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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 25 septembre 2023 22 min

Planification écologique : "J'espère que cette fois sera la bonne" pour répondre à l'urgence, note Jean Jouzel

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et deux invités donc dans le grand entretien du 7-10 ce matin. Le premier est climatologue, ancien vice-président du GIEC. Le second eurodéputé Rignoux, président de la commission environnement, santé publique, sécurité alimentaire au Parlement européen. J'attends avec Léa vos questions et réactions au 01-45-24-7000 et sur l'application de France Inter. Jean Jouzel, Pascal Canfin, bonjour. Bonjour. Et merci d'être à ce micro au lendemain de l'interview télévisée d'Emmanuel Macron. Et alors que le président de la République doit annoncer aujourd'hui le grand plan de transition écologique.

Hier soir, Emmanuel Macron a fixé en quelque sorte les paramètres du sujet, la philosophie générale. Nous avons un chemin qui est celui de l'écologie à la française, une écologie de progrès qui n'est ni le déni ni la cure qui consiste à dire ça va être un massacre. Comment avez-vous reçu ces mots du président Jean Jouzel ? Sont-ils les bons ? Sont-ils à la hauteur du moment et de la crise climatique ?

1:10
Invité politique

Alors la crise climatique, bonjour à tous et à toutes. La crise climatique, je crois qu'il faut rappeler que ce dont on a parlé hier, c'est d'une urgence qui s'appuie sur un constat de notre communauté scientifique. On a deux fois trop d'émissions à horizon 2030 à l'échelle planétaire. Si on veut tout simplement que les jeunes d'aujourd'hui puissent s'adapter aux conditions climatiques qu'ils connaîtront dans la deuxième partie de ce siècle, limitée à moins de 2 degrés, 1 degré 5. Donc ça s'appuie quand même sur un constat de notre communauté. Comment j'ai perçu, disons, les annonces d'Emmanuel Macron ? Eh bien voilà, j'espère toujours à chaque fois que, eh bien cette fois ce sera la bonne.

Mais j'espère ne pas être déçu pour la troisième fois.

1:55
Présentateur

Pourquoi ? Vous avez été déçu deux fois déjà ?

1:57
Invité politique

Oui quand même, le grenet de l'environnement, j'étais en charge avec Nicolas Stern des aspects climat-énergie. Nous avions sous notre responsabilité bâtiment-urbanisme, mobilité-énergie. Donc c'était l'ensemble des facteurs qui contribuent aux émissions de gaz à effet de serre. C'était très bien parti, c'était vraiment assez formidable, cette dynamique du grenet de l'environnement. Et puis, Nicolas Sarkozy l'a abandonné en race campagne. On a parlé par exemple du frais de ferroviaire. Il y avait un espoir sur le frais de ferroviaire, il y en a moins maintenant qu'il y a 15 ans. Ensuite, la Convention citoyenne sur le climat. Moi j'y suis plongé en tant que membre du comité de gouvernance.

Donc voilà, je l'ai vécu de l'intérieur. Vraiment, c'était vraiment très pertinent, très ambitieux. Mais à la fin, seul 20% de ses recommandations ont été prises en compte.

2:50
Présentateur

Pascal Canfin, on attend donc les détails du grand plan de planification écologique ce soir d'Emmanuel Macron. Est-ce qu'il va décevoir une troisième fois Jean Jouzel ?

2:59
Pascal Canfin

Alors, d'abord le premier qui l'a déçu, c'est Nicolas Sarkozy. Ce n'est pas Emmanuel Macron. Oui, vous avez raison. Moi je me rappelle, je me laisse faire l'équation.

3:09
Présentateur

Le dernier en date était Emmanuel Macron. Absolument.

3:11
Pascal Canfin

Alors, la planification écologique, qu'est-ce que c'est d'abord ? C'est l'organisation collective de la transition pour aller vers une France, une Europe, zéro carbone, neutre en carbone. C'est l'équation qu'on s'est fixée, on se l'est fixée sur la base des analyses des climatologues et des scientifiques. Et ensuite on le décline secteur par secteur. La bonne nouvelle, la bonne nouvelle, c'est que maintenant on a toutes les technologies, tous les savoir-faire pour y arriver. On sait faire de la sobriété, on sait faire de l'efficacité, on sait faire de l'énergie décarbonée au nucléaire au renouvelable.

