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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 27 juillet 2022 25 min

Vote du paquet pouvoir d'achat : "La majorité est plus solide, plus unie, plus cohérente", dit Bruno Le Maire

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique. Merci d'être avec nous ce matin. Après une courte nuit, l'Assemblée nationale a donc adopté le budget rectificatif pour 2022 cette nuit. Vos mesures pour le pouvoir d'achat, celles que la majorité a validées, celles qui ont été refusées, la crise de l'énergie, les craintes pour la croissance sur tous ces sujets, les auditeurs d'Inter vous questionnent, vous interpellent au 01 45 24 7000 via l'application France Inter ou via franceinter.fr. Bruno Le Maire, le paquet pouvoir d'achat était censé être un premier texte peut-être plus consensuel que les suivants.

Il a été voté mais après des débats très vifs. Vous dites quoi ce matin ? 5 ans comme ça, ça va être long ?

0:43
Bruno Le Maire

Non pas du tout, je me dis que la nuit a été courte surtout, mais c'est une bonne nuit parce que ça se solde par une vraie avancée pour les Français. Le projet de loi de finances rectificative qui vient d'être adopté hier, une large majorité, c'est des retraites revalorisées à 5,1%, c'est des mesures pour tous ceux qui travaillent, la monétisation des RTT, le déplafonnement des aires supplémentaires, c'est des avancées sur le fuel pour tous ceux qui se chauffent au fuel, c'est de l'essence avec une remise de 30 centimes d'euros à partir du 1er octobre, donc c'est un texte qui améliore considérablement la vie des Français, qui va leur permettre de mieux résister à l'inflation.

Et puis c'est aussi une vraie victoire pour la majorité. Le texte a été adopté à une très large majorité, 293 voix pour, nous avons élargi la majorité actuelle avec 54 députés, les Républicains qui ont voté pour ce texte de pouvoir d'achat, je tiens à remercier les députés et les Républicains qui ont voté ce texte, 54 députés, et nous avons, ce qui était peut-être le plus important pour moi, nous avons tenu notre ligne politique.

Et je crois que c'est très important pour tous ceux qui nous écoutent, nous étions rentrés dans le débat, j'avais indiqué qu'il fallait valoriser le travail, nous l'avons fait, qu'il ne fallait pas augmenter les impôts mais les baisser, nous l'avons fait, et qu'il fallait sortir de ce texte sans avoir lâché sur la dépense publique, parce qu'on peut avoir d'autres crises devant nous et qu'on sera bien content d'avoir de l'argent de côté, nous avions un paquet à 20 milliards d'euros, nous avons dépassé l'enveloppe 350 millions d'euros, donc nous sommes restés dans l'enveloppe budgétaire, ce qui est un signe de la responsabilité budgétaire de cette majorité qui a été solide, qui a été unie pendant tous ces débats.

2:24
Présentateur

Sur la majorité, les Républicains ont donc voté le texte, le Rassemblement National n'a pas pris part au vote, l'Alliance de Gauche, la NUP a voté contre, Vous inscrivez les Républicains dans la majorité ad vitam aeternam, j'ai l'impression Bruno Le Maire, c'était une majorité sur un texte ?

2:40
Bruno Le Maire

Pas ad vitam aeternam, c'est une majorité sur un texte, on sait très bien qu'il faudra construire à nouveau les majorités, mais vous savez un texte de loi de finances, ce n'est pas n'importe quel texte, c'est les textes législatifs qui ont un poids particulier, les lois de finances ou les lois de finances rectificatives. Et en fait nous nous sommes retrouvés sur des principes fondamentaux, tenir les dépenses publiques, valoriser le travail, protéger l'ensemble de nos compatriotes qui travaillent et qui ont du mal à se déplacer parce que l'essence est trop chère, sur tous ces éléments-là, nous nous sommes retrouvés.

Et puis nous avons fait des compromis, quand on nous a dit par exemple, votre dispositif sur l'essence, il faut qu'il puisse concerner les retraités, il faut qu'il touche tous les Français, et bien nous avons accepté cette philosophie qui était proposée par les Républicains.

