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interviewRadio J — L'interview politique· 30 juin 2026 14 min

François Kalfon - L'interview politique du 30/06/26

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:08
Présentateur

François Calfon, vous êtes député européen socialiste, et oui, il en reste des socialistes. On va commencer par les suites de la canicule qu'a subi la France ces derniers jours. Quatrième cellule interministérielle, hier présidée par le Premier ministre, pour un bilan précis, je cite, de ce qui a fonctionné et dysfonctionné. Son gouvernement, il est sous le feu des critiques. Je cite Marine Tondeuil, la secrétaire nationale des écologistes. Il faudra faire toute la lumière sur le bilan humain très lourd qui s'annonce pour déterminer les responsabilités politiques ayant mené à cette situation dramatique. Mais du côté du gouvernement, on botte en touche.

Le ministre de l'Intérieur a dit dans le Parisien ce week-end, non, ce n'est pas un fiasco. Qu'en pensez-vous ?

0:46
François Kalfon

Écoutez, j'admire toutes celles et ceux qui renvoient la balle, la canicule aux autres. Car en réalité, ils ont tous, ce que j'ai entendu, plus ou moins faux. D'abord le gouvernement, parce qu'il a divisé par deux le fond vert. Je le dis au passage, quand on déclasse finalement les bâtiments avec la possibilité de les mettre en location en DPE, G ou F, on permet la location de chambres de bonne dans Paris où les gens, c'est de cela qu'on va s'apercevoir, meurent de la canicule chez eux. Donc il faut sortir du marché tous les appartements finalement qui ne sont pas louables parce que ce sont des passeurs thermiques.

Quant aux écologistes qui nous ont expliqué pendant 15 ou 20 ans qu'il fallait de la clim nulle part, je le dis en pensant à ceux qui prennent le R1 le matin à 51 degrés, et bien ce n'est pas parce qu'on lutte contre les causes, et il faut lutter contre les causes, qu'on ne doit pas lutter contre les conséquences. Les conséquences, c'est qu'il y a un risque sanitaire immédiat dans les chambres d'hôpitaux, dans les transports, à se déplacer à 50 degrés. Les causes, moi qui suis député européen, en ce moment même au Parlement européen, nous discutons du paquet automobile. Qui résiste à l'électrification de la voiture ? Je le redis, c'est 25% des émissions carbone, la mobilité.

Et bien c'est l'alliance de la droite et de l'extrême droite qui nous dit, encore 5 minutes, monsieur le bourreau, nous voulons encore les voitures thermiques. Donc vous voyez bien, il y en a pour tout le monde, et je crois que, encore une fois, les Français sont plus responsables que leur classe politique, parce que pendant la crise du détroit d'Hormuz, ils ont massivement acheté des véhicules électriques.

2:16
Présentateur

– Alors, après le choc de la mort de la jeune Liana, la loi intégrale va être inscrite. Elle a été déjà inscrite à la jeune Liana de l'Assemblée nationale, c'est une victoire pour les féministes et les défenseurs des enfants. Le texte doit permettre de mieux lutter contre les violences sexistes et sexuelles, il sera examiné à l'automne. Est-ce que c'est une bonne chose, parce que le gouvernement n'en voulait pas de cette loi intégrale ?

2:36
François Kalfon

– C'est tellement une bonne chose que c'est une proposition de loi socialiste, par une collègue de la Seine-et-Marne, donc c'est une loi qui est excellente. Je crois qu'il faut qu'on, là encore, qu'il y ait une rupture après cette affaire. Malheureusement, il faut des drames pour qu'il y ait une prise de conscience. C'est un phénomène massif, la pédocriminalité. Les digues qui auraient dû fonctionner ne fonctionnent pas, et je pense qu'il y a effectivement un océan, finalement, de pédocriminalité, c'est terrible. Car on en connaît les chiffres, les proportions, c'est au sein de la cellule intrafamiliale.

C'est-à-dire dans chaque famille, alors on ne peut pas mettre des policiers dans chaque famille, que souvent se nouent les drames.

3:18
Présentateur

– Nous sommes à moins d'un an de la présidentielle. Il y a beaucoup, beaucoup de candidats dans l'espace socialiste ou social-démocrate. Raphaël Glucksmann, Jérôme Gage, Karim Boimbran. En attendant, non pas Godot, mais Olivier Faure, Boris Vallaud, voire Bernard Cazeneufs. Ça fait beaucoup de prétendants. Vous êtes candidat, vous aussi, François Gachon ?

