Just Philippot, le réalisateur qui réinvente le film catastrophe
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:48OuverteRéponse directe
Est-ce que vous vous sentez, Juste Philippot, impuissant ?
- 1:47OuverteRéponse directe
Est-ce que le cinéma se saisit assez de cette angoisse climatique ?
- 2:50RelanceRéponse directe
Vous parlez d'acteurs impuissants. Vous avez fait un film que vous n'aimeriez pas regarder ?
- 3:09RelanceRéponse directe
Vous dites que l'urgence climatique est une aubaine. C'est paradoxal ?
- 7:33OuverteRéponse directe
Qu'avez-vous ressenti pendant la crise du Covid pour les salles de cinéma ?
- 8:09OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui pourrait être dangereux dans le fait de ne pas être éduqué à l'image ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:12AuditeurChiffre
« Selon l'INRS, les pluies mille fois plus acides que la normale ont été enregistrées. »
- 12:13InvitéChiffre
« En 20 ans, entre 1950 et 1970, la quantité de SO2 rejetée par l'industrie aurait doublé. »
Temps de parole
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Jusqu'à 13h30, les midis de culture, Nicolas Herbeau, Géraldine Mausna-Savoie. Dans la seconde partie des midis de culture, nous le consacrons à notre rencontre. Notre invité ce midi est réalisateur, avec un père distributeur, producteur et lui-même réalisateur. Il a baigné très tôt dans le monde du cinéma. Son second long-métrage appuie certainement là où personne n'avait vraiment envie qu'on appuie. Dans une société au bord de l'éclatement, le climat dégénère. Résultat, la France est balayée par des pluies acides qui détruisent tout, tuent humains, animaux. Un film sous tension qui sort ce mercredi dans les salles. Bonjour Juste Philippot. Bonjour.
Bienvenue dans les midis de culture.
Merci beaucoup. La première question qu'on a envie de vous poser, c'est celle-ci. Est-ce que vous vous sentez, Juste Philippot, impuissant ?
Ouais. Ouais, ouais. D'ailleurs, c'était un peu le sujet de cette histoire. C'était la sincérité avec laquelle j'avais envie de traiter cette angoisse, en tout cas à la hauteur de quelqu'un qui se pose des questions dans une société qui ne va pas bien. Et de faire, je dirais, comment dire, de traiter à travers mon cinéma du constat d'une forme d'impuissance qui est liée à l'environnement. Et pas que d'ailleurs, parce que le film traite des mots d'une société qui ne va pas bien aujourd'hui. Et voilà, je voulais absolument être sincère vis-à-vis de cette angoisse qui est liée à cette impuissance.
Et d'offrir finalement un spectacle ou un cinéma qui soit capable lui-même de retranscrire à travers des personnages qui, petit à petit, perdent le contrôle, petit à petit, perdent les moyens d'agir et deviennent de plus en plus impuissants au milieu d'un danger grandissant.
Alors, il y a évidemment l'impuissance face au réchauffement climatique, au changement sur la planète, aux catastrophes naturelles. On va en parler en, évidemment, décrivant aussi votre film. Mais vous parlez d'angoisse. Est-ce que vous avez le sentiment que le cinéma ne se saisit pas assez de cette angoisse ?
Je ne sais pas. Je ne pourrais pas parler au nom des réalisateurs et réalisatrices qui font ou des auteurs qui écrivent. En tout cas, c'est quelque chose que vous, vous avez envie de mettre sur les écrans ? Moi, j'ai eu envie, malgré moi peut-être, parce que finalement, j'ai envie de dire que tout ça est une aubaine dans mon cinéma qui ne devait pas forcément démarrer ou qui ne devait pas continuer à traverser ces catastrophes. Il s'avère, et j'en parle très souvent, que j'ai démarré avec du court-métrage qui était lié à des histoires sociales, si j'ai envie de dire ou résumer ça comme ça. J'ai fait un documentaire ou co-réalisé un documentaire sur mon frère Paulie Handicapé.
Donc, j'avais des thématiques qui n'étaient pas forcément ancrées sur le réchauffement climatique et les catastrophes du réchauffement climatique, en tout cas de cette terre qui ne va pas bien. Et c'est vrai que grâce à cette résidence de films de genre auxquels j'ai participé il y a plusieurs années, je suis devenu une sorte de spécialiste des nuages avec une capacité d'hybrider des cinémas. Celui de l'intime et celui du spectaculaire. Et j'ai employé les deux pour parler peut-être d'une véritable angoisse. Parce que quand on m'a proposé cette carte blanche sur l'écriture, je me suis dit qu'il fallait que je sois honnête et que je présente un film que je n'avais pas envie de voir.
Enfin, pas envie de subir ou de ressentir. Ah non, ça c'est intéressant parce que vous parlez d'acteurs, de personnages qui sont de plus en plus impuissants. Vous avez fait un film que vous n'aimeriez pas regarder. Et en même temps, vous dites que l'urgence climatique est une aubaine. C'est assez paradoxal comme intention, comme moteur pour... Alors, je ne sais pas si c'est une aubaine. Enfin, moi je sais que l'aventure acide, si je devais la résumer comme ça, c'est cette résidence de films de genre. Et juste avant, ce sont des films suédés que je fabrique avec des lycéens du lycée Viticole d'Amboise. Et on suède une séquence de la mouche avec ses régurgitations acides.
