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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 19 août 2021 24 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileEurope & internationalSolidarités & famille

Martine Aubry et l'accueil des Afghans en détresse : "On aurait pu anticiper"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 35 %Attaque 40 %Défensif 25 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 84 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:25OuverteRéponse directe

    Bonjour Didier Leski, vous êtes directeur général de l'OFI, auteur d'un tract sur l'immigration. On va parler de la situation afghane et de l'Europe.

  • 0:45OuverteRéponse directe

    Bonjour Martine Aubry, vous ouvrez vos portes aux réfugiés afghans. Qui sont-ils et comment vous organisez-vous ?

  • 2:23OuverteRéponse partielle

    Qui sont ceux que vous avez pu accueillir hier ?

  • 3:17RelanceRéponse partielle

    Le Président a dit que c'était notre devoir de protéger les plus menacés. Vous êtes d'accord avec lui ?

  • 5:29RelanceRéponse directe

    Beaucoup de choses dans ce que vient de dire Martine Aubry. Parler de flux migratoires irréguliers est-il prématuré ?

  • 7:44RelanceRéponse directe

    La moitié des 10 000 demandeurs ont eu leur dossier rejeté l'an dernier, quand même.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:56Invité politiqueFait
    « Je regrette simplement que ça ait mis autant de temps. »
  • 3:57Invité politiqueFait
    « On aurait pu anticiper, on aurait pu aller plus vite. »
  • 7:31InvitéChiffre
    « Depuis le début de l'année, il y a 7000 Afghans qui ont pu déposer l'asile en France. »
  • 7:54InvitéChiffre
    « On est aux alentours de 70% qui obtiennent soit un statut de réfugié, soit la protection subsidiaire. »
  • 16:56InvitéChiffre
    « Le parc d'hébergement demandeur d'asile aujourd'hui est de 105 000 places. »
  • 18:38InvitéFait
    « Ce n'est pas 45 jours sans argent, ça dépend du moment où la personne est enregistrée. »
  • 22:49InvitéChiffre
    « La France, c'est 270 000 titres de séjour tous les ans nouveaux. »
  • 23:00InvitéChiffre
    « Entre 10 et 11% de la population française est d'origine immigrée. »

Temps de parole

  • Invité52 %
  • Présentateur18 %
  • Martine Aubry17 %
  • Auditeur5 %
  • Auditeur 24 %
  • Auditeur 33 %

0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Kaboul, entre les mains des talibans, les images de ces milliers d'Afghans en panique à l'aéroport resteront pour longtemps. 12 morts depuis dimanche et déjà le spectre d'une nouvelle crise migratoire en Europe qui, pour accueillir les Afghans en chemin vers l'exil, le débat, on l'a vu, divise déjà l'Europe et la classe politique en France. On va essayer d'y voir plus clair ce matin dans le grand entretien. Appelez-nous, chers auditeurs, on vous attend. Vous connaissez le numéro 0145 24 7000. Didier Leski, bonjour. Bonjour. Vous êtes directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

L'OFI, auteur chez Gallimard d'un tract intitulé « Ce grand dérangement, l'immigration en face ». Avec vous, nous verrons si la situation est comparable à celle de la migration des Syriens en 2015, si l'immigration afghane pourrait évoluer en France. On parlera aussi, bien sûr, de l'Europe. Mais d'abord, nous avons en ligne la maire PS de Lille. Bonjour Martine Aubry. Bonjour. Vous faites partie de ces nombreux maires de gauche qui ouvrent leurs portes aux réfugiés afghans. C'est très concret. Je crois que parmi les Afghans arrivés sur notre sol, vous en avez déjà une 25 à Lille. Qui sont-ils ? Comment vous vous êtes organisés pour les héberger ?

1:03
Martine Aubry

Tout d'abord, on s'y est pris tôt. C'est-à-dire que dès le début août, j'ai à la fois demandé au président de la République « Que fait la France pour accueillir les Afghans en danger ? » au-delà des personnes qui avaient travaillé pour nous et que la France avait effectivement répatriées chez nous. Et j'ai été en contact permanent avec le ministère des Affaires étrangères parce que nous avions des listes, si je peux m'exprimer ainsi, d'Afghans en grand danger, en danger imminent, dont certains faisaient l'objet de menaces. Et donc même certains avaient déjà eu des attentats auxquels ils en étaient heureusement sortis.

