Santé mentale : état des lieux et solutions avec la psychiatre Chantal Henry et la pédopsychiatre Alice Oppetit
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Grande matinale, journée spéciale santé mentale, des solutions existent. Et avec Benjamin Duhamel, nous sommes en direct et en public du Studio 104 de la Maison de la Radio. C'est une journée spéciale que vous propose France Inter sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur, la santé mentale. On va voir toute la journée que des solutions existent. Et ce matin, Benjamin, deux invités pour en parler. Chantal Henry, bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Vous êtes professeur de psychiatrie, psychiatre à l'hôpital Saint-Anne et directrice scientifique de la Fondation Pierre Deniker. Alice Opetit, bonjour.
Bonjour Benjamin.
Merci d'être avec nous. Vous êtes pédopsychiatre à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Et soyez donc les bienvenus. On va pour commencer remonter dans le temps. France Inter organisait l'année dernière une première journée spéciale consacrée à la santé mentale. Entre temps, l'ancien Premier ministre Michel Barnier a érigé la santé mentale en grande cause nationale de l'année 2025. Alors dites-nous concrètement l'une et l'autre ce qui a changé pour vous cette dernière année dans l'exercice quotidien de votre métier. C'est une grande cause nationale. Ça change quelque chose, Chantal Henry ?
Alors ça entraîne peut-être plus de patients vers nos consultations, ce qui est une bonne chose. Puisque donner de l'information de manière générale, ça permet de lever le frein de l'accès aux soins qui sont la stigmatisation et les fausses idées. Donc c'est une bonne chose.
Ça, ça a évolué peut-être ?
Oui, oui, oui. Plus on en parle, plus les patients arrivent dans un système de soins plus rapidement.
Alice Opetit, même question. Est-ce que vous avez vu les regards évolués compte tenu de cette grande cause nationale sur la santé mentale ?
Oui, oui, absolument. C'est évident que les gens prennent de plus en plus la parole, que ce soit les jeunes, les proches, les personnalités publiques. Et Nicolas, vous en êtes un magnifique exemple.
Merci. Si ça peut aider, c'est pour ça que ça a été fait en tout cas. Ça aide. Je parle de mon livre. Merci infiniment. Ça me touche infiniment.
C'est important de continuer parce qu'il reste encore du chemin. Il y a encore trop de gens qui ont des difficultés d'accès aux soins. La stigmatisation persiste. Et voilà, on continue ensemble.
Alors si on parle de santé mentale, il faut essayer d'avoir une photographie à l'instant T, définir de quoi on parle. Comment vont les Français ? Les derniers chiffres, les enquêtes de Santé publique France ne sont pas franchement réjouissants. Les Français vont mal. Ils sont tristes, anxieux, plus dépressifs aujourd'hui que par le passé. Chantal Henry ?
Là, vous y êtes peut-être aussi un peu pour quelque chose avec toutes ces mauvaises nouvelles. Désolée.
Décidément. Et ça, il ne faut pas le dire ?
Non, non. Mais vous n'y êtes pour rien. Vous n'y êtes pour rien. Bah oui, dans un climat comme ça, très anxiogène, il y a plus de troubles anxieux, de symptomatologie dépressive. Ce n'est pas forcément des dépressions avérées. Mais en tous les cas, oui, l'anxiété participe à générer plus de troubles, de difficultés.
Cette anxiété, Alice Opetit, effectivement, je reprends une phrase, Chantal Henry, que vous nous expliquez quand on préparait cette émission. Vous disiez quand il y a un monde à feu et à sang et que vous avez des problèmes personnels, ça crée un cercle vicieux très vite, un bug du cerveau. Ça aussi, Alice Opetit, vous voyez l'effet que peut avoir le climat global, les débats dans la société sur l'état de santé des patients que vous recevez ?
Oui, absolument. Et moi, je m'occupe surtout des enfants et des adolescents qui sont vraiment des éponges à tout ce qui se passe autour d'eux. Ils sont très, très sensibles au climat général, déjà à l'échelle de leur famille, tout simplement, mais aussi à l'échelle plus collective. Je crois que les réseaux sociaux, ils sont aussi pour beaucoup. C'est vrai qu'on parle beaucoup de l'explosion des troubles psy après le Covid, mais en fait, on voit bien qu'il y avait une tendance de fond depuis à peu près 2010, ce qui est quand même le début des réseaux sociaux.