Enfin bref, je retrouve via le plaisir de fabriquer du cinéma des films qui, moi, m'ont traumatisé enfant. Et donc, j'ai une espèce de, comment dirais-je, de thème comme ça, pas loin de moi, grâce à des expériences formidables qui m'ont permis de me structurer moi en tant que réalisateur. Et à partir de là, je me dis que si je dois proposer des frissons, il faut que moi-même, je puisse être capable de ressentir ces frissons. Et je suis honnête, j'invente un méchant qui prend toutes les formes et qui nous détruit de l'intérieur ou de l'extérieur. Bref, imbattable avec cette question, est-ce que j'arriverais moi-même à protéger mes enfants ? Et c'est le sujet de mes films à partir de là.
Selon l'INRS, les pluies mille fois plus acides que la normale ont été enregistrées. On n'a pas marre de toutes ces merdes. Je t'en fous la planète, c'est tout. Je suis la fin du monde tous les deux jours. De toute manière, ça me concerne plus que toi. Je trouvais que c'était pas grave. Attends, on va pas la ramener à la maison, je sais pas qu'il pleut. L'acide sulfurique et corrosif pour la peau. C'est ce bordel. Qu'est-ce que tu fous ? Élise !
Les yeux, les voies respiratoires et digestives.
Un département qui est enflouge à la canicule du jamais vu.
Mais attends.
Ça va tomber ! Arrêtez, arrêtez ! Des nuages de pluies acides et dévastatrices qui viennent d'Amérique du Sud et qui s'abattent sur la France. Michel et Élise, joués par Guillaume Canet et Laetitia Doche, qui doivent fuir donc. Couples séparés, mais qui va en quelque sorte être forcés de s'unir pour récupérer leur fille Selma, incarnée par Patience Mukenbach, qui démarre alors ce périple qui doit les emmener vers un endroit à l'abri, en quelque sorte, là où les pluies acides n'ont pas encore commencé à tomber. On le sent bien dans cette bande-annonce.
Il y a une urgence, il y a quelque chose de très fort, une forte tension dans un film qui vient donc bousculer le quotidien des personnages et qui vient nous bousculer nous aussi en tant que spectateurs.
Oui, alors plusieurs choses. Je voulais juste revenir sur l'effet d'Aubaine. Je crois que l'ambition de ce film, c'était de prendre un sujet très au sérieux et de proposer une expérience de cinéma. Et donc de profiter de ça pour proposer une expérience de cinéma qui soit capable d'emmener un public à réessai et pas que, un grand public qui aime le cinéma américain et pas que, enfin de réussir à hybrider pour profiter d'une salle de cinéma. Parce que je crois que mon geste, en tout cas de réalisateur, c'est celui de donner envie d'aller dans une salle de cinéma, quel que soit le film d'ailleurs. Plus que d'être sensibilisé à la crise écologique ?
Je pense que tous les films doivent sensibilité à tous les sujets. Le mien, c'est celui-ci. Après, je n'arrive pas en tant que donneur de leçons ou avec un mode d'emploi du ressenti et de ce que doit faire le spectateur ou la spectatrice en sortant de la salle de cinéma. Simplement, j'ai besoin qu'il ait envie d'aller voir une salle de cinéma avec des gens qu'il ne connaît pas. J'ai besoin qu'il aille dans une salle de théâtre. J'ai besoin qu'il écoute de la musique. J'ai besoin de croire en la culture et des bienfaits de la culture. Attendez, attendez. Est-ce que j'ai besoin ? On dirait que ça sonne comme un cri. Vous le martelez. C'est comme moi, président de François Hollande.
Vous avez dit, j'ai besoin, j'ai besoin. Oui, parce que je pense qu'il y a aujourd'hui un moment et un endroit où il ne faut pas rater le coche. Il ne faut surtout pas éloigner un jeune public et l'habituer à un cinéma sur lequel il a un rôle à jouer, c'est-à-dire exigeant, qui ne lui demande pas simplement d'être un spectateur passif. Donc, il faut absolument créer toutes ces passerelles d'éducation à l'image, d'éducation à la culture, la culture et l'éducation. Enfin, moi, vraiment, j'ai eu la chance de pouvoir grandir en tant que réalisateur grâce à l'éducation à l'image. Et aujourd'hui, je le martèle parce que c'est presque pour moi le Simon d'une société qui ira mieux, je l'espère.
Ce besoin, il est plus fort aujourd'hui parce qu'évidemment, quand vous nous dites ça, on pense tout de suite à la crise du Covid qui a fermé les salles de cinéma, les théâtres qui a mis sous cloche la culture. Et ce moment-là, qu'est-ce que vous, vous avez ressenti ?
Moi, j'ai senti un repli sur soi ou un repli sur nous. En tout cas, moi, je l'ai vécu comme un repli sur moi-même. Donc, tout d'un coup, je me suis aussi éloigné des salles de spectacle, tout simplement parce qu'on est resté cloîtré et qu'on a trouvé de nouvelles habitudes de consommer, entre guillemets, la culture ou alors de la vivre. Et moi, j'ai besoin de me connecter à l'autre. Enfin, je crois que je fais un cinéma de l'autre parce que j'ai besoin de travailler avec les autres. J'ai besoin de travailler avec des équipes. J'ai besoin de vivre avec l'autre. Il y a deux choses dans ce que vous dites, Juste Philippot.
Il y a à la fois l'éducation à l'image et on a envie de vous demander qu'est-ce qui pourrait être dangereux dans le fait de ne pas être éduqué à l'image ? Alors, peut-être vulgairement de ne pas comprendre tout ce qu'on voit ou de ne pas avoir envie de comprendre de nouvelles choses et d'avoir une espèce d'habitude que j'ai vue et que j'ai constatée à travers les jeunes techniciens avec qui j'ai travaillé. Quand je dis techniciens, c'est les jeunes lycéens et lycéennes. C'est d'aller revoir trois fois le même film parce qu'on est sûr de l'aimer.
