Sebastien Benoit, ouvrier aux chantiers de Saint Nazaire
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:15Sébastien BENOITFait
« les jeunes ouvriers qualifiés qui sont embauchés avec des salaires horaires inférieurs au SMIC »
- 0:30Sébastien BENOITChiffre
« Il y a trente ans, le chantier naval c’étaient 10 000 travailleurs »
- 0:45Sébastien BENOITChiffre
« aujourd’hui, la direction a réussi à faire descendre cet effectif à 2 500 »
- 1:00Sébastien BENOITChiffre
« plus d’une centaine d’entreprises regroupant quelques 6 000 salariés »
- 1:30Sébastien BENOITChiffre
« En 2006, l’inspection du travail était intervenue en mobilisant une quarantaine d’inspecteurs »
- 1:45Sébastien BENOITFait
« Elle y avait relevé des dizaines d’infractions pour «travail dissimulé, emploi irrégulier sans titre de travail, paiement d’un salaire inférieur au smic, dépassement de la durée légale du travail…» »
- 2:15Sébastien BENOITChiffre
« Les 4 000 sous-traitants qui interviennent sur les navires en construction sont pour moitié des travailleurs dits « détachés » »
- 3:00Sébastien BENOITFait
« aujourd'hui, la majorité des travailleurs sous-traitants font des journées de plus de 10 heures »
- 3:30Sébastien BENOITFait
« Pour la majorité de ces travailleurs, la précarité est telle qu'un accident du travail ou une maladie peut vouloir dire la fin du contrat de travail »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Sébastien BENOIT Bonjour à tous ! Je travaille au chantier naval de Saint-Nazaire, que la presse locale et nationale qualifie de «fleuron de l’industrie française» . Pensez donc, l’entreprise est célèbre pour construire des paquebots parmi les plus gros du monde et a des commandes pour les dix ans à venir !
Mais nous, les travailleurs, n’avons pas le même point de vue. Car nous y travaillons dans des conditions dégradées et pour des salaires très faibles. Un exemple criant, ce sont les jeunes ouvriers qualifiés qui sont embauchés avec des salaires horaires inférieurs au SMIC.Et ce n'est seulement avec l'ajout de quelques primes que le salaire atteint péniblement le SMIC.
Il y a trente ans, le chantier naval c’étaient 10 000 travailleurs dépendant d’un même patron dont ils arrivaient à se faire respecter par des mouvements de grève massifs et répétés. Aujourd’hui, la direction a réussi à faire descendre cet effectif à 2 500. Pour y parvenir, elle a organisé une sous-traitance en cascade avec aujourd’hui sur le site, plus d’une centaine d’entreprises regroupant quelques 6 000 salariés.
Ce foisonnement d’entreprises pose des problèmes d’organisation, c'est sûr. Mais aux yeux du patronat c’est politiquement rentable, car cela rend plus difficile notre nécessaire unité. Et cela rend aussi possibles toutes les magouilles, toutes les entorses au droit du travail.
En 2006, l’inspection du travail était intervenue en mobilisant une quarantaine d’inspecteurs à bord d’un navire en construction. Elle y avait relevé des dizaines d’infractions pour «travail dissimulé, emploi irrégulier sans titre de travail, paiement d’un salaire inférieur au smic, dépassement de la durée légale du travail…» . Il a fallu attendre 9 ans pour que la justice considère que la direction des chantiers ne pouvait pas être tenue pour responsable… alors qu’elle était le donneur d’ordres.
Quant aux sous-traitants en faute, ils s’étaient évaporés dans la nature. Le patronat peut continuer à exploiter en toute impunité. Aujourd’hui les 4 000 sous-traitants qui interviennent sur les navires en construction sont pour moitié des travailleurs dits « détachés » , c'est-à-dire des travailleurs venant d’une quinzaine de pays différents.
Cela fait forcément beaucoup parler parmi les travailleurs locaux. Et cela permet aussi aux politiciens les plus réactionnaires (à gauche comme à droite) de tenir des discours visant à renforcer toujours plus la division entre les travailleurs. Ces travailleurs «détachés» ont été les premiers, il y a une quinzaine d'années, à faire les frais d'une accélération brutale de l'exploitation du travail pour faire chuter les prix des navires et accroître les profits des patrons.
Il y a 15 ans, les navires en construction se vidaient vers 15h30 après des journées de travail de 7 ou 8h. Aujourd'hui, la majorité des travailleurs sous-traitants font des journées de plus de 10 heures. Sans compter les samedis imposés !
Pour la majorité de ces travailleurs, la précarité est telle qu'un accident du travail ou une maladie peut vouloir dire la fin du contrat de travail et l'arrêt brutal du versement du salaire. Alors de nouvelles pratiques se font jour : des trousses à pharmacie apparaissent dans les coffres à outils, collyre, pansements et même anti-inflammatoires pour tenir le coup sont fréquemment employés. Les passages à l'infirmerie ne se font bien souvent qu'en dernier recours et encore, il arrive que des blessés graves soient évacués en douce pour éviter de déclarer un accident.
Et tout cela pour un SMIC mensuel ou à peine plus sans que les heures supplémentaires soient payées. Et parfois, ce salaire n'est même pas versé. Mais en mettant en contact des travailleurs du monde entier dans cette tour de Babel moderne, les patrons mettent en place les conditions matérielles des luttes de demain.
Car malgré tous ces efforts pour diviser, des contacts ont lieu entre les travailleurs qui ne parlent pas la même langue. Cela va du simple fait de se prêter des outils, aux échanges et discussions de bric et de broc sur les salaires, au moyen de quelques mots d'anglais, de signes, ou de traductions réalisées à l'aide de smartphones. Régulièrement aux chantiers, des tracts traduits dans une dizaine de langues sont distribués par des militants.
Cela est apprécié des travailleurs étrangers et à chaque distribution de tract, l'habitude a été prise par certains de chercher le tract de leur langue... en étant parfois déçus quand cette traduction n'existe pas.
Alors oui, tout est fait pour nous diviser, nous opposer les uns les autres. Mais la réalité de l'exploitation vécue en commun avec tous les travailleurs du site est plus forte que les manœuvres patronales, que la démagogie des politiciens de la bourgeoisie. Les villes flottantes qui sortent du chantier nazairien sont le fruit du travail de milliers d’ouvriers, d’employés, de techniciens ou d’ingénieurs sans lesquels rien ne serait possible.
Et justement notre force c’est notre nombre et notre place dans la production. Ils nous parlent tous de l’intérêt national ou de patriotisme économique. Ils voudraient nous persuader que travailleurs et patrons auraient les mêmes intérêts.
Notre intérêt à nous c’est de rejeter ces balivernes. Notre intérêt c’est de retrouver la confiance dans notre force collective pour imposer nos revendications contre le patronat et les politiciens qui les servent !