Vacances pour tous : les propositions de François Ruffin - C à vous - 19/06/2023
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:06OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on peut dire que c'est une nouvelle version des congés payés que vous voulez proposer, le Front populaire, mais version 2023 ?
- 0:17FerméeRéponse directe
Et ça doit passer par une loi ?
- 1:20RelanceRéponse directe
Ce n'est pas le domaine privé, les vacances ?
- 1:59OuverteRéponse directe
Donc concrètement, ça passe par quoi ?
- 2:12RelanceÉludée
Arrêter les TGV ?
- 2:24OuverteRéponse directe
Le prix des trains.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:29Invité politiqueFait
« Il y a Esperanza, 21 ans, qui me dit « Moi, de temps en temps, je pars à Épinay-sur-Seine chez mes cousins. » »
- 0:52Invité politiqueFait
« un chef d'équipe dans l'industrie agroalimentaire qui me dit « Bon, je travaille, je travaille la nuit. Ma femme travaille à l'hôpital et pourtant, je ne peux pas emmener mes enfants en vacances à Narbonne » »
- 1:03Invité politiqueFait
« « alors que mon père, il y avait un seul salaire dans la famille et on partait avec et on partait en vacances. » »
- 1:47Invité politiqueChiffre
« un sociologue comme Jean Viard, il dit qu'on devrait avoir pour objectif, maintenant, il y a 60% des Français qui partent en vacances, ça stagne depuis des décennies, même si là, ça a diminué sous l'effet post-Covid, inflation, et ainsi de suite, on devrait avoir pour objectif de passer à 80% des Français. »
- 2:29Invité politiqueChiffre
« on a, pendant les mois d'été, le TER à volonté pour 29 euros, et on a les retours en TGV pour 29 euros également. »
- 3:34Invité politiqueChiffre
« Mesurer qu'aujourd'hui, 32% des Français se privent sur leur alimentation pour partir en vacances »
- 3:43Invité politiqueChiffre
« Vous avez 3 millions d'enfants qui ne partent pas en vacances. »
- 4:16Invité politiqueChiffre
« Pour partie, il y a les autoroutes, c'est 4,5 milliards d'euros de profit cette année et 4 milliards d'euros sont versés en dividendes aux actionnaires. »
- 4:46Invité politiqueChiffre
« le train, c'est financé par une taxe sur le kérosène, qui rapportera même au-delà de ce qu'il est dépensé. »
- 5:00Invité politiquePromesse
« C'est quoi ? C'est l'assurance que tout enfant, au primaire, une fois pendant l'été, pendant ses 5 années de primaire, il partira 15 jours à la montagne ou 15 jours à la mer. »
- 6:46InvitéChiffre
« plus 30% en 10 ans, plus 8% en 2022 »
- 7:06Invité politiqueChiffre
« Il y a 3 000 ruptures de stock en ce moment sur les médicaments, ça a été multiplié par 6 en 5 ans. »
- 8:30Invité politiqueChiffre
« Sous Macron, qu'est-ce qu'il a fait ? 50 milliards d'euros de recettes en moins tous les ans. »
Temps de parole
- François Ruffin81 %
- Invité7 %
- Invité 27 %
- Présentateur5 %
≈ 9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Avec cinq autres députés de la NUPES, vous avez donc présenté aujourd'hui une proposition de loi pour que le droit au départ en vacances devienne effectif. Est-ce qu'on peut dire que c'est une nouvelle version des congés payés que vous voulez proposer, le Front populaire, mais version 2023 ?
En tout cas, il y a un devoir de remettre de la joie aujourd'hui pour les Français. Moi, pourquoi je fais cette proposition ?
Et ça doit passer par une loi ?
Oui, oui, oui. Pourquoi ? Je vous explique. D'abord, dans la durée, qu'est-ce que je constate ? Chez moi, encore, il y a 15 jours, je reçois des jeunes qui jouent au volleyball dans une association. Je leur demande alors, bon, vous allez faire quoi pendant les vacances ? Il y a Esperanza, 21 ans, qui me dit « Moi, de temps en temps, je pars à Épinay-sur-Seine chez mes cousins. » Donc ça doit être à peu près aussi joyeux que les quartiers nord d'Amiens, c'est-à-dire qu'il doit y avoir des tours. Et même quand je reste à Amiens, je n'ai pas d'activité. Et ça, je l'entends tout le temps, tout le temps, tout le temps. Donc c'est la première chose.
