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interviewFrance Inter· 24 janvier 2025 23 min

François Ruffin : "Pourquoi ne répond-on pas aux États-Unis par des taxes aux frontières ?"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Alibadou, Marion Lourdes, le 6-9. Notre invité avec Marion Lourdes ce matin est député Picardie Debout, député de la Somme. Vous pouvez poser vos questions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue. Vous venez de publier une lettre à vos camarades socialistes et on va prendre le temps d'en parler parce qu'elle est longue et qu'elle est nourrie et qu'elle s'inscrit dans une démarche de combat politique. Mais on va partir d'une autre forme de conflit, d'une autre forme de guerre, la guerre commerciale lancée par Donald Trump, promise par le président américain. Il promet des barrières douanières.

Est-ce qu'il faut y répondre avec les mêmes armes, François Ruffin ? Vous avez par le passé assumé une position protectionniste. Vous avez assumé une préférence nationale avec ce qu'on appelait le French Buy Act, acheter de préférence des produits français fabriqués en France. Est-ce que vous pensez que cette riposte, cette posture est tenable aujourd'hui face au rouleau compresseur Trump ?

1:12
François Ruffin

Alors, je vais y répondre, mais d'abord dire ce que ce moment Trump, ce moment Musk signifie. Parce qu'au-delà de la guerre commerciale, c'est de la démocratie qu'il s'agit. Et qu'est-ce qu'on voit ? On voit une oligarchie qui se croit tout permis jusqu'au sali nazi. C'est-à-dire, devant les caméras du monde entier. Et ça signifie quoi ? Ça signifie une classe qui est frappée de démesures. Vous savez, c'est l'hubris de la tragédie grecque. Qui s'est détachée du sol commun. Le symbole, c'est le jet privé ou le vol sur Mars. Et qui, voilà, on a des espèces de surhommes contre les gens qui ne sont rien. Mais Donald Trump a été élu. Il a été élu.

D'accord, mais ce n'est pas une raison pour accepter que finalement, eux qui hier détenaient l'argent, et depuis longtemps, qui se sont mis à contrôler l'opinion par les médias et les réseaux sociaux, aujourd'hui, prennent directement le pouvoir. Non plus le délègue à un banquier d'affaires, mais le prennent directement. Vous savez, puisqu'on est aux Etats-Unis, le président Rulevelt disait « L'argent organisé est aussi dangereux que le crime organisé ». Et là, face à cette force-là, il faut y répondre par la force. Par la force du droit, par la force de la démocratie, mais il faut y répondre avec force.

Et pour répondre à votre question, ce que je vois, c'est des USA de la puissance face à une Europe de l'impuissance. Et que Donald Trump dit « Si vous voulez vendre ici, vous devez produire ici ». Mais je le comprends parfaitement. Mais pourquoi on ne répond pas d'eux-mêmes ? Pourquoi on ne répond pas par des taxes frontières, des barrières douanières, des quotas d'importation ? Vous savez, ce discours-là, ça fait maintenant 20 ans que je le tiens. La nouveauté, c'est que le PDG d'Arcelor, désormais, tient le même discours. Le PDG de Valeo, désormais, tient le même discours. Les industriels de la chimie tiennent le même discours.

3:12
Invité

Mais pas celui de Stellantis, par exemple, qui vient d'annoncer un gros investissement aux Etats-Unis.

3:16
François Ruffin

Mais s'ils veulent aller vendre aux Etats-Unis, qu'ils investissent aux Etats-Unis. Mais en revanche, ceux qui veulent vendre en France, ceux qui veulent vendre en Europe, qu'ils produisent en Europe. Mais ça veut dire... Il ne pourra pas y avoir de politique industrielle sans une politique commerciale. On le voit sur tout. Vous savez, on l'a vu sur le masque pendant la crise du Covid, qui était le symbole de la crise Covid. Emmanuel Macron a donné des dizaines de millions d'euros pour qu'il y ait des usines de masques qui se créent en France. Sauf qu'elles ont fermé dans les 6 mois. Pourquoi ? Parce que 99% des masques continuent à venir de Chine.

