Projet de loi fin de vie : la réaction de Mgr Rougé, évêque de Nanterre
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Questions et réponses
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Pour vous Mgr Rouget, c'est la douche froide.
- 1:43OuverteRéponse directe
Un terme tout à fait inapproprié, selon vous également ?
- 2:37OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on pense la fin de vie à l'aune de notre bonne santé ?
- 4:13OuverteRéponse directe
Quelle place l'accompagnement a-t-il ?
- 5:16OuverteRéponse directe
Est-ce que les arguments de l'Église catholique sont encore audibles dans le monde ?
- 6:32OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on a là un conflit entre une opinion générale et une opinion particulière des soignants ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« lorsqu'il a reçu pour la dernière fois les responsables des cultes, il y a peu près trois semaines, le président de la République avait annoncé plutôt un grand projet de loi soins palliatifs »
- 0:52Invité politiqueFait
« le président de la République avait annoncé plutôt un grand projet de loi soins palliatifs à l'intérieur duquel il disait vouloir introduire une mesure d'exception pour répondre à certaines situations inextricables »
- 1:12Invité politiqueFait
« Un grand projet en faveur de l'aide active à mourir avec quelques dispositions, sans doute assez insuffisantes, de soutien aux soins palliatifs »
- 1:54Invité politiqueFait
« j'ai trouvé très pertinent l'éditorial d'Anne Ponce dans La Croix, accompagnant la publication de l'interview présidentielle, parlant d'un détournement de la valeur de fraternité »
- 2:08Invité politiqueFait
« La fraternité, c'est prendre soin de chacun, dans sa part de fragilité, dans sa souffrance »
- 2:21Invité politiqueFait
« on ne répond pas vraiment à la souffrance, d'abord par un geste létal »
- 3:12Invité politiqueFait
« notre position sur ce sujet n'est pas dogmatique, qu'elle n'est pas conservatrice, elle est au contraire progressiste »
- 3:22Invité politiqueFait
« le véritable progrès, c'est prendre en compte les personnes dans leur globalité et dans leur fragilité »
- 4:23Invité politiqueFait
« cette stratégie décennale, ça fait vraiment des mois et des mois qu'on l'annonce et qu'on l'attend »
- 5:36Invité politiqueFait
« Ça fait partie du message de l'Évangile d'être en contradiction avec l'esprit du monde »
- 6:32PrésentateurChiffre
« Près de trois quarts des Français sont pour une aide à mourir »
- 6:39PrésentateurChiffre
« les soignants des organisations professionnelles, représentant 800 000 soignants, ont fait part de leur opposition au suicide assisté et à l'euthanasie »
- 8:46Invité politiqueFait
« Pour vous, c'est de l'euthanasie ? »
- 9:01Invité politiqueFait
« ce qui est proposé comme aide active à mourir est de l'ordre, d'une manière ou d'une autre, de l'euthanasie et du suicide assisté »
Temps de parole
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Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. L'invité de la matinale, Pierre-Hugues Dubois. Votre invité ce matin, Pierre-Hugues, est Mgr Mathieu Rouget, l'évêque de Nanterre. Bonjour Mgr Rouget.
Bonjour et bonjour à tous les auditeurs de l'RCF.
Merci d'être avec nous en studio ce matin pour revenir sur cette loi fin de vie annoncée hier par Emmanuel Macron dans une interview à La Croix et Libération. Un texte qui prévoit une aide active à mourir sous condition. Pour vous Mgr Rouget, c'est la douche froide.
En tout cas, c'est un sujet de tristesse et de préoccupation parce que lorsqu'il a reçu pour la dernière fois les responsables des cultes, il y a peu près trois semaines, le président de la République avait annoncé plutôt un grand projet de loi soins palliatifs à l'intérieur duquel il disait vouloir introduire une mesure d'exception pour répondre à certaines situations inextricables. Et en fait, c'est plutôt l'inverse qui est présenté dans l'interview donnée à La Croix et à Libération. Un grand projet en faveur de l'aide active à mourir avec quelques dispositions, sans doute assez insuffisantes, de soutien aux soins palliatifs.
J'ai été frappé d'ailleurs de voir que le président de la Fédération protestante de France, Christian Krijer, qui était avec moi à l'Élysée il y a trois semaines, et quelques autres responsables des cultes et médecins et responsables d'organismes importants de notre pays, a fait ce même constat. Et donc cette inversion des priorités, évidemment, suscite l'interrogation et la tristesse.