La deuxième chose qui me fait avoir une proposition de loi là-dessus, c'est qu'au fil de l'année, j'ai entendu comme une musique, par exemple, un chef d'équipe dans l'industrie agroalimentaire qui me dit « Bon, je travaille, je travaille la nuit. Ma femme travaille à l'hôpital et pourtant, je ne peux pas emmener mes enfants en vacances à Narbonne, alors que mon père, il y avait un seul salaire dans la famille et on partait avec et on partait en vacances. » C'est un point de détail, mais ça dit le sentiment de déclassement. Ce que mes parents m'ont offert, je ne suis pas apte de les offrir à mes enfants. Or, quand on regarde, c'est comme si la politique ne s'intéressait pas aux vacances.
– Ce n'est pas le domaine privé, les vacances ?
– Mais non, je pense que ça ne doit pas être seulement du domaine privé. Sinon, on n'aurait pas eu les billets populaires mis en place par Louis Lagrange en 1936. Donc ça n'est pas que de la sphère privée. Si on est dans la sphère privée, c'est un, la famille, et c'est très bien, mais il y a des familles qui ont les moyens de partir, des familles qui n'ont pas les moyens de partir, et c'est deux, le marché, et le marché, c'est le tri par le porte-monnaie. Donc il faut une politique publique des vacances.
Il faut un accompagnement, et même, vous savez, un sociologue comme Jean Viard, il dit qu'on devrait avoir pour objectif, maintenant, il y a 60% des Français qui partent en vacances, ça stagne depuis des décennies, même si là, ça a diminué sous l'effet post-Covid, inflation, et ainsi de suite, on devrait avoir pour objectif de passer à 80% des Français.
– Donc concrètement, ça passe par quoi ?
– Le premier poste de dépense des Français, ce sont les déplacements. Pourquoi ? Parce que les trois quarts des Français partent en vacances dans leur famille. Donc il n'y a pas de frais d'hébergement. Donc, qu'est-ce qu'on doit faire ? On doit, un… – Arrêter les TGV ? – Un, diminuer, non, pas du tout. – Pardon, je n'ai pas dit. – Monsieur Cohen, vous savez très bien que je n'ai pas dit ça. J'ai dit que les milliards, on aurait dû les mettre dans les trains du quotidien, et pas seulement. – Bon. – Un, on doit diminuer…
– Le prix des trains.
– Le prix des trains, c'est ce qui s'est fait en Allemagne, et avec un succès immense, immense, immense. Donc, ce que c'est, là, c'est de dire, on a, pendant les mois d'été, le TER à volonté pour 29 euros, et on a les retours en TGV pour 29 euros également. Bon, ça, c'est la première chose. Et ensuite, il y a quand même les trois quarts des Français prennent la voiture, et donc, tu sais, le péage gratuit, le péage gratuit, je veux dire, les sociétés d'autoroute.
– Pour tous les Français.
– Pour tous les Français. – Les plus riches comme les moins riches. – Pour un aller-retour, attention. Donc, c'est, pour les plus riches, pour les moins riches. Je vous dis, peut-être que vous m'avez déjà entendu là-dessus, mais moi, je suis pour l'universel. Je suis pour que ça soit universel, ce qu'on fait. Je pense que la gauche, elle se grandit quand elle prend des mesures pour tout le monde. – Et qu'elle oppose pas les plus riches et les moins riches. – Quand elle fait l'école pour tous, c'est y compris pour les enfants de Bernard Reneau. – Sans garder le bilan climatique, parce que l'autoroute, développer la route, l'autoroute…
– Écoutez, en tout cas, il s'agit de prôner le train, de faire pour que le maximum de personnes y aillent par le train. Maintenant, il y a sans doute un certain nombre de personnes ici, autour de cette table, qui vont prendre l'avion pour leurs vacances.
– Et vous dites quoi aux Français ? Il ne faut pas prendre l'avion ?