Donc, c'est-à-dire que, parce qu'effectivement, on a cette idée qu'il y aurait une sorte d'explosion au moment du Covid, c'est à la fois vrai, mais vous dites que ça vient de plus loin.
Absolument.
Et si on regarde toujours de manière très concrète la photo de la France, parlons d'un mot des pénuries de médicaments. C'est encore trop souvent le parcours du combattant pour mettre la main sur telle ou telle molécule. Qu'éthiapine, lithium pour les troubles bipolaires, les antidépresseurs, sertraline, vent la faxine, au total, 14 molécules sont ou ont été en très forte tension. Je n'ai pas particulièrement envie de parler de moi, mais je peux vous dire que j'ai personnellement fait une grosse quinzaine de pharmacies pour trouver du lithium. Comment est-ce possible, Chantal Henry, en France, en 2025 ?
Alors, la bonne nouvelle, parce qu'il y a quand même des bonnes nouvelles, l'agence du médicament nous a dit que les pénuries s'étaient terminées, là, maintenant, fin septembre, début octobre. Mais ça a été une catastrophe. Beaucoup de patients ont décompensé, en fait, parce qu'ils n'ont pas pu se procurer certains médicaments. On a eu très peur avec le lithium, parce que l'arrêt du lithium, brutal, c'est, dans les trois mois, un nombre considérable de décompensations. Ce qui est possible, c'est qu'il y a peu de sites de production, et quand il y a une tension sur un site de production, ça génère une tension au niveau mondial.
Et la France, l'État, négocie les prix, en fait, des médicaments, ce qui est une bonne chose, sûrement des prix plus bas. Mais après, nous ne sommes pas servis en premier, et ça, c'est le problème.
Pour continuer sur cette photographie de l'état de la psychiatrie, il y a la question des pénuries de médicaments et la question de la difficulté d'accès aux soins des déserts médicaux, avec des inégalités territoriales qui sont très frappantes. Ce qui est vrai pour les médecins généralistes, pour les spécialistes, l'est aussi en psychiatrie, Alice Opetit, ou c'est encore pire, peut-être ?
Oui, il y a une pénurie très importante de psychiatres. À l'hôpital public, il y a 30% des postes de psychiatres qui sont vacants sur la France entière. Et en pédopsie, c'est à peu près encore pire. Le rapport du Sénat dit qu'il y a un quart des départements en France où il n'y a pas de pédopsychiatres. Donc je crois que c'est très important de renforcer un peu l'attractivité de ces métiers, qui sont des métiers absolument magnifiques.
Et d'où vient leur caractère répulsif ?
Je crois que ça tient à deux choses. À la fois des idées reçues, la stigmatisation qui persiste, que la psychiatrie, c'est les fous, c'est dangereux, c'est de la violence, etc. Et puis aussi des conditions de travail qui restent difficiles, c'est vrai ?
Ça fait peur, Chantal Henry, quand on est étudiant en médecine et qu'on doit faire un choix de devenir psychiatre ? Là aussi, il faut battre en brèche un certain nombre d'idées reçues ?
Oui, c'est encore une médecine à main de nue, en fait. Il n'y a pas de technicité, ou très peu encore. Et donc, oui, le diagnostic repose sur la clinique. On n'a pas un examen qui va pouvoir confirmer un diagnostic, dont c'est peut-être un petit peu anxiogène. Mais quoi de plus passionnant que d'essayer de comprendre le comportement humain ? Et la psychiatrie, c'est ça. Donc, moi, je trouve que c'est la plus belle des spécialités.
Et changer le visage de la psychiatrie, ça passe aussi par les médias. Nous aussi, on doit faire notre examen de conscience dans la manière dont on parle de vos métiers.
Oui, parce qu'on évoque souvent les fous, dès qu'il y a quelque chose de péjoratif, en fait. Et donc ça, il faut faire attention aux termes que l'on emploie, oui, bien sûr.
Beaucoup de questions d'auditeurs, et on vous donnera la parole dans un instant. Alors, et on va passer... Non, allez-y, Benjamin. Sur cette journée spéciale qui, il faut le rappeler, s'appelle Santé mentale, des solutions existent. Il faut parler des avancées scientifiques dans le domaine de la psychiatrie. Est-ce qu'on peut dire, Alice au petit, Chantal Henry, qu'on connaît mieux, qu'on connaît de mieux en mieux le fonctionnement du cerveau ?
