Budget des armées : «nécessaire d'arriver à 100 milliards alloués par an pendant 10 ans» affirme le député Jean-Louis Thiériot
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J'accueille nos débatteurs du soir, Alexandre Malafaille, fondateur de l'Institut Sinopia. Bonsoir Alexandre.
Bonsoir Edène Ruy.
Et Arthur de Vatrigan, directeur de la rédaction du magazine L'Incorrect et chroniqueur politique. Bonsoir Arthur. Bonsoir. Bienvenue à tous les deux. Et j'accueille en studio Jean-Louis Thiriot, député droite républicaine de Seine-et-Marne et ancien ministre délégué auprès du ministre des Armées. Bonsoir.
Bonsoir.
Alors comment vous avez perçu cette cérémonie du 14 juillet ce matin ?
Je crois, au-delà de toutes les polémiques politiciennes, on a vécu un moment fondateur. Le moment fondateur, c'était de voir la coalition des volontaires, 32 pays présents, avec une organisation européenne, c'est-à-dire la France et le Royaume-Uni. Et en ces 250 ans de l'anniversaire de la déclaration d'indépendance américaine, les Américains pas invités. En clair, on a vécu un moment où les nations européennes se réunissaient pour faire quelque chose pour leur défense. Ce que je veux dire par là, c'est que ça n'est pas un moment de défense européenne. La défense européenne, ça n'existe pas, c'est la défense des nations européennes, entre elles, par la coopération et l'interopérabilité.
C'est un moment fondateur et c'est une réussite, il faut le reconnaître, de la diplomatie française et de la diplomatie britannique qui l'ont fait ensemble pour faire face à la menace russe en Ukraine.
Alors parlons chiffres, le président a annoncé hier à l'hôtel de Brienne un budget des armées porté à 64 milliards d'euros dès 2027, un doublement en 10 ans. Est-ce que selon vous, c'est à la hauteur où il faut encore faire plus ?
On a déjà fait beaucoup, il faut faire beaucoup plus. Un seul chiffre, pendant la guerre froide, on dépensait en moyenne 3,5% de notre produit intérieur brut pour la défense. On était tombé à 1,5% en 2015, là on sera péniblement à 2,5%. Donc je me méfie de tous les discours triomphalistes, c'est bien, c'était nécessaire, ça ne suffira pas. Là, ce qu'on a réparé, c'est la cohérence. C'est-à-dire qu'avant ces lois, vous envoyez des bateaux en mer dans le golfe Persique, mais ils n'avaient pas tous leurs missiles. Donc s'ils étaient attaqués, les cales étaient vides. On manquait de munitions, on n'avait pas de drones, mais c'était avant la guerre des drones. Ces trous capacitaires sont comblés.
Mais on n'a pas modifié le format, et pour arriver à avoir le format nécessaire à nos armées, il faut arriver à ce que le Premier ministre lui-même appelait le poids de forme, c'est-à-dire 100 milliards. On sera à 64 milliards l'an prochain, ça veut dire qu'il faut arriver à 100 milliards annuels pendant 10 ans pour arriver à avoir une armée française qui tienne sa place en Europe et qui puisse faire face à la fois aux menaces. C'est la menace à l'Est, mais pas seulement. C'est la menace au Sud, c'est la menace sur la liberté de navigation dans les Détroits. On le voit avec l'Iran, mais il y a Hormuz, il y a Bab-el-Mandeb, il y a la sonde, il y a Malacca.
On a un effort sur 10 ou 15 ans à faire face à une menace à 360 degrés.
Alors ce défilé s'est organisé autour du thème du réveil stratégique de l'Europe, 35 pays de la coalition des volontaires présents. Alors vous avez commencé à y répondre, mais cette Europe de la défense, alors est-ce que c'est une réalité ? Est-ce que c'est un slogan ? Est-ce que justement vous ne la souhaitez pas du tout ? On a vu d'ailleurs avec le SCAF, effectivement, ce projet qui a été avorté, qui n'a pas fonctionné, ce que déplore d'ailleurs Emmanuel Macron.
Il faut distinguer entre l'opérationnel et l'industriel. Politiquement, les nations européennes doivent assurer elles-mêmes leur défense en coopérant, c'est une évidence. Aujourd'hui, il y a une structure qui existe, qui s'appelle l'OTAN. Cette structure-là, les Européens doivent l'investir de plus en plus, c'est le pilier européen de l'OTAN. Est-ce qu'après cela, il faut aller plus loin en créant une défense européenne ? Ça ne fonctionne pas. Les traités de l'Union européenne, ce sont les États. La Commission européenne n'a pas de compétences en la matière. Le seul domaine dans lequel elle doit jouer, c'est dans le soutien à l'industrie de défense européenne.
Aujourd'hui, nos partenaires européens commencent à se rendre compte qu'on ne peut pas se fier à l'allié américain. Ça résulte du président Trump, mais pas que. Ça résulte aussi du shift vers l'Asie lancé dès le président Obama. Aujourd'hui, nous, Européens, nous savons que nous pouvons être seuls. Et là, ce qu'on a vu avec cette coalition des volontaires, c'est bien des nations européennes, avec leurs propres armées.