Et là, ça va se renforcer d'un autre problème. Qui est que comme les Etats-Unis ferment leurs frontières aux produits chinois, ils vont venir se déverser sur le marché européen. Donc si on veut sauver notre industrie, il y a une urgence. C'est une politique commerciale. Une politique commerciale européenne autant que possible. Et sinon, une politique commerciale au moins sur le terrain du Buy French Act, que les administrations, la police, les pompiers achètent des produits produits ici.

4:12
Invité

Mais vous entendez par exemple les entreprises qui exportent, je pense aux constructeurs automobiles allemands, parce qu'eux, ils sont inquiets de voir un rétablissement des barrières douanières. Ils n'y ont pas intérêt.

4:21
François Ruffin

J'entends qu'on a affaire à un double partage, à un double conflit. Il y a un conflit entre puissances. Enfin, pour l'Europe, c'est l'impuissance. Nous sommes les idiots de la mondialisation depuis plus de 20 ans maintenant. Et je suis en première ligne à la suite parce que ce sont les ouvriers, les ouvriers qui ont été les plus durement frappés ces derniers temps. Mais on a un conflit entre puissances. Et ça se double d'un conflit entre le capital et le travail.

Parce que vous savez, quand vous avez des papiers des échos qui vous disent dividendes, les groupes du CAC 40 n'ont jamais été aussi généreux, c'est qu'il y a un ordre du monde qui est organisé pour que les multinationales, en effet, puissent aller chercher les coûts du travail les plus bas, les normes fiscales les plus basses, les normes environnementales les plus basses dans un espèce de grand supermarché du monde. Et donc, elles, elles ont pour partie intérêt à ça. Mais maintenant, si jamais on veut préserver une industrie, voire la développer, il nous faut absolument protéger nos marchés aujourd'hui. Vous savez, maintenant...

5:22
Invité

Mais les produits vont coûter plus cher quand on exportera.

5:25
François Ruffin

Tout à fait, à la marge. D'accord ? Si, à la limite, vous savez, les Chinois pratiquent le protectionnisme. Et sans complexe, si on veut vendre en Chine, il faut non seulement produire en Chine, mais en plus, il faut faire du transfert d'innovation, du transfert de compétences.

5:40
Présentateur

Mais à quoi ressemblerait cette politique commerciale, François Ruffin ? Puisque nos téléphones, là, pour le coup, nos ordinateurs, c'est fabriqué en Chine. Vous parlez des Etats-Unis. C'est vrai qu'on exporte beaucoup de biens, mais nous importons énormément de services. Le software, les logiciels, on parlait de l'intelligence artificielle tout à l'heure. Tout ça, ça vient des Etats-Unis. Et on ne peut pas, pour le moment, le fabriquer ou le produire en France ou en Europe.

6:05
François Ruffin

Je sens. D'une part, vous savez, il y a 10 000 lignes tarifaires à l'OMC. Et donc, je ne dis pas qu'il faut relever nos taxes aux frontières de manière uniforme, en mettant tout à 25% ou tout à 40%. Tout ça n'aurait pas de sens. Il faut qu'on identifie les 50, les 100, les 150 produits qui nous apparaissent comme étant clés pour la souveraineté de la nation. Vous savez, c'est Emmanuel Macron, dans le cœur de la crise Covid, qui disait délégué à d'autres, notre protection, notre alimentation, notre sécurité est une folie. Il faut cesser de le déléguer à d'autres. Donc, il faut identifier un certain nombre de produits sur lesquels on mène cette protection commerciale.

Et d'autre part, parce que c'est par l'Est qu'on s'est fait piller de cette manière-là, par l'Asie, par... Mais on a un autre souci, qui est que c'est par l'Ouest qu'on se fait piller sur le capital, par les fonds d'investissement, par les fonds de pension anglo-saxons. On a des fonds de pension anglo-saxons qui se sont mis à prendre les plus beaux fleurons. On peut penser à Alstom, qu'Emmanuel Macron a donné à General Electric. Mais par exemple, chez moi, dans mon coin, c'est l'entreprise Watts qui a été reprise par un Américain et qui a fermé du jour au lendemain, sans salarié, dans un petit coin rural. C'est une tragédie.