Tout d'abord, des institutions culturelles en France qui s'étaient réunies et qui avaient listé des artistes en danger. Soit parce qu'ils avaient travaillé à l'étranger, soit parce qu'ils étaient particulièrement ciblés par les talibans. Et puis, grâce à deux jeunes Afghans que j'ai accueillis il y a 20 ans à Lille, ils étaient là-bas et ils ont pu nous donner, et donner donc au ministère des Affaires étrangères, des listes de personnes qui travaillent dans le monde de la justice, de l'éducation, de la santé, des médias, pour ne prendre qu'eux, qui ont eu eux aussi des menaces ou même ont réussi à échapper à des attentats.

Donc c'est depuis le début août que j'ai saisi le ministère des Affaires étrangères autour de ces demandes, sachant que d'autres le faisaient aussi, en leur demandant de les rapatrier au plus vite.

2:23
Présentateur

Et qui sont-ils ceux que vous avez pu accueillir déjà hier ?

2:27
Martine Aubry

Là, nous avons accueilli aujourd'hui, à la fois dès hier soir, parce que c'était un peu compliqué, à juste titre, le gouvernement a souhaité qu'ils fassent des tests, c'était évident, des tests PCR notamment, ils étaient évidemment négatifs. Donc nous avons accueilli, je n'ai pas à donner, parce que c'est des gens qui sont en danger, cinq familles parmi les personnes dont je vous ai parlé, des artistes vont encore arriver aujourd'hui. Et dans le deuxième avion, nous accueillons encore un certain nombre de familles. Je regrette simplement que ça ait mis autant de temps. Depuis début août, on sent bien la montée des talibans.

Jour après jour, on nous égrène qu'ils ont pris une ville dans le nord-ouest, dans le nord-est, etc. Et il a fallu du temps, de la persuasion et beaucoup d'engagement pour essayer d'obtenir ces visas qu'ils ont eu tardivement, d'où la grande, grande difficulté aujourd'hui de les exfiltrer.

3:17
Présentateur

Martin Aubry, le Président a aussi dit que c'était notre devoir de protéger celles et ceux qui sont les plus menacés là-dessus. Vous êtes d'accord avec lui ?

3:25
Martine Aubry

Je suis d'accord, surtout s'il n'avait pas dit que nous devons anticiper et nous protéger contre des flux migratoires. Irréguliers. Contre des flux migratoires irréguliers. Migratoires irréguliers, bien sûr. Irréguliers, oui. Enfin, qu'est-ce qu'on appelle irréguliers ? Là, je veux dire, nous parlons d'hommes et de femmes qui relèvent de la Convention de Genève, c'est-à-dire des réfugiés. Ce sont des victimes, ils risquent leur vie. Et c'est normal que le ministère, évidemment, puisse vérifier, c'est ce qui a été fait, si ces personnes relèvent bien de ces menaces qui mettent leur vie en danger. Mais on aurait pu anticiper, on aurait pu aller plus vite.

Et il y a encore aujourd'hui, sans que je puisse en donner le nombre, à l'ambassade de France, où il n'y a plus personne pour les protéger, à Kaboul, des hommes et des femmes qui dépendent de cela, sans compter les milliers de personnes autour. Moi, j'ai été choquée par les propos du président, je vous le dis, parce qu'on aurait pu anticiper d'ailleurs beaucoup plus. La France l'a fait, et ça c'est très bien, pour rapatrier un certain nombre d'Afghans qui avaient travaillé pour eux.

Mais là, maintenant, j'attendrai, moi, de l'Europe, non pas, comme elle a dit le président, qu'elle ait une réponse robuste, coordonnée, pour lutter contre les flux irréguliers, mais qu'elle se dise comment partager, parce qu'il faut partager cet accueil, comme nous l'a dit d'ailleurs, une fois de plus, Mme Merkel, la seule qui sauve l'honneur, une fois de plus, de l'Europe sur ces questions. Voilà, organisons-nous, car il y a des milliers de personnes qui veulent partir.

