Guerre au Moyen-Orient: l'interview en intégralité d'Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées
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La ministre déléguée aux armées, bonsoir Alice Ruffaut. Merci madame la ministre d'être avec nous ce soir. Je vais reprendre les enjeux ce soir et commencer par Hormuz. Est-ce que le temps est venu d'aller aider les Américains à sécuriser le détroit d'Hormuz ?
Le temps est venu, puisqu'il y a ce cessez-le-feu, cette trêve, je ne sais pas comment on qualifie, mais en tout cas qui est assez fragile, mais qui existe, de travailler très sérieusement à la reprise de la liberté de navigation dans le détroit d'Hormuz.
Travailler sérieusement, qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce que ça veut dire envoyer des navires français ?
Pas à ce stade, parce qu'au fond, l'initiative française est très cohérente depuis le début. C'est-à-dire qu'on n'a jamais voulu d'opération de vie de force dans le détroit d'Hormuz, ce qui correspondait un peu à la demande américaine de coalition, au moment où le président des États-Unis l'a mis sur la table. Donc ce n'était pas notre ligne, puisque forcément si vous faites une ouverture de vie de force, vous êtes parmi les belligérants et donc vous accroissez la conflictualité. Ce n'est pas notre initiative depuis le début.
Nous c'est très cohérent, depuis le début on appelle au respect du droit international, à la réouverture du détroit, à la liberté de circulation dans les détroits, ce qui implique qu'il n'y ait pas d'opération de vie de force d'une part et qu'il n'y ait pas de péage d'autre part. Et c'est ce sur quoi on essaye d'agréger le plus en plus de partenaires.
Mais précisément, naïvement, on pouvait penser que précisément, un certain nombre de pays, éventuellement la France et d'autres avec une coalition, viendraient empêcher qu'il y ait ce péage, viendraient empêcher qu'il y ait ce bouchon qui coince au niveau du détroit d'Hormuz. Vous vous dites qu'il faut d'abord que le bouchon saute pour qu'ensuite on sécurise le passage.
Il faut négocier les conditions, il faut négocier avec l'Iran, il faut que les tensions calment, que la conflictualité se calme suffisamment. Pardon, on n'y est pas, ça fait 48 heures et on voit bien qu'il y a encore beaucoup de tensions. Premièrement. Deuxièmement, il faut agréger beaucoup autour de nous. C'est en cours, le chef d'état-major des armées, il travaille, les ministres, il travaille, j'y travaille, tout le monde y travaille pour travailler à cette mission qui doit être une mission de respect du droit international. Et il faut évidemment parler aux Iraniens parce que ça ne peut pas se faire sans cela.
Une fois tout cela fait, oui, la France qui a eu la force de la cohérence et qui a par ailleurs des moyens, y compris en matière de garder mine avec d'autres partenaires européens, a des capacités. Mais là, les conditions évidemment ne sont pas réunies.
Ulysse ? Quand même, je prolonge. Imaginons que la trêve dure et qu'il y ait de véritables négociations. Qu'est-ce que ça voudrait dire ? Vous allez dire envoyer une mission pour assurer la liberté de navigation. Ça voudrait dire des bateaux, des navires militaires, de la marine française dans le golfe d'Hormuz ?
Il ne faut pas commencer par la nature des moyens. De toute façon, ce n'est pas exactement comme ça que ça marche. Il y a une planification, un travail qui est fait à l'appui d'une mission et d'un travail diplomatique qui accompagne, qui permet de paramétrer les choses. C'est comme ça que ça se passe. Après, vous avez différentes options. Mais il faut voir quelle est la réalité de la situation sur le terrain. Aujourd'hui, vous avez l'Iran qui dit que le détroit est miné. De toute évidence, qu'il soit miné ou pas, de toute façon, il n'y a pas de reprise du trafic puisqu'il y a certaines routes qui sont du coup...
Vous avez dit tout à l'heure, assurer la sécurité de la navigation maritime dans le détroit d'Hormuz. Est-ce que ça passe par l'envoi de bateaux de guerre français notamment ou européens ?
