Situation au Proche-Orient : "Un point de bascule, qui peut devenir une guerre régionale"
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Questions et réponses
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- 1:21OuverteRéponse directe
Comment qualifiez-vous le moment dans lequel on se trouve ?
- 3:00OuverteRéponse directe
Frédéric Ancel, même question. On est en guerre d'Irim Momtaz, on est un point de bascule, dit Pierre Servant. Vous vous dites quoi ce matin ?
- 4:02OuverteRéponse directe
Vous vous dites non, il n'y aura pas de guerre régionale. Pierre Servan, que cherchent Benyamin Netanyahou et le gouvernement israélien en déplaçant le centre de gravité de la guerre de Gaza vers le Liban ?
- 6:28OuverteRéponse directe
Votre point de vue, Frédéric Ancel, sur les objectifs d'Israël, est-ce que la question de rétablir sa crédibilité dissuasive face au Hezbollah est un sujet ?
- 6:43OuverteRéponse directe
Et autre question dans la foulée, est-ce que l'opinion publique israélienne est divisée quant à l'élargissement du conflit ?
- 7:52OuverteRéponse directe
Rimom Taz, les Libanais sont-ils divisés par rapport à ce qui se passe, par rapport au Hezbollah, par rapport à l'attaque israélienne ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Dernier bilan date 630 morts et près de 2000 blessés. »
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« L'ONU parle par ailleurs d'au moins 100 000 personnes déplacées. »
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« 60 à 80 000 Israéliens ont été déplacés. »
- 6:52Locuteur non identifiéFait
« une grande partie des Israéliens font porter la responsabilité du 7 octobre sur Netanyahou, c'est vrai. »
- 8:04Locuteur non identifiéChiffre
« un sondage qui a été fait par le Arab Barometer en début d'année qui montre que 70% de la population libanaise est contre le Hezbollah. »
- 9:26Locuteur non identifiéFait
« en partant du début du mois de septembre, où les Israéliens ont monté une opération dont on n'a pas beaucoup parlé, en Syrie, pour aller détruire, dans des conditions assez spectaculaires, une usine de fabrication de drones et de missiles à 50 km de la frontière avec le Liban, pour pouvoir leur apporter plus directement ce matériel-là. »
- 9:52Locuteur non identifiéChiffre
« Par rapport à 2006, ils ont multiplié par 10 le volume de leurs missiles et de leurs drones. »
- 10:09Locuteur non identifiéChiffre
« jusqu'à monter jusqu'à 10, 15 000 combattants du Hezbollah qui ont tourné en Syrie. »
- 10:42Locuteur non identifiéChiffre
« À Gaza, il n'y aurait que 50% du réseau de tunnels du Hamas qui aurait été détruit en un an de guerre. »
- 11:45Locuteur non identifiéChiffre
« le Hezbollah dispose de plusieurs dizaines de milliers d'engins, c'est-à-dire beaucoup plus que la plupart des armées de la région. »
- 11:54Locuteur non identifiéChiffre
« vraisemblablement plusieurs centaines, sont à système de guidage et peuvent toucher la quasi-intégralité du territoire israélien. »
- 17:47Locuteur non identifiéChiffre
« Vous avez en Jordanie 60% de Palestiniens. »
- 24:09Locuteur non identifiéChiffre
« il y a huit fois plus d'attaques israéliennes que les attaques du Hezbollah depuis le 8 octobre. »
Temps de parole
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- Locuteur non identifié 413 %
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Et avec Léa Salamé, nous vous proposons ce matin une table ronde sur la situation au Proche-Orient. Après la vague d'explosion de Bipper et de Tokiwoki, la semaine dernière, Israël a lancé une campagne de bombardement sur le sud-Liban. Dernier bilan date 630 morts et près de 2000 blessés. L'ONU parle par ailleurs d'au moins 100 000 personnes déplacées. Quant au Hezbollah, il a tiré un missile balistique sur le quartier général du Mossad, près de Tel Aviv, missile intercepté par l'armée israélienne. Alors pour évoquer l'ensemble du dossier, nos invités Léa.