Et c'était un Premier ministre allemand qui disait que c'était comme une nuée de sauterelles qui venait dévaster les industries. Ça, il faut protéger le capital. Vous savez, ça veut dire quoi ? Ce que je vous dis là, il y a un rapport, un rapport d'Olivier Luanzi, qui est paru, qui avait été commandé par Emmanuel Macron, mais qui finalement n'a pas été rendu public. Ça veut dire que pour sauver notre industrie, il faut, un, une politique commerciale, deux, il faut mobiliser le capital national plutôt qu'on allait faire la danse du ventre à Choose France devant Elon Musk et Mark Zuckerberg, comme on l'a fait ces dernières années.

7:53
Invité

C'est un sommet des investisseurs à Choose France.

7:56
François Ruffin

Oui, il y a 2000 milliards en France d'assurance-vie. Ça n'est pas ciblé sur l'industrie. Il faut flécher cette épargne nationale vers des investissements ici. Enfin, le troisième point, c'est que, alors que François Bayrou, dans son discours de politique générale, rendait hommage aux multinationales qui, même quand elles sont françaises, les poules aux odeurs, en vérité, on sait qu'une renaissance de l'industrie dans notre pays, ça passe par les établissements de taille intermédiaire, ça passe par les TPE, ça passe par les PME. C'est par ce tissu profond-là qu'on fera renaître l'industrie dans notre pays.

8:28
Invité

François Réf, un tout autre sujet qui est dans l'actualité également, c'est Bruno Retailleau, le ministre de l'Intérieur, qui doit présenter aujourd'hui une nouvelle circulaire au préfet, qui leur demande de n'accepter que de manière exceptionnelle la régularisation des sans-papiers par le travail ou pour motif familial, et d'exiger 7 ans de présence en France, alors que la circulaire Valls fixait un quota de 30 000 personnes régularisées par an. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

8:51
François Ruffin

Écoutez, il faut mesurer déjà l'immense difficulté pour les personnes qui vivent depuis des années sur le territoire français, qui travaillent, qui payent des impôts, pour accéder simplement à avoir un rendez-vous à la préfecture et des galères en série pour obtenir à la fin des papiers. Moi je suis pour que les gens qui sont sur le territoire français puissent s'intégrer, puissent s'intégrer par la langue, puissent s'intégrer par le travail. Et quand on voit par exemple, on a fini par y arriver, et c'est une fierté, qu'Abou Sangaré, le héros de l'histoire de Souleymal. Et ben voilà, c'est une intégration française.

9:34
Invité

Mais vous ne croyez pas à l'appel d'air, vous, la théorie de l'appel d'air ?

9:36
François Ruffin

Je vous le dis, je suis pour que toutes les personnes qui sont sur le territoire français, quand elles travaillent, puissent accéder à des papiers, être intégrées normalement, puissent se vivre sans avoir au cœur la peur. Ça ne signifie pas, en revanche, je suis hostile à une politique qui viendrait dire qu'on a besoin d'auxiliaires de vie, donc on va aller chercher en Afrique subsaharienne des auxiliaires de vie pour le marché français. Je suis hostile à ce type de politique-là.

10:02
Présentateur

Il y a des auditeurs nombreux au standard d'Inter. François Ruffin, bonjour Angelo.

10:08
Invité

Bonjour François Ruffin.

10:11
Présentateur

Bienvenue, vous avez une question pour notre invité.