3:24
Présentateur

Vous avez renoncé à votre ligne puisque votre idée c'était de cibler les aides et au final tous les Français vont se retrouver aidés avec ce dispositif de ristourne.

3:32
Bruno Le Maire

Non parce que dans le même temps nous avons accepté les propositions de ceux qui nous disaient qu'il fallait doubler la défiscalisation de 200 à 400 euros des aides qui sont apportées par les entreprises à leurs salariés lorsqu'ils se rendent à leur travail avec leur véhicule. Donc on a aussi fait plus pour ceux qui travaillent et qui prennent leur voiture en écoutant une fois encore toutes les propositions venues de tous les groupes. Et en abandonnant le ciblage des aides concernant l'aide au carburant ? En abandonnant ce ciblage, mais en continuant à soutenir particulièrement ceux qui travaillent.

4:00
Présentateur

Il y a eu un accrochage sérieux cette nuit à l'Assemblée nationale, Bruno Le Maire, les députés ont d'abord voté contre l'avis du gouvernement une revalorisation des pensions de retraite pour 500 millions d'euros supplémentaires, tout cela pour les porter au niveau de l'inflation. Et vous avez demandé un second vote pour annuler le premier, ce qui a d'ailleurs été fait, et les oppositions vous ont reproché finalement de renoncer aux fameuses nouvelles méthodes que vous avez encore défendues il y a quelques jours. Alors est-ce que ces nouvelles méthodes sont déjà à l'abandon ? Pas du tout.

4:30
Bruno Le Maire

Il y a eu énormément de compromis qui ont été trouvés. Énormément ? Oui, bien sûr. Les collectivités locales. Nous étions arrivés avec un soutien qui était limité. Finalement, j'ai pris l'initiative de réunir tous les présidents de groupe, de dire voilà, visiblement, sur les collectivités locales, il faut qu'on fasse plus. On a fait plus, avec une enveloppe de 180 millions d'euros, avec une attention particulière aux communes qui pourraient avoir une épargne trop faible pour faire face à leurs besoins d'investissement. Compromis. Nous avons fait un compromis sur les carburants, je viens de le citer. Nous avons fait un compromis sur l'allocation adulte handicapé.

C'était demandé par beaucoup de groupes. Nous avons fait un compromis sur les stations-service en milieu rural. Certains nous ont dit, il faut absolument qu'on aide davantage des stations-service en milieu rural. Nous l'avons fait, il faut qu'on les aide à se diversifier. Nous l'avons fait. Donc nous avons fait preuve de sens de compromis pendant tout ce texte, pendant des dizaines d'heures. Donc n'accordons pas trop d'importance à ce qui s'est passé dans les toutes dernières heures de la nuit, où chacun est tout à fait épuisé. L'amendement dont vous parlez était un amendement à un demi-milliard d'euros. Un demi-milliard d'euros.

Moi je suis responsable des comptes publics et je vais vous dire très sincèrement, je l'aurais accepté si nous n'avions pas déjà engagé une revalorisation des retraites de 5,1%. Et si je ne prenais pas l'engagement devant vous, qu'en janvier 2023, il y aura aussi une nouvelle revalorisation parce que l'inflation va augmenter d'ici là. Charles de Courson qui avait déposé cet amendement, c'était ce qu'on appelle un amendement d'appel. C'est-à-dire pour signaler qu'il fallait impérativement tenir compte de la situation des retraités. Nous lui avons répondu, il n'y avait pas de raison de garder cet amendement.

6:03
Présentateur

Alors vous dites que vous avez une majorité, vous l'avez en tout cas eu cette nuit à l'Assemblée Nationale Bruno Le Maire. Tout de même, samedi dernier, les députés Horizon ont voté un amendement contre l'avis du gouvernement. Ils se sont donc désolidarisés de la majorité. Ça a été interprété par beaucoup comme le signe d'une rivalité entre vous et l'ancien Premier ministre Edouard Philippe dont se réclament ses députés. Est-ce que vous l'avez vécu comme un coup d'épée dans le dos plutôt de la part de ces députés ?