On est en ligne avec Dominique Hédé, romancière et essayiste libanèse. Vous êtes avec nous en duplex de Beyrouth. Dernier livre paru, Le Palais Mawal chez Albain Michel. Bonjour à vous, bonjour à Arim Momtaz, géopolitologue à Carnegie Europe. Merci d'être là. Pierre Servant est avec nous, journaliste à TF1-LCI, expert en stratégie militaire, spécialiste des questions de défense, Pierre Servant, votre dernier livre paru. C'est Le Monde de Demain chez Pocket. Merci d'être là. Et puis Frédéric Ancel est également là, géopolitologue, professeur à Sciences Po Paris, auteur d'un atlas géopolitique d'Israël chez Autrement. Bonjour à vous. Bonjour.
Soyez tous les bienvenus. J'ajoute que cette nuit à l'ONU, la France et les Etats-Unis ont fait la proposition conjointe d'un cessez-le-feu de 21 jours. Avant de vous rejoindre dans quelques minutes à Beyrouth, Dominique Hédé, même question à tous les trois ici à Paris. Comment qualifiez-vous le moment dans lequel on se trouve ? Diriez-vous qu'on est déjà dans la guerre régionale ou qu'on est dans une situation de pré-guerre, de pré-conflit qu'on peut encore éviter ? Rime Momtaz.
Je pense qu'on peut dire qu'on est en guerre au Liban, déjà. Ce n'est plus une situation d'escalade ou de désescalade. On est en guerre au Liban. On n'est pas encore en guerre régionale, notamment parce que l'Iran ne veut pas rentrer dans la guerre et ça pose un énorme problème pour le Hezbollah. Et on est au moment le plus dangereux entre le Hezbollah et Israël depuis le 8 octobre.
Pierre Servan, comment vous qualifiez le moment ?
Oui, je suis vraiment sur la même position que Rime. Le danger est extrême, guerre libanaise avec des prémices de guerre régionale. Les Houthis, alors ça n'est pas nouveau, ont essayé de toucher Israël. Les milices pro-iraniennes d'Irak ont également envoyé des missiles de croisière, des drones en direction d'Israël. Donc on est vraiment sur un point de bascule. Donc c'est une nouvelle guerre du Liban qui peut devenir une guerre régionale. Et la grande question dans les heures qui viennent, c'est est-ce qu'il va y avoir offensive au sol de l'armée israélienne ? Donc au-delà de la ligne bleue qui est cette ligne de démarcation un peu fixée par l'ONU.
Voilà, donc on est dans ce point de bascule. Et s'il y a une guerre régionale, les répercussions seront mondiales compte tenu de la position de l'Iran dans le détroit d'Hormuz et les risques de bloquer le détroit d'Hormuz.
On va développer tout ce que vous dites là. Mais Frédéric Ancel, même question. On est en guerre d'Irim Momtaz, on est un point de bascule, dit Pierre Servant. Vous vous dites quoi ce matin ?
Je ne dis pas de guerre régionale. Je le disais à votre micro tous ces derniers mois. Pour ce qui a été très bien rappelé il y a un instant, rappelé également par Pierre Aski tout à l'heure, le roi iranien est nu. Il est nu depuis avril. C'est-à-dire qu'en avril il y a eu cet échange de tir, enfin cet échange militaire entre l'Iran et Israël. Mais depuis, y compris avec l'assassinat ciblé de Daniel, donc le chef de la branche politique du ramasse à Téhéran, et les menaces de riposte de Téhéran, il n'y a rien.
Et ce qui est terrible aujourd'hui pour les Libanais, mais plus particulièrement pour le Hezbollah, c'est que l'Iran n'intervient pas pour soutenir militairement sa création, ex-Nilo en 82, son grand allié. Mais ce n'est pas la première fois, parce qu'en 2006 déjà il y avait eu une guerre très dure entre Israël et le Hezbollah, et déjà l'Iran n'était pas intervenu militairement.
On va y venir à l'Iran, parce que c'est vrai que c'est le protagoniste le plus important à ce stade pour savoir si ça va basculer. Vous vous dites non, il n'y aura pas de guerre régionale. Pierre Servan, que cherchent Benyamin Netanyahou et le gouvernement israélien en déplaçant le centre de gravité de la guerre de Gaza vers le Liban ? Est-ce qu'ils veulent une intervention terrestre ? Vous en parliez, est-ce qu'ils ont l'arme au pied, ou à votre sens ils hésitent encore ?