Je vais vous répondre vraiment. Si à terme, quand les conditions seront réunies, lorsqu'il y aura un cadre diplomatique de désescalade et de déconfliction avec l'Iran, de toute façon, on peut anticiper que la navigation ne reprendra pas simplement, facilement dans le détroit. Ça restera une zone pas complètement permissive, comme disent les militaires. Donc s'il faut des éléments de lutte contre les mines ou de détection ou bien des éléments plus proches de ce qui a été fait en termes d'escorte dans d'autres zones, bien sûr que c'est envisageable, mais à des conditions qui aujourd'hui ne sont pas sur la table.
Madame Émile, si on s'arrête sur cette carte précisément et qu'on regarde, encore une fois, j'explique, en vert, c'est là où le passage se fait habituellement, en rouge, c'est le passage qui est imposé aujourd'hui par les Iraniens aux quelques navires qui peuvent passer, et en violet, ce sont ces zones de danger où les Iraniens disent « on a miné ». Est-ce que la France, aujourd'hui, est-ce que vous êtes capable de dire s'il y a effectivement des mines ou pas dans l'étroit d'Hormone ?
Non, je constate juste que, la carte le montre très bien, je constate juste que selon la route que vous indiquez, quand vous dites qu'il y a des mines, forcément, de toute façon, un trafic maritime, ça implique des bateaux qui ne sont pas des bateaux militaires, ça implique des assureurs, donc ça bloque de fait et ça conduit à une route de fait.
Qu'est-ce que vous répondez aux Français qui s'étonnent que la France soit prête à aller aider à sécuriser le trafic une fois que la guerre sera terminée ? Est-ce que vous pouvez aller un petit peu plus loin dans ces explications qui peuvent paraître un peu contradictoires ?
Non, je comprends, mais c'est simplement qu'en fait, là, il y a des belligérants qui viennent de dire qu'il y a un cessez-le-feu et des négociations qui s'engagent. La France, qui n'a pas choisi cette guerre, qui n'en a pas été informée, qui a gardé les canaux ouverts avec tous, ne fait pas partie des belligérants à cette guerre. Par contre, elle a une carte en main avec ses partenaires qu'elle a agrégées autour d'elle, c'est celle de la cohérence de son action. Et encore une fois, quand vous avez des moyens militaires ou de la planification ou des éléments robustes à votre disposition, et la démonstration navale française dans d'autres zones est tout à fait...
Enfin, est la preuve que nous avons des moyens, ce n'est pas le moyen qui est premier, c'est l'objectif que vous recherchez. L'objectif que nous recherchons, c'est que le trafic maritime puisse reprendre en sécurité dans le Détroit. Pour cela, il faut que les tensions baissent beaucoup, il faut des canaux de déconfliction, et il faut s'assurer de la réalité de la situation aujourd'hui dans le Détroit. Voilà.
L'armée française a une capacité notamment, c'est la capacité de déminer. On sait faire. Notre armée sait faire. Et ce n'est pas le cas de toutes les armées. Par exemple, l'armée américaine n'a plus cette capacité-là, forcément, avec un certain nombre de bateaux qui ont été mis à la casse pour les Américains. Est-ce que, de manière incontournable, l'armée française va devoir, à un moment donné, aller vérifier s'il y a des mines ou pas ? Encore une fois, dans les conditions que vous avez données, avec un conflit qui se sera apaisé, etc., mais est-ce que l'armée française pourrait être amenée à aller vérifier ça ?
Alors, je vais faire de ce scénario. Vous voyez bien que là, l'histoire est en cours. Mais sur les capacités dont dispose la France, effectivement, vous avez raison de le signaler, on n'est pas si nombreux que ça à avoir gardé des capacités. D'ailleurs, il y a aussi une remontée en puissance en matière de drones, en ce moment, qui est déjà effective et qui nous permet de développer ces capacités qui étaient un peu anciennes en matière de gardes et mines. Il y a d'autres pays en Europe qui en disposent, la Belgique, les Pays-Bas.