Oui. Alors, s'attaquer au cerveau, c'est s'attaquer à l'Everest, parce que c'est l'organe le plus complexe. Mais il y a de multiples voies d'abord. Alors, on ne va pas pouvoir toutes les développer, mais c'est plutôt une bonne chose, en fait. Et, si vous voulez, je vous donnerai quelques exemples, en fait, de recherches qui me paraissent pertinentes. Alors, allez-y, oui, bien sûr. Je peux développer. Alors, bon, l'imagerie, bien sûr, tout d'abord. Alors, l'imagerie, contrairement, c'est l'outil diagnostique des neurologues, en fait. Parce que l'imagerie, le scanner, l'IRM, permet de voir une tumeur, de voir des lésions. Donc, c'est un outil diagnostique pour les neurologues.
Pour les psychiatres, c'est beaucoup plus compliqué. Ce n'est pas encore un outil diagnostique, mais ça permet de voir le fonctionnement du cerveau. Et pour ça, il faut faire de l'imagerie fonctionnelle. C'est-à-dire qu'on va voir l'activation de certaines zones du cerveau. Et on peut, à titre individuel, ça ne sert pas de diagnostic. Mais on va pouvoir comparer des groupes de patients à des groupes contrôle et voir que certaines zones du cerveau sont plus ou moins actives dans telle ou telle pathologie. Donc, on progresse, on commence à voir ce qui se passe dans le cerveau.
Et ça a un effet direct dans l'exercice quotidien de la médecine. Ça a un effet thérapeutique pour les patients, ces progrès qui sont faits ?
Alors, là, non. Si on veut parler de progrès vraiment, il faut peut-être aborder la question du soin. Et là, il y a beaucoup de choses, en fait, qui sont nouvelles. Alors, d'abord, le champ de la pharmacologie qui évolue pas mal. Pendant 50 ans, en fait, des années 50, depuis la découverte des antipsychotiques et des antidépresseurs, les Big Pharma, finalement, ne faisaient qu'améliorer les molécules pour diminuer les effets secondaires, ce qui est déjà très bien. Mais il n'y avait pas vraiment de rupture. À l'heure actuelle, il y a des molécules avec des repositionnements.
C'est-à-dire, c'est des molécules qui sont utilisées dans certaines disciplines et qui vont être utilisées en psychiatrie. Et le plus illustratif, c'est la kétamine, qui est un anesthésique et qui, à petite dose, est utilisée dans des dépressions résistantes ou dans des crises suicidaires. Le gros avantage, c'est que c'est un antidépresseur à action rapide, contrairement aux autres antidépresseurs qui mettent plusieurs semaines pour agir.
Action rapide et durée contrôlée, mesurée. Voilà, exactement. C'est quelques semaines au mieux.
Voilà. Alors, ça peut permettre de soulager très rapidement. Et l'antidépresseur plus classique va pouvoir prendre le relais. Mais pour nous, c'est de pouvoir soulager les patients très rapidement. Alors, ça ne dure pas et donc, il faut faire plusieurs séances. Mais il y a de nouveaux traitements et on évoquera peut-être la psilocybine. Qui est ? Alors, la psilocybine, c'est une substance hallucinogène. À l'heure actuelle, ce n'est pas dans les soins. La kétamine, on peut déjà avoir recours à la kétamine ou l'eskétamine. La psilocybine, c'est une substance hallucinogène qui a la particularité d'être efficace en une seule prise. Alors, ce n'est pas juste le produit.
C'est la thérapie qui va être faite avant, pendant et après. Et la psilocybine va finalement rendre le cerveau beaucoup plus flexible. Quand, par exemple, on a une dépression, puisque l'usage, c'est principalement dans la dépression, on va avoir une non-flexibilité cognitive. On est enfermé dans des schémas, en fait, péjoratifs. Et finalement, la psilocybine va permettre de rendre ce cerveau plus flexible. Et donc, une seule dose et une guérison des dépressions. Et il y a d'autres indications à l'étude.
Daphné Burki est dans les travées du Studio 104. Bonjour, Daphné.
Salut, Nicolas. Salut, Benjamin. Bonjour à tous. On est en direct, en effet, sur France Inter. Il y a des questions dans la salle. Dédié, voilà, à la santé mentale et les solutions qui existent. Je suis assez touché, moi, par le nombre d'auditeurs qui se sont déplacés ce matin et qui ont des questions. C'est de dire, comme ce sujet est important, en partant d'en parler à bois haute et tous ensemble. Et Damien a une question pour vous. Bonjour, Damien. Bonjour. Bonjour. Déjà, merci pour votre accueil et d'aborder le sujet de la santé mentale. Donc moi, j'ai 45 ans.
