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interviewRadio Classique — L'invité de la matinale (sur Podcast)· 21 mai 2026 13 min

Mères de présidents : ces femmes de caractère qui ont façonné la France, avec Béatrix de L'Aulnoit

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Béatrice Delolnois, bonjour. Bonjour. Vous publiez donc aujourd'hui « Ils les ont tant aimés, les présidents et leurs maires » aux éditions Plon. Pourquoi avoir tenté de mieux connaître ceux qui ont dirigé la France à travers leurs maires ?

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Invité

Écoutez, j'ai été plongée dans des histoires, huit histoires familiales, passionnantes, très émouvantes, toutes différentes, mais avec une constante. Ces huit mères de présidents de la Ve République, d'origine souvent modeste, totalement inconnues du grand public, sont toutes des femmes de caractère qui ont joué un rôle majeur dans l'éducation et dans la formation d'imaginaire de leurs fils, à commencer par De Gaulle, qui écrit dans ses mémoires de guerre « Ma mère portait à la patrie une passion intransigeante à l'égal de sa piété religieuse ».

Et Yvonne de Gaulle, sa femme, dira très vite après son mariage « Toutes ses idées sur la grandeur de la France viennent de sa mère, qui était une maîtresse femme ».

1:08
Présentateur

Est-ce que ça n'est pas une mystique gaullienne que d'associer la mère inspiratrice et la patrie inspiratrice ? Est-ce que, dans tout le livre d'ailleurs, il n'y a pas un président qui dit « Moi, ma mère, ras-le-bol ». Ils ont tous vénéré leur mère, ils ont tous quelque chose à dire sur leur mère, comme tout le monde d'ailleurs, mais aucun président ne pourrait renier sa mère, parce que ce serait un peu renier la France, non ?

1:27
Invité

Non, ça fait partie d'un contexte familial qui a été très très fort. Prenez Chirac, par exemple. Sa mère a perdu avant lui une petite Jacqueline, à 22 mois, d'une bronchopneumonie. Elle en a fait une dépression, et quand Jacques est arrivé, huit ans après, elle ne l'attendait plus. Elle va être le centre de sa vie. Ils vont même former un couple. C'est l'amour total parce que le père était banquier, ses clients étaient les deux avionneurs, Marcel Bobloch, futur Dassault et Henri Pothèse, et il était très séduisant, et donc il n'était pas souvent à la maison. Et donc Jacques sera toute sa vie la Corrèze, la Corrèze, Sainte-Féréole, les vaches, la tête de veau à la limousine, c'est sa mère.

2:14
Présentateur

Est-ce que c'est un cadeau à faire à un Jacques que de lui donner le nom, ou le prénom plus exactement, de sa petite sœur Jacqueline, morte en bas âge ? Je crois que ça ne l'a pas gênée.

2:23
Invité

Ça ne l'a pas gênée. Il adorait sa mère. Il disait, c'est ça ce qui est magnifique, c'est ce que j'ai découvert. Il a dit, j'adorais ma mère comme elle m'adorait. Pompidou, j'adorais ma mère qui était une femme de caractère. Et il dira, parce que son père était parti à la guerre de 14-18 jusqu'en 19, et il dira, de 3 à 8 ans, à l'âge de ma première formation, je n'ai connu que ma mère.

2:48
Présentateur

Ce qui est curieux, c'est qu'ils parlent, tous ces présidents, ils parlent tous davantage de leur mère que de leur père. Vous dites femme de caractère, les pères aussi avaient pour certains du caractère, mais finalement, il y a quelque chose, il y a quelque chose qui grince, qui gratte entre, entre ces présidents et leur père, que la mère répare d'une certaine façon.

3:06
Invité

Oui, c'est vrai. Et on peut dire que la majeure partie des présidents de la Ve République se sont construits face à un père autoritaire. C'est le cas pour Sarkozy, par exemple, qui détestait son père, qui était un playboy publicitaire hongrois, qui ne payait jamais sa pension alimentaire. Sarkozy est le premier président dont les parents ont divorcé, alors que sa mère, courageuse, a repris ses études à 35 ans, et c'était un exemple pour lui, et il détestera son père à tel point qu'il décidera de ne plus le voir quand son père se remariera pour la quatrième fois.