Mais vous avez assez raison de dire qu'on a des capacités tout à fait importantes en Europe, ce qui montre quand même que dans la période qui souffre, c'est une période de négociation. Moi, je crois que la France n'a beaucoup pas à jouer dans la négociation, un rôle à jouer, parce que la cohérence de sa posture politique, diplomatique et militaire depuis le début de la guerre donne quand même une force considérable à notre pays. Et il faut absolument poser sur les négociations et sur la suite de ce qui va se passer, parce que c'est dans notre intérêt.
Ulysse. Madame la ministre, l'Iran a déclaré publiquement qu'il voulait instaurer un droit de passage, un péage dans le détroit d'Hormuz. Quelle est la position de la France ? On a vu que les Américains s'y intéressaient. Donald Trump a dit, ah, c'est intéressant comme système. Il pourrait même partager, entre guillemets, le péage avec les Iraniens. Quelle est la position de la France ? Est-ce qu'on peut accepter qu'il y ait un droit de péage, un paiement pour le passage du détroit d'Hormuz ? Est-ce que c'est envisageable ? Est-ce que ça peut être l'objet d'une négociation ?
Non, c'est contraire au droit international. Le droit international prévoit la liberté de circulation dans les détroits. Il faut faire respecter le droit international. Je rappelle quand même qu'on a des partenaires dans la zone dont on soutient, on participe à leur défense, les pays du Golfe qui ont été très directement attaqués par l'Iran dans une réponse complètement disproportionnée à une guerre qui n'était pas faite par eux. Donc, bon, leurs intérêts sont aussi en jeu, en particulier dans cette région. Il y a des conséquences sur notre économie d'une guerre qu'on n'a pas choisie. Non, il n'y a pas de raison de payer un péage.
Oui, mais encore une fois, si Ulysse le disait, si les Iraniens et les Américains s'entendent là-dessus, quel moyen de pression est-ce qu'on a ? Est-ce qu'on ne sera pas coincé ? Et est-ce que vous êtes capable de dire, je veux dire, à tous les navires du monde, et notamment aux navires français, surtout ne payez pas ?
Mais pardon, pour que le trafic maritime existe, ce n'est pas juste une décision comme ça, d'un tel ou un tel qui décide de quelque chose. Il faut qu'il y ait des bateaux qui passent, il faut que la sécurité soit assurée, et il faut qu'il y ait des assureurs qui participent à ça. Enfin, ça n'a pas... Pardon, on parle de quelque chose qui... Pour vous, ça n'existe pas,
qui est sur la table du côté iranien.
Bien sûr, mais il y a plein de choses qui sont sur la table des deux côtés. C'est un début de négociation. Quand on commence une négociation, en général, on part très haut, il faut voir où ça arrive, comment ça chemine. Encore une fois, pour l'instant, il faut que le cessez-le-feu soit vraiment respecté, que le niveau de temps subaisse, et les négociations vont commencer. Pour notre part, et l'Union européenne a été très claire sur ce point, il n'y a pas de péage possible sur le détroit d'Hormuz.
On parlera du Liban dans un instant, mais je m'arrête encore une seconde sur le détroit d'Hormuz et sur les menaces de Donald Trump. Trump qui s'agace, c'est ce qui point ce soir, notamment du côté de la presse américaine, en disant, les pays de l'OTAN ne sont pas venus à ma rescousse, ne viennent pas m'aider pour débloquer le détroit d'Hormuz, donc, si vous ne m'aidez pas, je fais un malheur. Et ce qui arrive ce soir, c'est qu'il y a un certain nombre de sources qui nous disent, Trump réfléchit, par exemple, à retirer des troupes américaines d'un certain nombre de pays de l'OTAN en représailles, d'une certaine manière, pour punir ces pays-là.
Qu'est-ce que vous répondez à cette éventualité-là ? Est-ce que, pour vous, ça fait partie des scénarios crédibles ?