On sait faire des maisons à énergie positive, on sait faire de l'hydrogène bas carbone, etc. On sait marcher, on sait faire des vélos, etc. Tout ça, on sait le faire. Et donc l'enjeu, ce n'est pas des ruptures technologiques dans 10 ans ou 15 ans, c'est de planifier, d'organiser la transformation que ça représente à grande échelle, à la fois pour nos entreprises et pour les Français. Et on est aujourd'hui complètement dans cette bataille, à la fois en France et en Europe, puisque évidemment les leviers sont parfois nationaux, parfois européens.

4:14
Présentateur

Ça c'est pour le contexte. Maintenant, est-ce que sur ce qui va être annoncé ce soir, vous avez raison de le dire, c'est la première fois qu'on a une vraie planification écologique.

4:22
Pascal Canfin

On est les seuls en Europe à avoir une première ministre en charge de la planification écologique. L'exercice qui a été fait par le secrétariat général à la planification écologique, là aussi on est les seuls en Europe à l'avoir, est totalement inédit. Et le financement, parce que c'est le nerf de la guerre, les 7 milliards supplémentaires qui fait que maintenant on arrive à un seuil de 40 milliards par an pour la transition écologique.

4:42
Présentateur

Oui mais ce n'est pas suffisant, vous le savez.

4:44
Pascal Canfin

Vous avez lu le rapport Pizanima-Fousse, il faudrait 66 milliards par an.

4:49
Présentateur

On est à 40 milliards sur le budget.

4:50
Pascal Canfin

Je ne vais pas faire trop dans la technique, mais puisque vous l'avez lu aussi, j'imagine, très bien. Vous savez que le rapport de Jean-Pizanima-Ferry dit 66 milliards publics et privés. Publics et privés. Ce que je vous dis là, c'est uniquement le budget de l'État. D'accord ? Donc heureusement que pour nos impôts, que l'ensemble des investissements dans la transition écologique, ce n'est pas uniquement le budget de l'État. Donc au contraire, au contraire, avec ces 7 milliards de plus annoncés par Elisabeth Borne avant l'été, on est, enfin, et pour la première fois, et Jean a raison, pour la première fois, on est au bon niveau de financement.

5:26
Présentateur

Jean-Joselle, vous entendez, vous ne serez pas déçu ce soir. Si on n'écoute pas Pascal Canfin.

5:31
Invité politique

Oui, d'abord, j'ai salué la mise en place du secrétariat général à la planification écologique. Voilà, mais je suis très en phase avec les objectifs, mais il faut une planification des objectifs, mais il faut aussi une planification des moyens. Il n'y a pas de planification, enfin, disons, pluriannuelle de ces moyens de soutien. Ça, c'est d'abord un premier point. Le deuxième point, je comprends la présentation qui est faite par rapport au rapport Pizanima-Ferry.

C'est vrai qu'il y a public privé, mais surtout, moi, ce qui m'a un peu interrogé, c'est qu'il y a l'État, tel que je l'ai compris d'après une présentation du ministre Roland Lescure, compte beaucoup sur les collectivités, sur les régions. Les deux tiers de l'argent public vient à les collectivités. Et là, le problème qui se pose, par exemple, il va y avoir une charge assez lourde. Quand on parle d'adaptation, on n'en parle pas beaucoup, même si le plan d'adaptation va sortir, le troisième plan va sortir rapidement. Comment les régions, comment les collectivités vont-elles assumer cette part qu'on leur demande d'assumer dans le financement public ?

Et puis aussi, dans la lutte contre le réchauffement climatique, et cette part de l'adaptation qui peut être lourde dans certaines régions. Et ça, c'est la question que je me pose, surtout, le manque de visibilité.

6:40
Présentateur

De moyens pour les collectivités, de visibilité pour les collectivités locales.

6:43
Pascal Canfin

Pascal Canfin, je peux répondre là-dessus. D'abord, actons le fait que pour la première fois, le budget de l'État sera au niveau de ce qui est nécessaire pour tenir nos engagements climatiques. C'est inédit, c'est historique, et on est très peu en Europe à le faire. Et je pense que...