6:27
Bruno Le Maire

Ni coup d'épée, ni coup de quoi que ce soit, ça fait partie du débat sain à l'intérieur d'une majorité. Et moi ce que je constate...

6:36
Présentateur

Qui parfois peut se fragmenter.

6:39
Bruno Le Maire

Oui, elle peut se fragmenter, mais là en l'espèce. Et je veux vraiment le remercier. Je veux remercier le groupe Horizon et son président, Laurent Marc-Angéli. Je veux remercier le groupe Modem et son président, M. Matéi. Je veux remercier évidemment le groupe Renaissance et sa présidente, Aurore Berger. Tous les trois ont fait preuve d'une constance, d'une fermeté, eux et leurs parlementaires, d'une unité pendant tous ces débats qui étaient absolument exceptionnelles. Je veux aussi remercier le rapporteur général Jean-René Cadeneuve parce que c'est une vraie preuve physique, c'est un marathon de plusieurs heures. Il faut garder ses nerfs, garder son unité.

Et au sortir de ce texte PLFR, la majorité est plus unie, plus solide, plus cohérente qu'elle ne l'avait été. Vous savez, c'est comme une équipe sportive, c'est dans les épreuves qu'on soudre l'unité. Et bien dans cette épreuve, la majorité a trouvé son unité.

7:29
Présentateur

Ce texte va maintenant aller au Sénat qui a déjà commencé à étudier notamment la prime Macron qui avait été votée à l'Assemblée nationale. Et elle a détricoté. Est-ce que vous craignez que ce texte ne sorte abîmé de son examen au Sénat ?

7:42
Bruno Le Maire

Il faut remettre sans cesse l'ouvrage sur le métier, comme on dit. Donc nous allons passer haut la main la première haie qui est celle de l'Assemblée nationale. Il faut encore avec des débats constructifs et une majorité totalement unie. Maintenant, je vais engager aussi des discussions avec les sénateurs avant même que le texte aille au Sénat. Je pense que c'est important de discuter avec Bruno Retailleau, avec le président du Sénat, avec les présidents des groupes pour voir quels sont les attentes. Je crois que plus on travaillera en amont pour voir quelles sont les attentes du Sénat, plus nous pourrons avoir un texte qui gardera sa cohérence à la sortie du Sénat.

L'objectif de ce texte, je le rappelle, c'est le pouvoir d'achat des Français. Et c'est de trouver le bon équilibre entre protéger ce pouvoir d'achat et protéger nos finances publiques. C'est ce qu'il y a de plus difficile. Ce serait tellement facile d'acheter le compromis à coût de milliard. Moi, je vais vous dire, nous avons eu des nuits beaucoup plus longues et tout aurait été beaucoup plus facile si nous avions ouvert tout grand les vannes de la dépense publique. Mais nous avons, avec la majorité, refusé cette facilité. Et au bout du compte, nous avons le bon équilibre, protection et respect des finances publiques.

8:43
Présentateur

Les questions des auditeurs de France Inter au 01 45 24 7000. Florent nous appelle du département de l'Essonne. Bonjour Florent.

8:50
Auditeur

Oui, bonjour.

8:51
Présentateur

Nous vous écoutons.

8:52
Auditeur

Moi, j'avais une question sur la ristourne, sur le carburant à 30 centimes, qui va permettre de faire des pleins pour des pauvres comme pour des riches. Moi, j'habite en milieu rural, donc je comprends bien la nécessité de prendre sa voiture pour différentes choses. Et en même temps, je suis agriculteur. Et donc, je suis frappé par les changements climatiques, je suis frappé par des grêles, je suis frappé par des canicules, je suis frappé par des sécheresses. Et je vois au quotidien l'impact des émissions de gaz à effet de fer qui augmentent.

Et donc, je me dis, en voyant cette mesure de 30 centimes, qui va permettre d'aller mettre de l'essence dans les réservoirs des pauvres, mais aussi des riches. Qu'on est vraiment là face à une mesure du passé, et qu'il est vraiment temps de changer de monde, qu'il est vraiment temps de prendre conscience qu'il y a des feux en Gironde, et qu'il y a le feu dans nos champs, et qu'il s'agit de changer.

