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Podcast / conversationTEDx Talks· 17 septembre 2021 17 minPortrait personnelDéfenseCulture, médias & sportSolidarités & famille

L'homme aux trois facettes | Alexandre Coulet | TEDxUniversitéLyon3

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 100 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:59Invité politiqueFait
    « Je m’appelle Alexandre Coulez. Je suis coach, comédien et ancien officier. »
  • 3:27Invité politiqueFait
    « La langue commune de travail est le français. Donc, on leur apprend à peu près 500 mots de vocabulaire et il faut les entendre parler français avec leur accent de leur pays d’origine. »
  • 4:09Invité politiqueFait
    « Chaque légionnaire est ton frère d’armes. Tu ne l’abandonneras, quelles que soient sa nationalité, sa race, sa religion. »
  • 4:54Invité politiqueFait
    « J’ai également fait pas mal d’opérations extérieures sur des théâtres de guerre, ce qui m’a permis de lever un certain nombre de voiles sur la guerre. »
  • 6:19Invité politiqueFait
    « L’armée n’est pas non plus connue pour être le lieu où l’on montre ses émotions. C'est même plutôt le contraire. »
  • 7:47Invité politiqueFait
    « Je suis également un homme de théâtre, Je suis passionné par le théâtre depuis mon enfance. »
  • 8:29Invité politiqueFait
    « J’ai obtenu ma licence professionnelle d’encadrement d’ateliers à la pratique théâtrale à la Sorbonne Nouvelle. »
  • 11:57Invité politiqueFait
    « Je suis également certifié executive coach HEC. »
  • 12:12Invité politiqueFait
    « Mes principaux clients sont des dirigeants, des manageurs et des particuliers. »
  • 14:23Invité politiqueFait
    « Dans la conception du psychisme chez Jung, il y a vraiment un binôme qui est capital, c’est le binôme persona-ombre. »

Temps de parole

  • Alexandre Coulet100 %

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Alexandre Coulet

Transcription: claire ghyselen Relecteur: eric vautier Bonjour à toutes et à tous. Je m’appelle Alexandre Coulez. Je suis coach, comédien et ancien officier. Je suis ravi d’être parmi vous. Quand on m’a demandé d’intervenir sur le sujet «Bas les masques !», j’ai tout de suite pensé à cette citation de Shakespeare, extrait de sa comédie «Comme il vous plaira» : «Le monde entier est un théâtre et tous, hommes et femmes, n’y sont que des acteurs. Et chacun dans sa vie a plusieurs rôles à jouer.» Cette citation de Shakespeare sous-entend que nous portons tous des masques. Des masques au théâtre, ceci depuis la Grèce antique, mais des masques également sociaux, au quotidien.

«Bas les masques», ça revient à se démasquer soi-même, mais aussi à démasquer les autres. Et vous, portez-vous des masques ? En avez-vous conscience ? Quels sont-ils ? Quel rôle jouez-vous dans la vie, ou au travers de vos profils sur les réseaux sociaux ? L’important, tout d’abord, c’est de prendre conscience de l’existence de ses propres masques. C’est un long chemin d’introspection qui demande du travail sur soi. C’est la réponse au «Connais-toi toi-même» de Socrate. Mais aussi pour répondre à des questions plus globales que tout être humain est amené à se poser : Qui suis-je ? Suis-je un ou plusieurs ? Qu’est-ce qui me rapproche des autres et qu’est-ce qui m’en différencie ?

Et une fois que vous avez pris conscience de l’existence de vos propres masques, vous pouvez passer à l’action et aider donc les autres à se démasquer, à se dévoiler, et tomber évidemment vos propres masques. Donc pour répondre à ce sujet, «Bas les masques », je vais m’appuyer sur ma propre expérience professionnelle et me démasquer à travers mes trois masques : armée, théâtre et coaching. J’ai un passé de décideur militaire puisque j’ai servi pendant 28 années dans l’armée de terre et plus logiquement dans le génie et à la Légion étrangère, jusqu’au grade de colonel.

