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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 29 septembre 2021 7 minComplaisantActualité / polémiqueEnvironnement & énergie

Jean des Garets : "Entre 2001 et 2017, le Mont-Blanc a perdu en moyenne 11 centimètres par an"

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 85 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:32OuverteRéponse partielle

    Est-ce qu'on peut quand même avoir une tendance, ça fait 20 ans qu'on le mesure, il se tasse ou il grandit le Mont-Blanc ?

  • 1:17OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on mesure exactement c'est quoi ? C'est la roche plus la glace, la neige, tout ?

  • 1:38OuverteRéponse directe

    Et ça varie beaucoup d'une année sur l'autre parce que vous faites ce genre de mesure tous les deux ans ?

  • 2:01OuverteRéponse directe

    Et ça varie aussi entre, parce que vous faites aussi les mesures au printemps et à l'automne, et là aussi vous avez des différences entre les deux ?

  • 2:37FerméeÉludée

    Bon, je retente une dernière fois, vous ne voulez pas nous donner le chiffre, non.

  • 2:43OuverteRéponse directe

    Bon, alors expliquez-moi par contre, comment vous faites pour mesurer la hauteur du Mont-Blanc ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:38Locuteur non identifiéChiffre
    « Alors sans vous donner les derniers résultats de 2019 et de 2021, de 2001 à 2017 il a perdu en moyenne 11 cm par an. »
  • 1:53Locuteur non identifiéChiffre
    « On a des gros écarts, le plus grand qu'on a mesuré c'était 4810,90 en 2007. »
  • 1:57Locuteur non identifiéChiffre
    « Et le plus bas c'était 4880,45 en 2003. »
  • 2:12Locuteur non identifiéChiffre
    « En 2019 par exemple, ça n'a rechargé que de 80 centimètres. »
  • 3:54Locuteur non identifiéChiffre
    « on a une précision de l'ordre de plus ou moins 10 centimètres. »

Temps de parole

  • Locuteur non identifié68 %
  • Présentateur31 %

19,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Il est 6h20, même les montagnes grandissent ou raptissent. Prenez le Mont-Blanc, pendant longtemps on a pensé qu'il faisait 4807 mètres, une valeur qui semblait immuable et pourtant sa taille varie. Bonjour Jean Desgarais.

0:13
Locuteur non identifié

Bonjour Mathilde Minot.

0:14
Présentateur

Vous êtes géomètre expert en Haute-Savoie, vous venez de diriger la dernière campagne de mesures, vous étiez au sommet il y a 15 jours et vous allez donner le résultat ce matin lors d'une conférence de presse. Si bien sûr vous avez une envie irrépressible de nous le donner maintenant, allez-y, ne vous gênez pas.

0:30
Locuteur non identifié

C'est ça, comme ça je me ferais bien taper.

0:32
Présentateur

Est-ce qu'on peut quand même avoir une tendance, ça fait 20 ans qu'on le mesure, il se tasse ou il grandit le Mont-Blanc ?

0:38
Locuteur non identifié

Alors sans vous donner les derniers résultats de 2019 et de 2021, de 2001 à 2017 il a perdu en moyenne 11 cm par an. Donc du coup il a une petite tendance à diminuer, maintenant nous notre métier c'est de mesurer, pas d'interpréter. Et donc dire qu'il diminue c'est un petit peu prématuré quand même, dans ses cours. Donc à l'échelle de temps des observations météo, donc c'est insuffisant pour conclure. Pour l'instant on constitue une base de données fiable et précise qui servira éventuellement pour les années futures. Si dans un petit siècle il n'y a plus rien, plus de glace au sommet, on sera bien content d'avoir ces données. Et pour l'instant c'est un peu prématuré de s'en servir.

1:17
Présentateur

Est-ce qu'on mesure exactement c'est quoi ? C'est la roche plus la glace, la neige, tout ?