Christian Krijer, qui était ce matin sur RCF à 7h15, qui dénonçait aussi ce qu'Emmanuel Macron appelle une loi de fraternité, un terme tout à fait inapproprié, selon lui, selon vous également ?
Oui, j'ai trouvé très pertinent l'éditorial d'Anne Ponce dans La Croix, accompagnant la publication de l'interview présidentielle, parlant d'un détournement de la valeur de fraternité. En quoi est-ce un détournement de la valeur de la fraternité ? La fraternité, c'est prendre soin de chacun, dans sa part de fragilité, dans sa souffrance, bien sûr, et il est évident qu'il ne s'agit pas de la minimiser, mais on ne répond pas vraiment à la souffrance, d'abord par un geste létal. Alors même si, pour l'instant, le projet de loi prévoit qu'il soit très strictement encadré, mais nous savons bien que ce genre de prévision est malheureusement très vite sujet à extension.
Christian Gréger, à 7h15, disait aussi sur RCF qu'on pense la fin de vie à l'aune de notre bonne santé. Il y a un problème de positionnement anthropologique. Est-ce qu'on pense la fin de vie à l'aune de notre bonne santé ?
C'est vrai que nous sommes beaucoup aujourd'hui dans une société de la réussite, de la réussite individuelle, et assumer notre part de fragilité, et l'assumer dans une attitude de solidarité, n'est pas facile. Et c'est cela dont nous sommes les dépositeurs comme chrétiens. Et il faut le faire comprendre constamment, notre position sur ce sujet n'est pas dogmatique, qu'elle n'est pas conservatrice, elle est au contraire progressiste. En quoi elle est progressiste ? Elle n'apparaît pas tellement comme progressiste ? Eh bien si, parce que le véritable progrès, c'est prendre en compte les personnes dans leur globalité et dans leur fragilité.
Et il y a quelque chose de très dur à vouloir en quelque sorte se débarrasser de la fragilité par des gestes laitaux. Et donc, ce que nous avons à faire entendre, c'est que le véritable progrès humain, s'est progresser dans l'ordre de la solidarité, de la prise en compte de la fragilité, ce que font déjà beaucoup d'hommes et de femmes, notamment chrétiens, engagés comme soignants, comme médecins, comme bénévoles dans les soins palliatifs, mais que nous avons collectivement à faire toujours davantage.
Et d'ailleurs, pour nous chrétiens, il ne s'agit pas simplement de réagir à des dispositions juridiques qui nous sembleraient inajustées, mais il s'agit aussi de nous entraîner tous à être plus solidaires avec les personnes en fin de vie, les personnes gravement handicapées, les personnes en grande fragilité.
L'Église accompagne effectivement. Les catholiques sont assez investis dans les services de soins palliatifs. Je pense notamment à la maison Jeanne Garnier à Paris. Il y a aussi la maison Nicodème à Nantes, par exemple. Quelle place l'accompagnement a-t-elle ? Emmanuel Macron annonce tout de même cette stratégie décennale pour les soins palliatifs. Ça fait partie de ces annonces hier sur les soins palliatifs. Il prend en compte les soins palliatifs ?
Alors, cette stratégie décennale, ça fait vraiment des mois et des mois qu'on l'annonce et qu'on l'attend. Et donc, ce que nous pensons, ce que j'ai l'occasion de dire au président de la République, c'est qu'il faudrait commencer par mettre en œuvre cette stratégie décennale et ensuite regarder ce qui, dans un contexte de prise en charge palliative plus large et plus satisfaisante, résisterait à cette prise en charge palliative. Mais commencer par légiférer sur l'aide active à mourir avant de mettre en œuvre cette stratégie, eh bien, ce n'est pas prendre les choses du bon côté.
L'Église catholique est très engagée sur les sujets de vie, de mort, de son commencement jusqu'à sa fin naturelle. Et pour autant, en août 2021, ouverture de la PMA aux femmes célibataires et aux couples de femmes. Mars 2022, allongement du délai légal pour recourir à une IVG. La semaine dernière, inscription dans la constitution de la liberté garantie pour les femmes de mettre fin à leur grossesse. Je vous posais la question très franchement, Mgr Rouget. Est-ce que les arguments de l'Église catholique sont encore audibles dans le monde ?