J’ai donc alterné des postes sur le terrain, en métropole, mais aussi aux quatre coins du monde, mais aussi avec des postes en centrale, en état-major parisien, dans le domaine des ressources humaines, de l’organisation et des restructurations. Pourquoi ai-je choisi de servir à la Légion étrangère ? C'est une vaste question. Depuis mon enfance, je suis attiré par l’ailleurs et donc le goût de l’aventure a été l’un des moteurs de ma motivation pour m’engager à la Légion étrangère. J’ai énormément voyagé sur le plan professionnel, mais aussi sur le plan personnel. Seul avec mon sac à dos et sur les cinq continents.

Et j’ai donc passé onze années à la Légion étrangère dans tous les grades, comme lieutenant, commandant une section de 30 hommes, comme capitaine d’une compagnie de 150 hommes et enfin comme colonel commandant un régiment de mille hommes. Qu’est-ce que la Légion étrangère ? Certains, peut-être, la connaissent de nom ou de réputation. Mais peu la connaissent vraiment de l’intérieur. C’est à la fois une troupe connue et inconnue. La question essentielle, c’est comment des hommes venant des quatre coins du monde, ne parlant pas la même langue et ne partageant pas la même culture, arrivent à constituer une troupe d’élite ? Ce sont les secrets que je vais vous révéler.

Tout d'abord, la langue commune de travail est le français. Donc, on leur apprend à peu près 500 mots de vocabulaire et il faut les entendre parler français avec leur accent de leur pays d’origine, c’est toujours très exotique et poétique. Deuxièmement, ils sont amalgamés sous commandement français et enfin, ils partagent des valeurs communes, ce que l’on appelle : «le code d’honneur du légionnaire», qui est composé de sept articles. Je peux vous donner quelques extraits : «Chaque légionnaire est ton frère d’armes.

Tu ne l’abandonneras, quelles que soient sa nationalité, sa race, sa religion.» Ou un peu plus loin, «On n’abandonne jamais ni ses morts ni ses blessés.» Donc, vous voyez que la Légion étrangère, c’est vraiment une troupe d’élite. Et en plus, on ne demande jamais à un légionnaire, et c’est une tradition, la raison pour laquelle il s'est engagé à la Légion étrangère. Par goût du risque, par goût de l’aventure, par goût du baroud, par rupture amoureuse, sociale, politique. C’est son secret. Il ne le révélera uniquement que s’il le veut bien et s’il a confiance en vous. Donc c’est ça, vraiment, qui est très, très important. Et vous, avez-vous quelques secrets ?

Si certains sont trop lourds à porter, vous pouvez vous engager à la Légion étrangère de 17 à 40 ans. J’ai également fait pas mal d’opérations extérieures sur des théâtres de guerre, ce qui m’a permis de lever un certain nombre de voiles sur la guerre. Tout d’abord, la guerre, ce n’est pas tout le temps. Les périodes d'accalmie succèdent aux périodes de combats. En plus, ce n'est pas non plus partout. Généralement, la guerre est limitée à des régions, villes ou quartiers. Et ce qui est de plus en plus difficile, c’est d’arriver à distinguer les combattants de la population, dans la mesure où ils vivent au milieu d’elle. La guerre, ensuite, est ambivalente, avec deux faces.

Une face évidemment négative que tout le monde connaît puisque les gens s’entre-tuent. Mais aussi avec une phase beaucoup plus utile dans la mesure où elle permet à certains légionnaires, évidemment, de se dépasser, de se révéler. Et donc à la guerre, les masques tombent tout rapidement puisque le chef vit 24 heures sur 24 au milieu de sa troupe. Donc, on ne peut plus se cacher. Et certains légionnaires, d’ailleurs, se révèlent, d’ailleurs pas forcément ceux qu’on attendait. C’est ça aussi le mystère de la Légion étrangère et l’importance de la guerre. L’armée n’est pas non plus connue pour être le lieu où l’on montre ses émotions. C'est même plutôt le contraire.

En tant que chef, on a plutôt tendance à contrôler et à maîtriser ses émotions. Ce que l'on appelle le masque du chef. Pour moi, cela a été renforcé par le fait que je pratiquais les arts martiaux et notamment le judo. Et donc, il a fallu que j’apprenne à déposer cette armure, ce blindage, et on ne le fait évidemment pas facilement, notamment dans deux grandes occasions, à savoir quand on partage des moments de détente avec ses soldats ou inversement, dans des moments beaucoup plus sombres, tragiques, graves, marqués par les morts et les blessés. Et dans ces cas-là, il faut accueillir ses émotions, les accepter et ensuite les partager. Tomber le masque de l'armure.

