Surtaxe de l'impôt sur les sociétés : "On fera jamais notre deuil de ces mauvaises nouvelles", lance Patrick Martin
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Questions et réponses
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- 1:44OuverteRéponse partielle
Monique Barbu évoque un coût de 15 milliards d'euros pour la canicule. Ce chiffrage vous semble-t-il exact ou excessif ?
- 2:16OuverteRéponse directe
Les entrepreneurs prennent-ils suffisamment leur part dans la transition écologique ?
- 3:15OuverteRéponse directe
Les taux d'intérêt français à plus de 4% vous inquiètent-ils ?
- 3:46OuverteRéponse directe
Cette inquiétude se traduit-elle par des gel d'investissements ou d'embauches ?
- 4:39RelanceÉludée
La proposition de supprimer une partie de la dette française est-elle une solution pour alléger le fardeau des finances publiques ?
- 6:36OuverteRéponse directe
Pensez-vous que les forces politiques parviendront à se mettre d'accord pour un budget 2027 ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:47InvitéChiffre
« Monique Barbu dit la canicule, ça a coûté 15 milliards d'euros. »
- 2:47PrésentateurChiffre
« Ça coûte 40 milliards par an aux entreprises de tenir la trajectoire de décarbonation. »
- 3:30PrésentateurChiffre
« On va être 20 000, 20 000 pour notre rencontre des entrepreneurs de France. »
- 3:35PrésentateurChiffre
« On a eu 66 000 réponses de chefs d'entreprise. »
- 10:15PrésentateurFait
« On gèle les APL, le RSA. »
- 10:21PrésentateurFait
« Il est question de désindexer ou sous-indexer les retraites. »
- 10:27PrésentateurChiffre
« C'est à l'euro près le coût de la suspension de la réforme borne. »
- 10:50PrésentateurFait
« L'augmentation de la TVA plus 2% ? »
- 19:25PrésentateurChiffre
« On a un taux d'emploi des jeunes qui est de 35%. »
Temps de parole
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France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Et dans le grand entretien, nous recevons donc ce matin le président du MEDEF. Venez avec vos questions, vos réactions, chers auditeurs. N'hésitez pas au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Bonjour Patrick Martin. Bonjour. Merci d'avoir choisi France Inter le jour de l'ouverture de vos universités, de rentrer à Roland-Garros dans un climat d'inquiétude des patrons. A l'orée de la campagne présidentielle, vous recevrez d'ailleurs 7 candidats qui devront répondre à ces inquiétudes demain. Ce matin, c'est nous qui allons vous poser des questions.
On va évidemment parler de la situation économique, du budget, de vos propositions, puisque le MEDEF a tout pour se faire entendre dans le débat présidentiel. Mais d'abord, Patrick Martin, un sujet transversal qu'on a tous vécu, subi cet été. Ce sont les conséquences du réchauffement climatique. Cette série de vagues de chaleur intenses qui ont des effets sur l'économie, sur la croissance. Alors vous qui parlez avec les patrons, ils en ressortent comment ? Ils en tirent quel bilan ? D'abord, ça nous rend encore plus conscients de ce péril climatique. On évoque les incendies, mais il y a pu y avoir des tornades ici et là, en Outre-mer notamment. Donc on est très mobilisés sur ce sujet.
Spécifiquement dans le Var, en Gironde, dans les Landes, il y a beaucoup d'entreprises qui sont directement affectées. Dans l'hôtellerie, la restauration, le camping, mais pas que. Ma propre entreprise a été touchée en Gironde. Donc on a mobilisé toutes nos troupes pour retrouver des financements pour, et malheureusement ça n'avance pas assez vite, déroger aux règles de reconstruction. Mais on a en face un État qui nous dit non, il y a des règles d'urbanisme, ça prendra deux ans si ça doit prendre deux ans.
Patrick Martin, quand Monique Barbu dit la canicule, ça a coûté 15 milliards d'euros. Et là, vous parlez des effets sur l'économie. Est-ce que ce chiffrage, il vous paraît à peu près dans le bon étiage ou excessif ?