Et si les Afghans nous racontent, si les Talibans nous racontent, comme l'a très bien dit, à l'instant, Anthony Bélanger, des caractéristouilles, je suis totalement d'accord avec tout ce qu'il a dit, mettons-les face à des preuves à apporter. Et d'abord, faisons en sorte de faire sortir les milliers de personnes qui sont en danger aujourd'hui, et que nous devons, nous avons signé la Convention internationale de Genève, encore une fois, ce sont des victimes.

5:17
Présentateur

Martine Aubry, on a entendu votre message, maire socialiste de Lille, on va s'arrêter là, merci à vous. Je me tourne à présent vers vous, Didier Leschi, directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Beaucoup de choses dans ce que vient de dire Martine Aubry. Est-ce que parler de flux migratoires irréguliers, comme l'a fait Emmanuel Macron, ce n'est pas un peu prématuré ?

5:36
Invité

Écoutez, je ne crois pas que ce soit prématuré, parce que ce qui m'attriste un peu, c'est qu'on a le sentiment que rien ne fait expérience. Si vous voulez, en 2015-2016, on a eu, et les Allemands en particulier, ont été confrontés à une entrée massive de personnes, un million d'autres personnes entre 2015 et 2016.

5:56
Présentateur

Des Syriens, des Irakiens, mais beaucoup de Syriens.

5:58
Invité

Il n'y avait justement que 36% de Syriens, si vous voulez. Et donc, à ce moment-là, ce qui s'est passé, c'est l'arrivée, en même temps qu'il y a eu cette demande légitime de Syriens, l'arrivée de beaucoup d'autres personnes et d'autres nationalités. Et c'est ça qui s'est passé et qui a expliqué une des difficultés qu'ont eu les autorités allemandes à prendre en charge. Madame Merkel avait dit qu'on va y arriver, et justement, y arriver avec les Syriens aurait posé moins de problèmes que l'arrivée, en même temps, de personnes qui venaient des subsahariens, des maghrébins, des personnes d'Europe de l'Ève.

Je rappelle du reste qu'entre 2015 et 2016, les premières nationalités qui étaient en demande d'asile en France, ce n'étaient pas des Syriens, c'étaient des Albanais et des Géorgiens. L'Allemagne, du reste, avait été aussi confrontée à un autre problème, c'était la difficulté d'identifier même les Syriens. On avait à l'époque parlé de faux passeports syriens, etc. Et donc, ce qui se passe à chaque fois, c'est que les passeurs, ceux qui organisent la traite des êtres humains, utilisent le chaos qui est malheureusement devant nous, comme il l'a été en 2015-2016, pour essayer de faire autre chose.

7:12
Présentateur

C'est ce que dit Mme Macron, à lutter contre les flux irréguliers, c'est les réseaux de passeurs, les trafics.

7:16
Invité

Oui, bien sûr, et je pense qu'on ne peut pas à chaque fois faire comme si on n'avait pas expérience de ce qui s'était passé précédemment, et simplement avoir un discours qui est, il faut accueillir, bien évidemment, il faut accueillir ceux qui sont en besoin de protection. Je rappelle simplement que depuis le début de l'année, il y a 7000 Afghans qui ont pu déposer l'asile en France. La France est un des premiers pays de la demande d'asile en Europe pour les Afghans, et qu'en moyenne, depuis plusieurs années...

7:44
Présentateur

La moitié des 10 000 demandeurs ont eu leur dossier rejeté l'an dernier, quand même.

7:48
Invité

Non, le taux de protection en France des Afghans est un des plus hauts d'Europe. On est aux alentours de 70% qui obtiennent soit un statut de réfugié, soit la protection subsidiaire, c'est-à-dire une protection au titre de réfugié dans le cadre de la Convention de Genève. L'Allemagne, par exemple, ce n'est que 15% puisque l'Allemagne a un procédé qui est la mise en place d'un statut qui est non protégé, mais pas expulsable.

Et du coup, on a ce qu'on appelle des mouvements secondaires, des personnes qu'on retrouve malheureusement dans les rues de Paris et qui parlent allemand, qui parlent suédois, parce que justement, la France est l'un des pays qui a le taux de protection le plus important, et après coup, les personnes viennent en France.

