Législatives : pour Marine Tondelier, "chaque seconde doit être consacrée" à la lutte contre l'extrême droite
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Le 7-10, édition spéciale. Oui, elle se poursuit avec la secrétaire nationale des écologistes. Bonjour Marine Tondelier. Bonjour. Le nouveau Front populaire arrive en seconde position. 28% des voix, je le rappelle, derrière le Rassemblement national et ses alliés à 33%. Avant de nous projeter sur le second tour, votre analyse rapide du paysage politique sorti des urnes hier soir, quel mot pour le décrire ce matin ?
Écoutez, moi je vais réagir à ce que vient de dire Bruno Le Maire parce que je suis, un, atterré et deux, extrêmement en colère.
On vous sent très ému ?
Très ému, parce que ça fait dix ans que je vis dans une ville tenue par le Rassemblement national. Et ce que vient de faire Bruno Le Maire, c'est un comportement de lâche et de privilégié. De privilégié, c'est hors sol, c'est lunaire et ce n'est pas à la hauteur de l'histoire. Est-ce que le Rassemblement national a la possibilité d'être en majorité absolue à l'Assemblée nationale ? La réponse est oui. Oui. Est-ce que la France insoumise a la capacité d'être à la majorité absolue à l'Assemblée nationale ? La réponse est non. Est-ce qu'ils ont la capacité d'avoir un Premier ministre ? La réponse est non. Donc ils se trompent de problème. Ils se trompent de problème.
Et je vais vous dire, heureusement que les électeurs de gauche et écologistes sont moins sectaires et moins lâches que ça. Parce que c'est grâce à ça qu'ils ont gagné en 2017. C'est grâce à ça qu'ils ont gagné en 2022. Et ils n'en seraient pas là sinon. Et vous pensez que les 9 millions de pauvres dans ce pays, que les gens qui ont vécu et pris de plein fouet leur politique, ça ne leur a pas demandé du courage à aller voter pour en 2022 ? Mais ils savent pourquoi ils l'ont fait. Et donc franchement, je suis atterrée. Vraiment. Ils ont choisi le déshonneur aujourd'hui. Ils sauront le déshonneur et la défaite. Parce que le macronisme, c'est fini. Les résultats d'hier l'ont montré.
Très clairement. Très très clairement.
Mais vous entendez... On entend votre émotion, évidemment, Marine Gondelier. Gondelier, et votre colère. Mais est-ce que vous entendez les arguments de Bruno Le Maire sur la figure de Jean-Luc Mélenchon, sur l'antisémitisme, sur les déclarations sur la police ?
Est-ce que vous comprenez que passer notre temps en débattre de LLFI, ce n'est pas le sujet ? Je ne sais pas mon parti. Je n'ai pas pris ma carte à LFI. J'en pense que j'en pense. Mais ce que je sais, c'est que le danger principal qui nous menace aujourd'hui, c'est d'avoir un premier ministre d'extrême droite, à Matignon, dans huit jours. Moi, je pense aux 3,3 millions de binationaux, de binationaux, à qui on a quand même expliqué clairement qu'ils n'auraient plus le droit de travailler là où ils voulaient travailler avant. Je pense aux 50% de femmes de ce pays, parce qu'à chaque fois que l'extrême droite passe, les droits des femmes trépassent.
Je pense aux personnes LGBT, je pense aux personnes racisées, parce qu'il y en a des tas qui sont, lui, la boule au ventre, nous dire qu'ils avaient peur, parce que cette campagne, elle a été violente, violente pour nous, pour les candidats, mais violente pour eux, en première ligne. Et qu'il y a une recrudescence de l'islamophobie, des actes racistes, on en a très peu parlé, parce que tout le monde est obsédé par Jean-Luc Mélenchon, mais on s'en fout de Jean-Luc Mélenchon. Franchement, ce qui compte, c'est le quotidien des Français. Et ces personnes, on va leur dire quoi alors ? Qu'on a laissé tomber, parce que Bruno Le Maire et ses copains, c'est des trompés de combat ?
Je trouve ça irresponsable. Puis je pense aussi aux associations, qui ne savent pas dans quel cadre elles vont pouvoir continuer à exercer leur mission. Je pense aux fonctionnaires, qui ne savent pas quelles sont les consignes qui leur seront données demain. Pour toutes ces personnales, on doit se battre, et on n'a pas une seconde de temps à perdre, à chicoter, comme on dit chez moi, à tergiverser, à couper les cheveux en quatre, à chercher des embrouilles pour rien. Il y a une priorité, c'est de les battre. Chaque seconde, chaque seconde jusque dimanche, doit être consacrée à ça.