Moi, je retiens plutôt ce que disent les assureurs, parce qu'ils sont directement concernés, et selon lequel il y aura des dizaines de milliards d'euros de dégâts sur la planète, et que ça va augmenter au fil des ans. Donc c'est de notre responsabilité collective, mais entrepreneuriale, d'abord de prévenir ce type de situation, et puis de savoir s'en protéger. Est-ce que les entrepreneurs prennent suffisamment leur part dans la transition ? On avait hier à ce micro Jean-Marc Jancovici, qui parlait encore d'un déni généralisé malgré la catastrophe qu'on a constaté très fort. Jean-Marc Jancovici, que j'apprécie beaucoup, on est d'ailleurs d'accord sur, j'allais dire, la promotion du nucléaire.
Je pense qu'il est très excessif, les chiffres sont là. On voit qu'en particulier l'industrie française a des émissions de gaz à effet de serre qui ont beaucoup baissé depuis 20 ou 30 ans. Ce n'est pas que parce qu'on a délocalisé, c'est parce qu'il y a eu de gros efforts. Après, ça coûte beaucoup d'argent, ça coûte 40 milliards par an aux entreprises de tenir la trajectoire de décarbonation. Ça renvoie à la nécessité quand même de ne pas étouffer les entreprises pour qu'elles disposent des capacités d'investissement pour être au rendez-vous. Alors, on va parler des difficultés et du blues des entrepreneurs en cette rentrée.
Mais la question qui domine en ce moment, c'est celle de nos finances publiques. Les taux d'intérêt français ont dépassé les 4%. Ça faisait 15 ans qu'on n'avait pas payé aussi cher pour emprunter. Ça vous inquiète ? Bien sûr que ça nous inquiète. Ça impacte tout le monde, y compris les ménages sur le crédit à la consommation, sur le crédit immobilier. Et donc, cette inquiétude, cette frustration aussi au regard d'un paysage politique qui est pour le moins gazeux, ça se traduit par quoi ?
Ça se traduit par le fait qu'on va être 20 000, 20 000 pour notre rencontre des entrepreneurs de France, cette université d'été, qu'on a eu 66 000 réponses de chefs d'entreprise, donc beaucoup de PME, de TPE qui composent les rangs du MEDEF pour exprimer cette frustration et cette inquiétude.
Frustration et inquiétude, est-ce que là encore, en termes de comportement d'investissement d'emploi, cette situation se traduit par quoi ? Par des entrepreneurs qui vous disent, moi, dans les mois qui suivent, dans les mois qui viennent, je vais geler des investissements que j'avais prévus, des embauches que je vais mettre sur pause ?
Absolument. En fait, depuis la dissolution, on a des politiques publiques, en particulier des politiques économiques, fiscales, sociales, qui sont très dissuasives pour les entreprises. Et donc, d'ores et déjà, dans les chiffres, on mesure moins d'embauches, moins d'investissement, moins de croissance, donc on est rentré dans une espèce de cercle vicieux. Parce que ça veut dire quoi ? Ça veut dire plus de personnes à indemniser, ça veut dire moins de rentrées fiscales, et donc il faut inverser cette logique.
On va parler du budget et notamment des décisions qui sont susceptibles d'être prises et leur impact sur l'activité économique. Juste avant, sur la question de la dette, on en parlait il y a encore quelques instants avec Dominique Seux et avec Clémence Guettet, la députée insoumise. Le débat a tourné autour de cette proposition émise par Jean-Luc Mélenchon de mettre au feu ou au frigo, c'est selon une partie de la dette française, 18% qui est la dette détenue dans les coffres de la Banque de France. C'est une proposition qui est également soutenue par le banquier de gauche, Mathieu Pigasse.
Est-ce que c'est une solution pour alléger le fardeau des finances publiques et pourquoi pas réutiliser cet argent peut-être pour soutenir les entreprises ?
Monsieur Pigasse qui a fait une énorme fortune, grâce à la faillite des Etats, peut-être songe-t-il à la même chose pour la France, c'est une vue de l'esprit. C'est une vue de l'esprit dont l'histoire d'ailleurs, il les a signés à une époque. Quand un Etat fait défaut, c'est terrible. C'est exactement comme pour un ménage. Quand vous ne remboursez pas un crédit, on vous coupe les vivres. Vous êtes interdit bancaire.
Un Etat ne fonctionne pas comme un ménage. Un ménage, on peut le déplorer, mais un ménage ne pourrait pas avoir 3 500 milliards de dettes et continuer à emprunter pour...
