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interviewRMC — Face à Face· 26 mai 2021 21 min

L'invité de Bourdin Direct : Michel Barnier - 26/05

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Michel Barnier

Vous écoutez RMC. RMC Jourdain Direct, Jean-Jacques Bourdin.

0:11
Présentateur

Michel Barnier, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous, Michel Barnier. Vous êtes conseiller spécial auprès de la présidente de la commission. Vous étiez ? Vous n'êtes plus ?

0:20
Michel Barnier

Non, j'ai quitté Bruxelles. Vous avez quitté complètement Bruxelles. Oui, parce que ma mission est terminée. Le traité que j'ai négocié a été ratifié par le Parlement il y a quelques semaines. Donc, j'ai terminé et je suis maintenant...

0:31
Présentateur

Mais vous êtes toujours... Vous avez toujours vous entré à Bruxelles, j'imagine, hein, Michel Barnier ?

0:35
Michel Barnier

Je garde ta mémoire, le souvenir et surtout, je sais ce qu'il faut faire pour changer, ce qui doit être changé à Bruxelles.

0:41
Présentateur

La Grande Illusion, journal secret du Brexit. C'est le livre que vous publiez chez Gallimard. On va revenir sur le Brexit. D'ailleurs, je voudrais savoir, c'est vous ? Petite anecdote pour commencer. C'est vous qui avez donné le Covid à Boris Johnson ? Je ne sais pas si on peut sourire de ça,

1:00
Michel Barnier

mais un jour en... J'en souris parce que vous vous en souriez quand même. Oui, mais c'est quand même une situation très grave. Et le Covid a créé tellement de souffrances, de solitudes, de morts. Je ne crois pas qu'on puisse en sourire, mais j'ai eu droit pendant cette 4 années de négociations à toutes les campagnes, dans les tabloïdes britanniques que vous connaissez. Il n'y a pas de cadeaux, il y a pas mal de cynisme. Et l'une de ces campagnes, c'était de m'accuser d'avoir... Avec un point d'interrogation, d'ailleurs, était le patient zéro qui avait communiqué à l'équipe britannique qui a eu le Covid 15 jours après moi, l'année dernière, en mars, d'être le patient zéro.

Et un jour, Boris Johnson me dit, je raconte ça dans le livre. Alors, c'est toi qui nous as communiqué le Covid. Peut-être que c'est le contraire. Donc, il s'est arrêté là. C'est un coup tordu.

1:44
Présentateur

Non, c'est... Comment, Michel Barnier ? C'est un coup tordu de la part des tabloïdes. Oui, mais ça... Il y en a eu d'autres, j'imagine. Il y en a eu beaucoup, mais pour...

1:52
Michel Barnier

Est-ce que les enjeux sont coutumiers du fait ? Très franchement, ça ne m'a pas impressionné, parce que... Oui. Nous n'avons pas parlé à l'opinion britannique, même si nous avons expliqué la négociation. Moi, j'avais le souci de défendre les intérêts de l'Union Européenne, des agriculteurs, des pêcheurs, des industriels, des citoyens. 4,5 millions de personnes, 4,5 millions de personnes qui voyaient leur droit compromis, leur droit de résidence. Vous savez qu'il y a 3,5 millions de Français qui vivent au Royaume-Uni, il y a 1,5 million de Britanniques qui vivent chez nous. On a garanti les droits de toutes ces personnes.

2:19
Présentateur

Bien, Michel Barnier, j'y reviendrai tout à l'heure, et notamment pour parler de la pêche et de l'attitude de l'Union Européenne, de la Commission Européenne, face à la Grande-Bretagne. Mais la Biélorussie, vous suivez évidemment de près ce qui s'est passé en Biélorussie. Un État qui détourne un avion. Est-ce, est-ce, est-ce du terrorisme d'État ? Est-ce que le président biélorusse s'est comporté comme un terroriste ?

