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interviewC à vous (sur YouTube)· 4 mars 2026 9 min

Assassinat d’Ali Khamenei : les coulisses de l’opération

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

intercepté par la défense antiaérienne de l'Otan. La Turquie met en garde contre toute mesure susceptible d'entraîner l'extension du conflit. Enfin, la télévision d'Etat iranienne a annoncé le report des obsèques d'Ali Khamenei, le Guide suprême iranien, tué grâce au travail mené depuis des années par les renseignements israéliens. - A.-E.Lemoine: Bonsoir, F.Encel.

Ce sont des années de préparation menée par les services de renseignements israéliens qui ont permis cette élimination. Notamment le piratage des caméras de surveillance de Téhéran? - F.Encel: Oui.

Vous dites des années, je dirais même quelques dizaines d'années. Un Etat modeste, petit, relativement faible au départ, inscrit dans un environnement relativement difficile, s'il ne dispose pas d'un service de renseignement cohérent et puissant, disparaît. Israël a toujours joué le jeu de l'efficacité des renseignements.

Ensuite, l'optique, en Israël, c'est très important en matière de high-tech, sur le plan civil et militaire. C'est l'une des principales puissances au monde en matière de création d'optique, en civil comme en militaire. Enfin, ce type d'organisation, ça prend plusieurs années, et pas seulement quelques mois.

Mais j'insiste sur un point important. Ce n'est pas seulement l'efficacité ou l'excellence des renseignements israéliens et des matériels israéliens qui font la différence. C'est le caractère extrêmement fragile de la chaîne de commandement, jusqu'au plus haut niveau, en Iran, qui fait aujourd'hui la différence.

C'est le cas depuis une vingtaine d'années car ce n'est pas la 1re fois que les Israéliens adoptent ce type d'opération. - A.-E.Lemoine: A.Khamenei se sentait menacé.

Pourquoi n'ont-ils pas pris plus de précautions pour assurer sa sécurité? - F.Encel: Il y a 2 facteurs.

Le premier, c'est que les Israéliens ont joué de ruse et ont fait croire aux Iraniens qu'à cause de la proximité immédiate du shabbat et de la fête de Pourim, assez suivies en Israël, les Iraniens avaient au moins quelques jours devant eux. Le 2e facteur qu'on néglige trop souvent, c'est que les mollahs, et le premier d'entre eux, sont là au nom de Dieu. Ils pensent que Dieu va les protéger.

Cette variable explicative joue à fond. Regardez ce qu'il s'est passé il y a un an et demi avec le chef du Hezbollah. Le Hezbollah se fait appeler "le parti de Dieu".

On pourrait multiplier les exemples. Le chef du Hamas, avant le 7-Octobre, était certain que ses opérations allaient être bénies. - A.-E.Lemoine: "Une succession sera nommée dès que possible".

Cet homme-là deviendra aussi une cible pour les services de renseignement israéliens? - F.Encel: Le triumvirat qui devait prendre les rênes du pouvoir est devenu un duopole très rapidement.

L'un des 3 n'a pas tenu 24 heures. C'était un ayatollah. A priori, ce serait le petit-fils de Khomeiny qui deviendrait le Guide suprême.

Je vous réponds concrètement, oui, c'est une cible, pas tant du côté américain que du côté israélien. Du côté israélien, on n'est pas dans une offensive seulement stratégique, me semble-t-il. Le but de guerre, c'est vraiment l'effondrement du régime. - A.-E.Lemoine: S'il arrive au pouvoir, le petit-fils de Khamenei, ça veut dire que la République islamique devient dynastique?

Ca changerait quoi? - F.Encel: Ca signifie surtout qu'elle est beaucoup plus faible.

Ceux qui restent aujourd'hui au pouvoir, un pouvoir menacé de façon très quotidienne, ne sont pas capables d'aller chercher quelqu'un d'autre que le petit-fils de Khomeiny. Comme s'il fallait absolument rester au sein d'un clan, un clan extrêmement petit et fermé. C'est surtout la traduction d'une véritable faiblesse. - P.Cohen: On a beaucoup critiqué l'absence de plan américain pour le jour d'après, pour l'Iran.

Les Israéliens, eux, ont un plan à dégommer toutes les têtes qui dépassent? Qu'est-ce qu'ils souhaitent à leur porte comme voisins? - F.Encel: Pour eux, l'idéal, ce serait le fils du shah d'Iran.