3:35
François Kalfon

– Je ne suis pas candidat, c'est marrant, on me pose régulièrement la question. – Non, parce que pourquoi pas ? – Ça ne flatte que très moyennement mon égo. Et pour être plus sérieux, je pense que l'enjeu, c'est tout simplement d'éviter l'extrême droite en responsabilité. D'abord parce qu'elle est un populisme, je l'ai dit sur l'automobile, ensuite parce qu'elle est incompétente et qu'il faut faire preuve de responsabilité. Nous avons affaire d'abord à une assemblée nationale tripartisane et un double populisme. Celui de l'extrême droite qui stigmatise le musulman, l'immigré, et maintenant celui de l'extrême gauche qui finalement a fait de l'antisémitisme son fonds de commerce.

Donc il faut faire preuve dans l'espace de la gauche démocratique d'un peu de sérieux. C'est ce que nous allons faire dès ce soir avec notre conseil national, où on ne le voit pas à l'antenne, mais c'est une logique d'entonnoir, c'est-à-dire qu'il va y avoir un processus de désignation. Alors des candidats sérieux, il n'y en a plus tant que ça en réalité. Parmi ceux qu'on a cités, qui est un candidat sérieux d'après vous ? Un ancien président de la République a toujours finalement...

4:32
Présentateur

Alors lui on ne l'a pas cité, c'est François Hollande qui a déclaré au magazine Marianne il y a quelques semaines, je me prépare.

4:37
François Kalfon

Et puis évidemment Raphaël Glucksmann, moi j'ai été élu sur sa liste, c'est quelqu'un d'appréciable, qui est rentré dans la politique par l'indignation, qui maintenant a un chemin de souveraineté européenne et française, qui s'inscrit dans une lignée intellectuelle, que ce soit de Léon Blum ou de Marc Bloch ou de Pierre Mendes France, eh bien ce sont ce genre de type de figure finalement emblématique dont la gauche a toujours eu besoin, une gauche universaliste, il l'incarne je crois avec beaucoup de talent.

5:05
Présentateur

Alors il est assez bien classé dans les sondages, 13, 14%, mais beaucoup doutent de sa capacité à faire campagne, parce que ce n'est pas un professionnel de la politique Raphaël Glucksmann ?

5:16
François Kalfon

Vous voyez où les professionnels de la politique confèrent le point sur les canicules, nous ont emmenés, je ne pense pas que ce soit le critère principal. Ensuite, ça fait quand même 5 ans, même plus que ça, il a fait 2 mandats, qu'il est en réalité un homme politique. Alors oui, il n'est pas en costume cravate, oui, il a des mots différents, et c'est d'ailleurs pour ça, me semble-t-il, qu'il imprime, comme on dit, auprès finalement de tout un public de gauche qui se sent un peu orphelin. Je constate également que ça fait 4 ans que Raphaël Glucksmann est dans les sondages et dans les suffrages. Il a fait 14% en élections européennes, est en situation.

Donc maintenant, il va falloir que nous nous regroupions sur celui qui a le plus de qualité pour finalement relever le gant de cette gauche qui refuse l'essentialisation.

6:00
Présentateur

Alors, vous y faisiez allusion ce soir, le Conseil National du PS, c'est le Parlement du Parti, doit arrêter une stratégie qui sera soumise aux militants le 9 juillet, c'est-à-dire primaire ou pas primaire. Alors, pour résumer, puisque c'est un peu compliqué pour les auditeurs, le premier secrétaire, Olivier Faure, il veut une première primaire entre les socialistes et une deuxième avec le candidat socialiste désigné, plus les écologistes, les communistes, voire plus s'y affiné.

6:23
François Kalfon

Ce n'est pas ce qui va sortir. Ce qui va sortir, c'est une désignation et celui ou celle qui l'emportera à l'issue de cette désignation sera libre, je trouve ça assez cohérent d'ailleurs, de déployer sa propre stratégie. Donc, Olivier Faure reste finalement attaché à cette idée finalement de la primaire avec la gauche radicale soustrait de Jean-Luc Mélenchon. Nous nous sommes convaincus que ce n'est pas l'espace politique pertinent, même si bien sûr, celles et ceux qui se reconnaissent dans l'espace de la gauche et qui refusent l'essentialisation ont vocation à s'allier aux élections législatives.