9:53
Présentateur

Merci à vous, Florent, pour cette question. Bruno Le Maire vous répond.

9:56
Bruno Le Maire

Je réponds très simplement que je suis d'accord avec vous, Florent, et que cette mesure, précisément, elle est temporaire. Il ne s'agit pas de subventionner les énergies fossiles. Nous avons, avec la majorité, refusé toutes les mesures qui conduisaient à une subvention définitive sur les énergies fossiles. Par exemple, quand on disait qu'il faut supprimer la TVA, supprimer la TICPE, ça revenait à subventionner définitivement, pour les années et les années qui viennent, les énergies fossiles.

10:21
Présentateur

L'aide sur le fioul, c'est quand même ça. L'aide sur le carburant, c'est ça aussi.

10:24
Bruno Le Maire

Oui, c'est une aide temporaire. La preuve, c'est que cette remise est de 30 centimes en septembre, elle est de 30 centimes en octobre. Ça devait déjà être temporaire au printemps. Après, elle est de 10 centimes. Oui, mais l'inflation, elle est là. Le pic inflationniste, il est là.

10:36
Présentateur

Très bien. Elle sera peut-être encore là au mois de novembre.

10:37
Bruno Le Maire

Ce qui a été voté, c'est 30 centimes en septembre, 30 en octobre, 10 en novembre, 10 en décembre. Ça passera par un décret que je signerai très prochainement, par un arrêté que je signerai très prochainement. Et les crédits de 4,4 milliards d'euros ont été votés par les parlementaires. Mais pour répondre très clairement à Florent, c'est une mesure temporaire. Ça n'est pas une subvention définitive aux énergies fossiles. Et nous investissons évidemment massivement dans la transition climatique.

La preuve, c'est que dans ce même texte, il y a aussi la nationalisation d'EDF qui va nous permettre d'accélérer sur le déploiement des renouvelables et d'accélérer sur le déploiement de l'énergie nucléaire.

11:13
Présentateur

Il y a ces aides sur le carburant. Il y a aussi le bouclier tarifaire pour l'électricité. Quand tout cela va-t-il s'arrêter ? Bruno Le Maire, comment on en sort ?

11:20
Bruno Le Maire

Le bouclier sur l'électricité et sur le gaz, gel des prix du gaz, plafonnement des prix d'électricité à 4%, il est garanti jusqu'à la fin de l'année 2022. C'est ce qui a été voté aussi tôt ce matin. Ensuite, nous verrons où nous en serons en termes de prix du gaz et de prix d'électricité à la fin de l'année. Je veux simplement dire qu'il n'y aura pas de facture différenciée pour nos compatriotes, ni sur l'électricité, ni sur le gaz. Et que nous avons, je le rappelle, des dispositifs pour soutenir les plus fragiles. Ça s'appelle le chèque énergie.

11:51
Présentateur

Mais ça veut dire qu'à la fin de l'année, les Français vont voir effectivement la réalité des prix de l'électricité dans leur facture.

12:00
Bruno Le Maire

D'ici la fin 2022, nous maintiendrons intégralement le bouclier énergétique. Et il n'y aura pas de rattrapage en 2023. Après, il faudra voir début 2023 où en sont les prix de l'énergie, que nous prenions une décision collective. Moi, je ne vais pas vous cacher que, oui, si les prix de l'énergie continuent à flamber dans les mois qui viennent, il faudra qu'on regarde qui on protège en priorité. L'idée, c'est que les Français payent leurs factures d'électricité ou de gaz en fonction de leurs revenus ? Non. C'est une piste ? Ça, ce n'est pas du tout une piste. Il n'y aura pas de facture différenciée. Il n'y aura pas de facture en fonction du niveau de revenu.