Et là, je suis un peu dérouté parce qu'avec un ticket ou trois fois ce ticket-là dans des salles qui coûtaient assez cher, on pouvait aller dans le cinéma Ré-Essais qui n'était pas très loin de chez moi et en voir 10. Donc, voilà, moi, je me dis que j'aimerais bien simplement leur donner sur les trois films qu'ils vont voir ou le même film, une envie d'en aller voir un autre et peut-être d'en aller voir encore un autre et encore un autre. Mais vous trouvez que les images sont dangereuses ? Parce que quand vous dites j'ai besoin qu'on soit éduqué à l'image, ça veut dire que c'est comme si décrypter une image nécessitait en fait d'avoir peut-être des tuyaux, des conseils, des clés, exactement.
Oui, oui, complètement. Moi, j'ai toujours été étonné quand je leur expliquais ce que représentait un champ contre champ et de les voir tout d'un coup comprendre la logique du montage et ce que pouvait raconter le montage et comment un montage pouvait manipuler ou pas des images ou pas des informations. Donc, j'ai été très touché par une forme de « naïveté » pourtant avec des jeunes gens qui étaient hyper connectés, qui avaient des images partout et tout le temps. mais de voir à quel point cette logique du montage et de la manipulation, qu'elle soit positive ou négative, était parfois à distance de leur regard et de leur compréhension sur ce qu'ils pouvaient voir.
Ça, c'est votre sensibilité de vouloir évidemment amener chacun à décrypter les images, à comprendre ce qu'on veut voir, mais dans les thématiques aussi et dans ce qu'on vient de vivre ces dernières années, c'est ce que vous expliquiez avec votre co-scénariste. Vous vous êtes imprégné des crises que nous avons traversées, ou que nous traversons d'ailleurs encore, on parlait du Covid, mais il y a la guerre en Ukraine aussi, il y a le mouvement des gilets jaunes, qui est d'ailleurs présent dans votre film au tout début, en tout cas on va y revenir, mais ces crises, en quoi elles sont intéressantes pour le cinéaste que vous êtes ?
Elles m'ont malheureusement offert une sorte de manuel de la catastrophe, qui pouvait me permettre de proposer une espèce d'effet miroir. C'est-à-dire que pas une seule fois je voulais tomber dans la gandiloquence de pluie acide, en trouvant ça sympa. Moi il fallait absolument que je puisse, avec mes moyens, proposer un cinéma ambitieux, qui n'est pas du cinéma américain, donc qui n'a pas les moyens du cinéma américain, mais qui soit capable de donner aux spectateurs un sentiment déjà vu très très fort.
Et c'est vrai que, je dirais malheureusement, ces trois dernières années, on a eu une maladie qu'on a encore du mal à expliquer aujourd'hui, on a une colère qui tout d'un coup a des effets de déflagration avec des images d'une violence inouïe, on a une guerre qui n'est pas très loin de nos portes, et surtout, constamment, on a cette espèce de logique de se dire, nous ne sommes plus intouchables. Et je crois que moi, à travers cette espèce de constat, j'avais besoin d'emmener ce sentiment-là dans la salle de cinéma, à travers de personnages qui vivent des péripéties, sur lesquelles ils prennent énormément de risques.
D'ailleurs, il y a certains personnages qui ont des trajectoires très complexes, et de dire aux spectateurs, mes personnages ne sont plus intouchables, vous n'êtes plus intouchables, le frisson, il en est là. L'origine de tout cela, c'est l'industrie, je voudrais vous résumer en quelques chiffres, dont ceux que sont les plus acides, accompagnés, bien sûr, comme chaque semaine, par Frédéric Drouillon et Philippe Véroné, aux synthétiseurs. Et oui, parce que l'industrie a besoin de charbon et de pétrole, alors le charbon et le pétrole, ça contient du soufre, pas beaucoup, entre moins de 1% jusqu'à 5% selon leur origine.
Quand on brûle, tout simplement, ces minerais, 95 à 98% du soufre est émis sous forme de SO2, et de 1 à 2% sous forme d'anidrique sulfurique, SO3, et puis il y a en plus de l'acide nitrique qui sort de tout cela. Le résultat, il est très simple, en 20 ans, entre 1950 et 1970, la quantité de SO2 rejetée par l'industrie aurait doublé. Autrement dit, les pluies sont devenues au moins 10 fois plus acides que la normale sur tout le continent européen.
Laurent Broumède, en 1984, dans Trajectoire, l'émission de Science de France Inter, qui explique donc ce que sont les pluies acides, juste Philippot, pardon, mais avec les pluies acides, vous n'avez absolument rien inventé ?
Non, non, non.
Puisque c'est un phénomène très ancien, mais ça, c'était très important pour vous de vous inspirer de quelque chose de plausible, en fait. C'est un avenir qui peut être le nôtre ? Alors, non, je ne le souhaite pas,
donc je ne vais pas le projeter comme ça, c'est évident. Mais c'est vrai que ce phénomène, je l'avais gardé en tête. Il y avait eu aussi Tchernobyl. Alors, je ne suis pas un enfant de Tchernobyl, mais je me rappelle de ses discours sur ces nuages qui se sont arrêtés à nos frontières. Enfin, il y avait cette logique des nuages comme ça. Mais vous étiez petit quand même quand il y a eu Tchernobyl. Vous étiez tout petit. Et d'avoir cette logique de pluie acide.