6:58
Présentateur

Mais est-ce que ce n'est pas une façon de limiter les dégâts et les candidatures à gauche et de, si le candidat socialiste est désigné, de mettre derrière lui et les communistes et les écologistes et les autres partis de gauche ?

7:08
François Kalfon

Écoutez, après, la réflexion que je faisais tout à l'heure sur le fait que la multiplication des candidatures n'était pas forcément une bonne nouvelle dans le contexte, en tout cas, qu'il fallait se discipliner, il revient aux écologistes. Je crois qu'il y a une grande crise dans leur sein d'ailleurs et aux communistes de savoir s'ils vont rajouter de la division à la division. Est-ce que le sujet, c'est l'accession, pour moi, à gauche, ou non de l'extrême droite aux responsabilités ? Vous savez, je vais vous dire une phrase à la fois forte et malheureusement complètement lucide.

Si l'élection devait avoir lieu dimanche prochain, alors ce serait Jordan Bardella ou Marine Le Pen qui serait président de la République. Donc il va falloir que mes amis socialistes redescendent sur Terre, que la polka des égaux cesse et qu'on se mette sérieusement au travail.

7:51
Présentateur

Vous évoquiez un double populisme, notamment le populisme d'extrême gauche. Jean-Luc Mélenchon, il est un nouveau candidat. Je rappelle qu'il avait fait 19-6 en 2017, 22 en 2022. Et là, il est testé assez haut, autour de 14, 15, 16 %. Et on sait que Jean-Luc Mélenchon, s'il fait tel score, c'est aussi parce que les candidats socialistes, Anne Hidalgo et Benoît Hamon, lors des précédents présidentiels, ont été très mauvais. Ils ont fait respectivement 1,6 et 6 % des suffrages, ce qui est très peu pour un parti qui a dominé la vie politique sous la Ve République. Pourquoi est-ce qu'il en serait autrement cette fois-ci ? Pourquoi est-ce que Jean-Luc Mélenchon n'attendrait pas les 20 % ?

8:27
François Kalfon

D'abord, pourquoi Jean-Luc Mélenchon est si haut ? D'abord, parce qu'il y a toujours une gauche radicale assez haute, autour des 10-11 %, donc j'ai envie de dire rien de neuf sous le soleil. Ensuite, il faut reconnaître à cet homme que je combats, pour les raisons que j'ai indiquées tout à l'heure, qu'il a une vision claire de la sociologie électorale. C'est bien la sociologie qui détermine le vote, et non pas finalement des idées éthérées qui ne s'adressent à personne.

Il s'adresse au quartier populaire, comme on dit, et il s'adresse à une certaine jeunesse radicalisée qui finalement prend la politique sur les réseaux sociaux et qui a importé une manière de faire la politique comme aux États-Unis. Je fais référence à M. Mamdani à New York, mais à beaucoup d'autres. En ce qui concerne le Parti Socialiste, il faut savoir à qui il s'adresse. Moi, je pense que le Parti Socialiste a vocation à représenter la classe moyenne, comme c'était le cas par le passé, mais aussi les catégories populaires qui travaillent et qui ont basculé massivement dans l'abstention ou le vote rassemblement national. Ça veut dire quoi ?

Ça veut dire, à l'image de ce que proclame Raphaël Luxman, qu'il faut un réarmement industriel. La richesse industrielle en France est deux fois moins importante qu'en Allemagne, car nous avons désindustrialisé nos villes, nos campagnes, et qu'il n'y a plus d'emplois industriels. Donc là, la désespérance s'installe. Ça veut dire que notre souveraineté est importante et qu'il ne faut pas laisser l'ensemble de notre commerce être dévoré par les plateformes chinoises. Il faut s'adresser à celles et ceux qui attendent de la gauche, de l'égalité sociale, de l'emploi, et non pas des débats, finalement, qui n'intéressent qu'entre le 6e et le 11e arrondissement.

10:00
Présentateur

Alors justement, il y a une chose sur laquelle, au moins une chose sur laquelle les socialistes sont d'accord, c'est le programme. Les militants ont approuvé à 83% le projet du PS. Entre autres, hausse du SMIC à 1 690 euros net, taxe Zuckman de 2% sur le patrimoine des fortunes de plus de 100 millions d'euros, impôts sur les grandes successions, abrogation de la réforme borne sur les retraites. Est-ce que c'est un programme réaliste sur le plan économique ?