Je suis bipolaire de type 2 et j'avais une question concernant ce qu'on appelle les phases de manie, puisqu'il y a les phases de dépression et de manie. Un peu à l'image, Nicolas abordait une fois l'image du yo-yo. Moi, j'y vois un peu une mongolfière qui monte, qui monte, qui monte et parfois qui redescend et qui n'arrive pas à remonter. Dans ces phases, on va dire euphoriques, comment dissocier un projet issu d'une phase maniaque que d'un projet, j'allais dire, juste, ambitieux et qui nous tient à cœur ?
Merci beaucoup, Damien, pour cette question. Je vous en prie. Merci à vous. Merci de m'avoir écouté. Chantal Henry. Vraie question.
Et puis, merci d'avoir le courage d'intervenir, bien sûr, et de parler de sa pathologie. C'est important. Ce qu'il faut comprendre, peut-être, c'est que dans les états maniaques, on a un biais de positivité. C'est quelque chose de très simple. C'est que quelque chose qui est plaisant, un stimuli qui est plaisant, d'habitude, devient encore plus plaisant. Et donc, c'est extrêmement difficile de résister à la tentation. Et ce qui est négatif, des stimuli négatifs ou anxiogènes, en fait, sont moins perçus comme négatifs. Et donc, il va y avoir une prise de risque beaucoup plus importante.
Et donc, très souvent, c'est cette prise de risque qui fait qu'on peut se lancer dans des projets peut-être trop ambitieux, à un moment donné, ou en tous les cas, qu'on ne va pas pouvoir mener à terme, parce que très souvent, après les épisodes maniaques, malheureusement, on le paie par une phase dépressive qui, là, empêche de fonctionner correctement.
Autre question dans la salle ?
Oui, je sais qu'il y a énormément de questions. Tout le monde, d'ailleurs, s'est déplacé pour poser une question. Mais je suis à côté de Samuel. Bonjour, Samuel.
Bonjour. Merci. Donc, moi, je suis bipolaire. Je ne sais pas de quel type, parce que je crois que c'est difficile aussi de qualifier la catégorisation des types. Et donc, je suis bipolaire suite à un burn-out qui a amené une dépression, qui a révélé le trouble. Et dans ce contexte, dans un contexte où la santé mentale est une grande cause nationale, il se trouve que le burn-out, comme la dépression et le trouble bipolaire qui peuvent suivre, ne sont pas considérés comme maladies professionnelles. Est-ce normal ? Merci pour cette question. Chantal Henry.
Alors, c'est une question délicate. C'est toujours l'apparition d'une pathologie. C'est toujours de multiples facteurs. Alors, c'est vrai que des conditions particulières, le burn-out, c'est des conditions particulières au travail qui vont générer une souffrance et donc qui peuvent déboucher sur un trouble anxieux ou une dépression. Chez vous, visiblement, c'était un épisode dépressif qui a été inaugural d'une pathologie psychiatrique. Mais est-ce que c'est la cause ? La seule cause, sûrement que non, en fait, parce qu'il va y avoir... On sait très bien, les pathologies psychiatriques, il y a à la fois un déterminisme génétique et environnemental.
Donc, les événements de vie péjoratifs, en fait, peuvent déclencher, participer à déclencher et à révéler cette vulnérabilité. Et donc, c'est peut-être pour ça que c'est compliqué de légiférer et d'avoir une reconnaissance de pathologie professionnelle, peut-être. Mais c'est un débat qui mérite d'être ouvert, bien sûr.
Et on va continuer à faire circuler le micro. Et merci encore pour vos questions. Alice Opetit, je rappelle que vous êtes spécialisée dans la pédopsychiatrie. Là encore, vous avez fait tout à l'heure un état des lieux. Il faut aussi penser à peut-être ceux dans la salle ou ceux qui nous écoutent et qui se trouvent démunis devant leur enfant, leur ado. Est-ce que là encore, vous avez des conseils à donner à nos auditeurs sur des signes avant-coureurs ? Et parfois des parents qui ne savent pas par quel bout prendre ce qu'ils perçoivent comme étant un début de maladie psychiatrique chez leur enfant ou leur adolescent ?