– Non, je dis simplement que, là, la question m'est posée sur le bilan climatique, je dis, en tout cas, ce n'est pas en faisant que les Français ne partent pas en vacances, c'est une mesure qui est profondément injuste. Mesurer qu'aujourd'hui, 32% des Français se privent sur leur alimentation pour partir en vacances, c'est dire que pour eux, c'est un temps important. Pourquoi ? C'est un temps de respiration. Vous avez 3 millions d'enfants qui ne partent pas en vacances. Moi, je vous pose la question, vos enfants partent, mes enfants partent, comment on peut aimer notre pays si on ne voit pas ces montagnes, ces plages ?
Comment on peut aimer notre pays dans sa diversité si on voit que son clocher est son chef lieu de canton ? Donc il y a la nécessité d'ouvrir. Alors c'était une intuition que j'avais déjà auparavant. Vous savez que le fait d'avoir des activités comme ça en dehors de l'école, ça a donné une confiance en soi. Et là, ça a été l'occasion de lire des rapports qui témoignent tous que la confiance en soi, elle naît chez les enfants, pour beaucoup.
– Mais qui finance ça ? Les entreprises ou l'État encore ?
– Pour partie, il y a les autoroutes, c'est 4,5 milliards d'euros de profit cette année et 4 milliards d'euros sont versés en dividendes aux actionnaires. Donc je pense que…
– Donc c'est les actionnaires des autoroutes qui offrent des vacances ?
– Oui, je pense qu'une petite aide de ce côté-là, ça fera qu'ils ne tomberont pas dans la pauvreté. Vous voyez, il n'y a pas trop de soucis, il y a un peu de philanthropie. Même, c'est de dire comment on fait la cohésion de la nation. Bon, et par ailleurs, par exemple, le train, c'est financé par une taxe sur le kérosène, qui rapportera même au-delà de ce qu'il est dépensé. Moi, je suis partisan, par exemple, d'avoir un passe-colo-verte. C'est quoi ? C'est l'assurance que tout enfant, au primaire, une fois pendant l'été, pendant ses 5 années de primaire, il partira 15 jours à la montagne ou 15 jours à la mer.
Que pendant ses 4 années de collège, il partira une fois à la montagne, une fois à la mer. Comment on finance ça ? Une taxe sur les yachts, les jets et les palaces. Et vous avez largement de quoi faire ça.
Oui, ça oppose un peu les riches et les pauvres.
Non, parce que la passe-colo, il y a aussi pour les enfants de riches. Et à la limite, ils se mêleront aux autres. Et il s'agit de retrouver la cohésion de la nation. Et je pense que même les gens qui sont de la haute, ils peuvent se dire qu'on appartient au même pays. Et pour appartenir au même pays, il y a quelque chose qui nous met à égalité ou qui rétablit un peu de justice, c'est l'impôt. Et en effet, l'impôt doit pouvoir servir à ça aussi.
En tout cas, ce n'est pas du tout la tonalité du gouvernement en ce moment qui veut certes dépenser moins d'argent, mais surtout ne pas augmenter les impôts. Le gouvernement a indiqué ce matin aux assises de la dépense publique qu'ils avaient identifié au moins 10 milliards d'euros d'économie. C'est ce qu'a rappelé Elisabeth Borne. Il n'y a pas à opposer préparation de l'avenir et maîtrise de la dette. Au contraire, la maîtrise de la dette est une condition indispensable pour préparer l'avenir. Nous ne tomberons ni dans la facilité des hausses d'impôts, ni dans l'erreur du coût de rabot. Nous croyons dans la croissance, dans les réformes et dans l'efficacité, pas dans l'austérité.
Mais pour réussir, nous aurons besoin de la mobilisation et de la responsabilité de tous, d'une exigence collective dans la gestion des deniers publics. Nous aurons besoin d'un travail étroit avec les parlementaires, comme avec les élus locaux, d'une évaluation rénovée et de la vigilance de la société civile. Donc voilà, il faut faire des économies sans tomber dans la facilité des hausses d'impôts. Mais parmi les pistes d'économie, il y a le domaine de la santé.
Il faut lutter contre les arrêts maladie, par exemple, qui sont en hausse, plus 30% en 10 ans, plus 8% en 2022, limiter les dérives, réduire aussi les dépenses en médicaments, dont la prescription et l'achat sont jugées trop fréquents. Alors j'imagine bien sûr que vous n'êtes pas d'accord, mais est-ce que vous êtes au moins d'accord avec le fait qu'il faut réduire les dépenses publiques ?