8:32
Présentateur

Alors curieusement, quand même, l'an dernier, la Cour nationale du droit d'asile a jugé que Kaboul n'était plus aussi dangereuse. Didier Lesky, est-ce que la France doit revoir sa façon d'examiner les demandes d'asile aujourd'hui, vu la situation en Afghanistan ?

8:43
Invité

Écoutez, moi je n'ai pas à intervenir sur une juridiction indépendante qui est la Cour nationale du droit d'asile, mais je rappelle simplement que la France est un des rares pays aussi en Europe, qui a été confrontée à beaucoup de demandeurs d'asile d'Afghans, à ne pas faire de reconduite forcée. Nous, on fait essentiellement des retours volontaires.

9:02
Présentateur

On imagine qu'elle n'aura pas beaucoup aujourd'hui.

9:05
Invité

Je n'en sais rien, si vous voulez.

La situation des personnes, elle est complexe, les liens sont complexes, mais bien évidemment, je rappelle que ceux qui sont venus ces dernières années, c'est essentiellement des hommes, 8% de femmes, la moyenne d'âge est de 27 ans, c'est des personnes qui sont en général peu formées, et ce qui est en train d'arriver aujourd'hui, et on l'a vu hier, c'est des personnes qui sont totalement différentes, c'est-à-dire que ce sont les élites afghanes qui très souvent sont anglophones, et du reste, on va voir si on risque d'avoir le même phénomène qu'on a eu pour les Syriens ou les classes moyennes syriennes, qui ont préféré s'orienter vers des pays où il est plus facile de travailler quand on est anglophone, et où les perspectives économiques leur semblent beaucoup plus favorables, ce qui n'est pas notre cas.

9:56
Présentateur

Pourquoi Didier Leski, où il est qualifié ? Pourquoi les classes moyennes supérieures anglophones ? D'accord, il y a la barrière de la langue peut-être, mais ça ne peut pas être la seule raison. Pourquoi est-ce qu'ils ne nous choisissent pas ? Pourquoi est-ce qu'ils ne restent pas chez nous ?

10:05
Invité

Mais la question de la langue est importante, parce que le problème de l'intégration, le parcours d'intégration, il est la volonté de devenir indépendant. Et donc de devenir indépendant, ça suppose d'avoir un travail et un logement. La difficulté que nous avons ici, c'est que travailler dans une langue qui n'est pas le français, c'est extrêmement compliqué. Ce n'est pas le cas dans l'ensemble des pays d'Europe, et en particulier dans les pays d'Europe du Nord et même en Allemagne. Et les personnes qui sont hautement qualifiées comme celles qui sont arrivées hier soir, qui peuvent être médecins, juristes, si vous voulez, un médecin qui parle en anglais...

10:43
Présentateur

Oui, on a entendu Martin Aubry nous parler de médecins, d'artistes aussi, qui allaient accueillir à l'île. Donc est-ce que ça évolue finalement, cette demande afghane ?

10:52
Invité

On va voir comment elle évolue. Mais ce que je voudrais dire, c'est que la France risque d'être confrontée au même problème qu'on a eu avec les Syriens, et qui a donné le sentiment qu'on n'accueillait pas, alors que ce n'était pas le sujet. C'est d'avoir des élites qui vont s'orienter en priorité, et sans doute vers l'Amérique du Nord, parce que c'est ça qui, je crois, leur aspiration première, en priorité, vers des pays où leur qualification pourra être plus rapidement reconnue, et parce que leur maîtrise de la langue, et en particulier de l'anglais, leur sera favorable du point de vue de l'intégration.

11:24
Présentateur

Didier Leschi, on va revenir un instant sur cette crise de 2015, parce qu'on voit qu'Angela Merkel, qui avait pourtant accueilli plus d'un million en 2015, la chancelière allemande, cette fois parle de contrôler l'accueil des réfugiés vulnérables, on voit qu'elle change un peu de braquet. Est-ce que c'est la crainte de revivre la crise de 2015, justement ? Est-ce que c'est une crainte justifiée aujourd'hui ?