Alors il paraît qu'il y a des discussions très vives au sein du cabinet Netanyahou. Il faut savoir que depuis l'après 7 octobre, il y avait déjà une envie très forte de Benyamin Netanyahou d'aller sur le Liban, mais c'est vrai que ça fait beaucoup de front. Ma conviction, c'est que la politique de Benyamin Netanyahou, c'est le chaos, le chaos, le chaos. C'est rajouter du chaos au chaos, d'abord pour se protéger lui-même. Plus la guerre dure, plus il échappe aux poursuites judiciaires concernant un certain nombre de ses pratiques qui étaient mises en cause avant le 7 octobre.
Et il échappe également aux procès que les Israéliens peuvent légitimement lui faire pour la défaillance catastrophique du renseignement dont il porte à responsabilité le 7 octobre. Après, il y a un objectif militaire qu'on peut considérer comme, comment dirais-je, valable, à savoir que le nord d'Israël est menacé en permanence par les frappes des missiles et des drones ou des roquettes du Hezbollah, que 80, 60 à 80 000 Israéliens ont été déplacés.
Donc c'est un objectif militaire qui peut paraître pertinent, sauf qu'il y a une façon diplomatique de résoudre, entre guillemets, cette question, c'est un cessez-le-feu à Gaza, mettre en place le plan de discussion qui est sur la table depuis des mois et des mois avec libération des derniers otages, cessez-le-feu à Gaza, etc., qui permettrait de désolidariser le Hezbollah de son soutien au Hamas et à ce moment-là d'avoir une possibilité de négocier la question libanaise, qui est en fait une question du Hezbollah parce qu'il n'y a plus de Liban. Et le Hezbollah, on disait jadis que la Prusse, c'était pas un État qui avait une armée, mais c'était une armée qui avait un État.
Là, si vous voulez, le Hezbollah, c'est une armée qui possède ce qui reste de l'État libanais, donc il y a une puissance très très forte, mais il y aurait donc une fenêtre d'opportunité, à mon sens, diplomatique, mais Netanyahou ne veut pas cela. Il veut vraiment le chaos et la garantie de sa survie. Donc je crains qu'on aille au pire, et 2006 rappelle que pour Israël, rentrer au sol, rentrer c'est facile, se maintenir, même si le Hezbollah est très amoindri, ça risque d'être une autre paire.
Votre point de vue, Frédéric Ancel, sur les objectifs d'Israël, est-ce que la question de rétablir sa crédibilité dissuasive face au Hezbollah est un sujet ? Et autre question dans la foulée, est-ce que l'opinion publique israélienne est divisée quant à l'élargissement du conflit ?
Alors, pas tellement sur le Liban et sur le Hezbollah. Justement, parce que ce que Pierre vient de dire est très juste, une grande partie des Israéliens font porter la responsabilité du 7 octobre sur Netanyahou, c'est vrai. Mais attention, les Israéliens, autant ils considèrent qu'il y a un aspect humanitaire fondamental à Gaza et que décidément l'armée israélienne frappe beaucoup et trop, et que Netanyahou, effectivement, ne fait pas suffisamment pour les otages, autant le Hezbollah est perçu en Israël. Jusqu'à y compris à l'extrême gauche. Comme un mouvement qui vampirise le Liban, qui frappe depuis 11 mois le nord d'Israël sans avoir été directement concerné finalement par Gaza.
Et c'est d'autant plus vrai que le Hezbollah est chiite et que le Hamas est sunnite. Autrement dit, les Israéliens considèrent qu'il y a là un danger, et objectivement sur le plan militaire, c'est vrai, beaucoup plus important encore que le danger du Hamas. Et donc, de ce point de vue-là, il n'y a pas beaucoup de débats. D'autant plus qu'effectivement, ce qui a été rappelé est très vrai, il y a entre 60, 70 000, peut-être 80 000 Israéliens au nord du pays qui ne peuvent plus vivre chez eux, ce qui est une première depuis 1948 à la création de l'État d'Israël.
Remam Taz, les Libanais sont-ils divisés par rapport à ce qui se passe, par rapport au Hezbollah, par rapport à l'attaque israélienne ?