Donc, on a nous-mêmes fait des recherches, notamment sur ces images d'archives, ou ces témoignages qui nous racontaient un peu la catastrophe, enfin, cette catastrophe, ou ce sentiment d'urgence il y a maintenant plus d'une quarantaine d'années. Et de voir qu'il était encore aujourd'hui actuel, parce que j'ai fait des recherches, elle continue d'être aussi acide, en nord de l'Europe, en Russie, au Canada. C'est un phénomène qui est encore présent, et qui fait peur, parce qu'effectivement, il est le témoin d'une espèce de surpollution. En tout cas, d'une complication de l'atmosphère.
Il y a quelque chose qui participe de cette angoisse, c'est que dire la pluie, il n'y a rien de plus banal qu'une pluie, si je puis me permettre.
Sauf pendant la sécheresse hivernale, quand même.
Oui, effectivement, mais quand il nous pleut dessus, on ne se dit pas, il faut que je me protège. Et c'est à un moment donné, on est saisi dans votre film par cette angoisse qui touche les personnages. On se dit, ah, je me protège d'habitude de la pluie avec un parapluie, aujourd'hui, ça ne suffit plus. Et donc, on est complètement bouleversé aussi dans notre quotidien, dans notre façon de réagir par rapport aux dangers qui arrivent.
Oui, mais c'est à l'image du Covid, c'est-à-dire que l'air qu'on respirait ensemble dans la même pièce devenait dangereux. Donc, cette pluie-là, elle a cette capacité de nous, entre guillemets, nous replonger comme ça à des moments où le danger est permanent, il est partout. Et cette pluie, effectivement, c'était pour moi aussi le meilleur moyen, entre guillemets, de véhiculer une relation entre le spectateur ou la spectatrice dans la salle de cinéma, sur ce qu'ils pouvaient voir. Parce que, justement, les nuages que j'ai mis dans le ciel, c'est des nuages normaux. Je n'ai pas tenté de créer un design avec une couleur.
Enfin, je n'ai pas voulu, comment dirais-je, manierer ces menaces à travers un souci esthétique qui nous éloignerait d'un déjà-vu. Dans votre film, on suit donc ce père, cette fille et aussi cette mère échappée à ces pluies acides. Vous l'avez dit, ces pluies, enfin, vous l'avez dit aussi, Nicolas, ont quelque chose d'assez banal. Tout à coup, on doit s'en protéger, ça devient dangereux. Est-ce que vous avez voulu montrer aussi la même chose avec ces êtres humains qui veulent se protéger et qui, du coup, retombent dans une forme de danger vis-à-vis de l'autre plutôt que d'entraide ? Oui, alors, il y a plusieurs choses à travers cette question.
Moi, je dis toujours que Acide, c'est un film noir tendu comme une arbalète parce que l'idée, c'était de lancer une flèche et de l'avoir retombé le plus loin possible. C'est un film très, très noir, mais c'est un film qui ne renonce pas et notamment qui ne renonce pas à croire au genre humain. Je ne voulais pas tomber dans une espèce de logique survivaliste avec des personnages méchants les uns entre les autres.
Par contre, ce qui m'intéressait, c'était cette espèce d'idée de lutte des classes qui est permanente dans le film à travers des repis sur soi et quelque part des logiques qui sont des personnages qui ne se font pas confiance et de voir à quel point on a besoin à l'opposé, de confiance les uns envers les autres et notamment sur cette fin de film où Michel et Selma arrivent dans cette maison et sont face à quelqu'un qui a ouvert la porte mais qui regrette d'avoir ouvert la porte.
Et c'est ce qui m'intéressait, c'est de voir toutes les logiques d'un danger ou des dangers, de voir cette forme de danger agir sur une société qui déjà n'allait pas bien et qui finalement continue de se fragiliser de l'intérieur.
Vous avez parlé du méchant tout à l'heure dans vos films. Qui est le méchant dans Acide ? Il est un peu invisible ? On se demande comment on fait pour s'en protéger ? Et je prends par exemple l'exemple de l'eau. Je parlais de banalité de la pluie tout à l'heure, la banalité de l'eau, du geste, de l'habitude de boire de l'eau. On en est dans votre film, les personnages en sont à se demander s'ils peuvent boire l'eau qui est devant eux.
Alors, la logique d'écriture avec Yacine, qui est un cautionariste formidable, c'était de créer des formes du danger. C'est-à-dire qu'on a cette menace qui vient du ciel et puis petit à petit de nourrir notre imaginaire ou nos frissons à travers une menace qui allait prendre d'autres formes. Donc c'est cette pluie qui tombe, qui infiltre les nappes phréatiques, effectivement, qui devient des sources d'eau polluée. Alors, nous, on s'est inspiré de plein d'archives, notamment sur la pollution de l'eau, sur les problèmes d'accès à la courante. Et celle de Laurent Brunet aussi ou pas ? Non, pas celle-ci, non. Non, par contre, tout ce qui est météo dans le film, c'est des archives France Inter.
Enfin, c'est la météo de l'année dernière, je crois. On a réussi comme ça. Les premières archives qui ouvrent le film et qui traitent des pluies acides, c'est une archive des années 80 qui donne la sensation d'être hyper actuelle. Donc, on a constamment travaillé sur un matériel très réaliste, puisqu'on avait déjà entendu ou qu'il existait. Et donc, notre travail, ça a été de mélanger les formes de danger à travers cette eau qui prenait toutes les formes et qui devenait effectivement une source empoisonnée pour nos personnages. Après, qui est le vrai méchant ? Quelque part, moi, je l'ai toujours construit comme ça.
