'autres exemples.

Les industries du bâtiment, par exemple, elles travaillent beaucoup non plus à construire du nouveau, mais à rénover de l'ancien. Donc, ça, c'est quand même des mouvements qui ne sont pas forcément toujours perceptibles pour le grand public, mais qui sont très ancrés dans les stratégies. Alors, quand même,

6:54
Présentateur

il y a quelque chose qui a changé, c'est le contexte géopolitique, économique. En matière d'énergie, justement, il y a eu la guerre en Ukraine. Est-ce que ça n'a pas freiné les objectifs de décarbonation des entreprises ?

7:07
Invité politique

Alors, c'est vrai que le contexte géopolitique aujourd'hui, il est beaucoup fragmenté par rapport à 2015. Ça, c'est indéniable. Effectivement, cette guerre en Ukraine, elle a montré, elle a vraiment mis en exergue aussi le prix d'énergie et le risque à être dépendants de matières premières. Donc, effectivement, les entreprises, elles travaillent de toute façon à diminuer leur dépendance à ces matières premières. Est-ce que ça les a encouragées à être plus vertueuses ? C'est un effet rebond de cette guerre en Ukraine. On s'en souvient tous, même dans notre quotidien, vous vous souvenez, on baissait l'échauffage, on éteignait les lumières.

Globalement, il y avait quand même plus de 10% de baisse de notre consommation en énergie à l'hiver 2022-2023. Et c'est des tendances qui ont perduré, en fait, de sobriété. Alors là, qui sont vraiment des actions de sobriété que les entreprises ont gardées.

7:59
Présentateur

Alors, il y a aussi un autre contexte, c'est le contexte budgétaire. Est-ce qu'aujourd'hui, ces bonnes intentions écologiques, ces engagements, résistent à des budgets qui sont quand même

8:11
Invité politique

extrêmement contraints ? Alors, vous avez raison, on est dans une période économique compliquée. Les entreprises, elles continuent à investir. Elles ont investi en 2024 40 milliards d'euros dans la transition, dans les transitions climatiques.

8:25
Présentateur

que les années précédentes,

8:26
Invité politique

ça se tient. Elles maintiennent leur budget. L'ambition, c'est de tenir le cap. Et nous, voilà, on porte aussi beaucoup ça, c'est tenir le cap dans le contexte économique et géopolitique actuel. Alors,

8:39
Présentateur

vous êtes à la base une scientifique, Cécile Denormandie, puisque vous avez une formation d'ingénieur agronome à Gros Paris, mais aussi, vous êtes passée par l'école des eaux et forêts. Alors, la question de l'eau, elle vous passionne ? Vous avez même été au Caire, dans le Sahel, pour travailler sur ce sujet. Vous étiez en poste là-bas dans le cadre de l'Agence française de développement. Ça fait à peine deux mois que vous êtes déléguée générale de cette association qui regroupe les entreprises pour l'environnement.

Qu'est-ce qui a conduit votre choix d'aller vers ces grands groupes dont on a souvent l'image qu'ils sont des gros pollueurs, qu'ils ne font pas forcément ce qu'il faudrait faire pour la planète, que le profit passe souvent avant l'écologie ? Qu'est-ce qui a fait à déterminer ce choix ?

9:23
Invité politique

Vous l'avez dit, j'ai commencé ma carrière dans l'eau. L'eau, c'est vraiment la ressource par excellence qui est finie. Il y a autant d'eau aujourd'hui sur Terre qu'il y en avait à la création du monde. Cette ressource, elle est effectivement très sensible. La question de l'usage et de son partage, c'est une question centrale. C'est quelque chose qui m'habille depuis longtemps, cette question de la protection des ressources et de leur partage. Je le trouve particulièrement intéressant, justement dans un contexte politique et géopolitique troublée et parfois de recul puisque certains États comme les États-Unis se sont retirés de l'accord de Paris.

Les entreprises ont un rôle majeur, central et donc je trouve ça absolument passionnant justement d'encourager les transformations en particulier

10:12
Présentateur

de ces grandes entreprises. Vous êtes plus utile aujourd'hui auprès des entreprises parce que c'est vers elle qu'il y a des solutions finalement ?

10:19
Invité politique

En tout cas, pas que vers elle, c'est vraiment collectif. En tout cas, avec elle, ça c'est sûr. Ce qui est important à avoir en tête, c'est que cette transformation du monde, elle ne peut être que collective et justement, je pense important que les politiques, les entreprises mais aussi les citoyens se parlent et travaillent ensemble et les rament dans le même sens parce que les entreprises toutes seules n'y arriveront pas et il faut quand même justement des impulsions politiques, réglementaires, etc. mais oui, les entreprises sont une partie de la solution.

10:52
Présentateur

Merci beaucoup Cécile Denormandie d'être venue ce soir dans l'Invité Eco de France Info. Je rappelle que vous êtes à la tête des entreprises pour l'environnement. Merci beaucoup.