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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 22 octobre 2025 10 min

Vol de bijoux au Louvre : "nous avons été mis en échec"

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Parlez-en ... - A.Casse: Bonsoir.

Bienvenue. La dernière fois qu'on l'a vue, c'était dimanche, aux côtés de la ministre de la Culture, R.Dati, qui nous annonçait que les bijoux royaux et impériaux avaient été volés au Louvre.

La directrice du Louvre, L.des Cars, est réapparue aujourd'hui, auditionnée par la commission des affaires culturelles du Sénat le jour où le musée a rouvert. Bonsoir, A.Filippetti.

Vous avez été ministre de la Culture de 2012 à 2014 et vous êtes directrice des affaires culturelles à Paris. - L.des Cars: Il ne s'agit nullement de me dérober ou d'adopter une position de déni.

Malgré nos efforts, malgré notre travail acharné au quotidien, nous avons été mis en échec. - A.Casse: Vous la trouvez convaincante? - A.Filippetti: Je ne suis pas convaincue par ses arguments.

Je suis assez scandalisée que, face à ce qui est un drame pour la nation, parce que ce sont des collections nationales qui ont été dérobées au nez et à la barbe des Français, en pleine journée, on ait une réaction en deçà de ce qu'on attendait. - A.Casse: En quoi?

Elle essaie de dire qu'elle n'a cessé d'alerter et qu'elle a fait tout son possible pour sécuriser le musée du Louvre, que des mesures seront mises en oeuvre très prochainement pour davantage le sécuriser. - A.Filippetti: Ce cambriolage est malheureusement la conséquence presque prévisible d'une mauvaise gestion du musée, de son plan de travaux de maintenance, de sécurité, d'entretien de base.

Ce plan n'a pas été respecté au cours des 5 ans qui viennent de s'écouler. Ce n'est pas moi qui le dis, mais un rapport de la Cour des comptes. Ce rapport a étudié les projets d'investissement, la manière dont l'argent du Louvre, 100 millions d'euros de subventions du ministère de la Culture, et un budget total de 360 millions d'euros...

C'est beaucoup d'argent. Cet argent important n'a pas été mis au bon endroit. Il y a eu des alertes.

L'alerte de la Cour des comptes, dont le rapport va bientôt sortir, mais aussi des alertes des salariés qui travaillent au sein du musée du Louvre. Un exemple sur la sécurité. Depuis 2014, il y a eu une diminution de 14 % des personnels d'accueil et de surveillance du musée, pendant une période au cours de laquelle le nombre de visiteurs du musée est remonté après le covid à 10 millions par an, le plus grand musée du monde.

C'est inacceptable. - A.Casse: C'est ce que dit le personnel du Louvre? - A.Filippetti: C'est ce que disent les syndicats et le personnel, avec des chiffres avérés. - A.Casse: C'est contredit par la direction, qui dit qu'il y a plus de personnel qu'avant. - A.Filippetti: Je parle du personnel d'accueil et de surveillance.

Moins 14 %, ce sont des chiffres avérés. La Cour des comptes a montré que, scandale absolu, dans les collections permanentes, dans l'aile Sully, il y a 60 % des espaces qui ne sont pas couverts par la vidéosurveillance. 75 % des espaces dans l'aile Richelieu.

Pourquoi? Parce que la présidente du Louvre a choisi de mettre tous les moyens de sécurité sur les expositions temporaires, au détriment des collections permanentes, comme celle de la galerie d'Apollon avec les bijoux qui ont été volés. Ce sont des choix stratégiques qui ont été faits au cours des dernières années.

Ces choix ont mené à des failles graves dans ce processus de sécurité. - A.Casse: "Le Figaro" rapporte qu'elle aurait présenté sa démission, qui lui auraient été refusée.

Elle a fait la bonne chose en démissionnant, mais cette démission aurait dû être acceptée? - A.Filippetti: Si elle l'a présentée, et c'était normal qu'elle la présente...

Quand on est à la tête d'un établissement...

Elle est présidente du Louvre. C'est un établissement public. Elle en est la présidente, pas seulement la directrice.

Quand il y a une chaîne d'erreurs et qu'on est le chef de quelque chose, s'il y a quelque chose qui dysfonctionne et que ce sont des erreurs qui étaient évitables, on doit en tirer les conséquences. Mais je dirais la même chose du pilotage par la ministre de la Culture. Le Louvre est placé sous l'autorité du ministère de la Culture. - A.Casse: R.Dati devrait démissionner? - A.Filippetti: Il y a un défaut majeur dans le pilotage du ministère de la Culture.