Les factures, elles sont les mêmes pour tous. Il n'est pas question de changer ce principe qui est un principe d'égalité. Ensuite, en fonction des prix du gaz et de l'électricité, est-ce qu'il faudra aider certaines personnes ? Oui ou non ? Je ne peux pas vous le dire maintenant. On fera le point à la fin de l'année. Est-ce que nos finances publiques pourront nous le permettre ? C'est aussi un des éléments du débat. Bien sûr. Et c'est un élément fondamental. Je le redis, ce paquet a été calibré pour 20 milliards d'euros. Nous sortons du Parlement avec 20 milliards et 350 millions d'euros, c'est-à-dire quelque chose qui a été maîtrisé. Mais pourquoi est-ce que c'est aussi important ?

C'est tout simplement, un, parce que l'inflation pèse sur la charge de la dette. La dette coûte plus cher. Et en deuxième lieu, parce que chacun voit bien que les nuages s'amoncèlent à l'horizon, que vous avez une crise énergétique qui est majeure, un risque de récession aux Etats-Unis, que les dernières perspectives du FMI sont plutôt sombres, et que ma responsabilité de ministre de l'Économie et des Finances, c'est de garder des réserves financières pour que nous puissions protéger les Français au cas où il y aurait de nouvelles difficultés économiques.

13:33
Présentateur

Vous parlez de l'énergie, Bruno Le Maire. La Russie ferme encore un peu plus aujourd'hui le robinet du gaz à 20% de la capacité du gazoduc Nord Stream. Hier, les ministres de l'énergie des 27 se sont mis d'accord sur une baisse de la consommation de 15%, avec des exceptions tout de même. Est-ce que ça va suffire pour passer l'hiver ?

13:49
Bruno Le Maire

On fait tout pour que ça suffise, et je crois que le président de la République n'a pas caché dans sa dernière intervention que notre scénario central, qui est en train de se réaliser, c'est la coupure du gaz russe. Et que ça demande de prendre des mesures que nous avons déjà anticipées, que nous mettons en œuvre avec Agnès Pannier-Runacher. La sobriété énergétique, c'est-à-dire faire attention à sa consommation, la réduire, réduire le niveau de chauffage, réduire le niveau de climatisation, éteindre les enseignes lumineuses sur les commerces, et je remercie les commerçants qui se sont engagés dans ce sens-là.

Ça veut dire diversifier ces approvisionnements, construire un terminal GNL flottant au large du Havre pour avoir d'autres possibilités d'approvisionnement, et investir massivement dans les énergies renouvelables et dans la construction de si nouveaux réacteurs nucléaires. Et puis prévoir aussi, ce que nous avons commencé à faire à la demande de la Première Ministre, avec Agnès Pannier-Runacher, des possibilités de délestage sur les activités économiques, parce qu'on peut se retrouver dans une situation où on va demander...

14:51
Présentateur

Arrêter la production pendant plusieurs jours, c'est ça que ça veut dire ?

14:54
Bruno Le Maire

Ça peut vouloir dire, entreprise par entreprise, c'est le travail que nous faisons actuellement, de demander à réduire la consommation d'énergie pour passer le cap de l'hiver.

15:03
Présentateur

Ça peut avoir des conséquences sur l'emploi ?

15:06
Bruno Le Maire

Si les mesures sont fortes, tout cela peut avoir des conséquences sur l'activité économique. Bien entendu, on le voit bien en Allemagne, qui est beaucoup plus exposée que nous au gaz russe. Ce que nous faisons, une fois encore, la demande d'après la Première Ministre et du Président de la République, c'est d'anticiper le plus possible pour que personne ne soit pris par surprise. La sobriété nous permet de réduire notre consommation. Stocker du gaz, comme nous le faisons aujourd'hui massivement, nous permet également d'anticiper l'hiver. Et puis après, tout dépendra aussi de ce que sera la météo cet hiver. On en est là, à se dire.

15:42
Présentateur

Il faudrait que l'hiver ne soit pas trop rude pour qu'on puisse arriver à passer sans encombre.

15:47
Bruno Le Maire

La météo se la joue beaucoup sur notre consommation d'énergie.

15:51
Présentateur

Mais ça dit toute notre fragilité actuelle, Bruno.

15:53
Bruno Le Maire

Mais on savait que réduire la dépendance du gaz russe était une nécessité absolue. La France est beaucoup mieux positionnée que beaucoup de ses partenaires européens sur le sujet. Mais on le sait bien, pour garantir cette indépendance totale, il faut mettre en œuvre toutes les mesures qui ont déjà été décidées.