Alors, ils sont divisés sur leur opposition ou soutien au Hezbollah. Il y a, en gros, un sondage qui a été fait par le Arab Barometer en début d'année qui montre que 70% de la population libanaise est contre le Hezbollah. Par contre, ils ne sont pas divisés autant sur la question de ce qu'Israël est en train de faire au Liban. Les Libanais sont capables d'avoir ces deux positions en même temps. Ils ne soutiennent pas le Hezbollah, mais ils sont contre Israël et ils ne veulent pas qu'Israël détruise leur pays. Ni Israël, ni le Hezbollah. Ni Israël, ni le Hezbollah. Il faut vraiment comprendre ça.
Et si Israël lance une incursion terrestre, une invasion terrestre, ce qu'Israël va faire, c'est redonner de la vie au Hezbollah qui, aujourd'hui, est quand même énormément affaiblie. Donc, la pire chose qu'Israël pourrait faire, c'est de rentrer au Liban.
Avant d'aller voir Dominique Day à Beyrouth, Pierre Servan Rimomtas dit « Le Hezbollah est affaibli ». On entendait, on avait Denis Charbit la semaine dernière qui nous disait, politologue franco-israélien, qui disait « Les Israéliens se demandent si le Hezbollah, finalement, un peu comme l'Iran, est devenu un tigre de papier. En même temps, ils sont extrêmement armés. Est-ce qu'ils ont réussi à être déstabilisés par les dernières attaques ? Qu'ils visent leur cadre ? Qu'ils visent leurs armements ? Ou pas encore ? Ou pas vraiment ?
Alors, oui. Vraiment, toutes les opérations de ces dernières semaines, même en partant du début du mois de septembre, où les Israéliens ont monté une opération dont on n'a pas beaucoup parlé, en Syrie, pour aller détruire, dans des conditions assez spectaculaires, une usine de fabrication de drones et de missiles à 50 km de la frontière avec le Liban, pour pouvoir leur apporter plus directement ce matériel-là. où il y a toutes les beepers, enfin, tout ce qu'on voit ces derniers jours, oui, le Hamas, le Hezbollah, est déstabilisé, fracturé, amoindri. Mais sa puissance militaire reste quand même importante.
Par rapport à 2006, ils ont multiplié par 10 le volume de leurs missiles et de leurs drones. Et dernier point qu'il faut prendre en compte, l'armée, la milice armée du Hezbollah, c'est une milice armée qui a combattu en Syrie pendant toute la guerre civile de Syrie, jusqu'à monter jusqu'à 10, 15 000 combattants du Hezbollah qui ont tourné en Syrie. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ces combattants sont encore plus aguerris que ceux de 2006, qui avaient quand même durement accroché l'armée israélienne, la destruction des Merkava.
Tout le sud Liban, et là, le Hezbollah s'est assis sur la résolution qui interdisait au Hezbollah de s'installer dans cette partie étruffée de tunnels, et donc, si Israël rentre au sol, ça va être difficile. J'apporte une dernière information. À Gaza, il n'y aurait que 50% du réseau de tunnels du Hamas qui aurait été détruit en un an de guerre. Que 50% dans Gaza, qui est réduit à l'état de parking. Donc, une fois qu'on rentre au sol, là, les choses peuvent devenir difficiles et on ne sait pas ce qui peut se passer, même si je souscris à tout ce qui a été dit sur la fragilité de l'Iran.
L'Iran a aussi d'autres possibilités d'action à l'international, de terrorisme anti-israélien, d'action dans l'étroit d'Hormuz. Donc, je pense que oui, à moindrie, complètement détruit et diminué, non.
Le Wall Street Journal qualifiait le Hezbollah mardi de force paramilitaire non étatique la plus lourdement armée au monde. C'est donc encore le cas, vous entendre, Frédéric Ancel ?
Oui, notamment sur le plan balistique. Parce que le Hezbollah dispose de deux forces tout à fait considérables, des défortes à sains, donc des soldats, effectivement, extrêmement aguerris, tout à fait fanatisés. Ils ne sont pas très nombreux, mais ils pourraient effectivement très durement accrocher Israël. Mais surtout, c'est balistique. Il faut bien comprendre que le Hezbollah dispose de plusieurs dizaines de milliers d'engins, c'est-à-dire beaucoup plus que la plupart des armées de la région. Et certains de ces engins, vraisemblablement plusieurs centaines, sont à système de guidage et peuvent toucher la quasi-intégralité du territoire israélien.