Proportionnellement, c'est exactement la même chose. Il faut avoir en tête que la dette française est majoritairement détenue par des créanciers étrangers. Ce qui n'est pas le cas au Japon ou en Italie, deux pays qui ont également une dette publique énorme. Donc, ces créanciers étrangers nous surveillent attentivement. C'est pour ça d'ailleurs que le spread, l'écart de taux qu'on a entre la France et certains pays, l'Allemagne, au premier chef, est en train d'augmenter. Parce que ces créanciers se disent, on ne va pas se mettre en risque de ne pas être remboursé par la France. Donc, il ne faut pas se raconter d'histoire. C'est peut-être très séduisant dans le cadre d'une campagne électorale.
C'est la baguette magique, c'est la pierre philosophale, c'est le fil à couper le beurre, c'est tout ce que vous voudrez. C'est une vue de l'esprit. Alors, cette situation économique, elle va évidemment peser sur le budget et l'élaboration du budget 2027. Sébastien Lecornu a lancé un appel à la responsabilité. Est-ce que vous y croyez ? Est-ce que vous pensez que les forces politiques vont réussir à se mettre d'accord, en particulier en année présidentielle, pour éviter des discussions à rallonge et pour éviter cette incertitude que vous dites tous payer en tant que chef d'entreprise ? Il faut absolument qu'on ait un budget. Moi, je ne suis pas constitutionnaliste.
Est-ce que ça doit passer par des ordonnances ? Est-ce que ça doit passer par un 49.3 ? En tout cas, il ne faut pas une loi spéciale qui figerait, on le sait, toutes les dépenses et qui accroîtrait encore le déficit. Ça a été chiffré jusqu'à 6%.
On précise une loi spéciale qui reconduirait le budget 2026 sur l'année 2027.
Et là, je peux vous dire que nos créanciers réagiraient séance tenante. C'est-à-dire, retireraient leur financement et que nos taux d'emprunt augmenteraient encore. J'insiste, ça impacterait tout le monde, pas seulement l'État. Non, la vraie difficulté de l'exercice, c'est que dans ce panorama, c'est tellement facile pour les politiques, j'allais dire de tous bords, de faire supporter la charge aux entreprises. L'effort partagé, il pèse déjà beaucoup sur les entreprises. On a les entreprises les plus taxées au monde. Alors, on peut se dire, ce n'est pas grave, c'est les actionnaires qui payent.
Si je regarde le MEDEF, simplement le MEDEF, principale organisation patronale, on a 12 millions de salariés dans nos rangs. Qu'est-ce qui se passe ? On n'embauche plus. Parfois, on doit licencier. On ne peut pas augmenter les salaires comme on voudrait augmenter les salaires. On n'investit pas. Regardez la surtaxe d'impôt sur les sociétés. Et donc, tout ça, c'est à cause des taxes et des cotisations ? Parce qu'on ne sait pas faire les efforts auxquels on ne pourra pas échapper de réduction de dépenses.
Alors, Patrick Martin, on va rentrer dans le détail des propositions que vous faites, mais si on s'arrête précisément sur ce que vous évoquiez, la surtaxe de l'impôt sur les sociétés, sur les grandes entreprises qui étaient dans le budget en 2026, qui étaient censées être temporaires, on le rappelle, là, il s'agit bien d'une surtaxe sur les grands groupes qui dégagent des bénéfices. Est-ce qu'on peut dire, comme vous le dites, il faut faire des efforts, il faut précisément éviter que les créanciers perdent confiance en la signature France et dire, par contre, dans les entreprises, là, nous, on a donné, on ne fait plus d'efforts ?
Mais, si je ne me trompe pas, et je ne me trompe pas, nos dépenses sociales sont payées à crédit dorénavant. Alors, on détourne le regard vers les entreprises. Il se trouve que les entreprises, et dorénavant, prioritairement, les très grandes entreprises, sont les plus taxées au monde. Donc, à un moment donné, c'est assez mécanique, l'économie. Vous avez moins d'argent, vous investissez moins, vous embauchez moins. Et donc, ça pose un premier problème, je dirais, objectif. Ça pose, par ailleurs, un problème en termes de message.