16:12
Présentateur

Est-ce que ces hausses de prix qu'on constate actuellement correspondent au marché de l'électricité ? Ou bien est-ce qu'il y a de la spéculation ? Hier, la Commission de régulation de l'énergie a estimé que ces prix de l'électricité, pour la France, étaient extrêmement élevés. Ils ont presque doublé en quelques semaines. Ils sont beaucoup plus élevés que ceux de l'Allemagne.

16:27
Bruno Le Maire

Comment est-ce que vous l'expliquez ? D'abord, nous avons une production qui est plus faible, je le rappelle. Et c'est un des enjeux majeurs aussi des mois à venir. C'est de remettre en route les réacteurs nucléaires qui sont à l'arrêt. Parce que sinon, ça augmente le prix. Et puis, il y a un autre point qui est fondamental, sur lequel nous sommes en train de gagner la bataille. C'est la bataille du prix européen. Ça fait des mois que nous expliquons qu'il est inacceptable que le prix de notre électricité décarbonée soit fixé en fonction du prix du gaz. Mais c'est encore plus inacceptable quand le prix du gaz flambe. Nous, on investit sur des réacteurs nucléaires.

On investit sur des énergies renouvelables pour avoir de l'énergie décarbonée. Des réacteurs nucléaires qui, pour la moitié d'entre eux, sont actuellement à l'arrêt.

17:03
Présentateur

On ne peut pas avoir...

17:04
Bruno Le Maire

Je vais y revenir, mais on ne peut pas avoir une énergie décarbonée, des investissements dans des énergies décarbonées dont le prix dépend du gaz. Du prix du gaz, c'est totalement inacceptable. Il faut découpler le prix du gaz du prix de l'électricité décarbonée. C'est ce que nous sommes en train de faire. La Commission est en train, enfin, d'accéder à notre demande. La demande du Président de la République, à la mienne, celle d'Agnèle Pannier-Runacher, je pense que c'est une excellente chose.

17:28
Présentateur

Sur les doutes sur notre parc nucléaire pour l'hiver prochain ?

17:31
Bruno Le Maire

Je pense que cela prouve qu'il est temps, comme l'a décidé le Président de la République, de réinvestir sur le nucléaire. Il ne peut pas y avoir de réduction massive des émissions de CO2 sans l'énergie nucléaire. Donc on a trop tardé de ce point de vue-là ? Mais ça fait des années qu'on nous explique qu'il faut fermer les réacteurs nucléaires, abandonner le nucléaire. Évidemment, ce n'est pas très motivant pour les jeunes qui veulent travailler dans ces secteurs-là. Ce n'est pas très motivant pour la filière.

Le Président de la République a expliqué à Belfort, il y a quelques mois, que nous allions construire six nouveaux réacteurs EPR, relancer la filière nucléaire, mettre sur pied une université des métiers du nucléaire. Tout cela doit permettre à la France de rester une grande puissance du nucléaire civil. Question de Fabien qui nous appelle de Brest. Bonjour Fabien.

18:13
Invité

Bonjour. En fait, je m'interrogeais sur la démarche du gouvernement de ne pas avoir davantage écouté les oppositions. Alors contrairement aux déclarations de M. Le Maire ce matin, ça n'a pas vraiment été le cas puisque vous avez refusé systématiquement tout ce qui venait en tout cas des bons de la gauche, notamment de taxer davantage les plus riches dans cette période exceptionnelle pour les mettre en solidarité vis-à-vis des plus démunis. Comme l'ont fait d'ailleurs la plupart de nos voisins européens. Vous dites souvent que les voisins européens peuvent nous servir d'exemple. Là, vous avez refusé l'exemple.