L’Armée entretient également des liens étroits avec le coaching et le management, mais on parle plus facilement de commandement que de management. Donc, management en relation centré sur le lien, management de projet centré sur le contenu, ou management opérationnel centré sur la prise de décision. Moi, au cours de ma carrière, j’ai expérimenté ces différents styles de management en fonction des postes que j’ai occupés. Management opérationnel en tant que chef. Management en tant qu’expert, et ensuite management relationnel, évidemment, en tant que coach. Donc, l’important, c’est d’adapter votre style de management en fonction du poste que vous occupez.

Je suis également un homme de théâtre, Je suis passionné par le théâtre depuis mon enfance. J’ai commencé comme simple spectateur et ensuite j’ai voulu devenir acteur. J’ai étudié pendant une dizaine d’années à différents ateliers de théâtre en région parisienne, mais aussi à Avignon. Par chance, évidemment, mon régiment était stationné à côté d’Avignon. J’ai pu écumer tous les festivals d’Avignon. Et il y a quatre ans, en m’appuyant sur ma pratique théâtrale, j’ai décidé de créer ma troupe de théâtre et donc nous jouons un spectacle par an dans différents théâtres parisiens.

De plus, j’ai obtenu ma licence professionnelle d’encadrement d’ateliers à la pratique théâtrale à la Sorbonne Nouvelle, qui me permet d’animer les ateliers de théâtre. Pourquoi je fais du théâtre ? Là aussi, c’est pour lâcher prise, donner encore une plus grande place à mes émotions, notamment par l’improvisation, mais aussi en incarnant des personnages à multiples facettes. J’ai retrouvé dans le théâtre cette décharge d’adrénaline que j’avais pu connaître sur les théâtres d’opérations. Quand on arrive sur scène, face à un public inconnu, on ne se sent pas très à l’aise. On sent le danger.

Et donc, il faut arriver à métamorphoser tout ça pour justement arriver à lancer et donner toutes ses émotions. Il y a également un truc très important au théâtre, c’est l’utilisation des masques. Les masques, évidemment, sont utilisés au théâtre depuis la Grèce antique jusqu’au 18e siècle, en passant par la Commedia dell’arte. Ces masques sont percés au niveau de la bouche et des yeux pour permettre évidemment à la fois de parler et de se déplacer. Ces masques indiquent plusieurs choses. Tout d’abord, ça peut être le sexe du personnage. N'oubliez pas, pendant que de très nombreuses années, les personnages, notamment les femmes, étaient joués par les hommes.

Ces masques peuvent aussi indiquer l’importance du personnage dans l’histoire, mais aussi ça peut [indiquer] son caractère, son humeur. Sachez que dans la Grèce antique, il y avait quatre types de masques. Les masques des tragédies qui inspiraient la terreur, ceux des comédies qui accentuaient le ridicule, ceux des drames satiriques qui montraient les monstres et aussi, évidemment, les masques des danseurs. Ce port des masques permet la levée des défenses et des inhibitions, c’est-à-dire que sous le masque, l’acteur est invité à se démasquer dans son entière nudité.

Evidemment, de nos jours, les masques ne sont plus tellement utilisés au théâtre, mais certains rôles et personnages peuvent servir également de masque. Pour ma part, j’ai incarné des personnages qui étaient assez proches de moi et des personnages aussi qui étaient très, très différents. En incarnant ces personnages de composition, je me suis aperçu finalement qu’ils n’étaient pas aussi éloignés de moi que je ne pouvais le penser. Donc, le théâtre révèle des traits méconnus de vous et met en avant un certain nombre de choses que vous avez enfouies.

Le théâtre permet la représentation de ce qu’on appelle les multiples de soi, c’est-à-dire que dans chaque caractère, il y a plusieurs structures et facettes. L’une est dominante et d’autres sont récessives. Le théâtre permet de les révéler toutes, sans exception et en toute sécurité. Et vous ? Quel personnage aimez-vous au théâtre ? Quels rôles aimeriez-vous jouer ? Y a-t-il des personnages qui vous semblent très éloignés de vous ? Eh bien, observez-les et jouez-les. Je suis également certifié executive coach HEC. Et donc, il y a deux ans, j’ai décidé de créer mon entreprise de coaching et de théâtre, Mes principaux clients sont des dirigeants, des manageurs et des particuliers.