Pour moi, c'est ce père, ou en tout cas, c'est ses parents qui perdent le contrôle et qui deviennent pour l'enfant une source de danger, parce qu'elle s'aperçoit, je ne vais pas dire rapidement, mais petit à petit, que ses parents sont dangereux puisqu'ils ont perdu le contrôle parce que chaque idée qu'ils vont prendre sera mauvaise, parce qu'ils n'avaient pas anticipé cette catastrophe et que malheureusement, ils n'ont pas les solutions pour tenter de la sauver.
Alors ça, c'est dans le scénario. Bien sûr, il y a les acteurs, on va y revenir. Mais d'abord, et vous en avez dit un mot, l'ambiance et l'image, on n'est pas sur un film d'effets spéciaux, on n'est pas sur un film, comment dire, qui fait un peu cinéma américain, grand blockbuster, on est sur quelque chose de très travaillé, notamment au niveau de la lumière. Qu'est-ce qui vous a inspiré ? Comment vous vous êtes dit, il faut que ce film, ça puisse être une image, l'image puisse être très réaliste ?
Alors, plusieurs choses. Déjà, moi, je me suis vachement inspiré de documentaires et c'est la source d'inspiration numéro une. Et souvent, quand je parle d'acide, je cite Un pays qui se tient sage, qui est un véritable film noir, ou un film horrible, de David Dufresne, un film incroyable. Sur les violences policières ? Sur les violences policières durant les mouvements Gilets jaunes. Je cite aussi Stéphane Brisé, En guerre, La loi du marché. Et puis, je cite un cinéma russe qui, moi, m'a marqué, notamment L.M. Klimov, pour Maricuém pour un massacre, qui est une des références avec lesquelles je voulais travailler.
Donc, je suis vraiment aux antipodes du cinéma américain, même si on est biberonné par ce cinéma-là. Je ne peux pas oublier d'évoquer Steven Spielberg et La guerre des mondes ou Alfonso Cuaron avec Les fils de l'homme. Mais pour autant, j'ai eu envie d'une filmographie qui soit capable, entre guillemets, d'aller jouer sur un autre terrain. Je l'ai dit tout à l'heure, je n'avais pas les moyens du cinéma américain, mais je devais offrir un spectacle aussi puissant qu'un film américain. Donc, il fallait disséminer cette ambiance, réussir à la retranscrire de différentes façons, que ce soit le travail du son, que ce soit le travail sur l'image.
Et c'est vrai que sur l'image, on avait une référence, qui est un grand photographe américain qui s'appelle Saul Leiter, sur ces textures, sur cette espèce de peinture, comme ça, sur la pluie, sur de la tôle, sur des matières qui devaient être à l'image et qui devaient me permettre, petit à petit, de créer une nature en noir et blanc. C'est-à-dire que tout l'enjeu de mon travail et de la DA, donc la direction artistique qui a été employée sur ce film par toutes les équipes de mon film, ça a été de retranscrire cette logique du noir et blanc. Et on a, à partir de là, tenté de désaturer petit à petit les couleurs, de les abîmer.
Avec Gwendal Bescon, mon chef décorateur, on a créé une nouvelle nature. Je lui ai dit, je veux voir une nouvelle nature à l'image. Cet acide doit créer quelque chose de nouveau. Donc, donne-moi ces nouvelles couleurs. Et on a tenté de trouver les moyens de retranscrire ce langage sur une nature qui deviendrait une nature en noir et blanc, angoissée et poisseuse.
Vous parliez de Saul Leiter, c'est un photographe américain qui a beaucoup photographié New York, notamment, un des pionniers de la photographie en couleurs, dont on a d'ailleurs parlé dans l'émission il y a quelques jours. Il a aussi beaucoup photographié la pluie. Comment on photographie de la pluie, de l'eau qui tombe du ciel ? Comment on filme de l'eau qui tombe du ciel et comment est-ce qu'on plonge le spectateur presque sous cette pluie ?
Alors, c'est très compliqué. La pluie au cinéma, c'est vraiment ce qu'il y a de plus compliqué. Il y a deux choses qui sont très compliquées, c'est le mouvement et la pluie. Pourquoi ? Parce qu'on est dans un environnement technique qui est très lourd et que le mouvement nécessite de réussir à retranscrire une technique lourde sur une technique légère ou avec des mouvements légers. Et la pluie, c'est pareil. C'est-à-dire qu'une pluie au cinéma, c'est une pluie très lourde qu'il faut éclairer. C'est une pluie qui, techniquement, est très complexe. Donc, comment on fait ? Alors, plusieurs moyens.
On a des moyens lumineux qui nous permettent tout d'un coup de retranscrire cette densité à l'image et puis surtout, on tente d'imaginer des moyens de voir cette pluie tomber. Souvent, la voiture a été employée pour moi comme étant une formidable caisse de résonance et d'angoisse par rapport à cette pluie qui allait tomber sur un habitacle et qui allait ronger petit à petit cet habitacle. Donc, à partir de là, quand vous avez des supports sur lesquels la pluie tombe, elle est finalement active au sens visuel. On la voit très bien et en même temps, on l'entend. Et moi, je crée un langage sonore avec le spectateur où il entend une pluie qui n'est pas une pluie de d'habitude.
Alors, on va écouter dans quelques instants une autre archive. Là où je voulais vous emmener et c'est là où c'est important, c'est ce film. Comment est-ce qu'on le décrit, votre film Alcide ? On a parlé d'un film noir, d'un thriller climatique, d'un film catastrophe. Comment est-ce que vous le qualifiez ? Et comment vous donnez aussi envie d'aller le voir ? Parce qu'on l'a dit au début de l'émission, c'est un film qui montre les angoisses. Est-ce qu'on a envie d'aller au cinéma pour, en quelque sorte, voir les angoisses se jeter vers nous ? Pour voir un film que vous ne vouliez pas faire ?