10:13
Invité

Alors je trouve personnellement, et je ne crois pas que ce n'est qu'une impression, que la gauche a beaucoup de pudeur, et notamment le camp des Insoumis, a abordé le thème de la délinquance et de la répression. Avec, à son crédit, qu'ils sont les seuls à avoir parlé des retours des polices de proximité dans les quartiers. Et je trouve qu'en se coupant de ce sujet essentiel de la délinquance, donc la préservation de la tranquillité pour des travailleurs ou autres, elle laisse un boulevard à la droite et au Rassemblement National. Et je pense que c'est une des raisons pour lesquelles vous avez des électeurs qui passent de l'un à l'autre. Il y a une pudeur qui n'est pas justifiée.

Je suis un sympathisant et un militant de gauche, mais cette façon de ne pas parler de ce sujet ou de l'aborder du bout des lèvres me sidère totalement.

11:04
Présentateur

Alors on va laisser Angelo, François Ruffin, vous répondre.

11:08
François Ruffin

Bonjour, je comprends qu'Angelo nous dise ça. Maintenant, pour ma part, en tout cas, il n'y a jamais eu de pudeur, pour qui me connaît. Je n'ai jamais hésité à aborder les questions de sécurité et je suis heureux que le thème du narcotrafic aujourd'hui ait sa place publique. Pourquoi ? Parce que je l'entends depuis deux années et je l'ai dit, le trafic de drogue, ça pourrit la vie de qui ? Ça pourrit d'abord la vie des habitants des quartiers. Je veux dire, c'est des tas de témoignages que je recueille de parents hyper inquiets pour leur enfant. Ça veut dire que quand l'enfant va au collège, on lui dit de passer par tel ou tel chemin, mais défiter ce point d'île-là.

Ça veut dire qu'on l'appelle dès qu'il rentre du collège pour être sûr qu'il est bien rentré, avec pas seulement la crainte d'être tué, mais la crainte à l'adolescence, notamment pour les garçons, d'un basculement dans l'argent facile.

11:56
Présentateur

Vous soutenez du coup le ministre de l'Intérieur qui propose d'en faire une cause nationale, la lutte contre le trafic de stupéfiants. Est-ce que vous soutenez également le ministre de la Justice qui veut un parquet national anticriminalité organisé ?

12:11
François Ruffin

Vous savez, je rencontrais la semaine dernière le sénateur Jérôme Durin qui avait mené la commission d'enquête sur le narcotrafic. Et donc la recommandation principale qu'il donne, c'est follow the money, suivre l'argent.

De manière à ce que, à l'inverse de ce qu'a fait Gérald Darmanin avec ses opérations place nette, avec une police qui apparaît un jour et qui disparaît le lendemain, et qui permet seulement d'avoir des petits dealers, là, c'est d'aller chercher les gros bonnets, notamment en ayant des inspecteurs du fil, des inspecteurs des douanes, des inspecteurs de police spécialisés dans les questions de patrimoine et qui viennent comparer le train de vie des gens avec leurs revenus déclarés. Et donc, je suis tout à fait favorable à ça. Maintenant, la seule nuance, je l'ai dit à Jérôme Durin, que je vois, c'est qu'il manque pour moi un deuxième volet. Le deuxième volet, c'est ce que j'ai dit.

C'est qu'en fait, la principale résistance à la drogue, elle se trouve à l'intérieur des quartiers eux-mêmes. C'est des associations de mamans qui font de la zumba sur la place du quartier pour pas qu'elle soit livrée au 10h. Vous voyez ? Et donc, je pense qu'une politique publique contre le narcotrafic, ça ne doit pas seulement venir de l'extérieur, par la police qui est nécessaire, mais ça doit aussi venir de l'intérieur en soutenant les associations, en soutenant les parents, en faisant que cette résistance-là de l'intérieur, d'une part, et d'autre part, ça a été mentionné par Angelo, qu'on ait une police de proximité. C'est-à-dire quoi ? Qu'est-ce que demandent les gens ?

Ils demandent une police qui reste et non pas une police qui passe.

