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interviewLCP (sur YouTube)· 12 avril 2026 13 min

Édouard Bénard, député Gauche Démocrate et Républicaine de Seine-Maritime | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il était prévu qu'il devienne boucher. Lui a préféré étudier la philosophie. Mon invité est finalement devenu député à l'âge de 28 ans.

Il est membre du Parti communiste et il siège au sein du groupe de la Gauche démocrate et républicaine à l'Assemblée. Générique --- --- Bonjour Edouard Bénard. -Bonjour. -C'est difficile de définir les sujets qui vous mobilisent le plus à l'Assemblée.

Il y en a plusieurs. Il y a la lutte contre les polluants éternels, la défense de la filière nucléaire française, l'aide aux familles monoparentales. Et puis, il y a un autre domaine qui vous tient à coeur, c'est l'enseignement et notamment l'apprentissage.

On va revoir un extrait de vos questions au Gouvernement. *-Mais vos revirements brutaux ont un coût. *Léa, 17 ans, apprentie pâtissière, moins 146 euros par mois. *Joachim, 21 ans, chaudronnier, moins 188 euros par mois. *Salim, boulanger de 18 ans, moins 161 euros. *Et qui peut vivre, et je parle là des adultes et que d'adultes, avec 613 euros par mois, sincèrement ?

A cela s'ajoute à pléthore de mauvais coups, gel des minima sociaux, de l'APL, la fin de l'aide des 500 pour que les apprentis puissent se payer le permis de conduire. *Non, nos jeunes ne seront pas, ne seront plus la variable d'ajustement de votre budget de casse et de classe ! -On vous voit clairement en colère, on sent que c'est un sujet qui vous tient vraiment à coeur.

Vous avez été apprenti à l'âge de 15 ans, apprenti boucher, j'ai découvert. -Alors ça, c'est un passage très, très anecdotique, puisque j'étais apprenti, parce que dans mon entourage, peu de gens étaient passés par le bac général, c'était pas une voie de garage. Et dans les familles populaires, on a tendance à dire : "Qu'est-ce que tu feras plus tard, très tôt ?" Donc, j'ai choisi cette voie-là, la voie de la boucherie pour avoir un métier.

Je n'avais pas la prétention d'avoir ni le talent ni la carrure d'un artisan boucher, donc je n'ai pas fait long feu, j'ai fait que quelques mois. -Ca veut dire que c'était un peu une orientation subie ? Qu'est-ce qui s'est passé ? -Non, pas subie.

C'était culturellement évident d'arriver très tôt dans une voie professionnelle pour avoir très rapidement un métier. Et ce métier faisait écho à des références familiales, donc j'ai choisi celui-ci. -Vous avez dit : "Non, ce n'est pas mon truc." Vous êtes revenu dans la filière générale.

Et là, vous êtes passé aux études de philosophie à la Sorbonne. Pourquoi la philosophie ? Ca répondait davantage à vos attentes, votre curiosité intellectuelle ? -A ma curiosité intellectuelle, anthropologique, existentielle. -C'est étonnant quand même de passer d'un CAP boucherie à la philosophie, vu de l'extérieur. -Ca peut paraître plus qu'étonnant, détonnant, en tout cas dans le paysage politique actuel.

Néanmoins, ça s'est fait assez naturellement, non sans difficulté, parce que naturellement, de famille populaire, il faut payer ses études, il faut travailler pour payer ses études. Je travaillais à côté, métier de la bouche : boulangerie, mais la question ne s'est pas tant posée comme celle d'une rupture, mais d'une continuité vers mon émancipation, ne sachant pas quoi faire professionnellement. -Vous êtes issu d'un milieu modeste.

Votre mère était femme de ménage. Votre père travaillait dans le bâtiment. Vous expliquez avoir ressenti très tôt les différences sociales.

Il y a des moments précis dans votre vie, des histoires que vous avez pu vivre par rapport à ça ? -Peut-être que dès lors qu'on passe de son école de quartier à des grands collèges d'agglomération, déjà, on voit qu'on ne porte pas les mêmes vêtements qu'on n'a pas les mêmes activités, c'est déjà un premier marqueur. Et ensuite, c'était dans mes engagements en tant que jeune apprenti, notamment, et à la suite de l'apprentissage, mes engagements dans l'éducation populaire, aux côtés de jeunes de mon quartier, de ma commune, de jeunes des mêmes situations familiales et sociales, que je me suis rendu compte que l'égalité des chances n'était pas une réalité. -Votre formation intellectuelle, vous la devez aux JOC.