2:46
Michel Barnier

Oui, c'est du terrorisme et c'est de la piraterie d'État. C'est de la piraterie d'État et c'est une dérive extrêmement grave. Ça s'est passé au-dessus d'ailleurs. Vous imaginez, vous êtes dans un avion, vous avez pu y être, Jean-Jean Bourdin ou moi, avec votre famille pour des raisons professionnelles. Et puis vous voyez dans le hublot un chasseur qui vous oblige à atterrir sous prétexte qu'il y a une tentative d'attentat. Et là, on débarque deux personnes qui sont opposantes. C'est de la piraterie d'État.

3:15
Présentateur

C'est tout le droit international mis en place après la guerre de 39-45 qui est mise à mal. Donc il faut être extrêmement clair et répondre à la hauteur. Alors Michel Barnier, est-ce que les sanctions, aujourd'hui annoncées par l'Union Européenne, vous paraissent suffisantes ?

3:31
Michel Barnier

Par réponse est oui. Je pense qu'il faut le voir dans le détail. Elle cible des personnalités, des oligarques, d'un certain nombre de personnalités de Biélorussie pour les priver, pour geler leurs avoirs, en quelque sorte, dans l'ensemble du marché unique. Et donc vous voyez bien l'importance d'avoir une réponse européenne. Oui. Parce que tout seul, si on réagit, nous Français, ou les Allemands de leur côté, ou les Italiens de l'autre à la Biélorussie, ça n'impressionne pas beaucoup. Mais le marché unique, qui est juste à côté, où il y a beaucoup d'intérêts liés aux entreprises biélorusses, ça a plus d'importance. Plus l'interdiction du ciel unique européen

4:04
Présentateur

pour toutes les compagnies. Oui, mais c'est suffisant, franchement. Est-ce que vous ne pensez pas qu'Alexandre Loukachenko se moque un peu des recommandations, des sanctions de l'Union Européenne ? Franchement.

4:15
Michel Barnier

Oui, mais peut-être qu'il se moque, on verra bien à la durée, parce que ça a beaucoup de conséquences, ces sanctions. Je pense qu'il aurait tort de se moquer de son peuple trop longtemps, parce que les peuples ont des forces, ont des raisons. Vous avez vu, souvenez-vous, il y a une trentaine d'années, C'est un homme aux abois, selon vous ? C'est le geste d'un homme aux abois ? Moi, je pense que c'est un signe de fébrilité et d'inquiétude par rapport à tout ce qui se passe dans le peuple biélorusse, qui en a marre, qui en a assez, comme ça a été le cas il y a 30 ans, en Hongrie, en Pologne ou dans les autres pays d'Europe centrale.

Et le peuple a sa propre force, et je pense qu'un jour, le peuple va gagner.

4:48
Présentateur

Est-ce que Loukachenko aurait-il pu détourner cet avion sans l'aval de Moscou ? Franchement, vous connaissez bien, vous avez été ministre des Affaires étrangères.

5:00
Michel Barnier

Oui, on connaît les liens et le soutien réciproque de ces deux leaders. Franchement, je ne peux pas faire de procès d'intention parce que je ne sais pas.

5:08
Présentateur

Vous ne voulez pas faire de procès d'intention, néanmoins, vous avez des doutes, Michel Barnier.

5:12
Michel Barnier

Oui, mais je ne suis pas sûr que, quand on connaît ce personnage, le président biélorusse, je ne pense pas qu'il ait besoin d'être encouragé pour faire ce genre de choses. Il en a fait d'autres.

5:21
Présentateur

Est-ce qu'il est essentiel aujourd'hui d'obtenir la libération de l'opposant arrêté lors de ce détournement ?

5:27
Michel Barnier

Moi, je pense que si la Biélorussie veut retrouver des relations normales avec ses voisins, et pas seulement la Russie, il faudra qu'il libère très vite ses opposants.

5:36
Présentateur

Vous demandez sa libération ? Évidemment. Michel Barnier. La Russie, qui doit être considérée comme un adversaire, c'est Bernard-Henri Lévy qui dit cela.