Quand l'État s'engage à ne prélever un impôt que sur une année, qu'il le reconduit une deuxième année, qu'il s'apprête à le reconduire une troisième année, ça crée une défiance à l'égard de l'État.
Mais, Patrick Martin, sur la question des engagements qui avaient été pris, vous avez raison, puisque, rappelons-le, c'était censé être temporaire, mais sur la philosophie globale d'un effort à faire à partir du moment où on a un déficit qui dépasse les 5%, une dette qui tangente les 115% de ce que l'on produit chaque année. Au nom de quoi, les entreprises devraient-elles être exonérées d'efforts qui sont pourtant fournis ? Il est question d'augmenter les franchises sur le remboursement des médicaments. Il est question de mettre à contribution les administrations et les ministères. Au nom de quoi, les grands groupes qui dégagent des bénéfices n'auraient pas à contribuer à cet effort ?
Parce que les entreprises, d'une manière générale, sont déjà les plus taxées au monde. On atteint notre seuil de douleur. J'observe une chose, ça fait 6 trimestres, 6 trimestres, que le chômage augmente. Où est-ce qu'il augmente ? Dans le privé. Est-ce que les emplois dans les fonctions publiques et singulièrement les collectivités locales ont diminué en même temps qu'ils diminuaient dans le privé ? Non. Il y a eu des créations d'emplois publics. Donc à un moment donné, il faudrait que chacun se mette bien en tête, ça n'est pas votre cas évidemment, que tout ça est payé par le privé et prioritairement par les entreprises.
Donc dire que les entreprises doivent faire un effort supplémentaire et en réalité qu'elles supporteront une fois de plus l'intégralité de l'effort, c'est scier la branche sur laquelle on est assis. Donc vous assumez de demander une année blanche sur les prestations sociales, de demander une augmentation de la TVA, ça c'est nouveau, plus 2%, donc on gèle les APL, le RSA, mais pour vous il n'y aura rien de plus. Je voudrais commencer par vous dire qu'il est question de désindexer ou sous-indexer les retraites, pour toute la partie des retraités. J'attire votre attention sur le fait que c'est à l'euro près le coût de la suspension de la réforme borne.
D'un côté on travaille moins, d'un autre côté on dépense plus. Mais à un moment donné, c'est des matériaux.
Donc les retraités qui sont susceptibles de voir leur pension désindexer payent la suspension de la réforme borne.
Absolument, et ça n'est pas fini si on ne revient pas à cette réforme, le cas échéant modifié. L'augmentation de la TVA plus 2% ? Mais on a fait une proposition qui est économiquement et socialement de loin la meilleure. Vous savez ce qu'on va vous rétorquer, une augmentation de 2%, c'est très inégalitaire, tout le monde la paye. Des gens qui ne sont pas dans la rationalité, qui sont dans la posture et dans le dogme. On dit la TVA, je vois bien qui dit ça, la TVA c'est antisocial, c'est absurde. La proposition qu'on a faite d'abord ne toucherait pas, pardon d'être un peu précis, le taux réduit.
Les ménages modestes, 50% de leurs dépenses, ce sont des achats à TVA taux réduit et des dépenses de logement qui ne supportent pas la TVA. Donc les ménages modestes non seulement ne seraient pas affectés, Quand ils vont faire son supermarché, ils ne sont pas à taux réduit ? Mais bien sûr que si, 50% des dépenses des ménages modestes, c'est le logement et des dépenses à TVA taux réduit. Par ailleurs, la proposition qu'on a faite, elle permettrait quoi ? D'augmenter les salaires nets, on a un vrai problème de pouvoir d'achat. Mais au-delà de ça, elle générerait de la croissance et très rapidement 300 000 emplois.
Je pense que les 300 000 jeunes en particulier qui trouveraient un emploi grâce à ça ne seraient pas mécontents.
Si je puis me permettre, sur les prévisions du MEDEF, la dernière fois qu'on a entendu un patron du MEDEF nous dire une politique va créer un million d'emplois, on n'en a pas tout à fait vu la couleur. Deux millions. Autant, donc Pierre Gattaz avait tout à fait vu juste dans la...
Il s'est trompé par modestie. Bon, je ne suis pas tout à fait sûr que... Écoutez, je prends les chiffres, s'ils soyons factuels, il y a deux millions d'emplois. Je ne sais pas que c'est du seul fait de Pierre Gattaz.