1:22
Locuteur non identifié

Alors nous on mesure directement sur la glace, on enlève la dernière couche de neige fraîche, on mesure le sommet, le point sommital de la glace. Et puis ensuite on mesure aussi toute la calotte glaciaire au-dessus de 4800 mètres pour déterminer le volume cumulé de glace et de neige au sommet.

1:38
Présentateur

Et ça varie beaucoup d'une année sur l'autre parce que vous faites ce genre de mesure tous les deux ans. Est-ce qu'il peut y avoir de grands écarts où c'est quelques millimètres ou quelques centimètres chaque année ?

1:49
Locuteur non identifié

Non, on parle en mètres.

1:50
Présentateur

En mètres quand même.

1:51
Locuteur non identifié

On a des gros écarts. Oui, on a des gros écarts. On a des gros écarts, le plus grand qu'on a mesuré c'était 4810,90 en 2007.

1:57
Présentateur

Oui.

1:57
Locuteur non identifié

Et le plus bas c'était 4880,45 en 2003.

2:01
Présentateur

Et ça varie aussi entre, parce que vous faites aussi les mesures au printemps et à l'automne, et là aussi vous avez des différences entre les deux ?

2:09
Locuteur non identifié

Et ça recharge un petit peu l'été. Ça recharge en gros 1,50 m l'été. Enfin, pas toujours, mais en 2019 par exemple, ça n'a rechargé que de 80 centimètres. Oui. Mais notre idée, c'est une hypothèse, encore une fois ce n'est pas notre métier, mais une hypothèse c'est que l'hiver il fait tellement froid, il y a tellement de vent que la neige a du mal à s'accumuler. Et du coup elle s'accumule plus l'été, après elle se transforme en glace et le glacier s'écoule. Donc du coup ça a tendance à diminuer l'hiver et à augmenter l'été.

2:37
Présentateur

Bon, je retente une dernière fois, vous ne voulez pas nous donner le chiffre, non.

2:40
Locuteur non identifié

Non, je ne ferai pas ça.

2:43
Présentateur

Bon, alors expliquez-moi par contre, comment vous faites pour mesurer la hauteur du Mont-Blanc ?

2:48
Locuteur non identifié

Alors c'est des mesures satellitaires, c'est-à-dire qu'on a un récepteur GNSS, pour notre Global Navigation Satellite System, qui est le vrai nom de celui vulgarisé que vous entendez habituellement GPS. On est avec un récepteur au sommet, on capte les signaux satellites, on détermine la distance entre le satellite et l'antenne, et avec deux satellites vous avez deux sphères, donc ça vous donne une intersection de sphères qui est un cercle, avec trois sphères vous avez l'intersection, ça fait un point, et il vous faut au moins un quatrième pour déterminer la composante de temps. Quatre dimensions, trois dimensions tridimensionnelles XYZ, classique connue, et puis la dimension temps, voilà.

Alors au sommet on n'a pas de mal à avoir quatre satellites, on en a plutôt entre 20 et 30 facilement, puisqu'on a un ciel bien dégagé. On a les satellites américains, GPS, européens, Galileo, Russe, GLONASS, et Baïdou, les satellites chinois.

3:34
Présentateur

Et vous avez quel niveau de précision avec tout votre système, avec tous ces satellites ?

3:39
Locuteur non identifié

Alors pour avoir les corrections sur les signaux qui traversent toutes les couches de l'atmosphère, on a un réseau de stations satellites permanentes au sol qui s'appelle TERIA, 240 stations sur le territoire national, et du coup comme on est loin quand même de ces stations, puisqu'on est à 4800 mètres alors qu'elles sont plutôt autour de 500 mètres, on se pensait qu'ils sont proches de nous, on a une précision de l'ordre de plus ou moins 10 centimètres.

3:58
Présentateur

C'est pas mal quand même !

3:59
Locuteur non identifié

Oui c'est pas mal, surtout vu ce qu'on mesure quand même. Parce que vu qu'on mesure l'accumulation, la transformation de neige en glace, etc., bon bah voilà, donc plus ou moins 10 centimètres c'est plutôt même super bien.