Bon, ça fait quand même plusieurs mois, voire plusieurs années, si on dézoome un peu de la dernière déclaration, que les États-Unis nous expliquent qu'ils souhaitent déployer plutôt leur capacité vers l'Indo-Pacifique et que les Européens fassent davantage pour eux-mêmes. Ça, ça fait longtemps qu'ils nous le disent. Ils nous le disent un peu plus fort ces derniers temps. Ils nous l'ont dit encore plus fort au dernier sommet de l'OTAN quand le président américain y a participé. Nous, on se prépare, on accepte tout à fait ce burden sharing, pardon, burden shifting, partage du fardeau, ou transfert du fardeau, en bon français.
Donc, on l'accepte, on s'y prépare, on souhaite que ça ne soit pas brutal. Pourquoi on souhaite que ça ne soit pas brutal ? Parce que c'est ni dans l'intérêt, au fond, des Européens que ce changement se fasse, cette prise en charge par les Européens de leur propre sécurité se fasse de manière brutale, ce n'est pas non plus dans l'intérêt des Américains. La revue stratégique, vous savez, dont on a beaucoup parlé, qui est sortie en décembre, dit beaucoup de choses, dit beaucoup de choses, mais dit aussi que l'Europe fait partie des intérêts stratégiques des États-Unis, ce qui est parfaitement vrai. J'ajoute que la sécurité de l'Alliance Atlantique est évidemment aussi celle des États-Unis.
Donc, je pense qu'il ne faut pas caricaturer. Et quand vous dites,
on se prépare, c'est-à-dire que vous vous préparez également au moment où Trump dira maintenant ça suffit, vous vous débrouillez pour votre défense ?
Mais on n'y est pas du tout à ce moment-là. On est dans une alliance militaire, l'alliance militaire existe. Par contre, ça fait des années, enfin ça fait 20 ans que la France a cette position et là, évidemment, ça s'est accéléré très récemment. Oui, les Européens doivent davantage prendre en charge leur sécurité au sein de l'OTAN parce que c'est une alliance qui fonctionne, qui n'est pas uniquement une alliance dirigée par les États-Unis, mais qui est une alliance collective pour la sécurité et la défense collective, y compris des États-Unis. Et donc, oui, il faut qu'on prenne davantage nos responsabilités dans ce cadre.
Maintenant, on a aussi le droit de dire respectueusement à nos alliés que tout changement brutal ne serait pas dans leur intérêt.
Il l'est respectueux, lui ?
En tout cas, il y a des mots qui n'ont pas leur place mais c'est assez... La violence verbale, si vous voulez, ou les excès verbaux n'ont pas tellement d'intérêt. Ce qui est intéressant, c'est de regarder quelles sont les évolutions stratégiques. L'évolution stratégique, lorsque le secrétaire d'État Rubio est venu à Munich, il a tenu des propos qui étaient très différents de ceux qu'on entend aujourd'hui. Mais la réalité stratégique, c'est que les Américains souhaitent faire davantage sur d'autres zones. L'Indo-Pacifique nous avait-il dit, là, aujourd'hui, ils sont très concentrés au Moyen-Orient avec une grande délongation des forces.
Il faut que les Européens fassent davantage pour leur sécurité.
Et il faut qu'ils prennent en compte l'hypothèse que l'OTAN ne soit plus ce qu'il est aujourd'hui. C'est-à-dire qu'on ait un changement dans la politique américaine à l'égard de l'Alliance et que l'Europe soit amenée à construire un véritable pilier à l'intérieur de l'Alliance ou à côté de l'Alliance ?
Je crois que le développement du pilier européen de l'OTAN est effectivement très important et doit être le cœur, au fond, d'une architecture de sécurité et de défense européenne qui va assez large. Honnêtement, l'Ukraine a vocation à faire partie de cette architecture. L'Ukraine dont l'armée, plus elle sera robuste, plus elle sera une garantie de sécurité face à la Russie. Donc il y a toute cette architecture de sécurité européenne qui a été considérablement déconstruite, je le rappelle quand même, d'abord par l'agression russe en Ukraine et qui est effectivement impactée par la volatilité, pour le dire en langage diplomatique, de l'alliance, de l'alliance transatlantique.
Voilà, l'Europe est prise dans cette situation, elle doit prendre ses responsabilités pour elle-même et le pilier européen de l'OTAN est en effet une bonne voie à suivre.