Vous n'avez pas pris de mesures écologiques pour protéger la planète à l'occasion de la flambée des prix du pétrole alors que c'était l'occasion de le faire plutôt que subventionner pour les prochains mois encore lourdement la consommation de pétrole. Et au passage, pas de hausse des salaires significatives. Une hausse des loyers autorisés jusqu'à 3,5% alors que vous ne revalorisez pas les adologements à ce niveau-là. Pas d'aide ciblée pour les plus démunis. Tout ça ressemble quand même de votre part à une démarche très dogmatique de refuser systématiquement les taxes sur les plus riches. Par contre, d'argumenter qu'il faut baisser les impôts.

Baisser les impôts, c'est assez dogmatique en ce moment. Il y a d'autres priorités de solidarité pour maintenir le pays.

19:25
Présentateur

Merci à vous Fabien pour cette question. Bruno Le Maire vous répond.

19:28
Bruno Le Maire

Je ne suis pas d'accord avec vous parce que je pense que nous avons écouté toutes les oppositions. Je rappelle que l'amendement sur les collectivités locales, par exemple, il a été porté par un homme Pires-Bone qui est socialiste et qui d'ailleurs, même si elle n'a pas voté le texte, a été très constructive pendant tout le débat. Ça fait un amendement et elle a été très critique lorsqu'elle a pris la parole cette nuit. Oui, mais c'est un amendement qui est important. C'est un amendement à 180 millions d'euros. Là aussi, reprenons la mesure de l'argent public. Chaque euro compte. Surtout dans cette période de difficulté économique.

Sur les taxes, c'est simplement la cohérence, Fabien, de notre ligne politique. Nous, nous ne voulons pas augmenter les impôts parce que nous avons le niveau de prélèvement obligatoire le plus élevé. Je l'ai rappelé pendant les débats à l'Assemblée nationale. Les autres pays européens, qui ne sont pas si nombreux que ça, qui ont augmenté les taxes sur les entreprises, ont un niveau d'imposition 10 à 15 points inférieur au nôtre. Donc, on ne peut plus se permettre d'augmenter les impôts. En revanche, il y a une contribution très significative. Des entreprises, Total fait 20 centimes d'euros de remise. C'est directement dans la poche du consommateur.

Je pense que c'est mieux plutôt que ça aille dans la poche du trésor public. L'augmentation des salaires, mais moi, je redis à Fabien, comme je l'ai dit sur les bancs de l'Assemblée nationale, toutes les entreprises qui le peuvent doivent augmenter les salaires. Et celles qui sont inquiètes pour leur avenir doivent utiliser la prime défiscalisée, l'intéressement, la participation, la monétisation des RTT, les heures supplémentaires qui sont déplafonnées de 5 000 à 7 500 euros. Donc, tout ça va augmenter aujourd'hui la rémunération concrète des salariés à la fin du mois pour faire face à ce pic inflationniste.

Donc, Fabien, nous avons écouté les oppositions, pris certaines de leurs propositions, mais en restant dans le cadre que nous étions fixés, valorisation du travail et ne pas laisser filer la dette publique.

21:15
Présentateur

Question d'Emmanuel sur France Inter.fr. Quand la prime exceptionnelle de pouvoir d'achat prévue dans le texte pourra-t-elle être versée aux salariés ? Quels seront les critères pour pouvoir la verser ?

21:24
Bruno Le Maire

Pour verser la prime de pouvoir d'achat jusqu'à 6 000 euros, il faut avoir un accord d'intéressement ou de participation. Je pense que c'est ce qui permet aussi d'associer encore plus les salariés au résultat de l'entreprise. Et je rappelle que cette prime est efficace, puisque aujourd'hui, vous avez plus de 4 millions de salariés qui ont pu avoir accès à cette prime pour un montant moyen de 500 euros. J'espère que ce sera plus cette année, parce que je crois que c'est indispensable.

21:52
Présentateur

Oui, mais sinon, ça ne sert à rien de remonter le plafond si on reste à une moyenne de 500 euros.

21:55
Bruno Le Maire

C'est bien pour ça. Pourquoi nous avons prévu ce dispositif ? Parce que beaucoup de chefs d'entreprise nous ont dit, nous, on voudrait bien augmenter les salaires, mais on est très inquiets sur l'année 2023. Et on ne veut pas risquer la vie de notre entreprise en augmentant définitivement les salaires. On a mis à leur disposition ce dispositif de prime. Je souhaite qu'il soit utilisé le plus largement possible.