5:44
Michel Barnier

Oui, mais moi, je ne prends pas mes leçons de diplomatie chez Bernard-Henri Lévy. Oui, j'imagine. Je l'écoute comme d'autres. Nous devons parler avec clair, clarté, avec franchise, avec rigueur à la Russie. Mais la Russie est là. Elle va le rester, si je puis dire. Et donc, nous avons intérêt pour la stabilité de notre continent à avoir un dialogue rigoureux et constructif avec la Russie.

6:06
Présentateur

Rigoureux et constructif. Et vous avez peut-être entendu le président de la République, Emmanuel Macron, lors d'une conférence de presse hier à Bruxelles, dire qu'il fallait revoir nos relations avec la Russie. Oui, il faut savoir

6:19
Michel Barnier

ce qu'il veut mettre derrière ce mot de révision.

6:22
Présentateur

Révision de nos relations, oui.

6:24
Michel Barnier

Elles sont en difficulté, ces relations. Pas seulement d'ailleurs celles de la France avec la Russie, mais celles de l'Union européenne. Mais je pense qu'il faut reprendre le dialogue et être très rigoureux sur un certain nombre de sujets. Mais en même temps, faire attention à l'importance de la Russie. On parle de la Biélorussie et de ce qui se passe en Europe, mais vous savez que le rôle de la Russie est très important en Syrie, en Libye, en Afrique. Donc, on a besoin de ce dialogue là aussi pour la stabilité et la sécurité.

6:51
Présentateur

Et la crainte de voir la Russie se tourner vers la Chine. Michel Barnier, le Brexit, j'y reviens, la pêche, où est-ce qu'on en est ? Où est-ce qu'on en est ? Est-ce que la Grande-Bretagne respecte ses engagements ? Oui ou non ? Ma réponse est non.

7:05
Michel Barnier

Et pas seulement, sur la question de la pêche, le plus grave, Jean-Jacques Bourdin, c'est l'Irlande. En Irlande, il ne s'agit pas de commerce, de marchandises, il s'agit de la paix. De la paix. Et je rappelle qu'il y a une vingtaine d'années, s'est arrêté un conflit entre le Nord et le Sud et les différentes communautés d'Irlandais qui a provoqué 4000 morts et qui s'est conclu avec un accord qu'on appelle le Good Friday Agreement. Et là encore, il y a des tentatives ou des menaces ou des provocations britanniques pour ne pas respecter l'accord que je décris dans ce livre.

Nous avons fait politique institutionnelle le divorce, jamais agréable et au terme duquel on a trouvé une solution pour l'Irlande pour qu'on puisse préserver la paix et ne pas avoir de frontières du tout. Vous êtes en Irlande, vous êtes ici à ma place, en Irlande du Nord, Royaume-Uni. Vous êtes à votre place, vous êtes en République d'Irlande, Union Européenne. Et on ne peut pas faire de frontières entre les deux parce que sinon, la paix est mise en cause. Donc, on doit contrôler et donc on contrôle tous les produits à l'entrée de l'île. La paix, c'est le deuxième accord que nous avons fait toute fin de l'année, le 24 décembre.

Et là encore, il est très précis, 1400 pages sur l'ensemble des relations futures avec le Royaume-Uni et la pêche. Les pêcheurs français ont raison. Ils demandent simplement qu'on respecte cet accord et qu'on leur donne les licences dont ils ont besoin dans la Manche autour des îles anglo-normandes au tir de Jersey. Et les Britanniques multiplient les contraintes. Mais que devons-nous faire maintenant ? C'est retarder

8:31
Présentateur

le protocole d'accord, l'accès au marché financier européen par exemple ?

8:35
Michel Barnier

Non, ça aura des conséquences donc je recommande aux Britanniques de faire très attention. Il y a dans l'accord que j'ai signé des mesures de compensation. On peut empêcher les pêcheurs britanniques qui pêchent une partie dans nos eaux de venir. On peut rétablir des tarifs douaniers. On peut suspendre l'accord. J'espère qu'on sera suffisamment intelligent des deux côtés pour partir de cet accord et garder un esprit de coopération. Parce que la vérité, c'est quoi, Jean-Jacques Bourdin ? C'est que dans le monde qui vient, dangereux, instable, on l'a vu, injuste, on a plein de menaces devant nous.