13:38
Présentateur

Il y a donc cette lettre que vous avez publiée hier soir, une lettre qui commence par ces mots chers et chers camarades socialistes, ça commence plutôt bien, mais vous leur demandez où ils vont, quel est leur cap, et vous vous interrogez parce que vous avez l'impression que les socialistes sont en train de trahir les promesses de la gauche. Quand on vous lisse, c'est assez sévère. Ce sont les choix qui sont faits depuis maintenant des décennies, depuis François Mitterrand, depuis Jacques Delors en Europe, depuis Pascal Lamy, et confirmés par François Hollande que vous refusez complètement.

Pourquoi avoir pris la plume, François Ruffin, pour vous en prendre à ce qui est aujourd'hui une composante essentielle du nouveau Front populaire ?

14:26
François Ruffin

Je ne pense pas que je m'en prends, et je ne pense pas que c'est lu comme ça par mes camarades socialistes. En revanche, je dis une crainte. Un vrai sentiment de lecteur, en tout cas. Je dis une crainte. Je dis une crainte. Oui, le Parti socialiste qui, depuis 1983, a ouvert une parenthèse libérale, c'est un souci. Et j'ai été un adversaire du Parti socialiste jusqu'en 2022. Vous dites même que c'est ça qui vous a lancé en politique ? Ça a été un moteur. Moi, je suis de gauche.

Et quand on a une gauche qui est au pouvoir et qui ne mène pas une politique de gauche, quand on a une gauche qui fait la loi travail, quand on a une gauche qui refuse le résultat du référendum sur le traité concilié à l'européen de 2005, quand on a une gauche qui fait la déchéance de nationalité, quand on a cette gauche-là qui est au pouvoir, forcément, à ce moment-là, il y a deux gauches qui sont irréconciliables. Mais je pense que les temps ont changé.

Les temps ont changé depuis 2022, où il y a eu le choix intelligent de Jean-Luc Mélenchon de tendre la main à Olivier Faure, et le choix intelligent d'Olivier Faure d'accepter cette main tendue et de se mettre ensemble pour ne plus avoir deux gauches irréconciliables, mais on concerne une gauche qui soit forte, une gauche qui soit puissante, une gauche qui puisse mener à la victoire. Or, ce que je vois, ce que je crains, c'est le retour des deux gauches irréconciliables. Avec, d'un côté...

15:42
Présentateur

Incarné d'un côté par François Hollande

15:44
François Ruffin

et de l'autre par Jean-Luc Mélenchon ? En effet, au-delà des personnes, mais en effet qu'on est un parti socialiste qui décroche de la France insoumise, et je comprends bien pourquoi, mais qui, en même temps, ne soit plus arrimé à gauche. Je le dis, comme dirait l'un de leurs alliés, le cap est clair, le cap est clair. Il nous faut faire quoi ? Il nous faut fermer la parenthèse libérale sans faire peur. Fermer la parenthèse libérale, c'est-à-dire ne plus dire marcher, marcher, marcher, mais dire qu'il nous faut un État, qu'il nous faut un État chef d'orchestre, qu'il nous faut un État régulateur, ne plus répéter concurrence, concurrence, mais dire qu'il nous faut la coopération.

Là, vous faites référence à Raphaël Glucksmann ? J'ai cité, je dis, voilà, le cap est clair, mais ce cap n'est pas le même que Raphaël Glucksmann. Et on a déjà eu des débats là-dessus, puisque, voilà, l'Europe telle qu'elle s'est faite ces 40 dernières années, j'ai dit, et je répète, en quoi elle ne me convient pas dans la concurrence libre et non faussée.

16:43
Présentateur

Mais celui que vous critiquez aussi, c'est Jean-Luc Mélenchon et sa stratégie, la radicalité, la radicalité, la radicalité. Ils se sont mis, et puisque vous êtes amateur de foot, au poteau de corner, ils ont ouvert un boulevard aux socialistes et aux socialistes libéraux. C'est une mauvaise stratégie qu'incarne aujourd'hui Jean-Luc Mélenchon ?

17:01
François Ruffin

Franchement, est-il nécessaire que je revienne là-dessus, alors que je l'ai déjà dit et redit ? Cinq ou six pages sur le sujet. Pas là-dessus, là, mais... Pour vous dire quoi ? Vous dire que... Qu'est-ce qui s'est passé le 9 juin au soir dernier ?

