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interviewLCI· 26 mars 2026 17 min

Lionel Jospin : l'hommage d'Emmanuel Macron aux Invalides|LCI

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Ce jour, la nation rend hommage à un homme qui fut aimé des siens et respecté de tous. Profondément respecté, Lionel Jospin fut toute sa vie durant un humble militant cherchant dans la rigueur et la grandeur de l'histoire les moyens de l'accomplissement, menant des combats de justice et de liberté et servant notre République. D'abord, le temps de l'apprentissage. l'enfance et cette conception exigeante de l'existence.

Lionel Jospin fut lesté par l'amour et les leçons de sa famille protestante et humaniste. Robert son père, militant socialiste, laïque, pacifiste, qui révérait Joress, doté du sens du verbe et du goût de la culture. Mire sa mère, sagefemme, transmettant à toute fraterie des enfants Jospins cette forme particulière d'esprit. rebelle à l'embadement, sensible aux choses humaines, lucide dans le rapport à l'autre.

Puis vint le temps des engagements. Après science pot et l'entrée à l'ENAT, Lionel Jospin fut de ses jeunes officiers appelés en Algérie qui, comme Jacques Chirac ou Jean-Pierre Chevellement, refusèrent d'approuver ceux qui se mutinèrent contre de Gaulle. Là, il découvrait les injustices, les affres de ses années et s'engagea pour les causes de sa génération, l'indépendance de l'Algérie, la décolonisation, puis le refus de tous les totalitarismes.

Comme d'autres de son époque, il balança le temps de sa jeunesse entre diplomatie et enseignement, évolution et réforme, trotskisme et socialisme avant de choisir avec force et résolution en digne héritier de Jorès et de Bloom d'emprunter le chemin ouvert par François Mitteran. Ce fut un choix qui s'imposa au terme d'un long cheminement politique intime dont lui seul au plus profond de sa conscience savait les tenants et les aboutissants. Ses engagements se cristallisèrent dans le choix du socialisme qu'il embrassa à sa manière avec discipline, rigueur, sens de l'absolu.

C'est ainsi que ce jeune professeur d'économie, après avoir été reconnu comme tel par Pierre Jox puis distingué par François Mitteran, entra en socialiste dans la vie publique au grand jour. Lionel Jospin fut de cette génération qui accompagna tout au long des années 70 le premier secrétaire d'un parti socialiste renouvelé depuis le Congrès despiné. Dès lors, il décida de suivre François Mitteran de congrès en congrès, de motion en émotion du programme communic défaite de 1978 à la victoire du 10 mai 1981.

Lionel Jospin demeura fidèle à l'enseignement de Jores, socle de son engagement, fidélité à l'idéal. sens du réel, recherche de la vérité, rigueur de l'action. Après le 10 mai 1980, le président Mitteran demanda à Lionel Jospin de demeurer rue de Solferino, premier secrétaire du Parti socialiste, premier parti de France.

Contrairement à nombre de ses camarades, Lionel Jospin, nouveau député de Paris, n'entra pas au gouvernement. Là encore, fidèle à l'enseignement de Bloom, il accepta la mission garder la vieille maison. Il est vrai que pour Lionel Jospin, l'esprit de rigueur fut toujours inséparable de l'esprit de sacrifice.

Il s'acquitta de la mission avec rectitude, tenant uni tout en laissant à Michel Rocard ou Jean-Pierre Chevellement la liberté de défendre ce qui leur tenait à cœur et ce faisant aida à la réélection de François Mitteran. Ce n'était pas rien. C'était même beaucoup aux yeux du président.

Et c'est pour cette raison qu'il put entrer enfin au gouvernement ministre de l'éducation nationale dans cette fonction qu'il est maintenant. Il agit pour offrir à notre jeunesse les moyens de son émancipation, faisant adopter la loi du 10 juillet 1989 qui porte son nom, réformant en profondeur le système éducatif dans le but de donner à tous les élèves de France l'accès à la liberté par le savoir, alliance de la connaissance et du mérite. L'année suivante, il lança aussi le plan université 2000 et fut un gardien vigilant. du respect du principe de laïcité, tout en se montrant soucieux de préserver la liberté de conscience dont les protestants savent combien elle fut une conquête de longue lutte.

Amené à quitter le ministère, s'ouvrit alors pour lui un temps de réinvention du destin, un temps de liberté. Le Parti socialiste était entré dans un cycle nouveau et ce fut un intense travail de réflexion qu'il mena en conformité avec ces principes voulant tirer les leçons de la décennie Mitéran qui s'achevait en conscience. Il voulut redéfinir les conditions de l'exercice du pouvoir quand on est socialiste.

Héritier de Joress Bloom et Mitéran désormais. C'est ainsi qu'il fut désigné par ses camarades pour être candidat à l'élection présidentielle de 1995, parvenant en tête au soir du premier tour et recueillant 47,3 % des voix face à Jacques Chirac au II. Une défaite plus qu'honorable pour un camp qui n'en espérait pas tant.

Il fallait relever le gant, disait-il. Redevenu ensuite par devoir premier secrétaire du Parti socialiste, il s'attacha à convaincre les force de la gauche de former une coalition plurielle. Elle remporta les élections législatives de 1997.

Il déclara alors que cette victoire était la preuve d'une soif raisonnée et pressante de progrès réel. Nouvelle preuve que de son point de vue seul l'esprit de rigueur rend possible l'idéal. Alors, au côté du premier secrétaire François Hollande, responsabilité éminente au combien à ses yeux, Laurent Fabius étant alors président de l'Assemblée nationale, Lionel Jospin s'attacha à conduire et animer cette majorité inédite dans la cohabitation avec le président Chirak.

