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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 7 octobre 2022 16 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalImmigration & asileSolidarités & famille

Bolloré : "candidat de Dieu" en 2027 ? | Théophile Kouamouo

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 80 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 90 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:53OuverteRéponse partielle

    Au-delà du buzz, de quoi cette séquence peut être le nom ?

  • 1:16ComplaisanteRéponse directe

    Éclaire-nous, éclaire-nous sur ce qui s'est passé !

  • 4:34OuverteRéponse directe

    Et on n'achète pas sa place au paradis avec des milliards, n'est-ce pas ?

  • 4:53OuverteRéponse directe

    Tu voulais qu'on se rappelle un moment politique qui a eu lieu à l'église Martin Luther King ?

  • 11:59OuverteRéponse directe

    Théophile, est-ce qu'il faut prendre au sérieux l'idéologue politique Vincent Bolloré ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:40InvitéFait
    « On vit dans un monde où le péché n'existe plus. »
  • 0:43InvitéFait
    « Et donc on ne sait même plus que des cas de possession font partie, malheureusement, du quotidien. »
  • 3:51InvitéFait
    « Quand on sait que Vincent Bolloré dit avoir la foi du charbonnier, »
  • 3:55InvitéFait
    « il dit qu'il croit toutes les paroles des Écritures, »
  • 3:57InvitéFait
    « y compris il croit en la parole qui dit qu'il est plus difficile pour un riche d'arriver au paradis que pour un chameau d'entrée dans le trou d'une aiguille. »
  • 6:05InvitéFait
    « c'était l'homme le plus détesté de France. »
  • 6:08InvitéFait
    « Et après, il a pu être candidat à la présidentielle. »
  • 12:44InvitéFait
    « il faut prendre au sérieux l'idéologue politique Vincent Bolloré. »
  • 12:47InvitéChiffre
    « Éric Zemmour ait quand même fait 7% à l'élection présidentielle, »

Temps de parole

  • Invité76 %
  • Présentateur15 %
  • Invité 26 %
  • Présentateur 23 %

1,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

A la deuxième partie désormais, c'est une séquence qui fait le buzz sur les réseaux sociaux, une discussion théologique assez particulière pour ne pas dire plus sur ce qui est censé être une chaîne d'information. C'était sur CNews, dans le cadre de l'émission Enquête d'esprit. On regarde un extrait. Bienvenue dans Enquête d'esprit. C'est une réalité plus sournoise que tous les virus, plus dangereuse que toutes les épidémies, plus contagieuse aussi que toutes les infections. Mais elle est rarement évoquée et encore moins prise au sérieux. Cette réalité, ce sont les forces du mal sous toutes leurs manifestations. Elles étendent leur pouvoir dans toutes les sphères de la société.

L'actualité le montre amplement pour nous conduire au désespoir.

0:40
Invité

On vit dans un monde où le péché n'existe plus. Et donc on ne sait même plus que des cas de possession font partie, malheureusement, du quotidien. Anne Bernay ? Il y a beaucoup de raisons. Peut-être aussi le fait que de moins en moins de gens soient baptisés.

0:53
Présentateur

Au-delà du buzz, de quoi cette séquence peut être le nom ? Surtout quand on sait que CNews appartient à Vincent Balloré, qui se présente comme un catholique affirmé, voire traditionnaliste. Mon collègue et camarade Théophile Coameau a voulu aller plus loin que quelques secondes d'ISMAGE. C'est l'éclairage de la rédaction. Salut Théophile !

1:15
Invité

Salut Nadia !

1:16
Présentateur

Éclaire-nous, éclaire-nous sur ce qui s'est passé !

1:19
Invité

En fait, ça a suscité des moqueries, beaucoup de ricanements sur les réseaux sociaux. Cette petite séquence qui a été coupée. Mais je pense qu'on aurait tort de se moquer. Déjà, avant de se moquer, si on veut vraiment le faire, il faut prendre le temps de regarder le dispositif et de l'analyser. Le dispositif auquel on a affaire. Alors, tout ceci est diffusé dans une émission qui s'appelle Enquête d'esprit. Enquête d'esprit, c'est une émission religieuse dominicale. On va dire que c'est un peu le jour du Seigneur en version média privée appartenant à un milliardaire.