C'était un peu mon idée. Simplement, d'un mot sur les positions que vous tiendrez par rapport à Bercier et à Roland Lescure, qui est le ministre de l'économie. Est-ce que vous avez bon espoir d'obtenir gain de cause précisément sur cette question de la surtaxe de l'impôt sur les sociétés ? Ou au fond, est-ce que vous avez fait votre deuil du fait que de toute façon ce budget ne sera pas favorable aux entreprises ?
On ne fera jamais notre deuil de ces mauvaises nouvelles et de ces mauvaises décisions. On prend en compte le fait que le gouvernement a des marges de manœuvre incroyablement étroites et que finalement le job du Premier ministre, ça peut se comprendre, c'est de tenir. Donc, ça les amène à prendre des décisions qui ne sont pas courageuses. Ce n'est pas de leur fait, c'est du fait de l'Assemblée Nationale, qui ne sont pas courageuses et qui en réalité, non seulement ne règlent pas les problèmes fondamentaux de l'économie française, mais les augmentent. Bon courage à qui sera président ou président de la République en 2027.
Eh bien justement, Patrick Martin, ça fait partie des sujets que vous aborderez évidemment avec les candidats à l'élection présidentielle, les sept candidats à l'élection présidentielle que vous recevrez demain aux universités de rentrée du MEDEF à Roland-Garros. Pour ce qui est présenté dans la presse comme le premier débat de l'élection présidentielle, de la campagne présidentielle. Est-ce que d'abord, avant de rentrer dans le détail de ce que vous leur demanderez, vous pouvez nous expliquer à quoi ça va ressembler ? Est-ce que, parce que parfois on nous dit, oui c'est des débats et en fait c'est les gens qui parlent les uns après les autres.
Est-ce qu'ils vont vraiment pouvoir débattre entre eux ?
Écoutez, on va quand même essayer d'encadrer ce débat qui va quand même durer deux heures. Donc ça laisse de la place aux expressions. Mais ces candidats vont être interrogés par cinq chefs d'entreprise, adhérents du MEDEF, des dirigeants de PME. Donc il y a une liste de courses sur des sujets qui se rapportent à l'entreprise et à l'économie. Donc on va s'appliquer à ce que les prises de parole répondent à ces questions. Mais ils pourront s'interpeller entre eux ? Ils feront ce qu'ils voudront, je les crains d'une certaine manière. Non mais j'insiste beaucoup là-dessus. Notre rencontre des entrepreneurs de France, des entreprises de France, c'est un événement entrepreneurial et économique.
Mais dans un pays où il y a 57% de dépenses publiques, l'entreprise est minute après minute concernée par la dépense publique. Donc on se doit d'avoir un regard attentif sur le politique. Patrick Martin, on se demande ce que vous attendez de ces candidats à l'élection présidentielle alors que vous avez fait réaliser un sondage auprès de plus de 65 000 patrons qui voient l'avenir en noir. Ils sont 82% à se dire pessimistes quant aux effets de la politique économique due ou de la prochaine présidente sur leur entreprise. C'est quoi ça si ce n'est pas un rejet total de la politique ?
Non, c'est un signal d'alarme, un appel non pas désespéré mais véhément à ce que nos politiques, la plupart d'entre eux qui ne le font pas, s'intéressent beaucoup plus à l'économie et à l'entreprise. Quand vous regardez la teneur du débat public, on ne parle vraiment pas beaucoup d'entreprise et d'économie. C'est un cas unique au monde. Unique au monde. Dans tous les autres pays, en tout cas les pays libéraux, démocratiques, l'entreprise est beaucoup plus considérée. Et j'insiste là-dessus, et nos concitoyens le savent pour la plupart d'entre eux, l'entreprise est un collectif, c'est beaucoup les salariés eux-mêmes.
Patrick Martin, essayons de faire un tour d'horizon des profils de ceux que vous allez recevoir et notamment de leur programme. Commençons par le Rassemblement National. Marine Le Pen sera là, ce sera donc elle la candidate, qui contrairement à Jordan Bardella n'a pas l'air pressé, c'est un euphémisme, d'amender la réforme des retraites qui est celle du Rassemblement National, qui, je le rappelle, prévoit de permettre de partir à 62 ans, voire un peu plus tôt pour ceux qui ont commencé à travailler tôt. Question assez simple, est-ce que l'élection du Rassemblement National serait un danger pour l'économie française ?