Voir ? Oui, quand je dis vous... Enfin, ne pas vouloir voir. En fait, ce que j'aime au cinéma, c'est les émotions fortes. Et j'ai des expériences comme ça de films qui m'ont touché, qui m'ont bouleversé. Et j'ai fait une rencontre formidable via Arte, Hélène Vessière, qui s'occupe du programme court-métrage. Et elle a toujours une question à la fin, quand elle vous rencontre, elle vous dit, mais comment vous avez envie que le spectateur sorte de votre salle de cinéma ? Et moi, je lui ai dit spontanément, j'aimerais qu'il ressorte plus fort de cette salle de cinéma.
Et je crois que c'est ce que je souhaite, moi, en fabriquant, en essayant de faire du cinéma, c'est de le voir sortir plus fort avec une envie d'en découdre. Et quand je dis une envie d'en découdre, c'est une envie de voir changer les choses, de faire changer les choses, de discuter, de réagir, de parler, enfin, avoir besoin de l'autre, quelque part, pour avancer. Et donc, j'ai envie de dire que, effectivement, je propose une expérience de cinéma, je n'espère pas comme les autres.
Je la propose dans une salle de cinéma où j'ai l'impression que c'est que dans une salle de cinéma qu'on peut profiter de ce film, à travers une expérience, je dirais, matinée de cinéma américain, mais pas que, biberonée au documentaire, mais pas que, capable, je pense, de parler à tout un public qui aime le frisson, qui aime l'action, et qui aime l'amour aussi. Parce que, finalement, je parlais de mon frère, et je crois que c'est très important pour moi de dire que, enfin, j'aime l'autre, et que cette histoire, quelque part, c'est presque le pardon d'une enfant qui va devenir adulte avant l'heure et qui va prendre, je l'espère, le contrôle de demain.
Donc, voilà, c'est une histoire d'amour à un moment compliqué où il est encore temps de changer les choses. Tout à l'heure, juste, Philippe, je ne sais pas si vous vous souvenez, j'ai dit que j'avais deux choses à vous dire, j'en ai dit qu'une, en fait. C'était celle sur le besoin de l'éducation à l'image, on en a parlé, mais vous insistiez aussi sur le fait d'être ensemble dans une salle de cinéma. Et en quoi c'est important d'être ensemble dans une salle de cinéma ? Je vous pose notamment la question parce que moi, quand je vais au cinéma, je n'ai pas l'impression d'être avec quelqu'un, j'ai plutôt l'impression d'être à côté de personnes sans forcément partager quelque chose avec eux.
Je ne vais pas débriefer du film après avec eux, je vais rentrer chez moi. Qu'est-ce qui est important alors dans la salle de cinéma ? Alors, moi, je crois à un truc et c'est des expériences que j'ai eues personnellement et je me fais confiance parce que finalement, le travail de faire un film, c'est aussi d'être intuitivement convaincu malgré le doute et une espèce d'incapacité de faire les choses de façon cohérente puisque le cinéma, c'est 42 jours où l'histoire est morcelée du début à la fin pour réussir à rentrer dans les clous. Moi, je sais que j'ai vécu il n'y a pas très longtemps des osmoses. Dans une salle de cinéma ? Oui, dans une salle de cinéma où je sens...
Comment vous savez qu'il y a une osmose ?
Qu'est-ce qui vous fait ressentir ?
Je ne sais pas, je l'ai senti comme ça. J'ai deux exemples mais pour moi qui ont été des exemples plus ou moins probants à CJS quand je présente La Nuée donc grand festival de cinéma fantastique Votre premier film La Nuée en Espagne Je présente La Nuée et le film démarre et Suliane Brahim actrice incroyable apparaît et je sens un choc dans la salle. Je ne peux pas le retranscrire comment ? Je ne sais pas je me dis tiens, il y a un coup de foudre.
Et là, le prix d'interprétation une petite dizaine de jours plus tard et à Cannes je sens sur une scène en particulier un truc dans la salle qui est celui d'un frisson et je ne sais pas c'est ce que je recherche aussi dans le spectacle vivant enfin là j'ai vu un spectacle formidable Place Colette samedi je sens une osmose enfin je ne sais pas comment dire mais je sens une énergie qui est déployée à travers quelque chose de très organique peut-être totalement impossible à définir mais qui me donne des frissons. Et qui ne peut pas se passer tout seul sur son canapé devant une plateforme.
Moi j'ai pris énormément de plaisir pour certains films mais je crois que c'est avec quelqu'un que je ne connais pas à côté que je ressens quelque chose de plus fort. En fait c'est l'idée de se sentir vivant. Même quand tu manges du popcorn à côté ? Alors ça sur le popcorn j'ai un peu des soucis ou même quand il regarde son téléphone Bon là j'ai un petit souci après j'ai eu la chance de ne pas vivre des expériences traumatisantes à côté de gourmand ou de gourmand
donc bon Quand on parle de film et de cinéma juste Philippot on essaie de ne pas te remettre dans les cases mais on parle souvent de vous comme un réalisateur de films de genre Moi je ne comprends pas ce qu'est le film de genre est-ce que vous pouvez m'éclairer ? Moi non plus
en fait je ne sais pas ce que c'est Moi j'ai l'impression qu'on appelle cinéma de genre en France qu'on appelle cinéma partout dans le monde J'aime bien répondre à ça comme ça parce que vraiment je ne vois pas le principe de pouvoir se mettre des étiquettes ou profiter d'étiquettes pour avancer J'ai profité d'outils genrés entre guillemets pour faire la nuée et acide c'est-à-dire une caméra en mouvement des effets visuels sonores J'ai eu la chance de pouvoir peut-être pousser l'idée de la fabrication d'une histoire en dehors des clous dans lesquels on pouvait l'installer et à partir de là effectivement on met des étiquettes Moi je crois qu'il y en a une qui est importante pour moi c'est celle de l'étrange dans le réel c'est un sujet de mémoire que j'ai eu à la fac et qui représentait un peu ma vie parce que finalement Gildas mon grand frère c'était un jeune homme handicapé à 99% et je me suis toujours demandé ce qui restait dans ce 1% qui a été le sujet du film qu'on a fait avec mon petit frère Tristan et à partir de là je ne peux pas expliquer autrement mon cinéma qu'à travers cette relation très étrange et formidable que j'ai eue avec un homme hors normes
Jusqu'à 13h30 les midis de culture Nicolas Herbeau Géraldine Maussna Savoie
Tu rigoles mais les types qui sont déjà à 60 ou 100 km de leur travail c'est pas une rigolade pour eux en attendant qu'on les éjecte un peu plus loin C'est l'évolution urbaine c'est inévitable il faut savoir s'adapter S'adapter ça signifie quoi ?