Et en réalité, le sujet évoqué, le combat spirituel, les anges et les démons, l'a déjà été à plusieurs reprises dans le jour du Seigneur. Il faut juste aller dans les archives de l'émission du service public pour s'en rendre compte. Mais c'est la manière d'en parler qui diffère. Sur Enquête d'esprit, il y a moins de recul. Il y a des bandeaux un peu putacriques, on pourrait dire. Il y a une écriture de chaînes d'info et un registre de télévangélistes de YouTube un peu hardcore qui attire parce qu'ils frappent les esprits. Et donc, sans effort de médiation entre la personne qui reçoit le message et la personne qui l'émet, cet univers, il percute le grand public français.

C'est un grand public français, finalement, assez déchristianisé, assez déreligiosé, si on peut dire, qui croyait avoir affaire à un média d'info. Enfin, l'effet de sidération est garanti, les gens se demandent, mais c'est quoi ce truc ?

La différence de taille entre un sujet comme ça évoqué par le jour du Seigneur et un sujet pareil évoqué par Enquête d'esprit, c'est que le dimanche matin sur le service public, tu as le jour du Seigneur, tu as l'émission Présence protestante, la séquence des juifs est à la séquence des musulmans, c'est-à-dire, a priori, c'est deux heures, je crois, le matin, où, en fait, des différentes confessions représentatives en France, y compris le bouddhisme, peuvent évoquer les questions spirituelles. Là, c'est très catho et c'est très identitaire. Très, très identitaire.

Et quand on regarde la manière dont cette émission peut passer du séculier au spirituel, on se rend compte qu'il y a là une sorte de socle spirituel à un identitarisme politique. Et l'animateur, Émeric Pourbet, c'est l'ancien directeur du magazine France Catholique, qui était tellement vieillot qu'il ne marchait pas. Et ce magazine a été racheté. Il a été sauvé, en réalité, par Vincent Bolloré en 2018. Quand on sait que Vincent Bolloré dit avoir la foi du charbonnier, il dit qu'il croit toutes les paroles des Écritures, y compris il croit en la parole qui dit qu'il est plus difficile pour un riche d'arriver au paradis que pour un chameau d'entrée dans le trou d'une aiguille.

En réalité, en sauvant France Catholique à 70 ans, en donnant l'impression d'exister et d'être une sorte de protecteur de la catholicité, il essaie peut-être de s'acheter une place au paradis. Ça pourrait être, disons, touchant. Mais bon, il y a quand même des enjeux politiques qui sont bien plus préoccupants qu'un petit moment de buzz pourrait le laisser supposer.

4:34
Présentateur

Et on n'achète pas sa place au paradis avec des milliards, n'est-ce pas ? Alors, c'est news.

4:38
Invité

Il faut le dire à Vincent.

4:39
Présentateur

Il faut le dire à Vincent. Vincent, on n'achète pas le paradis avec des milliards. Alors, c'est news, c'est en quête d'esprit, cette émission dominicale. Mais c'est aussi face à l'info animée par Christine Kéli, qui a longtemps eu pour chroniqueur principal Éric Zemmour. Et au sujet de ces deux, tu voulais qu'on se rappelle un moment politique qui a eu lieu à l'église Martin Luther King à Créteil, en banlieue parisienne. Regarde un extrait. À chaque fois, je me dis, mais c'est ce sujet-là qu'on va aborder.

5:05
Invité

Qu'est-ce que je pourrais bien dire ? Je me tais. Dieu, tu prends les rênes. C'est facile à dire, mais c'est la première fois que je l'ai expérimenté vraiment. Je me suis complètement effacée derrière Dieu. Et je l'ai laissée piloter. Tout piloter. Mais j'ai tellement laissé Dieu tout piloter. Envers et contre tous. Envers et contre toutes les insultes. Contre toutes les menaces. Et je lui ai dit, si tu m'envoies là, c'est que tu as une mission. Je ne sais pas laquelle. Dans chaque interview, je dis que je prie avant l'émission. Dans chaque interview, je dis que le monde est spirituel. Le monde n'est pas matériel. C'est Dieu qui faisait.

Tu te rends compte qu'elle n'a jamais fait autant d'audience de son existence, cette chaîne. Que cette case horaire n'a jamais fait autant d'audience. Une chose est sûre, c'est que lorsqu'il est arrivé dans l'émission, c'était l'homme le plus détesté de France. Et après, il a pu être candidat à la présidentielle. Alors, Nadia, cette séquence, déjà, elle est frappante parce qu'une journaliste qui, a priori, vend son cerveau et ses compétences à son ampleur, dit qu'au final, finalement, elle ne bossait pas. C'est Dieu qui bossait. Donc, on peut, une fois de plus, en rigoler. Mais, cette manière de parler est un registre spécifique. C'est le registre du témoignage.

