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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 14 octobre 2025 11 min

Réforme des retraites : la fin du macronisme ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

de la prime EDF ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue dans "C dans l'air". Alors que le Premier ministre a prononcé à l'instant son discours de politique générale et a donc annoncé la suspension de la réforme des retraites, son avenir est toujours menacé par la possibilité d'une motion de censure. Le président est au chevet du Proche-Orient.

Il a appelé ces derniers jours à la stabilité et au compromis. Il vit une fin de mandat chaotique, alors que 61 % des Français souhaitent sa démission, selon un sondage de l'institut CSA. Nous en parlons avec L.Hausalter.

Merci d'avoir accepté cette invitation en ce jour un peu particulier pour un observateur politique. Vous êtes journaliste politique au Figaro, auteur du livre "La Foudre et les Cendres". Vous revenez sur la descente aux enfers du président de la République depuis la dissolution.

On va commencer avec E.Macron. - E.Macron: Le devoir de tous, c'est d'oeuvrer à la stabilité.

Je suis dans mon rôle de garant des institutions. Comme toutes les Françaises et tous les Français, j'ai vu beaucoup de propos qui n'ont pas été à la hauteur des événements. Je demande à tout le monde de se ressaisir. - C.Roux: Il fait la leçon en politique.

Il ne se sent pas concerné par la crise actuelle? - L.Hausalter: Il y a les 2 cerveaux du président.

Il y en a un où il est garant des institutions et un autre où il est au coeur de cette crise politique. Il en est tenu responsable depuis sa dissolution ratée de juin 2024. Malgré la défaite aux législatives, il a continué à vouloir rester au coeur du jeu.

Il a choisi le Premier ministre. Bien sûr qu'E.Macron est toujours au coeur du jeu politique.

Ca risque d'aggraver son cas pour l'opinion. - C.Roux: Vous écrivez: "Une envie le ronge, celle de faire un bras d'honneur à tout le monde, la droite, le centre et ses propres troupes." Ca veut dire quoi?

Il les renvoie à une forme d'irresponsabilité? Il est observateur... - L.Hausalter: S.Lecornu voulait dire que c'était le problème des parlementaires.

E.Macron ne se comporte pas comme le président. Il joue le jeu du présidentialisme.

Le cordon est complètement cassé entre lui et ses troupes. Je raconte, dans mon livre, une scène qui se passe au lendemain de la dissolution. Il réunit son camp pour parler de la campagne qu'il provoque lui-même.

Il y a E.Philippe, G.Attal et F.Bayrou.

Ils lui disent qu'il ne devait pas faire la campagne. C'était une réunion très violente pour le président de la République. Il dissout l'Assemblée, il est très fier de son coup.

Le lendemain, les principales figures de son camp lui expliquent que c'est une bêtise et qu'il faut absolument qu'il ne s'implique plus dans le jeu politique. Qu'est-ce qu'il fait? Il continue à le faire. - C.Roux: Les principales figures de son camp ont la dent dure.

E.Philippe a demandé la démission du chef de l'Etat. G.Attal a pris ses distances avec le chef de l'Etat.

Comment est-ce qu'il le vit? - L.Hausalter: Il le provoque en partie.

On est frappés par le fait qu'il s'entende mal avec tous ces Premiers ministres. Je m'inquiète pour ses relations avec S.Lecornu.

Ces personnages sont ceux qui complotent pour prendre sa place. E.Macron, couronner un héritier, c'est comme pour les anciens présidents, c'est voir sa mort politique en face.

Il ne veut pas l'admettre et revenir plus tard. - C.Roux: Vous les avez tous rencontrés, ceux qui aspirent à prendre la place d'E.Macron.

Celui qui en prend le plus pour son grade, c'est G.Attal. Voici ce que dit E.Macron. ...

Très vite, ça s'est crispé entre E.Macron et G.Attal. - L.Hausalter: E.Macron et G.Attal n'étaient pas spécialement proches au moment où il le nomme Premier ministre.

G.Attal Est la seule figure qui a émergé du macronisme, où le président prenait toute la lumière. Il le nomme à Matignon et ça déraille tout de suite.

Beaucoup de proches du président l'avaient prévenu en amont. G.Attal va vouloir prendre la place et la lumière.

G.Attal, E.Philippe...

Le niveau de haine cuite et recuite est inégalé concernant la relation entre E.Macron et G.Attal. - C.Roux: Vous racontez que Macron déteste qu'on le quitte. - L.Hausalter: C'est un sentimental.