On vous entend, il y a un moment historique, et vous venez de le décrire à l'instant. Un moment historique, un deuxième tour compliqué, important, avec un enjeu massif pour l'histoire de la République. Le mot historique n'est pas galvaudé. Mais permettez-moi une question à nouveau, s'il vous plaît. Jean-Luc Mélenchon s'est exprimé à la télé hier, pour dire le désistement de la gauche.
Il a été bien plus clair que Bruno Le Maire. Oui, pour dire le désistement. On pense ce qu'on veut de Jean-Luc Mélenchon, il a été bien plus clair que la moitié de la Macron.
Voilà, pour dire le désistement de la gauche, là où le Rassemblement National était en situation de l'emporter. Il était aux côtés de l'eurodéputé Rima Hassan, qui arborait le keffier en soutien à la cause palestinienne. Comment avez-vous reçu cette image ? Était-ce une bonne idée ? Je m'en fous. Expliquez-nous pourquoi vous vous en foutez.
Je m'en fous parce que ce sur quoi je veux insister ce matin, ce n'est pas commenter les gens qui ont envie de provoquer. J'en vois partout en ce moment. Et les Verts, depuis trois semaines, ont passé leur temps à essayer de remettre le débat sur les vrais sujets. Sur les vrais sujets. Ce que je vous dis ce matin, c'est que celles et ceux qui se cherchent des excuses pour ne pas appeler à voter pour le nouveau Front populaire ont le droit de le faire. C'est la démocratie. Mais à chaque fois qu'ils n'appellent pas à voter pour le nouveau Front populaire face au Rassemblement national, alors ils font s'approcher un peu plus l'extrême droite de Matignon. C'est juste ça que je dis.
Et c'est la réalité des faits. À un moment, il faut regarder les trucs en face. On n'a que ça à faire. Pendant huit jours, non-stop, et si on n'est pas capable de le faire, c'est qu'on est un privilégié, qu'on est hors sol, qu'on n'est pas dans le sens de l'histoire. Et je vais vous dire, chez les Verts, ça fait une semaine qu'on répète ça. Hier, les candidats écologistes qui avaient à le faire l'ont fait par instinct, par devoir moral, par devoir républicain. Vous pensez que ça leur a fait plaisir ? Vous pensez qu'ils étaient contents d'appeler à voter pour des candidats macronistes quand on voit la politique qu'ils ont menée ? Non, absolument pas. Ni par plaisir, ni avec le sourire.
On l'a fait parce qu'on devait le faire. Je suis extrêmement fière de tous les écologistes de ce pays qui ont tenu cette ligne. Je regrette que ce ne soit pas évident pour tout le monde. Et je me satisfais que ça a été très clair pour tous les partis du nouveau Front populaire. Pour tous les partis du nouveau Front populaire. Très clair. Je vous remercie Gabriel Attal, qui a été plus clair que la moyenne de son camp. Et je pense que c'est une forme de courage, quoi que je pense de sa politique. Et j'aimerais que dans son camp, tout le monde soit capable de faire ça.
Et qu'est-ce que vous avez envie de dire ce matin à des électeurs qui ont voté LR, qui ont voté ensemble, ou qui se sont abstenus, pour vous rejoindre dans les configurations de second tour qui se présentent ?
J'ai conscience que c'est peut-être plus facile de s'adresser à eux qu'à leur chef. Et donc, c'est exactement ce que j'avais envie de faire ce matin. Je vous remercie de votre question. Parce que je pense qu'il y a dans le camp macroniste, là je parle des électeurs, beaucoup de républicains, beaucoup de démocrates, beaucoup d'humanistes. Et que même si on n'est pas d'accord sur les politiques à mener pour le pays, je pense qu'on a en commun l'essentiel. Cette obsession de défendre la République face à l'extrême droite, cette obsession de ne pas les laisser arriver à Matignon. Ils sont à la porte de Matignon et on doit fermer cette porte à double tour.
Et je pense qu'ils en sont plus capables que leurs chefs, parce qu'ils ne sont pas dans des calculs tordus en fait. Ils sont dans maintenant, ils sont dans leur quotidien. Et donc, j'en appelle à ces démocrates, à ces humanistes, à ces républicains, soyez plus responsables que vos chefs de parti. Soyez à la hauteur de l'histoire. Et je vous dis merci par avance, parce que je pense qu'on n'a pas le choix. Vous savez d'ailleurs, on avait un sondage qui montrait que 76% des électeurs macronistes étaient en faveur du désistement républicain. C'est beaucoup plus logique pour leurs électeurs que leurs chefs.
