Entretien avec Gérald Darmanin : les relations Etat / Pays
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On va parler maintenant des relations État-Pays, si vous le voulez bien. Vous étiez en Nouvelle-Calédonie il y a trois semaines environ avec Emmanuel Macron. Emmanuel Macron qui a annoncé une réforme constitutionnelle pour la Nouvelle-Calédonie. La Polynésie veut prendre le train en marche. Alors peut-on imaginer que l'État accorde à la Polynésie plus de compétences, voire des compétences régaliennes ?
Alors il y a deux situations très différentes. La Nouvelle-Calédonie, par trois fois, a choisi de rester française. Il faut tirer des conséquences de ce processus institutionnel qui a duré plus de 20 ans. Le président de la République qui a été le seul à pouvoir mener jusqu'au bout, c'est lui qui a organisé trois référendums. Elle a accordé de Nouméa s'arrêter au moment du troisième référendum, quelle que soit cette réponse. Ils nous font écrire donc la nouvelle page dans la Constitution de la République avec une différence fondamentale avec la Polynésie.
C'est que vous savez qu'il y a des listes électorales restreintes, arrêtées, figées en Nouvelle-Calédonie et qu'il y a des élections dites locales, provinciales qui doivent se tenir en mai 2024. Et donc il y a une urgence à modifier la Constitution. Ce n'est pas tout à fait le même cas de la Polynésie. Il y a une demande institutionnelle de la part du nouvel exécutif élu par les Polynésiens que nous respectons. Et j'ai un échange extrêmement constructif avec le président Broterson pour qui je veux dire que l'État français sera à ses côtés financièrement, humainement, politiquement et qui sera à l'écoute des demandes du président Broterson.
Cette modification constitutionnelle, elle n'est pas encore tout à fait claire. Il n'y a pas eu de délibération à ma connaissance votée par l'Assemblée de Polynésie, mais elle sera entendue. Il appartiendra au président de la République. Il faut pouvoir écouter ces demandes. C'est aussi le cas des élus de Corse qui veulent une modification de la Constitution. C'est lui, le président, qui modifiera ou qui peut demander la modification de la Constitution. Il se trouve que dès mon arrivée à Paris, l'après-midi même, je verrai le président de la République pour lui rendre compte de mon déplacement et des demandes du président Broterson qui a été reçu d'ailleurs à l'Élysée.
Et nous sommes à l'écoute des demandes de modification du président Broterson, mais qui ne peuvent pas être les mêmes évidemment que celles de la Nouvelle-Caïdonie. Je l'ai dit, correspond à 20 ans de processus politique qui a choisi de rester française.
Alors, justement, vous avez dit l'économie d'abord, l'indépendance après, à la descente de l'avion. La formule a fait réagir le leader du Tavigny qui vous reproche de vouloir reproduire un schéma calédonien avec une série d'accords qui s'éternisent. Qu'est-ce que vous lui répondez ?
Moi, je ne réponds pas à grand-chose. Dans la mesure où il y a une différence politique au sein du Tavigny, il y a des gens très divisés entre eux. Je ne suis pas là pour commenter la vie polynésienne locale. Changeons leurs difficultés entre eux. Ce que je veux dire, c'est que ce qui compte d'abord pour les polynésiens, c'est l'efficacité de ce que nous faisons. Est-ce qu'ils ont accès à l'école ? Est-ce qu'ils ont accès à la santé ? Est-ce qu'ils ont accès à l'emploi ? Est-ce que la vie est moins chère ? Est-ce qu'on peut lutter contre les monopoles ? Est-ce qu'on peut lutter contre le réchauffement climatique ? Comment on lutte contre la drogue ?
Comment les enfants des marquises puissent continuer à faire leurs études à Papété ? Comment Papété ne prend pas tout le pouvoir ? Comment les enfants de Papété puissent continuer à faire leurs études s'ils le veulent en métropole ? C'est ça que veulent les polynésiens. Ce ne sont pas des discussions institutionnelles, me semble-t-il, qui font plaisir aux élus, mais qui ne font pas toujours plaisir à la population. Si, en revanche, le président Broterson et son exécutif, qui a la légitimité, c'est avec lui que nous discutons, pensent et nous démontrent que c'est par des changements institutionnels qu'on sera plus efficace pour les polynésiens, je dis fiche.
Mais ce n'est pas un changement institutionnel pour le plaisir de modifier la Constitution, pour le plaisir de modifier une loi organique que personne, véritablement, ne n'écoute ou ne comprend quand on fait des débats très tard le soir à Paris à l'Assemblée nationale. Ce qui compte, c'est des modifications institutionnelles qui nous permettent d'être plus efficaces ici. Si c'est le cas, si c'est ce que propose le président Broterson, il sera écouté.
Gérald Darmanin