Ma spécialité, c’est le coaching de transition professionnelle, le développement personnel et enfin le coaching de performance. Et mes outils privilégiés sont la programmation neuro-linguistique et les techniques théâtrales. Le coaching entretient des liens très étroits avec le théâtre. Tout d'abord, ils ont une origine antique commune. D’un côté, Socrate, qui peut être considéré comme le père du coaching, avec sa maïeutique, et de l’autre côté, Aristote, qui est le père du théâtre. Ce sont également deux activités centrées sur l’humain, avec d’un côté le binôme coach-coaché et de l’autre, le binôme acteur-spectateur.

Ce sont également des activités éphémères, centrées sur l’instant présent, que l’on appelle l’ici et maintenant. Ce sont également deux activités qui laissent une grande place aux émotions, au lâcher-prise. Et enfin, ce sont deux activités qui permettent de se décentrer, de faire un pas de côté, qu’on appelle l’art du détour. Alors, qu’est-ce que le coaching ? Le coaching peut se définir simplement comme l’accompagnement d’une personne, ou d’un groupe de personnes, pour leur permettre de gagner en autonomie de réflexion et d’action. Ça passe par des phases de prise de conscience et enfin, par les phases de passage à l’action.

Moi-même, je me définis généralement comme le coach du paradoxe, avec deux pôles : ordre et désordre. J'aime bien mettre de l'ordre là où il y a du désordre. Mais j’aime aussi mettre un peu de désordre là où il y a trop d’ordre. Et en tant que coach, j’accompagne mes clients à se démasquer, à découvrir leur vrai visage, mais également à trouver des aspects méconnus de leur personnalité. Certains clients souffrent de ces masques sociaux qu’on leur impose. Et vous, comment vous sentez-vous ? Êtes-vous aligné ? Êtes-vous épanoui ? Y a-t-il une différence entre ce que vous pensez, ce que vous dites et ce que vous faites ?

Dans la conception du psychisme chez Jung, il y a vraiment un binôme qui est capital, c’est le binôme persona-ombre. La persona, qu’est-ce que c’est ? C’est le masque que vous portez, c’est l’image de vous que vous donnez vers le monde extérieur. Il est très important que cette persona reste suffisamment souple pour ne pas vous couper de vos réalités intérieures puisque la nécessité de bâtir cette persona entraîne l’automaticité de la construction d’une ombre. Qu’est-ce que l’ombre ? L’ombre, c’est l’ensemble de vos frustrations, de vos projections, de vos pulsions. Cette ombre, elle est refoulée dans l’inconscient, par souci d’adaptation sociale.

Le processus d’individuation consiste à identifier son ombre, l’apprivoiser et la réintégrer pour récupérer toute cette énergie psychique que l’on appelle la puissance de l’ombre, qui est source de vitalité et de créativité. Car, comme le disait Jung : «Ce n’est pas en regardant la lumière qu’on devient lumineux, mais c’est en plongeant dans son obscurité.» Je vous ai raconté mon histoire en me démasquant à travers mes trois facettes : armée, théâtre, coaching, pour vous montrer que tout le monde porte des masques. Et vous aussi, vous en portez, et que l’important, c’est d’aller voir ce qui se cache derrière. Pourquoi le faire ? Qu’est-ce qu’on y gagne ? Qu’est-ce qu’on y perd ?

Ce qu’on y gagne surtout, c’est un gain d’authenticité, c’est-à-dire un meilleur alignement de la tête, du cœur et du corps. Donc, vous vivez plus proche de votre vérité et vous côtoyez donc vraiment ce que vous êtes vous-même. Ce qui est important - Mon dernier mot : prenez le temps de prendre conscience de vos masques. Et une fois que vous vous sentez prêt, et uniquement à ce moment-là, démasquez-vous. Car comme le disait René Char : «[Impose] ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque, à te regarder, ils finiront par s’habituer.»