Ça fait partie du message de l'Évangile d'être en contradiction avec l'esprit du monde. Le pape François, qui est si vigoureux sur les questions de défense de la vie, dénonce souvent la mondanité qui menace les chrétiens comme l'humanité en général. Donc nous avons à être inlassablement les témoins du respect de la vie, de la vie fragile en particulier. Aussi bien la vie naissante que la vie finissante, que la vie précarisée, sous toutes sortes de formes. Et ce positionnement n'est pas facile, n'est pas confortable. Il est exigeant parce qu'il faut être aussi crédible par nos actes, par rapport à la parole que nous prononçons. Mais c'est notre mission et elle est belle.
Il peut y avoir un doute, un épuisement de ceux qui se mobilisent pour défendre ses convictions. Il peut y avoir des moments de découragement. Mais les moments de découragement sont faits pour être dépassés, à la fois par l'enracinement dans la prière et puis aussi par la fraternité entre tous les chrétiens engagés.
C'est aussi un conflit entre l'opinion publique. Près de trois quarts des Français sont pour une aide à mourir. Et puis il y a les soignants des organisations professionnelles, représentant 800 000 soignants, ont fait part de leur opposition au suicide assisté et à l'euthanasie. Est-ce qu'on a là un conflit entre une opinion générale, plutôt positive vis-à-vis de cette aide à mourir, et une opinion particulière des soignants, des experts ?
De fait, un grand nombre de soignants, dans un collectif, ont exprimé même leur colère et leur consternation. Ces soignants ne sont pas des experts au sens, disons, déconnectés du terme. Ce sont des hommes et des femmes de terrain, médecins en soins palliatifs, médecins en général, mais aussi infirmiers, infirmières. Et donc ce sont vraiment des hommes et des femmes de terrain. Après, je pense qu'il est abusif de dire que l'opinion est en faveur de ceci ou de cela. Il y a des enquêtes d'opinion. Nous savons bien qu'il faut regarder d'assez près la manière dont elles sont menées, les questions qui sont posées.
Et puis, une chose est la position un peu théorique, une autre, la manière dont on réagit quand on est confronté aux situations humaines dans leur réalité. Mais tout cela doit faire partie d'une conversation démocratique, où chacun à sa part, où les arguments peuvent s'échanger de manière respectueuse, parce que nous avons tous ensemble à chercher à servir mieux le bien commun, c'est-à-dire aussi servir la paix.
Nous sommes avec Mgr Mathieu Rouget, évêque de Nanterre. La sémantique a son importance. Emmanuel Macron le dit dès la première réponse dans cette interview donnée hier matin à La Croix et Libération. Je cite Emmanuel Macron. « Les mots ont l'importance et il faut essayer de bien nommer le réel sans créer d'ambiguïté. » Après, dit-il, cette loi, nous l'avons pensée comme une loi de fraternité. Il y a une confusion des termes, selon vous, Mgr Mathieu Rouget ?
Alors, en tout cas, dans l'interview présidentielle, il est dit qu'il ne s'agit pas d'aller vers l'euthanasie ni le suicide assisté, mais vers l'aide à mourir. Parce que Emmanuel Macron, c'est un mot plus humain. Voilà, mais l'important, c'est de ne pas dissimuler la réalité derrière les mots. Et pourtant, il y a eu des efforts, des commissions qui ont été constituées pour trouver des mots plus doux. Mais je pense que c'est important d'appeler les choses par leur nom. Pour vous, c'est de l'euthanasie ? Lorsque nous étions à l'Elysée, il y a quelques semaines, j'avais cité au président de la République le mot de Camus, « Malnover les choses contribue au malheur du monde ».
Et j'ajoutais, bien les nommer peut nous aider à contribuer au bonheur et à la paix du monde. Aujourd'hui, il me semble que ce qui est proposé comme aide active à mourir est de l'ordre, d'une manière ou d'une autre, de l'euthanasie et du suicide assisté. Et puis, l'aide à mourir, c'est aussi très ambigu. Les médecins de soins palliatifs l'ont dit hier. Tenir un patient qui est en fin de vie par la main, l'accompagner, à la fois en soulageant sa douleur, en accompagnant sa famille, en prenant soin de lui dans la globalité de sa personne, c'est aider à vivre de manière juste la mort. Et donc, il est important d'être plus précis dans les termes.
Et l'option que propose l'exécutif, c'est une aide active à mourir qui est de l'ordre de l'euthanasie et du suicide assisté. C'est donc l'option que l'exécutif veut prendre et qu'il doit assumer. Et c'est à partir de cela que nous avons à discuter, toute la société aujourd'hui, dans laquelle les religions ont leur place, de manière très respectueuse mais très libre. Et puis, ce sera aussi le cas dans le débat parlementaire.