Merci Benjamin. C'est une question qu'on nous pose souvent. Je crois que c'est très important que les parents aient en tête qu'ils n'ont pas à être parfaits, que ce qui est important, c'est de toujours garder la possibilité d'un dialogue avec leur enfant, leur demander comment ils vont, d'écouter la réponse sans jugement et en validant les émotions que leur rapporte leur enfant. Et quand on voit les sondages récents, on dit qu'il y a 30% des adolescents qui seraient à risque de dépression ou de troubles anxieux. Évidemment, 30% des adolescents n'ont pas besoin d'aller voir un psychiatre. Donc c'est important de pouvoir un peu graduer la réponse aux soins.
Ce qui doit alerter, je crois, c'est quand il y a un retentissement, on appelle ça comme ça, un retentissement fonctionnel. C'est-à-dire si le jeune ne va plus en cours, se replie sur le plan social, qu'il y a des conséquences, voilà, comme ça, sur son fonctionnement.
Et on retourne dans la salle, dans le studio 104.
En parlant de la jeunesse, justement, Laurent avait une question pour vous. Bonjour, oui. Les problèmes de santé mentale explosent, comme vous l'avez dit, notamment chez les plus jeunes. Et face un petit peu à cette explosion, les moyens régressent, les dispositifs également. Si des solutions existent, quelles seraient-elles ? Merci, Laurent.
Les solutions, je crois qu'il y en a plusieurs. Il y a évidemment de renforcer le système de soins, les soins de première ligne, notamment la formation des médecins généralistes. Les médecins généralistes, ce sont ceux qui sont à l'origine de 90% des prescriptions de psychotropes. Renforcer aussi l'accès aux psychologues. Aller voir un psychologue, ça coûte cher. Il y a eu un dispositif récemment, mon soutien psy, qui a quand même permis qu'il y ait plus de 600 000 personnes qui bénéficient de séances chez un psychologue. Renforcer absolument les soins de secteur. C'est-à-dire que la psychiatrie publique, elle est sectorisée.
Il y a ce qu'on appelle les CMP, les centres médico-psychologiques, qui sont répartis sur tout le territoire. Et malheureusement, aujourd'hui, il y a des listes d'attente dans beaucoup de CMP. Donc, je crois qu'il faut absolument continuer à renforcer ça. Et puis, je crois qu'à l'échelle collective, c'est important de... Je parlais un petit peu tout à l'heure des réseaux sociaux, etc. Je crois que les ados, aujourd'hui, n'ont pas du tout la même enfance et la même adolescence qu'ont eu leurs parents précédemment. La société a totalement évolué depuis. Vous savez qu'un collégien passe en moyenne 4 heures par jour sur son téléphone portable, sur les réseaux sociaux.
Donc, ça modifie totalement la vie des enfants et des adolescents aujourd'hui. Je crois qu'il faut leur redonner aussi le sens du collectif et de faire des choses ensemble.
On retourne dans la salle, dans le 104.
Je suis à côté de Natacha, Nicolas, qui a une question. Nadege. En même temps, ça vous va vachement mieux, Nadege.
Oui, bonjour. Alors, moi, j'avais deux questions. D'abord, à partir de quel âge est-ce qu'on peut poser un diagnostic de troubles comme la bipolarité, TSA, TDAH ? Donc, ça, c'était ma première question. Et la deuxième, que pensez-vous de l'instauration d'un dispositif qui serait mis en place très tôt, c'est-à-dire entre les PMI, écoles maternelles, les familles, les collectivités locales, territoriales, pour aider, pour accompagner les familles et, en particulier, les enfants qui subissent ces troubles, en fait, ces difficultés ? Merci, Nadege. Alors, Chantal Henry, déjà, pour la question sur l'âge, à partir duquel poser un diagnostic de bipolarité ?
Alors, généralement, ces pathologies surviennent à la fin de l'adolescence ou chez l'adulte jeune. Et il va falloir avoir... Alors, si l'épisode inaugural est une manie, on va pouvoir poser le diagnostic plus rapidement. si on a plusieurs dépressions avant de faire un épisode d'exaltation, le diagnostic, souvent, est retardé. Mais en tous les cas, c'est des signes qu'il faut savoir évaluer chez la fin de l'adolescence et l'adulte jeune. Et donc, dès qu'il y a une dépression chez quelqu'un de jeune, il faut pouvoir se poser la question d'une bipolarité ou d'un trouble ou d'un déficit attentionnel avec hyperactivité ou autre. Pour l'autre question, c'est plutôt Alice. Voilà.