7:02
Présentateur

Jean-Guzel n'est pas d'accord avec vous.

7:03
Invité politique

Si, si, si, si, si, non, je me souviens simplement d'une chose, parce que je souhaite, je ne sais pas, je souhaite le dire subir. Les 7 milliards, c'est ce que réclame Monique et l'œil l'eau, qui n'a jamais eu. Ok. On est d'accord.

7:13
Pascal Canfin

Aucun problème. On va refaire l'histoire. Ça veut dire que, ça y est, c'est fait. Bon, actons-le, et soulignons cela. Parce que si on ne le souligne pas, on passe à côté d'un élément essentiel. 7 milliards, ce n'est pas rien. Deuxièmement, ce qu'on veut, c'est mobiliser d'abord les entreprises, les investissements des entreprises. Et c'est pour ça qu'on cherche, on change, pardon, excusez-moi, toutes les règles du jeu, par les voitures. Et le président en a reparlé hier, massivement, on accélère dans l'électrification et le zéro émission, ce qui n'avait jamais été fait avant. Autre exemple...

7:46
Présentateur

J'adore la bagnole. Oui. Ça vous a plu d'entendre ça, parce qu'enfin, il a fait un plaidoyer pour la voiture, pour la bagnole. Il a dit la bagnole.

7:53
Pascal Canfin

Pourquoi ? C'est pour ça que je le cite. Vous avez raison. Parce qu'aujourd'hui, on a le risque d'avoir deux Frances. La France qui trouve que ça ne va jamais assez vite, et c'est en gros la France qui écoute France Inter. Et puis la France qui...

8:07
Présentateur

Bon, ça, je vous mets à l'aise, il y a des gens qui adorent la bagnole et qui écoutent France Inter.

8:10
Pascal Canfin

Et même qui roule au diesel en bagnole et qui roule au diesel. Et la France qui trouve que ça va déjà un peu trop vite. Un peu trop vite sur le fait que, bah oui, demain matin, on n'a plus le droit de louer un appartement qui n'a pas été rénové et qui est en étiquette F&G. Je rappelle que c'était un engagement de la Convention citoyenne qu'on est les seuls en Europe à le faire. Et la France qui trouve que l'électromobilité, la voiture électrique, ce n'est pas trop pour eux, etc. Donc, nous, en tant que responsable politique, on doit piloter la transition écologique avec ces deux Frances. La France qui trouve que ça va trop vite, et la France qui trouve que ça ne va pas assez vite.

Et si on fracture, et je sais que l'extrême droite va chercher à appuyer, appuyer, appuyer sur cette fracture, si on fracture la société sur ce sujet, on a tout perdu.

8:59
Présentateur

Jean-Joselle, sur ce point ?

9:00
Invité politique

Oui, sur ce point de la voiture, deux recommandations des citoyens par rapport à la voiture. Donc, cette limitation à 110 kmh sur autoroute, qui a été, disons, mise de côté par le président Macron. Je reconnais que c'était à la sortie du mouvement des Gilets jaunes, mais j'aurais aimé qu'il soit rappelé de temps en temps que cette mesure serait saine. C'est-à-dire, pas une contrainte, mais simplement une incitation à limiter la vitesse.

Ensuite, le poids des véhicules, la proposition de surtaxation des citoyens, c'était au-delà d'une tonne 8, c'est au-delà d'une tonne 2, alors je pense qu'on va passer au-delà d'une tonne 6, mais il faut absolument, quand même, que nos concitoyens comprennent que plus la voiture est lourde, plus elle émet, plus elle utilise d'énergie, d'ailleurs, qu'elle soit, disons, thermique ou électrique. Donc, il y a quand même au cœur de la voiture, disons, parler de la voiture de la façon dont le président en a parlé, de façon, je dirais, magnifiée la voiture, ça pose quand même des questions par rapport à ce dont nous parlons aujourd'hui.

Comment va-t-on atteindre la neutralité carbone dans le transport ? C'est pas facile.

9:59
Présentateur

Le gouvernement refuse de parler d'une écologie de contraintes, mais préfère l'écologie du contrat. Il parle d'efforts justes et pas d'écologie punitive. Les mots sont très bien choisis. Mais peut-on encore, Jean Jouzel, changer les choses sans contraintes ?