D'autres pandémies, le Covid, ce n'est pas la dernière pandémie, d'autres pandémies humaines et animales. On a des attaques terroristes qui vont arriver, on a la pauvreté qui provoque des migrations, on a les marchés financiers, des risques de crise financière. N'ayons pas la mémoire courte, ça fait à peine 10 ans qu'on a vu cette crise financière, ces banquiers qui se croyaient tout permis, plutôt à qui on avait tout permis de détruire des millions d'emplois. Il y aura d'autres crises et on a besoin de coopérer avec les Britanniques d'une manière ou d'une autre.

9:34
Présentateur

Oui, on a besoin d'Europe, ce n'est pas vous qui allez dire le contraire, une Europe tout de même impuissante. Regardons, puisque l'un des sujets de la présidentielle sera l'immigration. Je vais vous parler de la présidentielle, Michel Barnier, mais l'un des sujets sera l'immigration, vous le savez bien. L'Europe impuissante, désunie face à ce qui s'est passé à Ceuta. Franchement, le Maroc qui ouvre ses frontières est-ce que fait l'Europe ? Où est-elle l'Europe ?

9:59
Michel Barnier

L'Espagne agit au nom de l'Europe. Oui, oui, oui. Le soutien à l'Espagne m'a semblé bien timide. Nous avons été solidaires de l'Espagne puisque l'Espagne est un pays de l'Union Européenne et qu'elle doit maîtriser ses frontières puisqu'à Ceuta, les frontières de l'Espagne sont les nôtres. Et c'est le problème que nous avons partout. Alors, est-ce que l'Europe est impuissante ? Je ne le crois pas. Elle est imparfaite à coup sûr. Surtout en matière

10:23
Présentateur

d'immigration ?

10:24
Michel Barnier

Pas seulement. Il y a d'autres défauts que j'ai identifiés.

10:26
Présentateur

En matière d'immigration ?

10:27
Michel Barnier

Oui, elle est imparfaite. Les frontières ont été trop longtemps des passoires. Et si on supprime les frontières à l'intérieur de l'Europe, ce qui est un beau projet pour circuler librement comme on le fait aujourd'hui, alors il faut, la condition, c'est qu'on contrôle les frontières extérieures et que toute personne qui rentre dans l'Union Européenne soit contrôlée quand elle sort et quand elle rentre.

10:45
Présentateur

Vous proposez une immigration, un moratoire sur l'immigration. J'ai vu cela. un moratoire de combien de temps ?

10:51
Michel Barnier

J'ai dit 3 à 5 ans mais ça peut être aussi selon les sujets parce que dans l'immigration vous avez différentes procédures, différentes populations. Vous avez des réfugiés qui ont le droit à être accueillis quand ils sont vraiment des réfugiés politiques. Vous avez une population d'immigration économique. Vous avez des mineurs isolés. Donc il faut peut-être différencier. Nous travaillons, je travaille depuis plusieurs mois avec une équipe très sérieusement et des parlementaires pour dire les choses clairement. la politique d'immigration en France ne fonctionne pas.

Elle ne fonctionne pas non plus en Europe donc si elle ne fonctionne pas il faut la changer et pour la changer il faut savoir prendre le temps d'évaluer toutes ces procédures en France et les changer quand il faut les changer. Prendre le temps aussi de construire un consensus en France sur cette question qui est explosive. Prendre le temps de discuter avec nos partenaires européens pour mieux contrôler les frontières et prendre le temps de discuter avec les pays d'où partent toutes ces personnes parfois dans des conditions dramatiques qui est inhumaines on l'a vu les pays d'immigration pour négocier avec eux y compris le co-développement.