Dans les églises évangéliques, tous les dimanches, les gens témoignent de leur combat professionnel, personnel, etc. Et ils expliquent comment ils se sentent accompagnés par Dieu. Donc, a priori, pour quelqu'un qui n'est pas, disons, extrêmement politisé, pour quelqu'un qui n'a pas de considération particulière sur le journalisme, c'est un discours qui est proche de lui, s'il appartient à cet univers spirituel-là. Et donc, Christine Kelly arrive dans un registre de proximité avec un public qui est un public évangélique, qui est en dehors des radars, en France. Puisque, en gros, en France, il y a les catholiques, il y a un peu les musulmans.

Il y a un espace très faible pour les évangéliques, qui sont souvent considérés comme, disons, des suicédanés de l'Amérique, alors qu'il y a une tradition évangélique en France qui est séculaire. Alors, et en plus, d'un point de vue sociologique, c'est un public populaire, un public très métissé, très divers, où vous retrouvez beaucoup de personnes d'origine d'Afrique subsaharienne, des Antilles, et même des Chinois d'origine, qui sont souvent de banlieue, dans les grandes églises de banlieue parisiennes. C'est la France d'en bas. Et en réalité, Christine Kelly commence par un témoignage qui leur explique « je suis des vôtres ».

Et en réalité, effectivement, il y a beaucoup d'Antillais qui sont soit catholiques, soit évangéliques, mais il y a beaucoup plus de croyants, par exemple, parmi les Antillais que parmi les gens de France métropolitaine. Donc, je suis comme vous, et Dieu m'a aidé alors que j'étais humilié par la bien-pensance de gauche et du système, et finalement, alors que j'étais voué à faire une émission qui ne marcherait pas, c'est une émission qui cartonne, et elle opère un glissement.

C'est-à-dire qu'elle passe de sa carrière journalistique, de ses combats légitimes en tant que mère de famille, qui a pu connaître le chômage, qui aujourd'hui renaît professionnellement, elle passe de son témoignage et de l'effet de proximité dont elle joue, pour faire accepter un homme politique, pour le banaliser, c'est un homme politique, en réalité, qui regarderait les personnes à qui elle s'adresse avec un regard malveillant. Et donc, il s'opère ainsi une forme de banalisation de l'extrême droite.

Dans un autre contexte où la question du conservatisme est très mal évaluée en France, c'est-à-dire que sur les questions qu'on pourrait considérer comme sociétales, sur les questions de progressisme, il peut y avoir des passerelles entre un public populaire originaire de l'immigration et un public, disons, de droite conservatrice. Et le fait, justement, d'utiliser le registre religieux pour parler à ce public, qui, demain, va aller regarder, ou bien le soir même, va aller regarder en replay l'émission Enquête d'Esprit, et qui va voir qu'on parle notamment de la condamnation de l'euthanasie, et qu'on va parler d'un certain nombre de thèmes, des traditions, etc.

Je trouve qu'il s'opère là à une sorte de rapprochement. Il tente d'opérer à une forme de rapprochement qui donnerait à une extrême droite qui, finalement, a réussi à conquérir, par un certain nombre de moyens douteux, les classes populaires blanches. Peut-être que la prochaine étape, c'est justement les classes populaires issues d'une certaine immigration, pas de toutes les immigrations, mais d'une certaine immigration. Et en ce sens, c'est quelque chose qu'il faut observer, d'autant plus que la question de la politique des identités est mal pensée par la scène politique française. Elle est mal adressée, notamment par la gauche.

Je considère que l'extrême droite est plus en prise avec ce qui peut remonter des réseaux sociaux, et c'est manipuler un certain nombre de patients populaires, notamment la question des antivax, c'est-à-dire les personnes qui ont été hostiles au fait qu'on leur impose les vaccins sur le Covid. En réalité, nous sommes dans une période de récits des apocalypses, que ce soit d'un point de vue écologique ou bien d'un point de vue même militaire, avec le spectre de la guerre nucléaire.

Et dans ce moment de récits des apocalypses, en fait, l'extrême droite peut se servir de la prévention d'un certain nombre public pour la vaccination, d'un certain nombre de sujets qui ne sont pas des sujets directement politiques pour tracer son chemin. Et la question, finalement, la figure satanique, la figure du mal absolu peut être convoquée pour être collée à l'adversaire politique qui entrerait dans un grand complot mondialiste et apocalyptique, etc. C'est extrêmement dangereux.