Donc, on est là, effectivement, avec le Hezbollah, sur une force qui reste absolument considérable. Rimon Taz ? Juste rapidement, il faut quand même rendre à Israël ce qu'ils viennent de faire. Depuis quelques mois, ils ont décapité les commandants les plus aguerris, les plus importants. Le Hezbollah n'est pas une armée régulière, c'est une milice. Quand on décapite autant de commandants aguerris, ils ont un problème d'organisation. En plus, ils ont décapité leur système de communication. Donc, aujourd'hui, le Hezbollah a énormément de mal. On a l'impression qu'ils sont dans un concours de sons en longueur, alors qu'Israël fait du lance-marteau. Il faut vraiment voir la différence.
Oui, ils envoient un missile balistique après 11 mois, il ne fait aucun dégât, il est intercepté. Alors qu'à chaque fois qu'Israël attaque le Liban, il y a des effets opérationnels dévastateurs sur le Hezbollah.
8h36, Dominique Hédé, je rappelle que vous êtes avec nous en duplex de Beyrouth. Merci une fois encore d'avoir accepté notre invitation ce matin. Dites-nous comment les Libanais ressentent les choses depuis le début des attaques d'Israël. Comment vivent-ils ? Comment vivez-vous en ce moment ?
Bonjour à vous tous. Je suis très en accord avec ce que vient de dire Rim Montaz. D'une part, les Libanais, c'est un vocable qui n'est plus facile à utiliser parce que le pays est atomisé dans ses têtes même, c'est-à-dire qu'on ne peut plus parler d'un point de vue ici. Il y a en effet une détestation de la politique israélienne telle qu'elle est menée notamment depuis le massacre sanglant du 7 octobre, c'est-à-dire sans discrimination aucune vis-à-vis de la population civile de Gaza. Cela a été suivi jour après jour par les Libanais dans un sentiment de révolte et d'écartement absolu.
Il faut donc bien savoir que même ceux qui sont grandement, et pour un bon nombre, exaspérés par la présence du Hezbollah dans le pays et par ses agissements, il n'en demeure pas moins que l'ennemi aujourd'hui, celui qui vient du ciel, un ciel qui d'ailleurs bourdonne en permanence 24 heures sur 24 du bruit des drones qui tournent au-dessus de nos têtes. Tout cela crée une atmosphère totalement sidérante pour un peuple littéralement dépossédé de son histoire. Et c'est un peuple qui vit actuellement la réactivation du traumatisme de 2020, c'est-à-dire du 4 août et de l'explosion du port.
Et donc, il y a une exténuation même de ces fameux ressorts libanais qui nous édifient nous-mêmes, de voir à quelle allure ce pays arrive à se remettre sur pied alors que le sol se dérobe. Mais il a beau se remettre sur pied, là, il y a une sorte de peur au ventre partout. Il y a un sentiment d'humiliation totale parce que, vous savez, ça nous renvoie un peu à ce que nous avons vécu au niveau régional en 2003, quand une bonne nouvelle est assortie d'une mauvaise, ce qui est à peu près le rythme auquel nous vivons dans cette région depuis des décennies. Une bonne nouvelle, on vous dira, la chute de Saddam Hussein.
Oui, bien sûr, la mauvaise nouvelle, c'est le démembrement d'un pays et c'est le chaos intégral dont parlait M. Servan tout à l'heure. Donc, nous n'avons plus d'exutoire. Et quand on en arrive là, penser l'avenir devient de plus en plus difficile. Je voudrais ajouter une chose au niveau de la puissance militaire, parce que, bien entendu, on peut compter le nombre des autres buts ou des tunnels du Hezbollah au Liban. Mais tout cela est dérisoire face à la toute-puissance militaire d'Israël, dont nous savons tous qu'elle est dans la région le pays le plus armé, le plus performant et le plus écrasant en termes militaires.
Donc, toute la question est de savoir est-ce qu'on va continuer à ne raisonner qu'en termes de rapports de force ou est-ce qu'on va enclencher un système d'application de la justice ? Est-ce qu'on va arrêter l'annexion de la Cisjordanie ? Est-ce qu'on va faire un cessez-le-feu à Gaza ? Si on ne revient pas aux fondamentaux, on va se laisser emporter par des raisonnements géopolitiques bien entendus, bien articulés, mais qui deviennent un vocabulaire glaçant pour ceux qui vivent sous le feu, d'où qu'ils viennent.