10:25
François Kalfon

Le pays qui a une croissance insolente actuellement en Europe, c'est l'Espagne, et qu'a fait Pedro Sanchez, il a augmenté le SMIC. Et en plus, il a, exactement ce que je dis, c'est un développement industriel tout à fait important. Ensuite, sur le plan fiscal, il faut faire des choix. Mais à 3 500 milliards de dettes, on ne peut pas dire que l'outil fiscal ne puisse pas être mobilisé. Maintenant, est-ce que c'est tous les outils fiscaux qui sont finalement dans ce catalogue de mesures qui a le mérite d'exister ? La taxe Zuckman, elle risque quand même de faire fuir les investisseurs. Moi, je pense qu'il faudra faire des choix. Bon, la taxe Zuckman, elle dit quoi ?

Elle dit que, finalement, dans les 20 dernières années, les seuls qui sont devenus encore plus riches, c'étaient les très riches. Et que ceux qui travaillent et vivent de leur travail, difficilement, en vivent de moins en moins bien. Donc, il y a un sujet dans les partitions. Moi, je pense que, sur la question des successions, sur la question des assurances-vie, je sais, je vais choquer les uns et les autres, qui sont extraites, d'une certaine manière, des droits de succession, vous payez, il y a quand même la possibilité de récupérer pas mal d'argent.

Mais je reviens à l'essentiel, à mes yeux, pour redistribuer, il faut produire, il faut un pays de travailleurs, il faut un pays d'innovation. Et moi, je regrette que nous n'ayons pas 5, 10, 15, 20 startups de taille mondiale. On en a quelques-unes, Mistral AI, par exemple. Mais, finalement, on les compte sur les doigts d'une seule main. Donc, il faut à la fois un pays de solidarité, de redistribution, mais aussi de création de richesse. Plus vous créez de la richesse, plus moins vous avez à être confiscatoire

11:52
Présentateur

avec les uns et les autres. Vous parliez d'un double populisme. Beaucoup s'inquiètent d'un second tour l'année prochaine, Mélenchon-Le Pen ou Mélenchon-Bardella. Qu'est-ce que ça dirait sur l'état de notre démocratie, le fait que ces deux parties extrêmes s'affrontent en finale ? Et est-ce que ça vous inquiète ?

12:07
François Kalfon

Alors, d'abord, je le dis avec force à nos auditeurs, puisque d'aucuns peuvent être tentés, dans mon entourage familial par Jean-Luc Mélenchon, son dynamisme, sa communication, son narratif. Prendre le ticket, l'omnibus de Mélenchon pour le second tour, c'est assurément, finalement, prendre le ticket final pour Marine Le Pen ou Jordan Bardella. Quand vous votez Mélenchon...

12:29
Présentateur

Le ticket Mélenchon, c'est destination Le Pen ou Bardella ?

12:32
François Kalfon

Bien sûr, quand vous votez... Mais tous les sondages le disent. Je ne fais que répercuter. Pourquoi ? Parce qu'il a un plafond de verre lié à l'essentialisation qu'il a assumée de faire. Vous ne pouvez pas, à chaque fois qu'on vous interdit à un concert, pointer du doigt le CRIF, le lendemain, insulter un journaliste en expliquant, parce qu'il a un nom à consonance juive, que celui-ci a les poches profondes. Enfin, j'en passe, c'est des meilleurs. Il y a une forme de dieudonisation dans la logique de M. Mélenchon qui est tout à fait insupportable. Pour autant, est-ce que ça m'inquiète ? Ça traduit une chose. Faisons un peu d'analyse.

Eh bien, c'est la culture du clash, y compris en politique. Plus personne ne lit. Gutenberg est mort. Ce sont les réseaux sociaux qui l'emportent. Et vous savez que pour émerger sur les réseaux sociaux, il faut tenir chaque jour le propos le plus scandaleux, le plus impactant, ce que fait Jean-Luc Mélenchon.

13:26
Présentateur

Merci François Calfon d'avoir répondu aux questions de Radio-J. Très bonne journée à vous. Merci beaucoup David. Demain, votre invité sera le député Aurélien Pradié.

François Kalfon - L'interview politique du 30/06/26 — François Kalfon · Pourquijevote