C'est pour ça que, quelque part, il faut penser ces sujets, il faut connaître la France et les Français et il faut réfléchir à, disons, quelle réponse de gauche apporter à ce nombre de publics qui se posent des questions légitimes sur l'avenir proche.

11:53
Présentateur

Alors, c'est dangereux et je trouve ça orgueilleux. C'est aussi pour ça que je riais. Je tiens aussi à le préciser. C'est que je trouve que Christine Kili est vraiment dans une posture un peu délue, ce qui est assez prétentieux. Je suis le canal à travers lequel Dieu communique, fait passer ses messages. Dieu a mis la baraka dans cette émission et a aussi donné le succès que l'on connaît, enfin, que l'on a connu, puisque pour moi, Éric Zemmour est aujourd'hui oublié. Donc, c'est vraiment pour ça que je riais. Je ne riais pas en raison de sa foi, que je respecte totalement. Théophile, est-ce qu'il faut prendre au sérieux l'idéologue politique Vincent Bolloré ?

12:37
Invité

– Alors, il faut peut-être tolérer Vincent Bolloré. Mais je pense que oui, il faut prendre au sérieux l'idéologue politique Vincent Bolloré. Le fait qu'Éric Zemmour ait quand même fait 7% à l'élection présidentielle, même si les sondages le mettaient plus haut et qu'il ait pu justement utiliser la plateforme Bolloré pour monter. La décomplexion avec laquelle Vincent Bolloré, finalement, joue de son influence économique pour devenir un influenceur politique, la connaissance et la compréhension d'un certain nombre de mécanismes liés à la mondialisation par Vincent Bolloré, parce qu'il y a aussi une mondialisation, disons, des représentations, que l'on soit en France, au Brésil ou en Afrique.

Je pense qu'il y a une sorte, justement, de sentiment d'élection de Vincent Bolloré qui, comme je le disais, redoutant la mort, essaie d'être utile à ce qu'il considère comme un combat à la fois politique et spirituel. Et il a du flair, il a des bonnes intuitions. S'il y a eu des bonnes intuitions dans le domaine des affaires, rien ne prouve qu'il n'aura pas de bonnes intuitions dans le domaine politique. Et il faut effectivement faire attention. Et il ne s'agit pas surtout de se moquer.

On constate que, justement, sur la question de la vaccination, il y a un certain nombre de publics qui n'étaient pas extrêmement politisés, qui considèrent que, finalement, CNews, c'est ceux qui disent la vérité sur la question de la vaccination, qui laissent parler les antivax. Et donc, finalement, ce serait une sorte de milliardaire qui ne serait pas comme les autres. Et là, on entre dans une sorte de registre Trumpien, parce que Trumpien, finalement, a été plébiscité par des classes populaires qui se sont détournées du Parti démocrate parce qu'ils ne prenaient pas en compte leurs préoccupations. Et elles ne se sont pas tournées vers un révolutionnaire.

Elles ne se sont pas tournées vers Bernie Sanders, mais vers Donald Trump. Parce que, quelque part, il y avait une maîtrise de la grammaire médiatique. Parce qu'effectivement, quand tu es à la télé quasiment tous les jours, bien tu peux influencer ce discours de la télé quasiment tous les jours, tu as du pouvoir. Vincent Bolloré a du pouvoir. C'est quelque chose... Et c'est en cela qu'il est plus fort et peut-être plus dangereux qu'un Patrick Drahi ou que, disons, la famille Dassault parce qu'il a, lui, vraiment un agenda politique qui est peut-être distinct de son agenda d'hommes d'affaires. Et on ne sait pas jusqu'où ça pourrait aller.

15:17
Présentateur

Oh, il pourra se présenter, je pense, aux prochaines élections on fait le pari ou pas ici avec vous.

15:21
Invité

Peut-être pas, ou alors c'est à Christine Kelly.

15:24
Présentateur

Merci, Théophile, pour cet éclairage très fin. Merci à vous d'avoir suivi ce Flash Info. N'oubliez pas que le média ne vit que grâce à vous, à vos dons, ainsi qu'à vos abonnements. Alors soutenez-nous, aidez-nous et faites vivre la presse libre et indépendante. Quant à moi, je vous retrouve pour le Flash de 17h, votre dernier bulletin de la journée. N'oubliez pas votre grand rendez-vous du soir avec Toujours Debout à 18h30. A tout à l'heure. à 18h30.

15:47
Locuteur

Merci, Théophile. Merci, Théophile.