Ceux qui vivent sous le feu, et vous parliez de la bonne nouvelle et de la mauvaise nouvelle, le problème du Liban ces dernières années, c'est qu'il n'y a plus de bonnes nouvelles. En fait, il n'y en a que des mauvaises depuis cinq ans au moins, depuis l'explosion du port et puis la crise financière.
Vous avez raison, si bien que ce n'est presque plus un pays à l'heure qu'il est. Et vous savez, j'aimerais ajouter un point, c'est que ce pays qui compte maintenant presque autant de non-Libanais que de Libanais reste extrêmement utile pour penser le monde. Pourquoi ? Parce que ces mouvements migratoires qui sont en train de déstabiliser le monde entier ne sont pas pris en compte dans la résolution et la pensée des problèmes. Vous avez en Jordanie 60% de Palestiniens. Vous avez en Cisjordanie un nombre considérable et alarmant de colons. Vous avez en Israël un nombre considérable d'Israéliens non-juifs.
Vous avez donc des populations, une démographie qui n'est pas prise en compte dans la pensée de l'avenir. Et parfois, d'être libre de l'actualité, ce qui est un peu mon cas, même si nous vivons dans la guerre, puisque nous n'avons aucune prise sur ce qui nous arrive, nous continuons peut-être à avoir cet avantage qui est un luxe extrêmement coûteux de pouvoir penser l'avenir à partir du désastre dans lequel nous sommes. Nous ne pouvons plus le penser au jour le jour avec des petits accommodements et ce vocabulaire qui écœure tous les Libanais de trêve provisoire, de réunion au conseil de sécurité, de tout ce vocabulaire-là. Nous l'entendons depuis 75.
Moi, ma génération, qui avait 20 ans en 75, n'a entendu que ça durant des années. Et c'est la preuve patente
du traitement
que nous avons tous.
La liaison a été coupée avec Beyrouth, Dominique Hédé. On vous remercie en tout cas d'être intervenu dans la matinale. Vos propos, Dominique Hédé, font réagir ici en plateau. Frédéric Ancel ?
Oui, le Liban, la tragédie libanaise, me semble-t-il, c'est celle de l'instrumentalisation par les puissances étrangères. Et Dominique Hédé vient d'évoquer 75 avant que sa coupe. La guerre civile au Liban commence en 75. Et depuis, cette instrumentalisation en provenance de puissances extérieures n'a jamais réellement cessé. On a évoqué abondamment et à juste titre le Hezbollah créé par l'Iran, soutenu par l'Iran, armé par l'Iran. Mais les Israéliens ont joué sur une partie des chrétiens maronites à partir de 76, 77, 78. Les Syriens, bien évidemment, sur à peu près toutes les forces qui existent au Liban. L'Arabie saoudite sur les sunnites. Et malheureusement, c'est une espèce de...
C'est une constante, en réalité, de l'État libanais.
On passe au standard d'Inter. Philippe, bonjour.
Bonjour à tous. Bienvenue.
On vous écoute.
Merci. Merci. Bravo, Pense Inter, pour l'organisation de ce débat. Merci à vous. Je dois vous dire que je suis un peu choqué par la relative indifférence de ce qui se passe actuellement en France concernant le Liban. Il y a quand même un silence relatif médiatique, mais aussi politique. Nous n'intervenons pas. Les Libanais sont nos cousins du Moyen-Orient. Ils ont toujours été du côté de la France et nous sommes absolument lors de bon de solidarité. Et je suis très étonné et choqué par ce qui se passe, par la non-implication réelle de notre pays, notamment au niveau politique. Les palabres...
Enfin, les discours du gouvernement Macron, du peuple président Macron hier, n'auront aucun effet à l'égard de Netanyahou, qui bombarde, qui tue des civils, qui fait fi des conventions internationales, du droit de la guerre. Ma question est simple, c'est pourquoi est-ce qu'on ne passe pas d'un grand supplémentaire à l'égard d'Israël ? Pourquoi est-ce qu'on ne va pas vers un degré de sanction comme nous l'avons fait à raison avec la Russie ? Pourquoi on ne va pas plus loin ? Nous le devons aux Libanais. Pourquoi est-ce qu'on ne fait rien en frais ? Merci Philippe.