Hollande, c'est la même chose, il détestait son père, qui s'est présenté à deux reprises sur des listes d'extrême droite au municipal, et surtout, il m'a dit quand je l'ai interviewé, je lui en voulais parce qu'il traitait mal ma mère, qui était une femme merveilleuse, la mère de François Hollande,

4:01
Présentateur

assistante sociale. Et vous dites que le grand regret de François Hollande, c'est d'avoir été élu président de la République alors que sa mère était morte peu de temps auparavant. Quel rôle jouent ces mères dans l'ambition des enfants ? Souvent, on entend « Tu seras avocat, mon fils, tu seras médecin, mon fils » ou ma fille. Est-ce que l'une d'elles a dit « Tu seras président, mon fils ? »

4:19
Invité

Non, aucune, aucune. Elle ne pouvait pas l'imaginer. C'est quelque chose de tellement inconcevable, surtout dans ces milieux-là. Pompidou dit « Du plus loin que je me souvienne, je me rappelle des leçons d'honnêteté, de droiture et de travail. » C'était comme ça, en fait. Ils étaient issus de lignées souvent d'instituteurs et ce sont eux qui ont formé la France. C'est ça qui est formidable. C'est ce roman national qui a été construit par les instituteurs de la Troisième République.

4:50
Présentateur

Est-ce que vous avez pu savoir s'il y a eu des gifles, des punitions, des frustrations, des injustices ? Il y en a dans une éducation.

4:58
Invité

Bien sûr, ils étaient élevés normalement. Et François Hollande avait reçu des gifles. Enfin, non, François Hollande, pardon, François Mitterrand. François Mitterrand, Pompidou aussi, Chirac, je ne crois pas, mais de son père peut-être. Oui, oui, son père lui disait « Mais si tu ne connais pas tes fables de La Fontaine, c'est que tu es paresseux. » Voilà.

5:20
Présentateur

Des humiliations. Oui. Vous parlez de François Mitterrand, c'est intéressant, François Mitterrand, parce que c'est un président qui s'est fait élire sur un programme socialiste mais qui a reçu une éducation à la française totalement catholique comme les autres, comme le général de Gaulle presque. Racontez-nous ça, parce que ça les a marqués pour longtemps, l'éducation catholique transmise par la maman.

5:40
Invité

Mais Yvonne Mitterrand, c'est la moins connue, c'est la plus surprenante. Une mère de huit enfants qui ne pouvait, normalement, qui ne devait même pas en avoir un parce qu'elle était malade du cœur. Une force tranquille, un souci constant des autres, des miséreux, des plus démunis, une piété héroïque qu'elle va transmettre à son fils. Et moi, j'ai découvert, sidéré, que François Mitterrand, quand il est arrivé à Paris étudiant au 104 rue de Vaugirard. Il faisait encore sa prière à genoux, au pied de son lit, comme sa mère le lui avait enseigné. Et il a 19 ans, elle va mourir cette année-là d'une maladie de cœur. Donc, c'est des souffrances atroces qu'elle va offrir pour l'âme de ses enfants.

Et quand il va rentrer à l'Elysée, il va poser sur la cheminée de son bureau la photo de sa mère et derrière le journal pieux qu'elle écrivait quand elle était jeune fille et dont il relisait des passages entre deux rendez-vous importants. C'est sidérant,

6:49
Présentateur

non ? Oui, c'est sidérant, surtout de la part de Mitterrand qui est donc ce personnage double, triple, voire quadruple. il y a la question de la fibre sociale. La mère de Mitterrand avait une passion, pas une passion, mais enfin, elle avait le souci des pauvres. Le catholicisme lui avait transmis et c'était un peu la même chose pour la maman de François Hollande. Oui,

7:11
Invité

c'était une femme formidable. J'ai eu la chance de la rencontrer parce que j'ai fait une photo d'elle quand j'étais à Marie-Claire. Et c'était une femme merveilleuse avec un regard compatissant pour tout le monde. donc elle était assistante sociale et c'est elle qui a donné à François Hollande sa conscience de gauche à l'inverse de son père donc qui était d'extrême droite et il dira ma mère a toujours cru en moi et c'est le plus beau cadeau qu'une mère puisse faire à son fils.

7:45
Présentateur

Je voudrais qu'on écoute un document particulièrement étonnant qu'on entend rarement c'est Mais Bardou qui est la fille d'un grand ministre de la Troisième République et qui est la maman de Valérie Giscard de Stain mais Bardou elle parle de son fils alors qu'il est déjà ministre voire candidat à la présidence de la République. Écoutons-la parler de Valérie.

8:08
Locuteur non identifié

Vous savez il était comme tous les enfants car sûrement il était intelligent c'est certain il avait de la mémoire c'est certain mais il avait un caractère qui n'était pas toujours facile il se mettait petit enfant dans des colères terribles et ce qui explique aussi n'est-ce pas cette espèce de fête qui se contient car au fond c'est un caractère extrêmement violent extrêmement ardent et qui petit à petit enfin s'est humanisé s'est canalisé cette douceur ne lui est pas tellement naturelle.