Écoutez, nous, on est démocrate, donc on se pliera finalement...
Mais être démocrate et respecter les règles du jeu n'empêche pas d'avoir un avis sur l'effet d'un programme sur l'économie.
L'avis, il est très difficile à exprimer, s'agissant du Rassemblement National, Marine Le Pen ou de beaucoup d'autres candidats, mais c'est assez normal, on est à 7 mois encore de l'élection, on ne voit pas beaucoup de programmes précis. Nous, ce qu'on attend, c'est de la clarté, c'est de la loyauté et c'est du courage. On ne peut plus se dérober à des décisions courageuses, singulièrement sur les retraites, ça ne serait pas un drame. Et donc, il faut arrêter par démagogie de faire croire des choses qui sont des illusions.
Mais donc, c'est un danger pour l'économie française, vous n'êtes pas en capacité de répondre à cette question ?
Je pense que si Mme Le Pen ne s'amende pas, je le dis respectueusement à son égard, comme à l'égard de tout autre candidat sur le sujet des retraites, ça accentuera les difficultés très graves de l'économie française. Vous continuez à échanger avec le Rassemblement National, qu'est-ce que vous dites quand vous voyez que votre homologue de la CFDT, Marie-Élise Léon, explique hier qu'elle ne leur parlera plus, elle ne parlera plus aux candidats d'extrême droite, je la cite. Oui, vous pourriez citer d'autres syndicats qui assument totalement de parler, y compris avec l'extrême droite, de la même manière que nous parlons avec LFI, on aura M. Mélenchon demain lors de notre REF.
Donc le moins qu'on puisse faire quand même, c'est primo de nous inquiéter, de nous interroger sur la teneur des programmes des uns et des autres, d'une extrémité à l'autre du spectre politique, et puis c'est ça le plus important, c'est de leur dire ce que l'on pense et ce que l'on veut. Il ne faut pas inverser les rôles. Il appartient à ces candidats ou candidates d'écouter la réalité du pays, la réalité économique.
D'accord, mais ça, pardon, Patek Martin, il y a un peu de slogan là-dedans, on voit quand on vous pose la question des dangers respectifs du programme du Ration National, Je ne connais pas les programmes. Ou de la France Insoumise, écoutez, je crois qu'on connaît à peu près les grandes lignes de ces programmes, on parle de politique économique, on a parlé du projet de Jean-Luc Mélenchon d'effacer une partie de la dette, entre les deux programmes, lequel vous inquiète le plus comme patron du patron ? Je ne connais pas ces programmes.
Monsieur Mélenchon essaie de faire croire qu'il est favorable aux petites et moyennes entreprises, je suis bien curieux de savoir en quoi il est favorable. Ce sont des slogans, vous me parlez de slogans, on voit là un slogan. Donc nous, on attend de connaître la réalité et le détail des programmes. Et on verra qui est qui, et on verra qui est courageux. J'insiste là-dessus, sur le plan économique, on est sur un point de bascule en France, je ne reprends pas tout ce qu'on a évoqué déjà sur la croissance, le chômage, l'investissement, j'en passais des meilleurs, le déclassement de la France. Et puis pardon, j'insiste sur un point qui...
Mais alors pardon, mais prenons à l'inverse, chez vos, j'allais dire vos administrés, vous n'êtes pas tout à fait maire des patrons, mais en tout cas chez ceux que vous représentez, qu'est-ce qui les inquiète le plus entre le programme du Rassemblement National et le programme de la France Insoumise ?
Mais je vais vous dire très sincèrement, et les yeux dans les yeux, les chefs d'entreprise ne se lèvent pas tous les matins en se demandant s'ils vont voter Mélenchon, Le Pen, Philippe, Attal, Rotaillot, je ne sais qui. Les chefs d'entreprise, et c'est encore plus vrai aujourd'hui, parce que la situation est sur un point de bascule, se lèvent tous les matins en se demandant s'ils vont regardir leur carnet de commandes,
s'ils vont pouvoir faire les paix. Ce qui est en partie lié aux décisions politiques qui seront prises en mai
2027. Les non-décisions actuelles, et effectivement les décisions qui seront prises en 2027. Mais que voulez-vous ? On est en face d'une urgence économique. Nous, ce qui nous intéresse, c'est de savoir si les candidats prennent en compte cette urgence économique. Et puis, pardon d'insister là-dessus, prennent en compte une situation qui est scandaleuse et que le MEDEF pointe depuis deux ans dorénavant, qui est la situation de la jeunesse.