11:43
Invité

Écoutez, c'est une crainte justifiée. L'expérience allemande le montre, je rappelle, entre 2015 et 2016, un million d'autres personnes sont rentrées en Allemagne. Rentrer en Allemagne, ça ne veut pas dire que les personnes ont obtenu le statut de réfugié. Il y a une différence entre rentrer dans un pays et obtenir le statut de réfugié. Le taux de protection des Allemands, en ce qui concerne les Afghans, comme je l'ai dit, est très inférieur à celui qui a été appliqué en France par nos propres organismes indépendants.

12:11
Présentateur

Mais est-ce que c'est comparable la guerre civile en Syrie et puis cette prise de Kaboul ?

12:18
Invité

Alors, je pense que ce n'est pas totalement comparable. D'abord parce que l'Afghanistan, c'est une guerre civile depuis 1973. C'est un très long processus de décomposition et qui explique qu'il y a une diaspora afghane de plus de 3 millions de personnes réparties entre l'Iran, la Turquie et d'autres pays. Et donc, depuis des années, en fait, on a une crise en même temps économique et qui fait que des personnes, des Afghans qui étaient en Iran ou en Turquie, ont continué leur chemin vers l'Europe. Après, on va voir exactement ce qui se passe en Afghanistan. Si vous voulez, les talibans, ce n'est pas une force d'occupation extérieure.

Manifestement, pour être allé aussi vite, enfin, je ne suis pas un spécialiste de l'Afghanistan, il y a un soutien d'une partie de la population. On va voir comment cela se passe. Il peut y avoir une réaction de résistance démocratique. Enfin, l'exemple qui est donné même par une partie de la classe politique, le président Afghans en tête, est manifestement pas glorieux, si vous voulez. Ce n'est pas Salvador Ayende.

13:27
Présentateur

Didier, laissez-vous rester avec nous. On va faire un petit tour au standard. Nous accueillons Olivier. Bonjour Olivier. Bienvenue. Vous nous appelez de Roubaix. C'est ça. Et nous vous écoutons, Olivier.

13:38
Auditeur

Voilà. Alors, je voudrais poser la question des visas parce que je suis dans une situation particulière. Mon fils adoptif est afghan et sa fiancée est Adjala Abad. Et on voudrait la faire venir parce qu'on peut l'accueillir en toute sécurité. Elle a besoin d'un visa, mais les consulats de Kaboul et d'Islamabad au Pakistan sont fermés. Elle est obligée de se rendre à Téhéran ou à New Delhi pour faire son visa. Donc, est-ce qu'il serait possible d'avoir un système qui permettrait à nous, aux familles d'accueil, de faire délivrer des visas en France et d'aller les chercher à la PAF quand elles arrivent à Roissy pour les faire rentrer.

Et qu'elles puissent prendre l'avion avec une photocopie de visa.

14:21
Présentateur

Question très concrète, Olivier. Merci pour cette question. Didier Leschi, c'est le problème des visas. On voit qu'en plus, le couple franco-allemand, les Etats-Unis aussi, finalement, choisissent plutôt la solution du passage transitoire dans des pays voisins. Là, on parle de l'Iran avec Olivier, mais c'est vrai aussi du Kosovo, de l'Albanie. Est-ce qu'on peut un peu accélérer cette procédure des visas ?

14:43
Invité

Écoutez, en ce qui concerne l'Afghanistan, le ministère des Affaires étrangères est en train de voir comment il peut accélérer la délivrance des visas tout en protégeant ses personnels. Parce que c'est ça la difficulté. On a rapatrié les Français des consulats et des ambassades. Et c'est vrai qu'on demande aux personnes de se tourner vers les pays limitrophes. C'est un problème complexe parce que, bien évidemment, il faut accorder des visas. Il y a aussi le problème du regroupement familial. L'OFI accélère les dossiers d'instruction de regroupements familiaux pour des Afghans. Mais après, il y a la capacité de vérifier aussi, d'un point de vue sécuritaire, à qui sont donnés ces visas.

C'est une situation tragique, complexe, humainement difficile pour beaucoup de monde.

15:31
Présentateur

Retour au standard avec Delphine qui nous appelle de Nantes. Bonjour, bienvenue Delphine.

15:36
Auditeur

Bonjour. On m'entendait ?

15:38
Présentateur

On vous entend un peu loin. Merci.