17:15
Invité

Après l'élection législative.

17:17
François Ruffin

On a dit Front populaire. Et aussitôt, on a eu les gens de gauche, les sympathisants, les militants, qui ont fait pression par des manifestations, par des pétitions, pour dire aux partis, ça suffit, arrêtez vos conneries. Et qu'ils ont forcé les partis à se rassembler pour rassembler la gauche d'abord, pour rassembler le pays et pour se donner une chance de victoire. Je pense que cette envie-là, cette énergie-là, elle n'est pas partie, elle est toujours là. Et je pense que dans les profondeurs du peuple de gauche aujourd'hui, chez les sympathisants, chez les militants, il y a toujours la volonté de ne pas avoir deux gauches irréconciliables, mais d'avoir une gauche qui puisse gagner.

17:55
Invité

Mais il y a quelque chose qui les divise. C'est le non-censure qui fait que le parti socialiste n'a pas censuré le gouvernement de François Bayrou après le discours de politique générale. Et en même temps, c'est ça qui fait qu'il est à la manœuvre. Alors il faut vous citer, vous dites aux socialistes que vous craignez de les retrouver fort ramollis. Ce sont vos mots. Vous critiquez les bons points accordés, selon vous, par le PS à François Bayrou. Et pourtant, est-ce que ce n'est pas cette non-censure du gouvernement de remporter des victoires ?

Y compris cette nuit au Sénat où ils ont obtenu un certain nombre de lois, une moisson de lois contre la Vichère en Outre-mer pour des ratios de soignants.

18:30
François Ruffin

C'était à l'Assemblée nationale.

18:30
Invité

C'était à l'Assemblée nationale. C'était leur niche parlementaire.

18:32
François Ruffin

Justement, à mon avis, derrière, c'est le Sénat qui va bloquer tout ça. Mais je pense aux propositions 5 propositions acceptées.

18:37
Invité

Des ratios de soignants à l'hôpital, des repas à 1 euro dans les restaurants universitaires, l'alus contre les pannes d'ascenseur, des meilleures protections des enfants accueillés en crèche contre la financiarisation. Ils sont à la manœuvre. Ils ont obtenu des victoires avec ce pacte de non-censure.

18:51
François Ruffin

Ça, ça n'a rien à voir. Vous savez, c'est une niche parlementaire. Mais le gouvernement a facilité. Je me félicite que quand la gauche est unie, il y ait les repas du Crous à 1 euro, qu'il y ait la réparation d'ascenseurs. Ils ont bénéficié

19:01
Invité

de la bienveillance du gouvernement.

19:02
François Ruffin

Mais je vous assure que d'ici que ça se transforme en réalité, j'ai malheureusement beaucoup de cécifices. Non, disons les choses. Quelle est l'orientation du budget de François Béroux ? C'est ça qui va être le gros sujet. On a une... Alors moi, j'appartenais à la commission d'enquête sur la dette publique qui disait que le souci aujourd'hui en France, ça n'était pas l'augmentation des dépenses publiques. On a même eu une réduction des dépenses publiques. Par exemple, les dépenses d'éducation ont baissé d'un point de PIB, déjà. Mais que c'était pour moitié la crise de surprime, pour moitié la baisse des impôts sur le capital.

Comment François Béroux va répondre à cette dette géante que Bruno Le Maire et Emmanuel Macron ont creusé à la pelleteuse ? Est-ce qu'il va y répondre par une augmentation des recettes et en particulier des recettes sur ceux qui, y compris dans les échos, disent « taxez-nous, taxez-nous sur les successions » parce qu'en effet, il y a une concentration des richesses, du patrimoine, chez le pourcent ou chez le millième des plus fortunés de ce pays. Est-ce que c'est comme ça que François Béroux va y répondre ? Non. Il y répond par des économies de bout de chandelle sur à peu près tout. François Ruffin. Sur le sport, sur l'éducation, sur les contrats aidés dans les quartiers.