Madame la ministre, j'ai une image à vous montrer, image du jour de ces frappes israéliennes qui ont continué, notamment sur le sud du Liban. Ce sont des images fournies par l'armée. Aujourd'hui, il y a eu ces frappes, hier évidemment, on est à plus de 300 morts pour les frappes israéliennes d'hier. Comment est-ce que vous qualifiez ce qu'a fait Israël hier ?
Les attaques qui ont été menées par Israël hier sur le Liban sont profondément disproportionnées. Il y a eu, dans cette guerre qui a été déclenchée par le Hezbollah, de nombreuses victimes civiles. Il y a eu des journalistes qui ont été tués, des personnels de santé qui ont été tués et il y a une déstabilisation profonde. Donc, c'est une réponse disproportionnée. J'ai entendu ce soir que les Etats-Unis avaient demandé aux Israéliens de calmer leurs opérations au Liban. Tout ce qui va dans le sens de la désescalade en ce moment est à prendre. Et je sais, en tout cas, nous plaidons auprès des Etats-Unis, auprès de tous les...
dans tous les contacts que nous avons pour que le Liban soit inclus dans le CCPE.
Pardon, vous dites disproportionnées mais je trouve que ça ne colle pas complètement avec ce que vous décrivez là quand vous dites qu'il y a des journalistes qui ont été pris pour cible, qu'il y a des personnes... Je peux vous dire que c'est inacceptable
de viser des journalistes des services médicaux comme de s'en prendre à des soldats de la finule que cela vienne du Hezbollah ou d'Israël.
Donc, la France condamne et après ? Qu'est-ce qui se passe après ? Une fois qu'on a condamné que vous condamnez ce qui s'est passé hier. Qu'est-ce que l'on peut faire ? Qu'est-ce que la France peut faire de plus ?
Alors, la France est aux côtés du Liban et c'est pas du tout négligeable. C'est pas du tout négligeable parce que c'est évidemment aux Libanais de décider et d'ailleurs, c'est ce qu'ils ont fait dans les mois qui ont précédé la reprise de la guerre en disant qu'ils voulaient obtenir le monopole des armes, affirmer la souveraineté de l'État libanais sur l'ensemble du territoire. C'est ce qu'on doit accompagner. C'est pour ça qu'on doit accompagner le Liban. C'est aussi une garantie pour Israël que le Hezbollah ne pourra plus les menacer. Bon, je ne peux pas vous dire que... Je regardais juste avant de venir vous rejoindre. la situation n'est pas du tout calme à Beyrouth.
Il y a encore des tirs de roquettes ce soir, il y a encore des sirènes d'alerte en Israël, etc. La situation n'est pas calme. Bon, il faut qu'on garde la perspective. J'ai vu aussi que les autorités libanaises et puis ce soir, les autorités israéliennes envisageaient des pourparlers directs. Là aussi, nous, on est là pour accompagner, pour aider. Il y a un mécanisme tripartite qui existe avec les États-Unis qui avait permis la dernière fois qu'il y avait eu un cessez-le-feu. Bon, ce n'est pas du tout le même niveau cette fois, c'est allé beaucoup plus loin, mais je pense que c'est la voie à suivre.
Voilà, on doit renforcer l'armée libanaise, on doit les aider, on doit agir sur le plan diplomatique, agir en soutien. On a aussi des moyens qui sont dans la région en Méditerranée orientale. Tout ça, ça compte. Ce n'est pas vrai que ça ne compte pas. Et j'ajoute qu'on est importants dans la négociation et dans la discussion parce qu'on parle à tout le monde dans la région,
à tout le monde. Et qu'on a des soldats au sud de Liban. Petite incise parce que vous disiez qu'il pourrait y avoir des pourparlers la semaine prochaine entre Israéliens.
Je n'ai pas dit ça, c'est ce qui a été annoncé.
