2027 : l’union de la gauche encore possible ? - Marine Tondelier face à Patrick Cohen
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
avec J.-P.Bacri sur "Le Sens de la fête".
Tout d'abord, l'Edito de P.Cohen. A un an de la gauche... - P.Cohen: De la présidentielle! - A.-E.Lemoine: Oui!
Que reste-t-il de l'union de la gauche? - P.Cohen: Regardez cette image.
Elle n'est pas si vieille. On est en juin 2024. Même pas 2 ans...
M.Panot, M.Bompard, Y.Jadot et vous-même, M.Tondelier...
Tous derrière la tribune, le programme et le label du Nouveau Front populaire. Depuis, tout cela s'est disloqué au gré des visions, des compromis négociés entre les socialistes, des écarts de J.-L.Mélenchon, de la stratégie solitaire de LFI aux municipales...
Une liste non exhaustive. Ce qui n'a pas empêché M.Bompard, coordinateur de LFI, de lancer un appel aux écologistes et aux communistes pour une candidature commune à la présidentielle. - M.Bompard: La dynamique est du côté de la gauche de rupture.
Il va y avoir l'année prochaine, j'espère, un candidat de gauche en mesure de l'emporter à l'élection présidentielle. - P.Cohen: "Le RN menace", dit encore M.Bompard.
Il réclame une formidable mobilisation populaire pour le battre. "Nous l'avons fait en 2024, nous pouvons le faire en 2027." - A.-E.Lemoine: Il tire donc un trait sur les socialistes? - P.Cohen: Oui, ils sont considérés comme des socio-traîtres, pour avoir refusé de voter les sanctions et faire tomber le gouvernement S.Lecornu.
Les insoumis veulent-ils ramasser le drapeau de l'unité, toujours payant auprès des électeurs de gauche? En tout cas, ça n'a pas pris avec les communistes. Ecoutez F.Roussel dimanche dernier. - F.Roussel: Le dernier accord aux législatives que nous avons fait en 2024, NFP, où nous nous sommes battus pour faire élire des députés en commun, ces mêmes députés insoumis pour lesquels nous nous sommes battus se sont présentés contre les maires communistes, socialistes et écologistes aux municipales.
Donc excusez-moi que ça laisse un peu un goût amer... - P.Cohen: F.Roussel rejette la main tendue de LFI, expliquant qu'il y a une rupture avec cette formation.
J.-L.Mélenchon est, selon lui, le pire candidat du 2d tour.
Et vous, M.Tondelier, vous actez la rupture comme le fait F.Roussel, avec LFI?
Ou bien vous continuez à vous accrocher à cette image de juin 2024? - M.Tondelier: Je pense que juin 2024, c'est le moment où on a empêché J.Bardella d'arriver à Matignon.
J'en garde un souvenir...
Depuis, les chefs déconnent. Cette fable des gauches irréconciliables, qui est sûrement vraie d'ailleurs, ce n'est pas vrai pour les électeurs. - P.Cohen: Pas partout, on l'a vu aux municipales... - M.Tondelier: Mais ils veulent quoi?
Le pouvoir d'achat, l'environnement, l'égalité des territoires... - P.Cohen: Donc ça dépend de qui tient le drapeau? - M.Tondelier: Quand on sonde, J.-L.Mélenchon est celui qui a le moins de chances de l'emporter contre le RN.
Il y a même des électeurs de gauche qui, au 2e tour, ne votent pas J.-L.Mélenchon...
Quant à la proposition de M.Bompard, la dernière discussion physique que j'ai eue avec lui, dans un meeting commun à Limoges...
Je lui ai dit: "Vous vous rendez compte, comment vous nous parlez, sur les réseaux sociaux? Qu'est-ce que c'est que cette manière de faire?" Et il m'a répondu: "De toute façon, nous n'avons plus de partenaires." J'ai trouvé ça un peu hypocrite.
Cette proposition sur les chaînes n'a pas valu un seul coup de téléphone. - A.-E.Lemoine: Il vous a coupé l'herbe sous le pied? - M.Tondelier: Il a coupé rien du tout.
Je n'ai même pas réagi. C'est un peu hypocrite. Ce qu'il demande, ce n'est pas un travail en commun, c'est une forme d'annexion.
Il faut être derrière eux, derrière Jean-Luc, un leader incontesté jamais remis en question, qui veut la VIe République pour tout le monde sauf pour lui. Les électeurs l'ont rejeté. Je pense qu'ils espèrent récupérer un peu le totem de l'unité.
Ce n'est pas comme ça que ça marche. - A.-E.Lemoine: La primaire de la gauche, vous allez la faire avec qui? - M.Tondelier: Dans un moment où...
Ca fait 2 fois qu'on est éliminés au 2e tour de la présidentielle. On n'est même pas au 2e tour. C'est l'échec des responsables politiques.
Mais les électeurs font le travail, toujours! Ils sauvent la donne au 2e tour. C'est pour ça que je décide de leur faire confiance en leur confiant le choix du candidat.