R.Dati est en campagne pour la Ville de Paris. Elle ne s'occupe plus du ministère de la Culture.

Elle ne suit pas les dossiers. Elle se concentre uniquement sur des choses polémiques ou des opérations de prestige. Il y a 6 mois, le président de la République lui-même faisait une grande opération de communication devant le Louvre en annonçant un grand plan appelé "Le Louvre Renaissance".

Il a annoncé qu'il allait changer l'accueil du Louvre, faire une salle spéciale pour "La Joconde", ce qui, à mon avis, est un scandale pour la visite...

On n'isole pas un chef-d'oeuvre. On le ramène, au contraire, dans l'histoire des arts. 660 millions d'euros pour financer ça.

On est allés puiser dans le fonds Abu Dhabi, qui permet normalement de faire des travaux dans les musées français. Ce sont des choix. On a fait des choix de prestige, de communication, d'opérations tape-à-l'oeil, au détriment de l'entretien de base du musée. - A.Casse: Quand vous étiez vous-même ministre de la Culture, il y avait la connaissance de certaines choses.

Des études ont été lancées pour analyser les dispositifs de sûreté, les dispositifs d'incendie, parce qu'il y avait un problème. - A.Filippetti: Mes prédécesseurs, et ça a continué au moins jusqu'en 2020 ou 2021, avaient mis en place...

Un bâtiment aussi important, c'est de l'entretien au quotidien. Il y a un schéma... - A.Casse: Quand vous étiez ministre de la Culture, ce casse aurait pu arriver?

Les conditions étaient peu ou prou les mêmes. - A.Filippetti: On avait plus de monde.

Il n'y a pas que le dispositif technique. C'est surtout de la présence humaine. On avait plus de monde dans la partie accueil et surveillance. - A.Casse: Combien? - A.Filippetti: 14 %, ça fait à peu près 80 personnes en plus dans les galeries.

C'est très important. D'autre part, il y avait ce schéma directeur d'un entretien quotidien... - A.Casse: Il y a aussi la vidéosurveillance.

Ce n'est pas qu'une question de personnes. Les agents présents n'auraient rien pu faire. - A.Filippetti: Il y avait 4 agents présents pour toute l'aile qui longe la Seine.

Par ailleurs, ça a été extrêmement rapide. Normalement, ce schéma directeur en place depuis 2010 aurait dû continuer et arriver à sa fin là. Sauf que la dernière phase, au cours des 4 dernières années, a été décalée.

C'est relevé par la Cour des comptes, qui dit que le plan sûreté a été reporté dans le contrat de performance du Louvre aux années 2025 à 2029. Au lieu de le faire pendant les 4 dernières années, ils avaient décidé de le faire au cours des années à venir. - A.Casse: Maintenant, qu'est-ce qu'on fait?

Quelles solutions? On réécoute la présidente du Louvre sur les mesures qu'elle préconise. - L.des Cars: Il y a 2 ordres.

La sécurisation des abords immédiats sur la chaussée, avec des dispositifs de mise à distance empêchant que des véhicules se garent directement à côté du bâtiment. Je souhaite solliciter le ministère de l'Intérieur pour voir si l'installation d'un commissariat de police au sein du Louvre est possible. - A.Casse: Que pensez-vous de cette dernière idée? - A.Filippetti: Je trouve complètement indécent de dire ça.

On va mettre des personnels de police au milieu du Louvre? Si on a un problème à l'hôpital, on va mettre un commissariat dans un hôpital? Un commissariat au milieu d'une école?

Il y a des gens qui travaillent au Louvre, des personnels d'accueil et de surveillance du musée. Il faut que L.des Cars ou R.Dati recrutent des personnels pour travailler dans le Louvre dont c'est la mission, des gardiens de musée, des personnels d'accueil et de surveillance.

Elles doivent rétablir les emplois qui ont été supprimés. Un budget est en préparation pour l'année prochaine. Dans ce projet de budget, la ministre de la Culture avait prévu 8,6 % en moins pour le patrimoine. - A.Casse: Qui reste le 1er poste du budget de la Culture. - A.Filippetti: 8,6 % en moins pour le patrimoine, c'est une coupe drastique dans le budget de l'entretien des monuments et le budget des musées.

C'est inacceptable dans cette période. On ne peut pas faire des économies qui portent atteinte à la mission essentielle des musées, qui est la préservation des collections, la transmission aux générations futures et toute la médiation qu'on peut faire pour que les jeunes et moins jeunes aient accès à l'éducation artistique à travers