ça signifie vivre avec son temps savoir bouger avec la société comme François Ah autrefois c'était autre chose Fallait pas rire avec le progrès social sinon il se fâchait Nous sommes au service du monde etc etc Voilà ce qu'on entendait à Maison Alfort dans les années 50 Puis alors je sais pas ce qu'il s'est passé là foutre tout d'un coup coup de baillette Puis dispensaire dis donc Et à la place une clinique toute blanche à l'étoile Nous sommes au service du monde mais du beau monde C'est ça l'évolution urbaine mon petit garçon Les autres ils n'ont qu'à s'installer plus loin C'est ça s'adapter T'as compris ?
Non mais je fais pas en temps de déconner toute ma vie Recevoir des leçons abaissées jusqu'à la fin des temps Écoutez un écrivain qui n'écrit rien un boxeur qui veut pas boxer Des belles femmes qui couchent avec n'importe quoi Merde ! Et quand on s'est parti celui-là qui va rester avec sa dents rosseuse quel genre mécanique qu'est-ce que je l'ai à foutre Écoute François Ta gueule toi Tu m'emmerdes toi Je t'emmerdes Je vous emmerde tous un beau dimanche Je me suis quoi la con Merde !
Vincent, François, Paul et les autres films de Claude Sauté en 1974 avec cette scène où le médecin François joué par Michel Bicoli perd ses moyens et s'emporte face au discours de l'écrivain Paul joué par Serge Rediani qui renvoie à François ses idéaux de jeunesse trahis alors qu'ils sont tous établés autour d'un bon vieux gigot juste Philippot Peut-être que votre façon de faire des films aussi c'est de s'inspirer de Claude Sauté dans cette idée que les personnages ils sont en crise ils sont en conflit ils ont des choses à prouver et peut-être aussi des choses à se dire
Oui parce que finalement j'ai grandi dans une forme de silence je vous reparlais du handicap de mon frère et de ce 1% mon frère c'était le silence on n'a jamais su ce qu'il avait derrière son regard on n'a même jamais su Il n'a jamais pu parler c'est ça ?
Il n'a jamais pu parler on n'a jamais su ce qu'il pouvait voir ni même entendre donc on a eu une relation très sensorielle et c'est vrai qu'on a toujours on a comment dirais-je toujours aimé le silence sauf que je m'aperçois en vieillissant qu'on a besoin de parler et que finalement à travers le silence je me suis peut-être protégé et qu'aujourd'hui il est temps de parler et de parler beaucoup c'est pour ça que je suis très heureux d'être ici et de parler
pendant 40 minutes Dans votre film Acide il y a aussi des conflits entre les personnages des conflits de loyauté en permanence Guillaume Canet le père en conflit avec sa fille et sa nouvelle compagne qui est dans le film la mère donc Élise entre son frère et son mari et puis la fille qui se retrouve là aussi au milieu de ses deux parents on a entendu tout à l'heure dans la bande-annonce Guillaume Canet dire à sa fille maintenant il faut que tu me fasses confiance donc on est là tiraillé en fait dans ce personnage tiraillé on parlait d'impuissance au début d'émission c'est complètement paradoxal on est impuissant et en même temps il faut qu'on arrive à convaincre les personnes qu'on aime et vous parliez d'amour il y a quelques instants de leur faire confiance
oui exactement et c'est là où tout d'un coup il y a un pacte qui devient un pacte dangereux pour l'enfant parce que le fais-moi confiance ça veut dire tout l'inverse et c'est ce qui m'intéressait moi à travers ce film c'était aussi des relations compliquées alors on parle de cinéma moi j'ai un film qui est une référence absolue c'est Faute d'amour qui est l'histoire de ce couple qui tente de retrouver cet enfant qui vient de disparaître et on voit ses parents se battre à travers la disparition d'un enfant et de voir que cette Faute d'amour finalement elle crée l'innommable donc j'avais envie d'aller là aussi moi pour raconter des relations et d'être honnête sur ces relations c'est une enfant qui va pas bien avec des parents qui vont encore plus mal et à partir de là moi mon cinéma c'est de voir à quel point les dangers extérieurs sont venus à l'intérieur de la famille et vont la faire littéralement exposer et à quel point cet enfant va comprendre que ses parents sont maintenant des êtres dangereux donc il y a tout un chemin du personnage qui doit être fait et qui doit se structurer sur des moments comme ça de normalité ou de fausse normalité teinté je dirais d'une espèce d'effet de pollution qui va petit à petit rendre les rapports impossibles
il y a ce personnage de Guillaume Canet qui est dès l'ouverture du film on l'a pas dit mais en fait lui il est syndicaliste syndicaliste qui se bat pour les salariés de sa société et le film s'ouvre avec une séquence de combat syndical filmé au téléphone portable qu'est-ce que ça dit de ce personnage dès l'ouverture qu'est-ce que vous vouliez montrer avec ce personnage là