4:11
Présentateur

Mais pourquoi est-ce que vous êtes obligé de faire une expédition à chaque fois avec les nouvelles technologies ? Il n'y a pas moyen de le mesurer en temps réel ?

4:18
Locuteur non identifié

Alors je pense qu'on pourrait mettre en place des systèmes de drones et de mesure par lidar, mais d'abord on n'aurait pas la même précision, et puis ensuite nous on fait attention à notre empreinte environnementale. Les géomètres experts sont acteurs du cadre de vie, et du coup garantent un cadre de vie durable, et du coup voilà, l'empreinte environnementale elle est minime quand vous montez à pied. C'est aussi l'occasion d'une bonne aventure humaine. Là on célèbre 20 ans, on a écrit un livre que vous pouvez découvrir sur 4810.au, et voilà du coup l'idée de monter à pied à chaque fois c'est bien.

4:46
Présentateur

Et puis pour vous c'était une première fois, et puis je le rappelle vous êtes géologue, vous vous êtes pas alpiniste. Géomètre expert. Géomètre expert, pardon, vous êtes pas alpiniste, ça a dû être un moment intense pour vous, non ? Parce que ça reste une expédition de haute montagne.

4:58
Locuteur non identifié

C'est vrai, alors très intense, il y a eu une forte préparation physique, il y a eu de l'acclimatation, on est allé dormir en refuge plusieurs fois au-dessus de 3500 mètres, pour pas avoir le mal d'aiguille des montagnes, parce qu'on reste longtemps au sommet, plus de deux heures, trois heures pour certains, pour faire toute cette mesure, et rester à 4800 mètres pendant longtemps, c'est pas forcément une super idée quand on n'est pas habitué. La preuve d'ailleurs c'est qu'il y a un parmi nous qui était pas très bien, on l'a redescendu le plus vite possible du sommet au refus du goûter, et puis le soir on a fait une évacuation d'hélicoptère à 22h parce qu'il était vraiment mal.

Donc voilà, le sommet de l'Europe c'est pas une rigolade.

5:37
Présentateur

Et vous faites ça uniquement pour le Mont-Blanc ou pour tous les sommets principaux des Alpes et même dans les Pyrénées ?

5:43
Locuteur non identifié

Alors nous on est géomètres experts en Haute-Savoie, donc on mesure...

5:46
Présentateur

Mais est-ce que vous avez des collègues qui le font ailleurs ?

5:48
Locuteur non identifié

Oui, nous on appelle ça les petits du Mont-Blanc. On a des confrères qui ont mesuré la barre des écrins, on a des confrères dans le sud-ouest qui ont mesuré le pic du Midi-Dosso, je crois qu'ils l'ont même modélisé en totalité. Ailleurs dans le monde, je sais pas.

6:01
Présentateur

Et vos collègues qui l'ont fait donc juste à côté de chez vous, c'est la même tendance ? Les sommets ont tendance à baisser ?

6:08
Locuteur non identifié

Je crois pas. Non ? Non, mais je crois qu'ils étaient sur le caillou directement. Donc nous, le massif alpin, il a tendance à monter, donc forcément 2-3 mm par an. Est-ce que le rocher est érodé par la glace ? On ne sait pas. Mais après, pour ceux qui n'ont pas de neige éternelle, à moins que ça s'écroule comme les drues étaient tombées.

6:28
Présentateur

Une fois qu'on a la mesure, on l'a une bonne fois pour toutes, quoi.

6:31
Locuteur non identifié

Je pense, oui. Je pense qu'on peut dire ça.

6:32
Présentateur

Merci Jean Desgarés, géomètre expert, vice-président même de la Chambre des géomètres de Haute-Savoie. Vous étiez l'invité du 5-7. Merci.

6:40
Locuteur

Merci. Merci. Merci.