Merci à vous. Merci à vous pour cette intervention. Rime Momtaz. Voilà, Brady, Philippe, pour parler de cette proposition d'un cessez-le-feu de 21 jours soutenu par les Etats-Unis, proposition de la France hier à l'ONU.
Simplement parce que les seuls qui peuvent avoir un effet sur les Israéliens, ce sont les Américains et cette administration américaine n'a aucune envie, absolument aucune envie d'utiliser les leviers qu'elle a sur Israël, même quand c'est en train de mettre en danger les intérêts propres des Américains dans la région. Le président Macron, il faut lui rendre que ça fait 11 mois qu'il essaye de faire quelque chose sur le Liban. Le problème, c'est que la France n'a plus les leviers qu'elle avait avant.
Elle ne peut pas agir toute seule et avec les Etats-Unis qui pendant 11 mois n'ont pas voulu coopérer avec les Français, aujourd'hui, ils sont sur la même ligne et ils tentent de cesser le feu cette trêve de 21 jours. Il n'y a pas beaucoup d'espoir que ça puisse aboutir, mais tout dépend des Américains.
Sur la question de Philippe, notre auditeur, Pierre Servan.
Oui, alors je trouve rime un peu sévère avec les Américains, avec Joe Biden. Je crois que Joe Biden a réellement voulu peser sur la situation et notamment sur Benjamin Netanyahou. Les deux hommes se détestent de la même façon que Benjamin Netanyahou détestait Barack Obama qui était le patron de Joe Biden. Il y avait vraiment une détestation. Joe Biden a tenté de faire pression sur Israël, notamment en retenant la livraison d'un certain nombre d'armements. Mais en fait, il est dans une logique d'abord qui est contrainte par les élections en ce moment.
D'ailleurs, entre parenthèses, Benjamin Netanyahou ne souhaite pas donner le moindre avantage diplomatique à Joe Biden en détendant la situation sur le terrain par un cessez-le-feu ou par autre chose. Il poursuit la guerre, il attend l'arrivée de Trump et il n'offrira aucun cadeau entre guillemets à Joe Biden. Alors, est-ce que l'administration américaine a fait suffisamment ? Elle a essayé, mais c'est extrêmement compliqué dans la configuration régionale et compte tenu des élections américaines, certainement pour eux de faire plus. Ils pourraient faire plus, ils pourraient tordre plus le bras de Benjamin Netanyahou.
Le constat est que quand vous avez d'un côté un démocrate équilibré, mesuré, non hystérique comme Joe Biden et de l'autre côté un personnage comme Benjamin Netanyahou qui se nourrit du chaos, eh bien, ça ne fonctionne pas. Frédéric Ancel, vouloir exiger le respect par Netanyahou du droit international et notamment au Liban est absolument légitime, logique et naturel. Il faudrait établir le même schéma avec le Hezbollah qui, un, n'est pas l'État libanais, deux, n'avait le 7 octobre strictement aucune espèce de droit international à attaquer Israël, même avec des armes moins importantes que celles dont dispose Israël, et ça pendant 11 mois. Donc aujourd'hui, on a réellement deux belligérants.
Le Hezbollah est l'un des deux belligérants et donc sur lui aussi, il faudrait faire peser cette exigence de respect du droit international. Un mot, et mon même tasse ? J'aimerais juste rappeler que oui, c'est vrai, le Hezbollah, c'est difficile d'imposer le droit, mais franchement, depuis le 8 octobre, Israël essaye de trouver l'escalade et d'imposer l'escalade avec le Hezbollah et on a vu, il y a huit fois plus d'attaques israéliennes que les attaques du Hezbollah depuis le 8 octobre.
C'est-à-dire que le Hezbollah est dirigé par des fanatiques mais pas par des imbéciles et ces gens-là connaissent parfaitement les rapports de force et c'est la raison pour laquelle ils n'enclenchent pas le maximum tout ce qu'ils pourraient enclencher, notamment sur le plan balistique.
Merci à tous les quatre, Frédéric Ancel, Pierre Servan, Rimm Momtaz et Dominique Hédé qui étaient avec nous en duplex de Beyrouth. Sous-titrage Société Radio-Canada