11:54
Présentateur

Mais le moratoire de 3 à 5 ans ne concerne pas les étudiants j'imagine.

11:58
Michel Barnier

J'ai dit un moratoire différencié par les étudiants Regroupement familial ? Ça peut concerner le regroupement familial. Ça peut concerner le regroupement familial. Mais en 3 à 5 ans plus de regroupement familial. Je pense qu'il faut absolument revisiter les conditions dans lesquelles le regroupement familial est effectué chez nous avec les travailleurs saisonniers. Oui mais j'ai dit différencié ne me demandez pas les réponses de Jean-Jacques Bourdin aujourd'hui. Je vous demande des précisions. Ce ne sont pas des réponses ce sont des précisions. Je vous demande des précisions.

J'ai dit différencié et dans quelques semaines avec mon équipe nous indiquerons dans quel sens le contenu de ce moratoire. En tout cas ce n'est pas un coup que je fais contrairement à ce que certains ont dit j'essaie de regarder les problèmes de notre pays. Celui-ci en est un très grave puisque c'est un peu l'unité de notre pays qui est en cause et de dire qu'un moratoire nous permet de revisiter de remettre à plat toutes les procédures de les maintenir quand elles fonctionnent et de les changer quand elles ne fonctionnent pas.

12:51
Présentateur

Est-ce qu'il faut supprimer le statut de réfugié aux personnes qui commettent des délits et des crimes en France ?

12:57
Michel Barnier

A toute personne qui commet des délits en France et qui n'est pas française d'être expulsée ?

13:03
Présentateur

Oui, c'est ce que propose

13:05
Michel Barnier

Marine Le Pen. Vous êtes d'accord avec elle ? Je ne m'occupe pas des autres ni surtout pas de Mme Le Pen. Je m'occupe des problèmes qui préoccupent les Français et il faut apporter d'urgence à ces problèmes objectivement, calmement, de manière humaine et digne des réponses concrètes. C'est ça qu'attendent les Français.

13:21
Présentateur

Des quotas d'immigration ? Je pense qu'il faut

13:24
Michel Barnier

probablement imaginer un système d'immigration à point, d'immigration choisie, d'immigration par quota. Ce n'est pas un mot tabou pour moi et c'est tout cela qu'il faut mettre dans un débat ensemble et recréer un consensus sur cette question.

13:37
Présentateur

Oui, vous êtes en train de construire votre candidature à la présidentielle, on l'a bien constaté là, à travers vos propositions autour de l'immigration. Seriez-vous celui que la droite n'attendait pas ? Michel Barnier.

13:52
Michel Barnier

J'ai dit et je répète devant vous et à votre micro que je prendrai ma part à ce débat présidentiel. Je suis un homme politique, même si j'ai passé un certain nombre d'années à Bruxelles. Je suis resté un homme politique ancré les pieds sur terre dans la région de Savoie où j'ai eu une vingtaine d'années avec une expérience peut-être utile pour rassembler, pour réunir et pour remettre du collectif dans la gestion de notre pays. Je participerai à ce débat. Maintenant, vous me parlez des présidentielles. Le moment venu, je dirai ma décision. Quand ? Le moment venu. Ce moment n'est pas venu. Le moment venu, ce n'est pas le flux du canon. Mais ce n'est pas vous qui me direz mon calendrier.

Non, mais ça, c'est sûr, Michel Barnier. Moi, je vous demande

14:31
Présentateur

votre calendrier, je ne vous demande pas votre réponse. Je vous demande votre calendrier.

14:35
Michel Barnier

Mon calendrier, ce sera évidemment après l'été. Pourquoi ? Parce que les Français ont d'autres soucis, ils ont d'autres angoisses. Il y a d'autres souffrances, notamment les jeunes et tous les gens qui sortent à peine de cette crise, sans parler de tous ceux qui en ont souffert, y compris avec beaucoup de morts. Les Français ont d'autres soucis actuellement. Il faut que l'économie reparte. Il y a des élections régionales et départementales très importantes pour la vie quotidienne, dans les jours qui viennent. Ne les passions pas par perdre des profits. Elles sont importantes. Et puis, il y a, et d'ailleurs, j'étais en Auvergne avec Laurent Wauquiez la semaine dernière.