Il est perçu comme un démocrate. Il a toujours considéré lui-même qu'il était un démocrate. Il vit aux Etats-Unis depuis plusieurs décennies, c'est R.Pahlavi.

Il s'entend très bien avec Nétanyahou. Ce serait l'idéal pour eux. Mais si l'actuel régime tombe au profit d'une coalition dans laquelle serait ou ne serait pas, d'ailleurs, le fils de l'ancien shah, pour les Israéliens, l'important au fond, c'est l'absence de menace existentielle, c'est-à-dire de nucléaire.

On en revient toujours à ça. C'est le nucléaire iranien qui, sous ce régime actuel, pourrait correspondre d'après les Israéliens à une menace existentielle parce que la capacité balistique, que l'on voit tous les jours...

Les missiles iraniens peuvent toucher l'intégralité du territoire israélien, qui est minuscule. La République islamique a systématiquement annoncé comme l'un de ses objectifs fondamentaux la destruction d'Israël. - E.Tran Nguyen: On l'a vu dans le récapitulatif, un missile tiré d'Iran se dirigeait vers l'espace aérien turc.

Il a été détruit par les systèmes de défense de l'Otan. Ankara a mis en garde Téhéran contre l'extension du conflit. Mais est-ce que c'est ça que cherche l'Iran avec ce tir?

A étendre le conflit? - F.Encel: Absolument.

Il ne lui reste plus qu'une seule carte politique...

La seule carte militaire, ce sont les missiles. Et la seule carte politique, c'est la déstabilisation de toute la région, avec, au mieux, même si je pense que ça relève du fantasme géopolitique, des mouvements de population qui mettraient à mal les gouvernements respectifs. Je pense que c'est totalement illusoire.

La République islamique d'Iran a toujours joué le panchiisme. Or, la Turquie n'est pas du tout chiite: la grande majorité des arabes du Golfe sont des sunnites. Et monsieur Erdogan, comme les chefs de ces Etats du Golfe, sont des chiites conservateurs.

De l'Arabie saoudite aux Emirats arabes unis, en passant par le Maroc, même s'il est très loin du théâtre des confrontations, il est spirituellement très proche...

En passant donc par la Turquie, on est extrêmement gêné. Si ça continue, on va finir par riposter. Mais pas contre les Etats-Unis et Israël, contre l'agresseur iranien.

Cette ultime carte jouée par Téhéran est suicidaire. - P.Cohen: Côté américain, on a entendu tout à l'heure P.Hegseth, le secrétaire d'Etat à la défense, que D.Trump préférerait appeler le département de guerre...

D.Trump a décidé de s'en prendre au Royaume-Uni et à l'Espagne, qu'il trouve un peu lents dans leur soutien aux Etats-Unis. Cible privilégiée dans ses propos hier: K.Starmer, Premier ministre britannique, qui a trop tardé à ses yeux pour autoriser les Américains à utiliser les bases britanniques. ... - P.Lescure: Ca fait sourire, mais en même temps, Il n'y a plus de règles dans la guerre ni dans les règlements internationaux.

Au détour d'une phrase, il parle quand même d'un allié? - F.Encel: A ses yeux, ce n'est plus le cas.

Je suis de ceux qui considèrent que ce qui a été dit là est le dernier clou planté dans le cercueil de ce que Churchill avait lui-même appelé "la relation spéciale", en 46, entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Depuis exactement un an et 3 mois, les sondages effectués au Royaume-Uni indiquent que la majorité des Britanniques pensent que cette relation spéciale est finie. C'est le 4e président américain successif qui, de toute façon, ne tient plus compte de cette relation privilégiée.

Les Britanniques commencent à comprendre que c'est fini. Par un faux paradoxe, c'est très positif pour l'Europe. Les Britanniques vont peut-être enfin se tourner vers l'Europe et vers la France. - A.-E.Lemoine: Merci beaucoup, F.Encel.

Je rappelle votre livre paru en mars 2025, "La guerre mondiale n'aura pas lieu: Les raisons géopolitiques d'espérer". Vous maintenez? - F.Encel: Plus que jamais!

Assassinat d’Ali Khamenei : les coulisses de l’opération — Christian Jacob · Pourquijevote