15:42
Auditeur

J'avais trois questions à poser à M. Lefki. J'ai adressé mon jour à l'AQ de France Inter. Ma première question, c'est que je constate que, de par mon métier, je suis dans le social, il y a de nombreux demandeurs d'asile qui sont sans-abri, non hébergés, y compris les femmes isolées avec des jeunes enfants. Du coup, je voulais savoir si on pouvait objectiver ce que je constate à ma petite échelle et chiffrer le nombre de demandeurs d'asile sans hébergement qui n'ont pas de place en centre d'accueil.

La deuxième question, c'était, j'ai eu l'information qu'il fallait 45 jours pour les demandeurs d'asile à partir de l'enregistrement de leurs demandes pour obtenir l'allocation d'attente de demandes d'asile. Du coup, de quoi vivent ces personnes pendant 45 jours ? Et puis, j'ai une question bonus, c'est qu'après, il y a beaucoup qui seront déboutés de leurs demandes d'asile qui n'ont pas le statut de réfugiés. Et donc, à ce moment-là aussi, je voudrais bien savoir quelles sont, selon M. Lesky, les conditions de vie de ces personnes.

16:42
Présentateur

Merci Delphine pour ces trois questions, ça fait beaucoup. On élargit bien sûr, on ne parle plus seulement de l'immigration afghane, là, Didier Lesky. Est-ce qu'on a un chiffre du nombre déjà d'exilés qui sont à la rue aujourd'hui en France ?

16:54
Invité

Alors, bien évidemment, on en a trop, mais je rappelle que le parc d'hébergement demandeur d'asile aujourd'hui est de 105 000 places. Bernard Cazeneuve avait entamé une politique qui a été suivie par le gouvernement suivant, qui était de doubler le parc d'hébergement en quelques années et l'effort budgétaire continue. La difficulté que nous avons, c'est qu'une partie de ce parc est aujourd'hui occupée par des personnes qui ont déjà le statut de réfugiés. Je vois un certain nombre de maires qui indiquent vouloir accueillir, si vous voulez.

Je pense qu'aujourd'hui, la priorité, c'est de nous permettre d'accompagner les personnes qui ont le statut de réfugiés, entre 7 et 8 000 personnes qui sont dans ce parc d'hébergement et qui ont besoin d'un accès au logement. Je pense qu'au-delà des intentions sur l'hébergement d'urgence, ce qu'il faut, c'est avoir une politique claire et ne pas être en la matière hypocrite. Il ne suffit pas simplement d'accueillir les personnes quelques semaines ou quelques mois. notre priorité, c'est l'accès au logement de ceux qui obtiennent le statut de réfugiés.

Mais nous avons des arrivées constantes, en particulier de personnes qui ont été déboutées d'autres pays d'Europe ou des personnes qui ne relèvent pas d'un besoin de protection. Je rappelle par exemple que la première nationalité qui débarque en France en Italie et qui ne restent pas en Italie, ce sont les premières nationalités d'origine maghrébine ou du sous-continent indien du Bangladesh.

18:30
Présentateur

À propos de l'allocation dont parlait Delphine de Nantes, notre auditrice, 45 jours sans argent,

18:36
Invité

c'est un peu long. D'abord, ce n'est pas 45 jours sans argent, ça dépend du moment où la personne est enregistrée comme demandeuse d'asile parce que c'est un versement automatisé où on envoie des listes à un opérateur bancaire si vous voulez et quand les personnes sont enregistrées comme demandeurs d'asile après le 20 du mois, effectivement, elles ne recevront leur allocation que vers le 25 du mois suivant si vous voulez.

Et donc c'est ça qui fait l'écart mais si vous voulez c'est un problème qui est difficilement résolvable et c'est pour ça que quand elles sont hébergées il y a des mécanismes de soutien temporaire mais ce n'est pas une automaticité de 45 jours c'est un problème technique qui est difficilement résolvable. Je rappelle qu'on distribue cette allocation sur la forme de cartes qui permet aux personnes de se satisfaire à leurs besoins.

19:34
Présentateur

Didier Leschi, on fait un dernier tour au standard et nous recevons Fabienne qui nous appelle de Haute-Loire. Bonjour Fabienne.