Et je pense que ce budget-là, à l'arrivée, les socialistes verront bien

20:20
Présentateur

qu'ils ne peuvent pas... Rendez-vous en février. Le texte, de toute façon, reviendra à l'Assemblée. On aura l'occasion d'assister et de comprendre les débats qui s'y joueront. Mais dans l'actualité, il y a aussi le Parlement européen qui a adopté hier une résolution qui demandait la libération de Boalem Sansal qui est emprisonné arbitrairement en Algérie. 533 votes sur les 50605 eurodéputés présents. L'eurodéputé insoumise, Rima Hassan, a voté contre. Manon Aubry s'est abstenu.

20:49
François Ruffin

Qu'est-ce que ça vous inspire ? Écoutez, pour moi, il n'y a aucun doute que la place d'un écrivain n'est pas en prison. Ce n'est pas sa place dans les prisons françaises. Ce n'est pas sa place dans les prisons algériennes. Et qu'on soit d'accord ou pas d'accord avec ce qu'il écrit. Ça s'appelle la liberté d'expression. Et vous savez, si moi, comme reporter... Mais qu'est-ce que vous dites

21:09
Présentateur

à votre camarade, à votre camarade Rima Hassan ?

21:11
François Ruffin

Je dis que, même s'il y a l'instrumentalisation par l'extrême droite sur cette question, évidemment qu'il faut tout faire, tout faire, tout faire pour réclamer la libération d'un écrivain. que parce qu'il est français, évidemment, on doit aussi lui apporter notre soutien pour le libérer. Et je veux dire, il n'y a aucun doute à avoir sur cette question. Et je le répète, c'est la phrase de Voltaire, je ne suis pas d'accord avec vos idées, mais je ferai tout ce que je peux pour que vous puissiez les exprimer. Bon, moi, je ne suis pas d'accord avec plein de choses qu'écrit Boilem Sansal, mais il doit pouvoir s'exprimer, en tout cas sa place n'est pas en prison.

Mais sur la question de ces votes, vous indigne ? Je suis en désaccord complet avec ce vote-là, il n'y a pas de doute, voilà.

21:52
Présentateur

Écoutez, merci François Ruffin d'avoir été l'invité de France Inter ce matin. J'indique donc que cette lettre est en ligne et qu'on peut la trouver. D'ailleurs, on la trouve sur X. Vous allez quitter X ou pas ? Moi, je suis donc...

22:05
François Ruffin

Vous êtes un très grand utilisateur des réseaux. Personnellement, j'en suis un très faible utilisateur, mais heureusement, j'ai une équipe qui le fait pour moi. Mais la sortie individuelle de X n'a malheureusement pas de sens. On a déjà bien des difficultés d'expression dans ce pays avec des médias qui, vous le savez, sont en main, hormis le service public, mais des plus grands milliardaires. Bon, on ne va pas en plus se couper soi-même un bras. En revanche, la question, c'est une question politique.

Est-ce que quand on a un Elon Musk qui fait le salut d'Asie, qui s'ingère dans la politique en Grande-Bretagne, dans la politique en Allemagne, qui vient soutenir des partis fascistes en Europe, est-ce qu'on continue à lui dérouler le tapis rouge ou est-ce qu'on le prive de ses outils, on le prive de Twitter et on le prive de Twitter. Et je pense que Thierry Breton, dont je ne suis pas l'ami, mais il pose des bonnes questions. D'accord ? Et donc, là, de la même manière qu'il nous faut une Europe de la puissance sur le terrain commercial, il nous faut une Europe de la puissance là aujourd'hui, aussi sur la question des réseaux sociaux et non pas une Europe de l'impuissance.

23:06
Présentateur

Merci François Ruffin d'avoir été invité de France Inter. Merci à vous. Et huit. Et huit.

François Ruffin : "Pourquoi ne répond-on pas aux États-Unis par des taxes aux frontières ?" — François Ruffin · Pourquijevote