Marine Tondelier, vous allez peut-être dire encore, on s'en fout. Oui, sûrement. Ça commence comme ça, sûrement. Dans cet entre-deux-tours, il manque quelque chose dans l'équation du nouveau Front populaire. Qui pour Matignon ?
Mais j'ai répondu plusieurs fois à cette question.
Elle est fondamentale entre-deux-tours ?
C'est une question de troisième tour. Non, c'est une question de troisième tour. Très sincèrement, moi je ne suis pas dans une série télé en fait. Je ne suis pas dans la politique fiction. Vous dire aujourd'hui qui sera le prochain ministre ?
Ça ne peut pas aider au désistement ? Aider au vote ?
Non, mais parce que c'est de la politique fiction. Qui ici dans ce studio peut me dire quelle sera la composition de l'Assemblée nationale dimanche soir ? Personne. Alors si c'est le Rassemblement national, on voit bien. Mais si ce n'est pas le Rassemblement national, on sait que ça va être compliqué. Donc là, la priorité, c'est de faire élire un maximum de députés du nouveau Front populaire parce qu'eux, ils tiendront la ligne sur une politique de rupture, sur la justice sociale, sur la justice environnementale, que ce gouvernement a été incapable de garantir. Et évidemment qu'on devra travailler avec d'autres parce qu'on n'aura pas la majorité absolue.
Mais il nous faut donner de la force au nouveau Front populaire parce que la politique qui va être menée dans les années à venir se fera sur la base de celui qui est arrivé en tête de la coalition derrière le Rassemblement national. Et donc, moi je sais que les écologistes seront à la hauteur, je sais que le nouveau Front populaire sera à la hauteur, bien plus que ce que je viens d'entendre il y a dix minutes. Excusez-moi, je suis vraiment encore sous le choc de ce que j'ai entendu. Je n'arrive pas à y croire, je vais peut-être me réveiller, me direz-vous. Et voilà, j'ai une chose à dire. Dans les huit jours qui viennent, il faut que vous parliez autour de vous.
Si vous voulez tracter, écrire, tenir avec nous le stylo pour écrire cette page d'histoire, rejoignez-nous. Je fais les écologistes chez qui vous voulez, mais aidez-nous parce que chaque voix va compter, chaque seconde va compter. Et c'est ça qu'on doit faire. Le troisième tour et qui sera Premier ministre, on verra en fonction de ses résultats. Mais je souhaite absolument, c'est vital qu'il ne soit pas Rassemblement national. Et on sait depuis hier soir qu'il ne sera pas macroniste. C'est clair.
Gabriel Attal renonce à publier le décret portant sur la réforme de l'assurance chômage. C'est donc l'ancien système qui va s'appliquer au moins jusqu'au 31 juillet, en fonction de la suite des événements politiques et du nouveau gouvernement. Est-ce que vous y voyez un geste de nature à faciliter vos rapprochements avec le camp présidentiel dans l'entre-deux-tours ?
Mais moi, je n'ai pas à être facilitée ou pas, je sais ce que j'ai à faire. Ce que je trouve, c'est que c'est très tardif. J'ai envie de vous dire, enfin, il faut quand même se rendre compte que ce gouvernement a passé son temps à rendre des choses, à donner des avantages aux plus riches et à cogner sur les plus pauvres en faisant 5 euros de plus de moins pour les APL, en allant réformer la réforme des retraites, réformer l'assurance chômage. Mais c'était des coups de massue dans la tête à chaque fois. Ça fait sombrer des gens dans la pauvreté, ça brisait des vies en fait. Évidemment que c'est trop tard. Et il faut quand même en arriver là pour qu'il fasse marche arrière, c'est dingue.
Marine Tondelier, vous l'avez dit avec force il y a quelques minutes. Jean-Luc Mélenchon, je m'en fous. Est-ce que vous lui demandez de se faire discret dans cette campagne de l'entre-deux-tours ?
C'est eux qui connaissent, savent que ça ne sert à rien de lui demander en fait. Ça ne sert à rien. Par contre, je pense que nous, on peut faire tout son truc, s'arrêter d'en parler. Lui, il fait ce qu'il a à faire. Il a ses électeurs, par ailleurs, excusez-moi de le dire, mais les électeurs insoumis, ils ont été au rendez-vous du premier tour. Ils seront au rendez-vous du deuxième tour. Chacun doit faire ce qu'il a à faire. En tant que chef des écolos, je fais ce que j'ai à faire. Lui, il fait ce qu'il pense devoir faire pour ses électeurs insoumis. Ce que j'aimerais bien, c'est que les centristes fassent ce qu'ils ont à faire aussi. Tout ce que je demande.
Merci Marine Tondelier d'avoir été au micro d'Inter, secrétaire nationale des écologistes.
Marine Tondelier