19:41
Auditeur

Bonjour, je vous appelle pour vous faire part la situation qui se passe actuellement en Haute-Loire où dans la classe de ma fille il y a une petite fille depuis plusieurs années originaire du Kosovo qui est très bien intégrée en est en devenue très proche elle est venue plusieurs fois à la maison et quand on est revenu de vacances on a lu au hasard dans le journal que leur papa avait été expulsé seul au Kosovo et que la maman et les quatre enfants se retrouvaient seules ici dans le désarroi bien sûr total psychologiquement c'est très dur la maman elle dort plus elle a vraiment du mal à manger

20:13
Présentateur

on entend votre émotion Fabienne

20:14
Auditeur

comment c'est possible en fait qu'on ne tienne pas en compte de l'intérêt des enfants c'est censé être quelque chose qui doit être pris en considération dans la déclaration des droits de l'enfant et là en fait on s'aperçoit qu'on peut prendre une décision cruelle que l'intérêt des enfants qui ne connaissent que la France qui sont là depuis 7 ans qui sont très bien intégrées dans leurs écoles pour leurs amis pour leurs enseignants c'est un choc ils ont écrit une lettre magnifique d'ailleurs à ces enfants là pour leur témoigner de leur émotion face à ça comment c'est possible qu'on fasse ça à ces enfants qui sont intégrés qui mettent tout en oeuvre qui ont un mérite énorme à travailler à l'école dans des conditions de stress Fabienne

20:51
Présentateur

on entend votre émotion votre colère aussi pour cette famille du Kosovo Didier Leschi ça c'est un cas très concret les enfants la femme en France pourquoi l'homme est expulsé est-ce qu'il n'y a pas là des grosses failles quand même dans notre système

21:05
Invité

c'est pas une question de faille c'est une question d'appréciation d'ensemble des questions migratoires si vous voulez et de la capacité ou pas d'un pays à absorber et à accompagner ceux qui veulent venir et qui ne relèvent pas forcément d'un besoin de protection si toute la famille

21:24
Présentateur

est ici que les enfants sont scolarisés il y a quelque chose qui ne va pas

21:27
Invité

la question n'est pas celle-là bien évidemment je ne peux pas avoir d'appréciation concrète d'un dossier comme ça mais on a malheureusement des personnes qui viennent en France pour des raisons économiques et pas pour des raisons je dirais politiques au sens de la convention de Genève ou parce qu'elles sont persécutées et là est la difficulté et en particulier nous avons eu après la chute du mur une décomposition d'un certain nombre de sociétés sur le plan économique avec l'arrivée importante de personnes qui essayent de fuir des problèmes économiques de la même manière que nous avons beaucoup de personnes qui viennent du Maghreb ou du continent africain qui viennent pour des raisons économiques mais la France est un grand pays d'immigration il ne faut pas l'oublier on est quand même

22:15
Présentateur

au 15ème rang mondial je crois bien loin derrière le Liban ou l'Allemagne un grand pays d'immigration France Terre d'Asie le slogan est un petit peu erroné non ?

22:22
Invité

Non il n'est pas erroné du tout parce que vous ne pouvez pas comparer les conditions qui sont faites aux Syriens au Liban qui vivent sous détente où les enfants n'ont pas le droit à l'école où la santé n'est pas gratuite comme en France pour les personnes quand elles arrivent où l'état civil même quand on naît vous ne pouvez pas enregistrer les personnes où vous avez une interdiction totale de travail pour un certain nombre de métiers avec ce qui se fait en France la France c'est 270 000 titres de séjour tous les ans nouveaux avec un pays qui est un des pays sur une longue durée d'accueil de l'immigration entre 10 et 11% de la population française est d'origine immigrée et près du quart sur deux générations à quelqu'un qui est d'origine immigrée donc ce n'est pas comparable on ne peut pas comparer des pays qui ont des droits sociaux comme les nôtres avec des conditions indignes qui sont faites dans un certain nombre de pays limitrophes et dire que c'est de l'accueil c'est pas correct

23:23
Présentateur

le sujet est inépuisable on y reviendra évidemment il est au coeur de l'actualité dédié les skis directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration merci d'avoir été avec nous ce matin sur France Inter d'avoir répondu aussi à nos auditeurs au revoir bonne journée à vous

23:36
Invité

au revoir