Alors les JOC, ce sont les Jeunesses Ouvrières Chrétiennes que vous avez fréquentées, à Rouen ? -Oui. -C'est une chose que vous partagez avec des personnalités comme Sophie Binet, numéro 1 de la CGT, elle est passée par les JOC.

Cécile Duflo qui a dirigé les Verts ou encore Jacques Delors. Est-ce qu'on est obligé d'être croyant quand on est aux JOC ? -Alors, avec des fois multiples, je ne parlerai pas de croyants catholiques ou quoi que ce soit.

Néanmoins, il y a une certaine foi en l'Humanité, une certaine éthique de la personne qui est partagée avec les croyants. -Il y a, comment dire...

Je ne sais pas si c'est une tradition des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes au Parti communiste, mais il y a un passé, notamment chez des députés qui siégeaient encore récemment, Alain Brunel, Pierre Dharréville, qui, lui, a assumé pleinement sa foi tout en étant communiste. Ce n'est pas incompatible ? Jésus-Christ et Karl Marx ne sont pas incompatibles ? -Ah, je ne le crois pas.

Je crois que chez les croyants, toutes religions confondues, on cherche à expliquer le pourquoi quand la politique explique le comment on transforme l'Humanité. -C'est votre passage par ces JOC qui vous a transmis le goût de l'engagement, l'envie de s'engager ? Ca vient de là ? -C'est mon premier engagement collectif.

Je me suis retrouvé avec mes paires. Je crois que c'était la seule organisation de jeunesse qui comptait autant de jeunes apprentis. Je me suis retrouvé avec mes paires, mes amis intérimaires, livreurs, demandeurs d'emploi, etc.

Et ensemble, on a mené des combats à notre échelle, communs, sur la rive gauche de Rouen, où je suis élu actuellement. Et c'est là où l'engagement, pour moi, a pris tout son sens. L'engagement collectif. -Le Parti communiste, il est arrivé quand, comment, pourquoi ? -Il est arrivé plus tard, il y a un compagnonnage évident, on mène des batailles communes, ça a été surtout des rencontres avec les communistes plutôt qu'avec le parti communiste, avec des gens qui avaient une certaine forme de foi, d'urgence, de la mission, on ne peut pas laisser ces gens dormir sur le coin de la rue "ad vitam aeternam", et là j'ai rencontré des gens avec qui je partageais le sens de la solidarité concrète, d'un militantisme qui était loin d'être que théorique. -Vous évoquez souvent, à Paris le fait que ce sont les militants communistes que vous avez croisés sur le terrain face à des migrants qui dormaient sur les quais de Seine et vous avez dit : "Eux au moins ils font quelque chose". -C'est l'exemple concret de cette solidarité, de cette éthique de la personne qui est incarnée, là en l'occurrence par des communistes.

Je crois que c'était Bohringer qui disait : "Les communistes ont cette lumière dans les yeux que d'autres n'ont pas." Je fais miens ses propos parce que ça relève simplement de rencontres humaines et bien sûr je rejoins l'objectif et l'aspiration à l'égalité que portent les communistes dans leur combat. -C'est drôle chez vous, on sent qu'il y a l'importance de la formation intellectuelle, philosophique, et surtout, à côté, le concret, le terrain, l'action concrète.

Ca m'a fait sourire : "Marx n'a pas expliqué comment reboucher un nid de poules". -Oui, j'ai dit ça. -C'est bien la théorie, mais il faut aussi être dans le concret. -Oui, j'ai travaillé dans une collectivité, Saint-Etienne-du-Rouvray, en Seine-Maritime, et on se rend compte qu'il faut commencer par boucher le nid de poule devant chez eux, il faut commencer par leur assurer des bonnes conditions quotidiennes de vie pour ensuite pouvoir adresser un mot politique à nos populations. -Vous vous êtes d'abord engagé en politique.

A Saint-Etienne-du-Rouvray, c'est près de Rouen, c'est un nom qui évoque souvent un triste souvenir aux Français car c'est là qu'a été assassiné le père Hamel dans son église par des terroristes islamistes en juillet 2016. Comment est-ce que vous avez vécu, vous, personnellement, ce drame ? Vous étiez là-bas à l'époque ou vous étiez encore étudiant ? -Oui, j'étais là-bas.

Je travaillais pour la JOC. Comme pour tous les Stéphanais et pour les habitants du Grand Rouen, c'est une blessure tout à la fois intime et universelle. Je dis une blessure intime et universelle parce que c'est un des nôtres qui tue l'un des nôtres, c'est un habitant de notre commune, notre commune qui vit une vie de vivre ensemble, on parlait même de village au moment de son assassinat, qui tue une figure bien connue des nôtres.