8:40
Présentateur

Elle parle de Valérie Giscard d'Estaing son fils avec beaucoup de tendresse est-ce que est-ce que le fait d'avoir été aimé les a aidés à gouverner ?

8:53
Invité

Ils avaient ils pensaient à leur mère à ce qu'elle leur avait enseigné quand ils gouvernaient vous savez de Gaulle quand il est parti à Londres il a voulu passer au-dessus du village où était réfugié de sa mère et il dira pendant toutes ces heures tragiques ce qui m'a souvent réconforté c'est qu'elle eût été toujours et en tout à mes côtés et Giscard sa mère était une passionnée de politique surtout elle avait un grand-père Agénor Bardou qui avait été maire de Clermont-Ferrand député centre-gauche du Puy-de-Dôme ami de Jules Ferry comme lui ministre de l'instruction publique et c'est sur ses pas qu'elle va conduire son fils et sans mais Bardou Valérie Giscard d'Estaing n'aurait peut-être même pas été députée du Puy-de-Dôme

9:41
Présentateur

Je voudrais qu'on termine avec Emmanuel Macron qui pose deux questions par rapport à ce que vous écrivez la première question c'est qu'Emmanuel Macron parle plus de sa grand-mère que de sa mère en tout cas en public et il a mis en avant sa passion pour sa grand-mère et puis le deuxième sujet qui a dû préoccuper l'enquêtrice que vous étiez c'est le fait qu'Emmanuel Macron ait épousé une femme qui aurait pu être sa maman il faut dire les choses comme ça ça fait partie des évolutions de la société mais quand l'opinion publique en a pris connaissance ça a beaucoup secoué dans cette galaxie de présidents qui parlent de leur maman comment situez-vous Emmanuel Macron ?

10:21
Invité

Écoutez sa mère Françoise Noguès Macron elle adorait les enfants elle voulait être pédiatre mais après trois naissances coup sur coup elle a opté pour une carrière à la sécurité sociale et même un trois quarts de temps pour pouvoir s'en occuper mais à cinq ans Emmanuel est parti à l'école primaire au bout du jardin rue Delpêche et dans cette même rue Delpêche habitait sa grand-mère formidable directrice d'école qui venait de prendre sa retraite et qui avait donc tout son temps pour s'occuper de son petit-fils et elle n'a pas mis longtemps à s'apercevoir qu'il était surdoué avec une mémoire incroyable c'est avec elle qu'il a tout appris en fait c'est ce qu'il dit dans son livre Révolution et ensemble très vite elle l'a initié aux grands auteurs ensemble il est récité il est lisé à voix haute et il y avait une telle complicité entre les deux que le soir Emmanuel préférait souvent rester chez sa grand-mère plutôt que de retourner chez ses parents comment vous expliquez ça ?

ça a été la première rupture parce qu'elle était totalement à lui vous savez sa mère quand vous avez des enfants en passage vous n'avez pas le temps et que vous travaillez vous n'avez pas le temps de vous occuper de vos enfants c'est terrible et les grands-parents ont très souvent joué un rôle dans l'éducation des enfants on ne le dit pas assez mais c'est souvent les grands-parents

11:38
Présentateur

réaction de la maman c'est ma dernière question réaction de la maman quand Emmanuel Macron vit son amour au grand jour avec Brigitte

11:46
Invité

et bien la première réaction qu'elle dit c'est avec elle avec elle tu ne pourras jamais avoir d'enfant ce qui prouve bien que les enfants étaient très importants pour elle et ce qui est triste c'est qu'elle n'a jamais récupéré son fils parce qu'à l'époque il avait 16 ans quand il est tombé amoureux de Brigitte Osière trop mieux et évidemment après quand il est rentré à l'Elysée une mère perd son fils quand il est rentré à l'Elysée parce qu'il est tapé sur son destin et là elle ne le voit plus elle peut être au téléphone une fois par mois point à la ligne et donc elle l'a complètement perdue ça c'est dommage

12:22
Présentateur

et c'est vrai ce que vous dites quand on devient président de la république on n'est plus fils de sa mère on est fils de France tout simplement et on en parle de la France comme de sa maman quand on est président nous les avons tant aimé les présidents et leur mère c'est signé Béatrice de Lollenois ça peut faire disons-le un joli cadeau de fête des mères puisqu'on est à quelques jours de cette fête Béatrice de Lollenois merci infiniment le livre est paru chez Plon je le rappelle Radio Classique il est 8h28 à suivre le rappel des titres la revue de presse d'Hervé Gatégnon et notre esprit libre du jeudi France Olivier