Mais quand on se trompe autant de fois de suite, normalement, on fait autrement. Sinon, c'est une faute politique lourde, une récidive. Je propose qu'on fasse autrement en ayant le courage de la confiance dans ces électeurs qui font toujours le bon choix.
On prône une VIe République, plus d'horizontalité, de démocratie. Ca ne commence pas quand on s'assoit sur le trône à l'Elysée. Ca commence avant.
Il faut qu'on donne confiance en montrant qu'on sait le faire. - A.-E.Lemoine: Pourquoi cette primaire fait peur aux socialistes? - M.Tondelier: Parce que je pense qu'il y a une forme de gauche un peu propriétaire.
Ce n'est pas valable que pour les socialistes. C'est leur moment, leur élection, leur destin...
Mais ça ne peut plus marcher comme ça. Je suis candidate à la présidentielle dans le cadre d'une primaire. Si je la gagne, je serai honorée d'être la candidate et je mettrai toutes mes forces dans la bataille.
Si je ne la gagne pas, je soutiendrai le gagnant. Ils sont 60 % des électeurs de gauche à vouloir une primaire, quand même! J'en veux beaucoup à ceux qui tapent le matin, midi et soir sur la primaire, sans avoir rien d'autre à proposer.
Ils disent qu'il faut des idées...
On n'a attendu personne pour avoir des idées. Je peux vous improviser 10 mesures sur lesquelles on sera tous d'accord. Ce n'est pas le sujet.
On ne va pas s'engager dans des discussions programmatiques en mettant sous le tapis la question épineuse de "qui"... - A.-E.Lemoine: Jusqu'à quand vous allez vous battre pour la mise en place d'une primaire? - M.Tondelier: J'ai tendance à me battre longtemps, vous savez. - A.-E.Lemoine: On a l'impression que c'est une idée quasi mort-née. - M.Tondelier: Ce n'est pas vrai.
Imaginons que B.Vallaud réussisse son petit putsch, qu'il devienne candidat socialiste. Après, il fait quoi?
Il va surclasser tout le monde juste parce qu'il est B.Vallaud et parce qu'il aurait battu O.Faure à l'interne au PS?
Ca n'a aucun sens. Quand on n'a pas de solution à apporter, on ne casse pas le seul truc qui existe. Donc je ne renonce pas à cette idée.
Je suis convaincue que dans ce contexte, c'est la meilleure. Au 2e tour, il y aura M.Le Pen ou J.Bardella, celui des 2 qui sera encore éligible, parce que M.Le Pen sera peut-être déclarée inéligible pour d'excellentes raisons...
Il reste une 2e place. La droite l'a très bien compris. Sur tous les plateaux télé du 2e tour des municipales, je les ai entendus dire qu'il fallait une seule candidature à droite.
Ils ne sont pas d'accord sur le comment, mais ils sont d'accord sur la candidature unique. La place au 2e tour ira au camp le moins divisé. C'est aussi simple que ça. - P.Cohen: Mais vous n'empêcherez pas J.-L.Mélenchon d'être candidat? - M.Tondelier: Admettons qu'il veuille partir tout seul...
Aux municipales, on a montré qu'il existait un socle pour faire d'excellents scores au 1er tour, alors que LFI partait toute seule. - P.Cohen: Justement, quelle est votre analyse du reflux écologiste aux municipales?
Sur les 12 villes que vous aviez gagnées en 2020, 8 ont été perdues, dont les plus grandes comme Bordeaux, Poitiers, Strasbourg. - M.Tondelier: Je ne mets pas la poussière sous le tapis.
On a discuté tout de suite avec les battus, mais aussi avec les gagnants, avec les anciens maires et les nouveaux maires. On a gagné aussi à Conflans-Sainte-Honorine, à Bagnolet, dans l'Aveyron...
C'était un constat très lucide. C'est une force de notre mouvement: on se dit les choses. On n'est pas là pour se monter le bourrichon en externe.
Il y a des maires qui ont dit qu'ils étaient peut-être passés à côté de symboles. Par exemple, on trouve que ce n'est pas trop respectueux de distribuer des médailles de la ville...
Mais on a compris que les gens y étaient attachés. C'était un symbole, pour des habitants. C'est passé pour un manque d'intérêt.
Mais les maires écologistes ont mis des choses en place, qui vont laisser une trace pendant des décennies. Mais entre 2020 et 2026, il s'est passé beaucoup de choses, donc le programme sur lequel ils avaient été massivement élus, peut-être qu'il a été mis en place trop vite par rapport aux attentes des Français, qui avaient un peu bougé. - A.-E.Lemoine: C'est une méconnaissance de l'électorat local? - M.Tondelier: Je pense que l'écologie est un sujet très difficile.
Si on avait fait moins vite, on nous l'aurait reproché. Quand on veut de la gratitude, on ne fait pas de la politique,
Marine Tondelier