Puis ensuite, il y a eu le moment de réparation collective et cette ville populaire qui a manifesté tout entière sa solidarité très dignement aux côtés de son maire, à l'époque Hubert Wulfranc, à la suite de ces attentats, qui a permis de réparer dans la fraternité cette blessure. -Vous l'avez cité, Hubert Wulfranc était le maire à l'époque, il est devenu député en 2017. Sur son mandat suivant, il vous a choisi comme suppléant.

Quel lien avez-vous tissé avec lui ? -Je connaissais bien le personnage public, j'ai connu la personne à ce moment précis qui était celui de l'attentat. Il m'a demandé, lors des élections législatives, de cheminer à ses côtés en étant son suppléant.

Je l'ai fait avec plaisir. On a tissé des liens plus que de camaraderie, même si camarade, c'est un joli nom, des liens d'amitié assez forts. Il compte beaucoup dans mon parcours et dans, parfois, mes doutes, mes interrogations quant à la réalité du moment. -C'est un personnage, Hubert Wulfranc. -Ah oui, c'est une gouaille. -Une personnalité différente de la vôtre aussi.

Et alors, il vous a, en 2023, il s'est tourné vers vous et il vous a dit : "Moi, je vais arrêter là, je vais démissionner de mon mandat et c'est toi qui va prendre mon relais." Vous étiez préparé à cela ? -Non, on ne s'y prépare jamais.

Et d'ailleurs, je ne souhaite toujours pas être prêt parce que je suis toujours intimidé quand je rentre dans l'hémicycle, quand je vois les personnalités que je vois à l'Assemblée mais je pense que c'est plutôt sain de garder cette distance avec le mandat. Mais non, je n'y étais pas prêt, j'ai été pris dans le bain, il y a eu une dissolution peu après, j'étais encore dans le bain. -Là, vous avez été élu, car étant suppléant, vous avez pris le relais sans élection, mais après, vous avez été élu en 2014. -Voilà, on est dans le grand bain des responsabilités qui nous sont confiées, on les accepte avec honneur, humilité, et on essaye de porter dignement la voix des gens qu'on représente. -Sur ce mandat, si Hubert Wulfranc a renoncé à son mandat, il a dit clairement, ce sont ses mots, c'est parce qu'il se "faisait chier" dans l'opposition.

Il avait son franc-parler, il l'a encore. Et vous, comment ça se passe ? -Je ne reprendrai pas ses termes pour le coup, mais c'est vrai que...

La vie politique nationale n'est pas évidente. On réfléchit à moyen terme, à long terme. Une proposition de loi, même quand elle est victorieuse à l'Assemblée, elle met longtemps à arriver dans chaque foyer et à changer la vie des gens.

Je pense à celle sur les allocations familiales que j'avais portées, mais d'autres. -Vous vous sentez utile en tant que député, même dans l'opposition ? -Il y a des petites victoires, difficiles à décrocher mais on se bat pour ça.

Et en tout cas, tant qu'il y a de la bagarre, parlementaire bien évidemment, tant que j'ai avec moi un mouvement politique local, des gens, des réalités, des difficultés à soutenir et à porter ici, je ne m'estime pas inutile. -On va passer à notre quiz de fin d'émission. C'est pour mieux vous connaître, vous parlez assez peu de vous, en tout cas dans la presse écrite, qui vous ont été consacrés.

Vous êtes plutôt Georges Marchais ou Robert Hue ? -Georges Marchais. -Pourquoi ? -Georges Marchais, ça a été une forme de radicalité, tout du moins dans le verbe, et c'est la tradition populaire du parti.

Il a marqué les esprits. Et sa gouaille également. -Michel Houellebecq ou Annie Ernaux ? -Annie Ernaux, elle est normande. -Et puis aussi peut-être son parcours elle-même ? -Son parcours, son écriture aussi.

Je ne suis pas un grand fan de la littérature de Michel Houellebecq et encore moins de ses idées, mais pas un grand fan de la forme. Donc Annie Ernaux. -En philosophie, Rousseau ou Hobbes ? -Ah, Rousseau ! -Jean-Jacques, pas Sandrine. -Oui.

Jean-Jacques Rousseau. "La libération de l'imaginaire" dans la structuration de la pensée collective. -Le philosophe s'est lancé.

Et pour finir, que diriez-vous à l'ado de 15 ans où vous étiez ? -Crois en toi, vas-y, fonce, et écoute tes aînés. -C'est le mot de la fin.

Merci, Edouard Bénard, d'être venu. -Merci beaucoup. Générique de fin

Édouard Bénard, député Gauche Démocrate et Républicaine de Seine-Maritime | La politique et moi — Édouard Bénard · Pourquijevote