Je confirme, en tout cas, les sources ce soir, un certain nombre de sources expliquent qu'il pourrait y avoir des pourparlers la semaine prochaine entre Israéliens et Libanais des pourparlers directs. Ce serait absolument historique parce que les deux pays ne se parlent pas. Le Liban ne reconnaît pas, je parle sous le contrôle d'Ulysse Gosset, ne reconnaît pas Israël. Et réciproquement. Et réciproquement. Et on a appris que le Premier ministre libanais devait se rendre à Washington la semaine prochaine, que ces pourparlers pourraient avoir lieu du côté des États-Unis. Je referme cette parenthèse pour montrer la portée historique de ce qui pourrait se passer.
Mais ça serait une bonne nouvelle s'il y avait des négociations, c'est ce que réclamait la France. Est-ce que vous saluez... On est complètement
aux côtés du Liban pour ça, aux côtés du Liban pour qu'il soit inclus dans le cessez-le-feu et qu'il y ait une cessation des hostilités puisque ça doit faire partie du cessez-le-feu et de la reprise des négociations. Et puis, on est aux côtés du Liban aussi pour tout ce qui permettra la réaffirmation de la souveraineté et de l'intégrité éditoriale du Liban. Oui, j'ajoute qu'on est aussi aux côtés d'Israël pour que les attaques du Hezbollah cessent. C'est clair comme position.
J'ai dit tout à l'heure la France condamne et après, un exemple, il y a un accord qui existe entre l'Union européenne et Israël. Ça fait 25 ans que ça existe, notamment pour favoriser le commerce entre ces deux zones-là. Est-ce qu'il faut en sortir ? Est-ce qu'il faut y mettre fin ?
Bon, c'est pas tout. Là, on est quand même loin de mon rôle aux armées mais c'est pas ce qui est sur la table aujourd'hui. Je crois qu'on est quand même dans une phase de reprise, de tentative de diplomatie. Il faut y croire. Il faut essayer. Je sais que... Je comprends... J'entends les doutes. La situation au Liban est terrible. La déstabilisation régionale est profonde. Le cessez-le-feu est fragile entre l'Iran, les États-Unis et Israël. Le détroit d'Hormuz est encore bloqué. Il y a des conséquences pour nous. Voilà, c'est une guerre qu'on n'a pas choisie dans laquelle on a eu une ligne de cohérence importante mais qui n'est pas juste dépourvue. C'est pas que des mots.
Voilà, c'est ce que je veux dire. On fait quand même une démonstration, encore une fois, de moyens dans la région. On a des soldats dans la région qui continuent de se battre contre le terrorisme, de venir en appui à la paix et à la stabilité dans le sud-Liban. Donc, on est très présent. On parle à tout le monde. Je peux comprendre que ça soit moins visible que des déclarations fracassantes mais je peux vous assurer que c'est plus utile.
Les Israéliens disent que la FINUL, donc les soldats des Nations Unies dont la France a un contingent de 700 militaires, ne remplit pas son rôle à plein notamment pour désarmer le Hezbollah. Comment vous réagissez ?
La FINUL a un mandat qui est défini par le Conseil de sécurité des Nations Unies qui est de venir en appui des forces armées libanaises. J'entends que le désarmement du Hezbollah est une priorité pour Israël. Je peux comprendre encore une fois que c'est le Hezbollah qui a précipité le Liban dans la guerre. Oui, il faut que l'État libanais retrouve le monopole des armes. Pour ça, il faut renforcer l'État libanais et les capacités des forces armées libanaises et il faut qu'il y ait un cessez-le-feu et qu'il y ait une perspective autre que la guerre.
Avant le cessez-le-feu, avant le début de la guerre, y avait-il une perspective concrète en vue de ce désarmement ? Parce qu'il y a quand même des avocats du diable qui disent « Vous voyez, c'est quand même l'usage de la force qui amène aujourd'hui à ce qu'au Liban, on va tenter de prendre le monopole sur les armes et donc de désarmer le Hezbollah alors que ça semblait absolument infaisable. » Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent que finalement la force a peut-être aidé la diplomatie dans le domaine ? Je pense que
ce qui compte le plus, c'est de ne pas donner raison au pire dans tous les cas. Voilà. Et c'est au contraire de contredire le scénario du pire. Et le fait qu'il y ait un chemin vers des négociations pour le Liban, le fait qu'il y ait un chemin vers le monopole des armes à l'État libanais, le fait qu'il y ait un chemin pour une plus grande sécurité des populations du nord d'Israël est le plus important. Voilà. C'est à ça qu'on doit s'atteler maintenant, point barre. Et la France, de ce point de vue-là, est en plein soutien.