22:13
Présentateur

On a beaucoup parlé du pouvoir d'achat. Bruno Le Maire, vous expliquiez il y a deux semaines que l'autre urgence du gouvernement, c'était la pénurie de main-d'oeuvre à laquelle sont confrontés beaucoup de secteurs. Est-ce qu'il faut pour cela prolonger la réforme de l'assurance chômage et présenter un texte à la rentrée, comme le dit ce matin le ministre du Travail, Olivier Dussopt, dans le journal Le Parisien ?

22:32
Bruno Le Maire

Oui, je ne le dis pas simplement par cohésion gouvernementale et par respect et amitié pour Olivier Dussopt, mais tout simplement parce que je crois que ce qu'il dit dans Le Parisien sur l'assurance chômage est frappé au point du bon sens. Quand la situation du marché du travail s'améliore, quand il y a autant de chefs d'entreprise dans l'hôtellerie, dans la restauration, dans la distribution, dans les services qui cherchent de la main-d'oeuvre, il est légitime qu'on dise que les conditions d'accès à l'assurance chômage seront durcies.

23:03
Présentateur

Donc des indemnités plus dégressives et versées moins longtemps.

23:06
Bruno Le Maire

Au ministre du Travail, il y a un certain nombre de propositions. Mais la philosophie, c'est d'inciter tous les Français qui le peuvent à reprendre un travail parce qu'il y a du travail disponible, parce qu'il y a des chefs d'entreprise qui cherchent du travail et que c'est bon pour la nation française tout entière.

23:21
Présentateur

Ça suffit à régler le problème ? Les conditions de travail, le salaire, le rapport au travail, tout ça ? Non, bien sûr que non. Je pense qu'il y a un changement. C'est un problème européen, pas uniquement français d'ailleurs.

23:29
Bruno Le Maire

Oui, mais c'est un problème européen, c'est un problème aux Etats-Unis. Il faut redonner du sens au travail. C'est aussi ce que l'on fait quand on demande aux entreprises d'avoir un engagement environnemental, d'avoir un engagement social. Chacun doit trouver du sens dans son travail. Chacun doit trouver une juste rémunération. Ça passe par l'augmentation des salaires, par les primes, par l'intéressement, par la participation. Et puis il y a une question d'organisation du travail. Ce n'est pas l'objet du texte, mais je crois que c'est un sujet fondamental.

Quand vous prenez aujourd'hui un jeune de 20 ans qui va travailler dans un restaurant, la journée coupée en deux, deux ou trois heures où il ne sait pas très bien ce qu'il va faire, parce qu'il ne peut pas rentrer chez lui, c'est trop loin. Tous les samedis qui sont consacrés à son travail, ça pose une vraie difficulté. Il faut pouvoir s'organiser différemment.

24:13
Présentateur

Donc pour lui, par exemple, la réforme de l'assurance chômage

24:15
Bruno Le Maire

ne suffira pas à l'inciter à aller travailler. C'est ce que vous voulez dire. Plus on aura une vision globale du travail, de la manière dont on change notre rapport au travail, pour qu'il soit plus valorisant pour chacun, mieux ce sera. Moi, je ne vous dis pas, allez tout le monde à la mine. Ce n'est pas ça que je vous explique. Je ne crois pas du tout à ce discours-là. Jamais vous ne m'entendrez dire, les jeunes aujourd'hui sont devenus feignants. Ça, c'est des discours de scrogneu-nue qui ne mènent absolument nulle part, qui ne font pas avancer la nation.

La réalité, il faut que le travail soit mieux rémunéré, que le travail vous garantisse votre dignité, et que dans l'organisation du travail, on soit capable de faire preuve de plus d'imagination. Vous avez beaucoup de grandes entreprises aujourd'hui qui réfléchissent à des organisations radicalement différentes du travail. Tant mieux, parce que ça répond à une attente de la société très profonde.

24:58
Présentateur

Merci à vous Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique, invité de France Inter ce matin. Merci à vous. Merci à vous.