Vous craignez aussi que ce soit les plus pauvres, qu'ils soient les premières victimes, entre guillemets, selon les termes employés notamment hier par Mgr de Moulin-Beaufort, de cette loi ?
En tout cas, la vraie question, c'est la manière dont, dans notre pays, où la performance est quand même exaltée, les personnes fragiles sont vraiment prises en compte. J'ai utilisé l'expression hier de la place de la personne non productive dans la start-up nation. Il s'agit d'accuser personne de quelque intention ou coupable que ce soit, mais de prendre en compte quand même que nous sommes dans une société d'ultra-performance individuelle et que par rapport à ça, nous avons collectivement à faire un effort pour donner toute leur place aux personnes fragiles et à la solidarité.
Comment cela peut avoir un lien avec ce sujet de l'aide à mourir ? C'est vrai qu'on ne fait pas intuitivement le lien entre cette société de la performance. C'est effectivement qu'on peut voir et ce sujet de l'aide à mourir.
Eh bien, vous savez, il y a des tas de personnes très fragiles. Je pense aux personnes élgées en particulier. Aujourd'hui, j'irai célébrer la messe dans un départ de mon diocèse. Diocèse non-terre. Diocèse non-terre. Eh bien, vous voyez, le risque... Et d'ailleurs, le président de la République le mentionne à la fin de son entretien et nous en avons parlé ensemble. Le risque est grand de... Si l'aide active à mourir est apportée de soins, si j'ose dire, alors que ce n'est pas un soin d'ailleurs, c'est un acte létal, eh bien, comment ne pas faire peser sur ceux qui sont fragiles une sorte d'injonction de ne pas être un poids pour la société ?
Et donc, comment est-ce que nous respectons pleinement la vie de personnes fragiles qui ne coûtent matériellement à la société et qui pourtant, humainement, lui apportent beaucoup ? Parce que ce qui nourrit notre humanité, ce n'est pas d'abord la performance, mais c'est l'humanité elle-même.
Ce projet de loi sur l'aide à mourir doit être transmis d'ici dix jours au Conseil d'État et ensuite être soumis au Conseil des ministres au mois d'avril. Quelles actions, désormais, Monseigneur Rouget, pour vous ?
Eh bien, nous sommes d'abord dans le premier temps où, après des mois et des mois d'échanges, de discussions, un esprit du projet de loi a été présenté. Maintenant, il est important qu'on ait le projet lui-même parce que, notamment pour la critériologie annoncée, il faut regarder de très près comment elle est rédigée. Je pense que, déjà, les premières réactions qui ont eu lieu depuis hier, peuvent permettre encore quelques ajustements puisque, je crois que le projet de loi n'a pas été encore transmis au Conseil d'État. Et puis, après, il y aura le temps du débat parlementaire. Et vous, vous prendrez la parole à ce moment-là ?
Alors, en tout cas, avec mes frères évêques, nous allons continuer à prendre la parole. Et puis, j'imagine qu'il y aura des auditions, comme c'est l'habitude, de la part des commissions spéciales qui seront sans doute constituées dans les deux assemblées. Vous demandez à être auditionnés, les évêques ? Alors, je pense que nous le demanderons, mais je pense que ça se fera de toute façon, à la fois par les commissions spéciales, peut-être aussi par les groupes parlementaires, comme ça a été le cas déjà dans bien des occasions de ce genre.
Et vous savez, moi, je garde en tête un moment qui a été, je trouve, exemplaire du point de vue du travail parlementaire, qui est la première mission sur la fin de vie. À l'époque, Jean Léonetti, qui reste très, très réservé sur le projet actuel, était le rapporteur de la mission. Et au point de départ, tout le monde pensait, c'était déjà il y a plus de 15 ans, qu'on irait vers une loi en faveur de l'euthanasie. Et le sérieux du travail parlementaire, l'audition de tous dans la variété des options, a conduit au rapport de Léonetti, qui est devenu la loi de Léonetti, qui a conduit à ne pas légiférer en faveur de l'euthanasie dans notre pays.
Je ne me fais pas d'illusion sur la difficulté du débat aujourd'hui, mais je pense qu'un débat démocratique sérieux, où chacun se fait entendre avec détermination et sérénité en même temps, peut porter du fruit.
Merci beaucoup, Mgr Mathieu Rouget. Il en sera peut-être question la semaine prochaine à Lourdes, lors de l'Assemblée plénière de la Conférence des évêques de France, où vous serez avec vos frères évêques. Et je rappelle que vous êtes l'évêque de Nanterre. Merci d'avoir été l'invité de la matière. Merci à vous.