On va parler dans un instant des négociations qui s'ouvrent au Pakistan. On essaie de faire voir ce que la France peut jouer comme rôle dans ces négociations-là. Juste une question importante, Madame la Ministre, ce soir. Est-ce que vous nous confirmez, et je voudrais parler d'Arnaud Friand, ce soldat qui a été tué en Irak, six soldats français qui avaient été blessés au début de cette guerre, est-ce que vous nous confirmez que les responsables présumés de cette attaque contre une base où il y avait des soldats français ont été arrêtés par les Irakiens ? Est-ce que vous nous confirmez cette information-là ce soir ?
Non, je ne vous la confirme pas, ni ne l'infirme, je n'ai pas l'information. Mais par contre, ce que je sais, d'abord, je veux à nouveau rendre hommage à nos soldats. Je parlais de la lutte contre le terrorisme il y a quelques instants. Ce qui s'est passé dans la région a beaucoup déstabilisé l'Irak. C'est très courageux de la part de nos soldats de continuer à se battre contre le terrorisme. Je rappelle qu'on le fait pour nous-mêmes, pour notre propre sécurité et pour la stabilité et la souveraineté de l'Irak. La coordination avec les autorités irakiennes est bonne. Il faut qu'elle continue. Voilà, honnêtement, je n'ai pas plus à ajouter sur ça ce soir.
D'après les informations que nous avons, ce seraient des membres d'une milice chiite liée à l'Iran.
C'est ce qui avait revendiqué d'ailleurs l'attaque.
Ce sont des informations recueillies par les reportages de BFM TV. Je voulais savoir si vous nous apportiez cette confirmation. Il y a donc des négociations qui s'ouvrent dans 48 heures entre les Américains et les Iraniens. Est-ce qu'on a le moindre rôle à jouer directement dans ces négociations-là ? On sera à Islamabad ou pas ?
Non. En fait, vous savez, un cessez-le-feu, ça se discute entre les belligérants. Et comme on n'est pas belligérants, c'est pas un scandale qu'on ne soit pas dans la négociation d'un cessez-le-feu dans une guerre qu'on ne fait pas. Quand vous êtes capable de dire « Voilà, moi, quels sont mes objectifs ? » C'est-à-dire la sécurité de mes ressortissants, le partenariat de défense avec les pays du Golfe qu'on a honoré, la paix et la stabilité régionale, la lutte contre le terrorisme, la libre circulation maritime.
Quand vous êtes capable de venir à l'appui de ces objectifs avec une posture militaire qui y correspond et quand par ailleurs vous êtes capable d'agréger autour de vous beaucoup de partenaires, vous pesez. Et de ce point de vue-là, je pense qu'on peut apporter des solutions dans la période qui s'ouvre et je pense qu'on a une voix, nous, européens, qui va être importante et qui va peser.
Mais je vais vous donner un exemple. Le Liban, il y a un débat depuis 48 heures pour savoir si le Liban fait partie ou pas du cessez-le-feu, fait partie ou pas de l'accord qui va être discuté. À l'instant du côté iranien, on le dit, il est dit par les Iraniens ce soir, par celui qui devrait mener la délégation iranienne Khalibaf, que le temps est en train de tourner, que ça suffit et que le Liban doit être inclus dans ces négociations-là. Qu'est-ce que dit la France à ce propos ? Est-ce que le Liban doit aussi faire partie de ce qui sera discuté autour de la table au Pakistan ?