Oui, pour le TSA, donc le trouble du spectre autistique et le TDAH, c'est très différent du trouble bipolar. Ce sont des troubles neurodéveloppementaux. La détection de l'autisme, maintenant, c'est de plus en plus tôt. Vers 18 mois, déjà, on peut diagnostiquer pas mal d'enfants, puisque ce sont des enfants qui, très tôt, ont des troubles dans les interactions sociales, dans la communication, etc. Le TDAH, c'est un petit peu plus tard, mais c'est aussi un trouble neurodéveloppemental, c'est-à-dire qui fait partie du développement du sujet. On ne peut pas devenir TDAH à 12 ans. Ça, ça n'existe pas.
Daphné, oui. Une dernière question rapide, s'il vous plaît.
Une dernière question. Je suis à côté de Marion, qui aura peut-être la voix qui trempe, parce que c'est assez extraordinaire de parler à voix haute de ces sujets-là. Bonjour à tous. Voilà, moi, la question que j'avais, c'était comment faire face à des personnes en situation de grande détresse, qui peuvent parfois mener à un suicide. Et souvent, nous nous sentons démunis, impuissants, voire ignorants. Tout à l'heure, vous parliez du manque de disponibilité de certaines infrastructures et de certains médecins. Donc voilà, pour les proches, les amis, la famille, comment faire ?
Chantal Henry ?
Oui, quand on est face à cette détresse et qu'il y a des idées suicidaires, les bons sentiments de la famille, de l'entourage ne suffisent pas. Il faut vraiment conduire à des soins. Je pense que dans le système de soins, même si on est en difficulté, il tient quand même la route. Et on rencontrera toujours des soignants, empathiques, professionnels, etc., qui vont pouvoir prendre en charge les gens. Et la difficulté que rencontre l'entourage, souvent, c'est d'arriver à convaincre la personne d'aller se faire soigner. Et ça, c'est le plus important.
Et des journées d'information comme ça sont importantes pour faire comprendre que ce sont des maladies, en fait, et qu'il faut aller vers le système de soins. Et peut-être un mot des premiers secours en santé mentale, qui est une formation en deux jours, qui existe. Il y a plus de 200 000 personnes qui ont été formées en France et qui forment les personnes, le grand public, à aider un proche, qui que ce soit qui aurait besoin d'aide.
On a une dernière question dans la salle.
Ah bah, il y en a partout, des questions. Alors, j'y vais direct. Attends, je franchis, je franchis. Voilà, on est au milieu du 104 et il sont très nombreux, les auditeurs, à cette levée pour prendre le petit déjeuner avec nous à France Inter. Vous avez une question ?
Oui, bonjour à tous. Merci pour cette journée exceptionnelle. Je suis très honorée d'être présente. Et donc, je représente l'association Argos 2001, qui concerne les troubles bipolaires, qui lutte pour la déstigmatisation et pour aider les patients et les proches. Voilà, à ce titre, on communique sur la pénurie de médicaments et on a des petites astuces à communiquer à l'ensemble des patients. D'abord, il faut savoir qu'à partir de 21 jours, on peut renouveler les ordonnances. Comme les médicaments sont souvent prescrits pour une durée de un mois, ça veut dire que ça laisse quelques jours aux patients pour commencer à anticiper et à chercher des médicaments.
Et la deuxième information que je voudrais donner, c'est que les pharmaciens disposent d'un logiciel qui s'appelle Vigirupture qui leur permet de voir le tas des stocks des médicaments dans les pharmacies avoisinantes.
Quand les stocks sont bien mis à jour.
Pour cette raison, M. Demourant, il ne faut pas hésiter à contacter son pharmacien par téléphone ou à le voir pour vérifier la disponibilité. Ne vous inquiétez pas, mais merci pour le conseil. Et enfin, il ne faut pas hésiter non plus à demander à son pharmacien de mettre des boîtes de côté. Et voilà, comme ça, ça évite un arrêt brutal des traitements et aussi ça permet d'aménuser le stress dans la recherche. Voilà, merci.
Merci à vous. Et merci à vous également, nos deux invités ce matin. Chantal Henry, psychiatre à l'hôpital Saint-Anne, Alice au petit, pédopsychiatre à l'hôpital de la Pitié-Salle-Pétrière. Vous faites un métier à la fois beau et utile. Merci infiniment. Et je précise, Nicolas, que nous continuerons à vous donner la parole tout au long de cette grande matinale jusqu'à 11h. Et donc, vous pourrez continuer à poser vos nombreuses, intéressantes questions. Et merci encore d'être là si nombreux dans ce Studio 104.