Premier ministre, Lionel Jospin se voulut d'une détermination sans faille dans le but de tenir les engagements pris devant les Français avec un sens aigu de l'organisation. un gouvernement formé de nombreuses personnalités politiques qui ont marqué la vie du pays animant des équipes encore présentes aujourd'hui et attaché à lui depuis toujours. Lionel Jospin a durant ses années modernisé la vie économique, sociale et démocratique de la nation de manière inédite.

Il a contribué à faire entrer la France dans ce siècle qui s'ouvrait. Le gouvernement qu'il menait fit adopter la loi sur les 35 heures, mis en œuvre la couverture maladie universelle, institua la parité dans les élections, réduisit le chômage, soumis à référendum le quinquena présidentiel. Il fut signataire de l'accord de Numéa prenant ses responsabilités sur la Nouvelle-Calédonie et défendit les engagements européen de la France, permettant aussi à la monnaie unique d'advenir.

Ce fut aussi le premier gouvernement à reconnaître que l'amour entre personnes de même sexe devait au nom de l'égalité être source de droit. Ce fut le pax ouvert à tous. Première étape vers le mariage pour tous.

Chacun ici connaît la suite. La campagne présidentielle, l'étrange soirée du 21 avril 2002 et le choix immédiat de tirer sans hésiter la leçon de l'histoire. Le retrait de la vie politique.

Pas par abandon. Non. par franchise, par sens de l'absolu encore, par choix.

Ainsi, Lionel Jospin demeurait-il fidèle à l'enseignement de Lionel Jospin. Mais il ne s'effaça pas pour autant, vint le temps de la transmission. Lionel Jospin ne renonça jamais à convaincre du bien fondé de ses choix. profondément démocrate, il ne se lassa jamais d'expliquer, expliquer encore.

Il revêtit de nouveau les habits du professeur d'économie qu'il avait été un temps après une courte carrière de diplomate. Il expliqua jusqu'au bout à qui voulait l'entendre, ce qui lui paraissait juste, nécessaire, certain que chacun peut accéder à la vérité. Et pour convaincre, il avait le goût des autres.

Ainsi partagea-til son idéal dans le but de faire grandir tous ceux qui croisaient sa route. Membre du Conseil constitutionnel, Lionel Jospin, y fut là aussi un gardien guidé par son exigence de sagesse, un passeur de temps pour reprendre un titre de Sylvia Nagasinski, son épouse, à qui le lit une passion harmonieuse depuis 35 ans. Oui, Lionel Jospin fut un homme de fidélité.

Fidélité et fiabilité pour ceux qui l'aimaient. Lionel Jospin était là pour Hugo et Eva. Ses enfants si talentueux nés de l'union avec Ellisabeth.

Lionel Jospin était là pour son épouse Sylviane, pour Daniel, pour tous ses petits enfants. Fidélité pour ses amis, la bande de la section du 18e arrondissement, Claude Estier, Daniel Vaillant, Bertrand de la Noé, tous les autres. Jean Glavani, Pierre Moskovici, tant de générations de camarades de la rue de Solferino, des amis de Matignon ou les voisins de l'île de Ray.

Fidélité à ceux qui partagèrent son chemin. Trace de son lien authentique avec chacun. À Paris et en Haute Garonne, Lionel Jospin connaissait le nom des gens et les choses de la vie.

Bonheur simple, plaisir français, aimer, vivre, chanter, lire, rire et vibrer. Des galeries d'art au cinéma, du tennis à l'opéra. Tel était cet homme qui se composa un grand destin français et que beaucoup aimèrent et aimeront encore pour son exigence et sa persévérance.

Esprit pluriel qui refusait de séparer éthique et politique, morale et démocratie, intégrité et engagement. Scrupule qui dissoue la certitude, surplomb qui interdit l'exaltation, enfant du mérite républicain, devenu un homme d'état. C'est ainsi qu'il nous apparaît en cette heure.

Un soir de de juin chez lui à Saintegabelle en haute Garonne, Lionel Jospin est là. lunettes sérieuses et cheveux de neige, prenant en note résultats qui scandent la victoire de la gauche aux élections législatives de 1997. Sylviane, Eva, Hugo, Daniel, l'entour puis le brois, les camarades socialistes qui soudain s'engouffrent dans la pièce.

Soir de liès, jour heureux comme autant du Front populaire que racontait Robert Jospin à son fils. Lionel Jospin se tient dans cette atmosphère de liè avec une forme de réserve de gravité et soudain il sourit. Conscient d'avoir accompli sa tâche sans rien avoir renié de lui-même, conscient aussi de ce qu'il attend.

Devoir conduire le gouvernement du pays à la lumière de cette même exigence, fort de ces mêmes qualités. C'est ce qu'il fit. Par-delà la mort, notre mémoire le yissera toujours à cette place singulière.

Un modèle pour certains, un adversaire pour quelques autres, pour tous à coup sû un repère dans notre histoire. et notre esprit. Au soir de la mort de François Mitteran, Lionel Jospin avait dit "La mort n'est pas pour moi une occasion de lyisme." De lirisme, non.

De reconnaissance de la nation ? Oui, sans aucun doute. Alors pour tout cela, merci.

Vive la République ! Vive la France ! Ah.