Alors, on a dit depuis le début du cessez-le-feu que le Liban devait être inclus dans le cessez-le-feu très clairement. Maintenant, je ne vais pas donner écho au chantage iranien sur le cessez-le-feu. Si la France veut que le Liban soit inclus dans le cessez-le-feu, c'est bien pour qu'il y ait une perspective de sécurité, de stabilité et de respect de la souveraineté libanaise en même temps que de la sécurité israélienne. Je pense qu'on ne peut pas juste donner le sentiment de faire écho à une posture de négociations iraniennes non plus.
Vous avez dit que la France et l'Europe pourraient proposer des solutions pour conforter l'idée qu'il y ait des négociations qui aboutissent à un accord de paix. Qu'est-ce que c'est que ces solutions-là ? Et puis, une question quand même, quelle est la position de la France sur l'uranium en Russie qui a disparu des 440 kilos ? Est-ce que vous savez où ils sont ? Les Américains disent on sait où il est. Est-ce que la France le sait et est-ce qu'elle pourrait participer par exemple à l'extraction de cet uranium, à sa mise en lieu sûr ? Et quelles sont les solutions que vous pensez pouvoir promouvoir ?
Mais on en a promu des solutions. L'accord sur le nucléaire iranien qui est le seul moment dans les 20 dernières années où le programme nucléaire iranien a été sérieusement mis sous contrôle. Je rappelle que c'est quand même les Européens qui avaient commencé à le négocier en 2003. Donc on a une immense expertise sur le dossier nucléaire iranien. On a de très bonnes relations avec l'Agence internationale pour l'énergie atomique qui depuis le début de cette guerre alerte sur ce sujet en disant il faut revenir à la table des négociations sur le nucléaire. Il est évident qu'on a une expertise en la matière qu'on peut apporter.
Ce n'est pas nous qui avons dénoncé l'accord sur le nucléaire iranien. Ce n'est pas nous, c'est les Etats-Unis qui l'ont dénoncé et ce sont les Iraniens qui n'ont pas respecté leurs obligations nucléaires.
Alors l'une des solutions ce serait le retour des inspecteurs de l'AIA en Iran par exemple ?
Mais tout le cadre qui a été construit sur la mise sous contrôle du nucléaire iranien est par définition valable. On est quand même en train de se dire enfin on parle de l'Iran ce n'est pas non plus un défenseur du droit international. L'Iran ils ont violé leurs obligations nucléaires déstabilisé la région avec des milices massacré leur population donc il ne faut pas tout inverser. Nous on a un cadre et une expertise de négociation qui nous permettent d'apporter des réponses sur le nucléaire iranien ça a été prouvé. Voilà.
Malheureusement ce cadre il y a longtemps a été dénoncé et encore une fois l'Iran à chaque fois que les Européens sont revenus vers l'Iran avec des propositions crédibles et sérieuses n'ont pas voulu respecter leurs obligations nucléaires et n'ont pas choisi la voie de la négociation. Bon. Maintenant on se remet les Américains et les Iraniens se mettent autour de la table pour discuter d'un cessez-le-feu c'est le début d'une négociation qui va porter sur le nucléaire sur le balistique sur la stabilité régionale.
Oui l'uranium enrichit alors le savez-vous est-ce que la France le sait ?
La France a des éléments de renseignement propres et des éléments de renseignement en partenariat simplement le problème n'est pas tellement de savoir comment on extrait comment on n'extrait pas le problème c'est de savoir comment par la négociation on arrive à mettre ce programme sous contrôle et comment on fait en sorte que l'Iran respecte ses obligations internationales. De toute évidence nous notre choix n'a pas été de le faire par des moyens militaires. Voilà.
Maintenant encore une fois il y a une période de négociation qui s'ouvre dans laquelle la France et l'Europe avec ses partenaires c'est-à-dire beaucoup de monde parce que l'essentiel des partenaires internationaux sont plutôt pour la stabilité le retour à la stabilité régionale le retour au respect par chacun de ses obligations internationales et la libre circulation dans les trois dormous. Ça n'est pas vrai que ça ne pèse pas j'en suis sûre.
Et on va en reparler dans une seconde. Merci Madame la ministre d'avoir été avec nous ce soir en direct dans cette édition spéciale sur BFM TV. Merci.
Alice Rufo