Je serai avec Jean Rottener cette semaine dans le Grand Est. J'apporte mon soutien à ceux qui me le demandent dans les régions. Est-ce que vous voteriez Renaud Muselier ? Oui, sans hésitation. Sans hésitation. Il a été un bon président Vous êtes au-dessus de toutes ces chamailleries internes aux Républicains. Franchement, on en a marre de ces querelles, de ces divisions, de ces batailles, de ces hommes politiques qui se parlent entre eux. Moi, j'avais envie de parler aux Français. C'est aussi simple que ça. La troisième raison pour laquelle je ne vous dirai pas ma réponse aujourd'hui, parce qu'elle est une réponse grave à une question grave. Mais vous viendrez me la dire.

Vous viendrez me la dire. Si vous m'invitez, je viendrai. Bien sûr, bien sûr. C'est que ma famille politique est divisée. Vous venez de dire beaucoup d'ambition. Il y a beaucoup de talent dans cette famille. Et beaucoup de candidats, déjà. Il n'y a pas de chef d'équipe. Donc, il y a de quoi faire une belle équipe de France, mais il n'y a pas encore de chef d'équipe. Avec un chef qui s'appelle Michel Barnier.

15:52
Présentateur

Écoutez, c'est vous qui le dites. Non, ce n'est pas moi qui le dites. C'est vous qui le direz à la rentrée. Il fait ça pour exister. C'est ce qu'on entend chez vos amis politiques. Je l'ai entendu moi-même. Est-ce que vous faites ça pour exister ? Je crois que j'existe.

16:06
Michel Barnier

Si je n'existais pas, vous ne m'auriez pas vis-à-vis des Britanniques. Donc, je n'ai pas franchement une preuve à donner de ça. J'existe avec ma manière. J'existe avec ma manière. J'existe avec ma méthode qui est celle de travailler en collectif, de mettre des gens ensemble, de respecter. Les Français ont besoin de considération. Franchement, Jean-Jacques Bourdin, je pense depuis longtemps que chaque citoyen est nécessaire. Chaque entreprise est nécessaire. Et les gens ont besoin d'être considérés, d'être respectés, d'être utiles.

Et je rêve un peu comme je l'ai fait au moment des Jeux Olympiques avec Jean-Claude Killy et d'autres que chaque Français soit fier de participer à la France, soit fier de son pays. Et c'est ça qu'il faut recréer comme sentiment national. Patriote et européen. Oui. C'est ce que vous êtes. Oui, gaulliste et européen. Je suis patriote et européen. Mais gaulliste, tout le monde se réclame du gaullisme. Marine Le Pen, la première. Oui, mais c'est pas ça qui me console. Ça n'a pas été le cas tout le temps. Tout le monde n'a pas été gaulliste. Moi, je l'étais quand j'avais 14 ans. C'est ma fierté de l'avoir été à ce moment-là. Le général de Gaulle était au pouvoir.

Mais je reconnais que pour les jeunes qui nous écoutent, ça ne veut pas dire grand-chose. Je suis patriote. Je suis fier de mon pays. J'ai cette passion pour la France. Et je pense que cette passion passe aussi par travailler avec les autres. Parce que dans le monde d'aujourd'hui, la vérité, c'est que si on n'est pas ensemble, sur un certain nombre de sujets que j'ai cités tout à l'heure, on est foutus. On n'existe plus. Moi, je n'ai pas envie que l'avenir de mes enfants se fasse à Washington ou à Pékin. Donc, je suis français, passionnément français. Et à Bruxelles. Et à Bruxelles, pour une part. Mais là, à Bruxelles, ce n'est pas les autres qui décident pour nous.