Et on le voyait avec les uniformes chamarrés de toutes les armées européennes qui étaient là, qui se sont mis d'accord pour organiser un État majeur commun pour, dans l'hypothèse où il y aurait un cessez-le-feu en Ukraine, très hypothétique pour le moment, être en mesure d'envoyer là-bas une force de stabilisation. Mais en tout cas, ça a été fait, et c'est la France et le Royaume-Uni qui sont leaders là-dessus. Et je crois qu'on ne peut que s'en féliciter. Je crois vraiment que c'est un moment fondateur.
Alexandre Malafaille.
Oui, c'était aussi un moment d'excellence. Moi, j'ai été frappé, j'ai assisté au défilé ce matin. Je trouve que ce type de grand défilé militaire tel qu'on les organise, montre en tout cas que la France possède cette pointe d'excellence. C'est quelque part assez encourageant dans le contexte actuel. Moi, j'ai deux questions. Napoléon disait qu'en fait, notamment pour la guerre, que tout n'est qu'un art d'exécution, ce qui est assez vrai aussi dans l'omène de la politique. C'est souvent ce qui pêche un peu l'exécution. Alors, en fait, j'ai bien entendu ce que vous disiez sur le fait que l'objectif, si c'était à terme d'avoir 100 milliards, ce serait très bien pour un format d'armée.
Mais la question du modèle d'armée est clairement posée. Est-ce qu'on doit continuer sur cette trajectoire avec les armées telles qu'elles sont aujourd'hui ? Ou est-ce qu'il ne faut pas repenser le modèle ? Parce que finalement, les menaces de demain, on les connaît, mais on ne les connaît pas toutes. Ça, c'est une première question. La deuxième question, elle est liée en fait à la soutenabilité. On parle de 64 milliards pour l'année prochaine. Il faut les trouver. 100 milliards, il faut les trouver. Donc là encore, c'est l'exécution. Comment on va faire pour aller aussi loin ?
Sur votre première question, il est évident que la priorité, c'est de préparer la guerre de demain et pas la guerre d'hier. Je crois vraiment qu'aujourd'hui, nos armées, moi je suis assez frappé quand je discute avec le commandement du combat futur, avec le commandement de l'anticipation, préparent vraiment à faire face aux nouvelles menaces. Il y a encore de grands chemins à faire. Je pense aux drones, mais pas seulement aux drones. Je pense au rôle de l'intelligence artificielle qui va jouer un rôle clé. Je pense vraiment que la fonction préparation de l'avenir, elle est bien prise en compte. Après le format, ça veut dire quoi ?
Ça veut dire être capable d'accomplir notre mission sur le flanc est de l'Europe, nation cadre au niveau corps d'armée. Ça veut dire être capable de protéger nos approches maritimes et de soutenir nos outre-mer. Et ça veut dire, parce que c'est le pilier sur lequel repose tout, garantir la dissuasion nucléaire. Si on veut tenir ces objectifs-là, on est effectivement dans le format. Moi, je me méfie du discours qu'on entend aujourd'hui disant qu'on a des armées échantillonnaires. C'est insuffisant, il faudra faire des choix et renoncer à telle ou telle capacité.
Aujourd'hui, si on est capable de prendre notre place, et bien sur le flanc est, je pense en Roumanie par exemple avec la mission Aigle, c'est parce qu'on n'avait jamais renoncé à des compétences comme le génie. Quand on était dans un format corps expéditionnaire et qu'on allait faire des opérations au Sahel, avoir des moyens de franchir des fleuves, ça ne paraissait pas utile. Certains avaient dit, on ferme dans les régiments du génie, ce qui permet de franchir les fleuves. Heureusement qu'on n'a pas arrêté, parce qu'aujourd'hui, dans la nouvelle situation géopolitique, on a gardé la compétence et c'est une question de moyens.
Donc, je crois que finalement, à moins de 100 milliards, on n'y arrive pas. Après, vous posez la bonne question, qui est celle de la soutenabilité. Vous savez, soit on croit à la menace, soit on n'y croit pas. S'il n'y a pas de menace, ou en tout cas de menace importante comme on le considère, on peut se dire qu'on peut continuer à faire partiellement semblant. Si vous êtes en présence d'un risque, je ne dirais pas existentiel, parce que l'existentiel, c'est la dissuasion qui le garantit, mais d'un risque vital, ça veut dire qu'il faudra faire des choix. faire des choix, ça veut dire toucher nécessairement à une partie de notre modèle social.
Ça veut dire aussi réfléchir à l'organisation de l'État. On voit que l'intelligence artificielle va arriver partout. Si c'est simplement pour avoir des assistants IA et utiliser ChatGPT ou Claude pour faire ses lettres, ça ne sert à rien. Si ça permet d'automatiser les tâches qui peuvent être automatisables, d'avoir simplement un regard humain sur les réponses qu'on fait et d'économiser des postes de fonctionnaires, je suis absolument convaincu qu'il y a d'énormes marges d'économie. Il y a aussi beaucoup d'agences inutiles qu'on peut supprimer.
Enfin, croyez-moi, si vous me demandez de trouver 8 milliards de plus pour les armées pendant 5 ans pour arriver à 100 milliards, faites-moi confiance, on les trouvera. Merci d'avoir regardé cette vidéo !
Jean-Louis Thiériot