alors deux choses d'abord je voulais complètement désamorcer les attentes sur ce film c'est-à-dire éviter de partir du principe qu'aller voir un film sur des pluies acides allait être rigolo quand je dis rigolo c'est prendre juste un plaisir à distance du sujet et une fois de plus à chaque fois je dis que j'ai voulu prendre très très au sérieux ce sujet là c'était lui proposer une introduction peut-être pas imaginée pas anticipée qui soit un effet de miroir c'est-à-dire que c'est filmé au téléphone portable parce que c'est des images qu'on connaît qu'on voit qu'on a vu il n'y a pas très longtemps et qu'on verra de plus en plus puisque c'est aussi aujourd'hui un outil de communication et de voir à quel point comment dirais-je un lien entre cette colère qui explose à l'image et justement le spectateur ou la spectatrice qui lui-même continue de vivre dans une société qui explose littéralement maintenant de façon très très fréquente ou de plus en plus répétée donc ça c'était la première chose et puis la deuxième et je pense que c'était important pour moi de lancer mon personnage à 100 à l'heure c'est-à-dire de le comprendre très vite de voir cet homme capable de péter un plomb et finalement de créer presque une bombe à retardement parce qu'on l'a vu faire on l'a vu littéralement détruire pulvériser quelqu'un on l'a vu même lui littéralement pulvériser donc on s'aperçoit que cet homme il est capable d'aller aussi loin que ce geste fou et à partir de là il y a une promesse que je voulais donner aux spectateurs c'était de se dire que cet homme était une bombe à retardement Quand on a écouté Vincent, François, Paul et les autres désolé de le dire mais vous avez dit que c'était le film préféré de votre père c'est pas le vôtre ?
Si, si mais c'est marrant parce que je n'ai pas reconnu l'archive alors j'ai reconnu Piccoli et Regiani après coup mais là j'ai un comment dirais-je les nuits de non-sommeil avec mes enfants en bas âge ont créé une distance vis-à-vis de ma mémoire donc non il y a un passage en particulier où Depardieu qui est donc un jeune boxeur invite Yves Montand à manger et moi quand j'ai invité mon père à manger pour lui dire plein de choses il m'a évoqué cet archive enfin ce passage voilà donc il a eu la pudeur de me montrer à quel point il était heureux en me parlant de cette séquence qui était pour moi un film qu'on avait vu au Médiciste ensemble donc voilà c'était un c'était un petit clin d'oeil du destin
Juste Philippot dernière question vous n'avez pas non pas la dernière si c'est déjà bientôt la fin juste Philippot je vais partir je pourrais rester dans le studio avec nous et discuter ensuite
et écouter les pieds sur terre
écouter les pieds sur terre génial je reste vous n'avez pas eu le droit de voir des Disney quand vous étiez jeune c'est une question qui m'interroge qu'est-ce qu'un Disney ? non pourquoi ? pourquoi d'abord et est-ce que vous êtes rattrapé
depuis ?
alors je me suis rattrapé avec mes enfants je me suis dit mince est-ce que j'aurais dû faire comme mon père ou pas il s'avère que dans la carrière de mon père qui a été une carrière difficile parce qu'il a été distributeur producteur de cinéma indépendant un travail acharné sur un cinéma qui a besoin de gens passionnés et qui le paye je dirais d'une santé ou d'une implication telle que parfois j'ai eu l'impression de voir un cinéma qui l'abîmait plus qu'il ne le rendait heureux malgré toute la passion et le signifil qu'il était et il a eu la chance effectivement de travailler pour la Gaumont et de s'occuper de Paul Grimaud notamment et de défendre le cinéma d'animation français et il était malade de voir que les salles ou les écoles étaient à distance d'un formidable travail de réalisateur et de réalisatrice sur le cinéma d'animation et donc il nous a je dirais plus ou moins pas obligés alors après on avait trois cassettes vidéo et sur ces trois cassettes on avait Le Roi et l'Oiseau donc bon on n'avait pas Netflix à l'époque et on a profité du Le Roi et l'Oiseau qui est un film que je connais très bien puisque je l'ai peut-être vu 357 fois mais voilà c'était sa logique aussi pour nous peut-être nous éloigner d'un cinéma qui trouvait super mais qui trouvait peut-être à distance des vraies raisons d'aimer le cinéma
et il y a un second film que vous connaissez bien c'est le film Acide c'est le vôtre votre deuxième long maîtresse qui sort demain en salle avec à l'affiche Guillaume Canet Laetitia Doche et Patience Mukumbach notamment juste Philippot comme c'est la fin de cette émission je suis désolé de vous l'apprendre mais vous devez faire un choix un choix musical entre le soleil ou la pluie et bien je dirais le soleil on n'y avait pas parlé Les Sunlines des Tropiques je pense que ça ne mérite pas d'explication merci beaucoup Juste Philippot d'être venu dans les midis de culture un grand merci aussi à toute l'équipe qui les prépare Aïssa Twendoy Anaïs Isber Cyril Marchand Manon Delasselle Laura Duteche-Pérez et Zora Vignet l'émission est réalisée par Nicolas Berger et à la prise de son ce midi Jean-Guylain Meij merci à tous merci à vous et merci à vous Géraldine Mosse-Nasse-A-Voir
Merci Nicolas à demain
à demain à demain