Il n'aime pas qu'on le quitte. Quand il fait des pots de départ, il y a des reproches pour ses anciens conseillers. C'est le propre d'un président en fin de règne.

C'est les canons de la tragédie classique qui arrivent à E.Macron. Il ne peut pas se représenter.

Comme dans une tragédie racinienne, les courtisans, les amis partent les uns après les autres. Les autres se mettent à comploter dans le dos. C'est une fin de règne.

Sa particularité, c'est qu'il a précipité ce crépuscule. - C.Roux: Vous écrivez qu'il est confronté aux affres du crépuscule. ... - L.Hausalter: Avec E.Macron, il y a une malédiction du second mandat dans la Ve République.

La nouveauté que nous vivons, c'est que nous allons avoir un ancien président qui a fait 2 mandats et qui aura 49 ans à la fin. C'est plus jeune que l'âge qu'avait F.Mitterrand à son 1er mandat.

Il compte bien revenir en 2032. - C.Roux: Sa cote De popularité est de 19 % d'opinion favorable.

Comment est-ce qu'il perçoit sa relation avec les Français? - L.Hausalter: Aux élections européennes, une fois que son camp prend une raclée avec un RN extrêmement haut, Macron le prend pour lui.

Que ce soit la cote de popularité, l'opinion ou les intentions de vote, les votes réels...

Il pense que c'est lui qui est atteint. Il a une confiance en lui extrême. C'est pour ça qu'il dissout l'Assemblée nationale.

Il pense que sur son image personnelle, il peut renverser...

Il faut se mettre à la place de ce président qui n'avait jamais été élu, qui se présente et gagne comme on gagne au Loto. Il est réélu 5 ans après malgré un quinquennat de crise. Il a de bonnes raisons de penser qu'il a une intuition politique inégalée. - C.Roux: Il pense retrouver de l'oxygène sur la scène internationale?

Son activité principale, c'est d'être le chef de la diplomatie, porter la voix de la France, comme il l'a fait au Proche-Orient récemment. - L.Hausalter: Le diplomate, c'est ce qu'il a fait sur la reconnaissance de la Palestine récemment.

Le banquier, c'est son travail. L'attractivité de la France...

On sent que, parce que la fin approche, il veut poser des jalons d'héritage. Chirac, on se souvient de son nom pendant la guerre en Irak. On sent que Macron cherche son moment. - C.Roux: Il sait qu'on ne souviendra pas de ses réformes.

Il vient de lâcher sur une réforme de son quinquennat. Ce n'est pas rien de lâcher sur la réforme des retraites. - L.Hausalter: Il renie le macronisme.

Dans son 2e programme présidentiel de 2022, c'est la seule mesure qui en ressort. Il avait d'abord mis un âge à 65 ans avant de l'abaisser à 64. Il risque de ne rien rester de ce 2e quinquennat.

C'est dramatique pour E.Macron. C'est dramatique à expliquer pour ses propres troupes.

Le fait qu'il s'accroche au pouvoir est au prix de son bilan économique et social. - C.Roux: Il y a une phrase de B.Macron que vous citez dans le livre: "Mon mari ne se retourne pas." - L.Hausalter: Elle a l'habitude de prononcer cette phrase. - C.Roux: Ca veut dire "pas de regrets"? - L.Hausalter: Oui.

C'est quelque part la force psychologique qui lui permet d'avancer malgré toutes les crises qui ont jalonné sa présidence. Que retiendra-t-on du macronisme? Que devient le macronisme?

Quelle est sa pensée? Maintenant que ses troupes sont devenues amoindries, Que va devenir tout ça? Tout devient liquide dans le macronisme.

Il ne se retourne pas, certes, parce qu'il pense à la suite. - C.Roux: Il avait été interrogé sur TF1 et avait dit: "Quand j'aurai fini mon mandat, je réfléchirai à la suite et je pourrai vous répondre.

Aujourd'hui, je n'ai pas réfléchi." ... - L.Hausalter: Ses proches en parlent ouvertement.

Au début, c'était sur le ton de la blague, en disant qu'il aurait le droit de se présenter en 2032. Sa vie après la politique, ce sera la politique. Il fera des voyages, des conférences...

Il aura une vie assez classique d'ancien président. Il aura 54 ans en 2032. Tous les anciens présidents en état de santé l'ont fait.