Sur les médicaments, la première chose, c'est que les gens qui vont dans les pharmacies puissent les obtenir. Il y a 3 000 ruptures de stock en ce moment sur les médicaments, ça a été multiplié par 6 en 5 ans. Ma mère, qui devait se faire opérer, la clinique, l'hôpital a renoncé à son opération parce qu'il n'y avait pas le médicament qui était disponible. Donc ce que je veux dire, le gouvernement, ce à quoi il devrait s'appliquer... Ils l'ont fait, il y a eu un plan la semaine dernière. Ils l'ont fait d'ici 2020, on ne sait pas trop combien. Certains dans les prochains mois, certains médicaments.
Alors que ça nous avait été déjà promis pendant la crise Covid et que maintenant, du temps a passé, 3 années se sont écoulées et qu'on n'a toujours rien. Donc ça, c'est la première chose. Sur les arrêts maladie, moi je fais une table ronde ce vendredi sur les inaptitudes. Je veux dire, qu'est-ce qui se passe aujourd'hui dans les entreprises ? Comment ça se fait qu'on a des burn-out en série ? Comment ça se fait que les épaules ne vont pas bien, le dos ne va pas bien ? On a les contraintes physiques et psychiques, c'est montré par le ministère de la Santé et par le ministère du Travail, qui ont très nettement augmenté dans les entreprises.
Donc si jamais on veut réduire les dépenses de santé, c'est d'abord, les arrêts maladie, c'est d'abord en faisant que les gens se sentent bien au travail. Je crois que c'est une donnée clé aujourd'hui. Vous savez, je participais à un colloque qui était travailler moins, travailler mieux, travailler tous. Je dis, l'objectif aujourd'hui de la gauche, ce qu'on doit porter, mais ce que devrait porter le gouvernement, avec obsession, c'est travailler mieux, travailler mieux, travailler mieux, travailler mieux. Faire que les gens se sentent bien au travail. Et il y aura moins d'arrivées maladies derrière. Maintenant, pourquoi on a une crise de la dette ?
La crise de la dette, c'est d'abord une crise de recettes. Sous Sarkozy comme sous Macron. Sous Macron, qu'est-ce qu'il a fait ? 50 milliards d'euros de recettes en moins tous les ans. Il n'y a jamais eu autant de recettes fiscales en France. 50 milliards d'euros d'impôts en moins. On a battu le record l'an dernier de recettes. Que disent ? En volume. Que disent ? Et on ne veut pas aller chercher l'argent là où il se trouve. C'est simple. Vous avez en haut des gens qui se gavent et vous avez en bas des gens qui se rationnent. Et on ne veut pas 160 milliards d'euros de profit du CAC 40 cette année. 80 milliards d'euros de dividendes. C'est un record qui est battu de tous les temps.
Et pendant ce temps-là, vous avez tous les sondages qui vous disent que les Français qui travaillent se rationnent, y compris sur leur alimentation. Voilà l'état du pays. Et vous avez des gens de bon sens, qui ne sont pas des insoumis, qui ne sont pas des gauchistes, qui viennent vous dire quoi ? Jean-Pierre Ferry qui était un économiste qui conseillait Emmanuel Macron. Il existe de très bons arguments pour un impôt exceptionnel sur le capital. Pierre Moscovici, président de la Cour des comptes, qui dit « Je ne balairai pas cette proposition d'un revers en main, je pense qu'elle mérite débat.
» Le FMI, qui pense que les gouvernements devraient envisager des impôts plus élevés pour les ménages les plus aisés et les entreprises très rentables. Joe Biden, le secrétaire général de l'ONU. Voilà des gens de bon sens qui disent que « Écoutez, nous sommes dans le même pays. On doit faire fonctionner nos hôpitaux. On doit faire fonctionner nos écoles. On doit développer le rail. Quelle est la pire dette que nous avons aujourd'hui ? Est-ce que vous croyez que c'est la dette budgétaire ou est-ce que c'est la dette écologique ?
Quand dans ma génération, un tiers des oiseaux ont disparu, les deux tiers des vertébrés ont disparu, qu'on ne sait pas si demain l'eau sera buvable, l'air respirable, la planète habitable. Et tout ce qu'ils ont à dire, c'est la dette, la dette, la dette. Mais ils sont tellement à courte vue.
François Ruffin