Parce que la jeunesse, vous considérez que l'emploi des jeunes a diminué, le chômage des jeunes a diminué sur les 10 ans d'Emmanuel Macron.
Mais, non, c'est pas lié à ça. Enfin, si, c'est en partie lié à ça, mais pas que... On a 22% de taux de chômage des jeunes. On a un taux d'emploi des jeunes qui est de 35%. Il est 51% en Allemagne. Il est de 75% aux Pays-Bas. Ça pose des problèmes de santé mentale. Ça pose des problèmes d'accès à l'emploi. Ça pose des problèmes de pouvoir d'achat. Ça pose des problèmes de logement. On parle beaucoup des seniors. Et il faut parler des seniors. Alors, personne ne parle des jeunes. Si le MEDEF parle des jeunes, ça renvoie à quoi ? À l'apprentissage, à la réforme des lycées professionnels, à l'accueil des jeunes et des enseignants dans les entreprises.
Je vais commettre un livre qui sortira mi-septembre sur ce sujet-là. Il y a une impérieuse nécessité, et ça renvoie au programme des candidats, de se pencher prioritairement sur cette situation. C'est-à-dire de demander des aides ? En l'occurrence, parce que quand on parle apprentissage et qu'on demande pourquoi il y a moins d'apprentis désormais, vous répondez, parce qu'on est moins aidé. A vrai dire, si on est aidé, c'est avec de l'argent intégralement financé par les entreprises. Donc, c'est un peu hâtif de dire qu'on est aidé. Et ça ne se résume pas à ça. Nous, on est très demandeurs.
Je crois que les syndicats le sont aussi, d'être beaucoup plus impliqués, par exemple, dans l'orientation, dans ce qu'on appelle la carte des formations. Il faut arrêter d'égarer des jeunes, y compris dans l'enseignement supérieur, dans des formations qui n'assurent pas de débouchés professionnels. La Suisse, 70% de chaque classe d'âge qui passe par l'apprentissage. Taux de chômage des jeunes, 3,2%. 22% en France. Donc, à un moment, ce n'est pas des histoires de crédit, d'aide, de subvention, de quoi que ce soit. Ce sont des questions de bon sens et d'intelligence collective.
Patrick Martin, si on continue et qu'on termine le tour d'horizon, le candidat à la primaire social-démocrate, Raphaël Glucksmann, propose à verser au débat cette proposition d'augmenter le salaire net, comme vous le souhaitez, sauf que vous, vous souhaitez le financer par une augmentation de la TVA de 2 points, lui souhaite taxer les 1% des plus gros héritages en France qui rapporterait, il l'a chiffré, 15 milliards d'euros. Est-ce que c'est une bonne idée ? Il poursuit le même objectif que vous, augmenter le salaire net des Français.
Écoutez, comment dire, c'est un système de vastes communicants. Au bout du compte, ça ne créera pas 1 euro de richesse supplémentaire en France. Pas 1 euro. Et c'est pire que ça, je crois qu'il y a des économistes assez affûtés, peut-être plus affûtés que M. Zuckmann, d'ailleurs, qui ont démontré que ça ferait fuir des capitaux, ça dissuaderait l'investissement en France.
Ce n'est pas la taxe Zuckmann, ça, taxer 1% des plus gros héritages.
C'est la logique, c'est la philosophie de la taxe Zuckmann. Et puis, là aussi, il faut être objectif, lucide et honnête. La France est un des pays où les répartitions de revenus et de patrimoine sont les plus égalitaires au monde, après redistribution. Donc voilà, on entretient ces écrans de fumée. Et nous, ce qui nous importe, c'est de parler des faits et des réalités et de la concurrence internationale. Ce que vous allez faire aujourd'hui et demain pour votre rentrée, vos universités d'été du MEDEF. Merci, Patrick Martin, d'avoir été au micro de France Inter ce matin. La revue de presse à suivre. Merci.
Merci. Merci. Merci. Merci.