Nous décidons avec les autres, à condition d'avoir de l'influence. C'est une autre question. Est-ce que nous avons perdu de la souveraineté, Michel Barnier ? Pas de la souveraineté. On a perdu de l'influence. Depuis une dizaine d'années, notre pays est moins influent. Il y a un déséquilibre dans le couple franco-allemand. Et l'influence, elle ne se décrète pas par des attitudes incantatoires ou par des postures. Et surtout pas par de l'arrogance.

17:57
Présentateur

Emmanuel Macron ?

17:58
Michel Barnier

Je dis depuis une dizaine d'années. Depuis une dizaine d'années, nous perdons de l'influence. Et cette influence, elle ne se décrète pas, elle ne tombe pas du ciel. Il faut la construire avec de l'attention aux autres et de la méthode.

18:09
Présentateur

Et de la méthode. L'Europe, encore, avec le pass sanitaire, enfin le pass sanitaire, certificat Covid européen, indispensable pour la circulation des uns et des autres. Absolument indispensable. Oui.

18:20
Michel Barnier

On parle des jeunes qui ont envie de retrouver une vie normale, de circuler. Beaucoup d'autres aussi, du tourisme qui est si important pour la France et pour d'autres pays dans lesquels il faudrait investir davantage. Et tout ce qui permet de circuler librement et en sécurité, librement en sécurité et bien à prendre. Et donc le pass européen, c'est une bonne idée.

18:38
Présentateur

Et la vaccination obligatoire pour certaines professions, comme le recommande l'Académie de médecine ?

18:44
Michel Barnier

Il y a la liberté individuelle qui s'arrête actuellement là où on met en cause ou en risque la sécurité des autres. Moi, je pense que le mouvement qui est encanché de celui de la vaccination générale est le bon mouvement. Et il faut faire de la pédagogie, il faut dire aux gens pourquoi c'est important, il faut que les sportifs, les jeunes, les chanteurs s'y mettent et donc qu'on montre que la vaccination est un acte normal et nécessaire pour soi-même. Je lui ai fait un livre il y a quelques années pour l'écologie qui s'appelait Chacun pour tous. On est exactement sur ce thème. Chacun pour tous. Chacun doit faire attention lui-même et pour les autres.

19:18
Présentateur

L'écologie. Parlons-en. Oui, parlons-en. Parlons-en. L'écologie au niveau européen, ça patine ? Ça patine ou pas ?

19:26
Michel Barnier

Non, ça ne patine pas. L'Europe a tenté de présenter et a voulu présenter un plan qui s'appelle le Green Deal en patroie savoyard si je veux dire. Le plan vert et c'est un plan très ambitieux. Nous sommes le continent en matière de réduction des effets de gaz à effet de serre qui est le plus important, le plus ambitieux. Maintenant, il faut que ça s'applique mais pas une écologie radicale, utopique et qui...

19:53
Présentateur

Une écologie compatible avec l'économie de marché.

19:56
Michel Barnier

Une écologie qui prône une croissance durable et une croissance écologique. Ça veut dire une croissance qui respecte les ressources, les espaces naturels qui ne sont ni gratuits ni ni épuisables. Je ne suis pas pour la décroissance. Je pense qu'il faut garder une part de nucléaire importante dans notre pays qui est une chance à condition de maîtriser les risques. Il faut une écologie humaniste et concrète. C'est celle que j'ai d'ailleurs j'ai montré que c'était possible quand j'étais ministre de l'environnement par le dialogue, par de grands chantiers écologiques qui marchent toujours comme la Loire ou le Mont-Saint-Michel aujourd'hui.

Donc je pense que c'est possible dans ce pays de faire de l'écologie parce que c'est une nécessité vitale mais pas contre les paysans, avec eux, pas contre les entreprises mais avec elles.

20:35
Présentateur

Merci Michel Barnier. Je rappelle le titre de votre livre La Grande Illusion Journal secret du Brexit. Rendez-vous à la rentrée. Dès que vous m'inviterez je viendrai avec plaisir. Merci Michel Barnier. Il est 8h54 vous êtes sur RMC BFM TV.