10:16
Invité politique

Alors, sans contraintes, oui, j'aimerais, enfin, disons, on voit bien que ça va être difficile. C'est aussi ce que dit le rapport, disons, Fusani-Ferry-Mafou, c'est-à-dire que la transition elle-même va être difficile, ça demande des contraintes, c'est quand même écrit, ça demande des efforts, une organisation, ça demande effectivement de la sobriété, et la sobriété, on en parle, mais pas si facile à mettre en place. Une des questions, ce qui m'interroge actuellement, c'est qu'on a fait beaucoup. On a fait pas mal sur la mobilité, sur les transports en commun, sur l'isolation des bâtiments.

Et ce que dit Patrick Pouyanné, quand je le rencontre, c'est que les émissions sont en train d'augmenter en France. C'est-à-dire que, même si on fait beaucoup, même si on a fait beaucoup, eh bien, les émissions continuent, notre utilisation des fossiles l'an dernier a continué à augmenter. Et ça, c'est quand même une question, c'est-à-dire, il ne faut pas simplement faire des choses, il faut aussi regarder le mode de fonctionnement de nos sociétés, se poser des questions sur ce que l'on fait. Et c'est peut-être ce qui a manqué, quand même, au discours d'Emmanuel Macron hier. Donc, c'est ce que je veux dire.

11:16
Présentateur

Mais ça, c'est la faute du gouvernement d'Emmanuel Macron, ou c'est la faute des Français, tout simplement, si les émissions augmentent ?

11:23
Invité politique

Non, bien sûr, mais... Alors, ça, oui, on est tous concernés, y compris moi-même, disons, bien sûr. Mais comment entraîne-t-on un pays vers cette neutralité carbone ? Ça ne va pas être si simple, il faut un récit. Comment les entraîne-t-on ? Comment fait-on adhérer ? Comment le président peut-il faire adhérer en disant, en début d'année, eh bien, disons, je ne sais pas qui pouvait prévoir que ce réchauffement climatique et des choses comme ça ? Alors que dans son livre Révolution, il dit, en le citant, qu'il croyait... Non, mais c'est tout ça, quand même. Il faut un récit, une adhésion. Comment fait-on adhésion ?

11:55
Présentateur

Vous entendez la critique sur le fond, Jean-Joselle ? C'est qu'il n'y a pas de cap, pas de vision, pas de récit, qui emporte une population. Et que le plaidoyer pour la bagnole hier n'est pas dans le bon sens.

12:04
Pascal Canfin

Léa Salamé, je ne sais pas dans lequel monde vous vivez, mais il y a des millions de Français qui ne peuvent pas se passer de leur voiture. Non, mais ça, on est tous d'accord. Mais alors, où est le problème ?

En quoi le fait de dire qu'aimer la voiture, comme par ailleurs on fait des RER métropolitains, comme par ailleurs on investit 100 milliards dans le train, comme par ailleurs on a un plan vélo qu'aucun gouvernement précédent n'avait fait à des niveaux de financement inégalés, en quoi le fait de dire que la voiture, c'est aussi un moyen de se déplacer, qui est noble, et il n'y a pas de mépris vis-à-vis des gens qui sont dépendants de leur voiture, et au contraire ce qu'on veut faire aujourd'hui c'est leur laisser la possibilité de passer au zéro émission et de ne plus être dépendants de la variation des prix du carburant décidés par l'Arabie Saoudite ou les Etats-Unis, c'est ça la souveraineté.

Et s'il y a un mot, je dirais, si on doit définir l'écologie du gouvernement avec deux mots clés, deux adjectifs clés, le premier c'est souveraineté, d'accord ? C'est une écologie souveraine. Si on ne produit pas chez nous les énergies renouvelables, le nucléaire, l'hydrogène décarboné, les voitures, les batteries, et si on ne produit pas chez nous, on sortira de l'histoire. Et ce seront les Américains et les Chinois qui le feront. Et quand je dis chez nous, c'est en France et en Europe. Et le deuxième mot, c'est accessible. Si on crée des contraintes mais que les solutions ne sont pas là, on perd la société. Et c'est ça le logiciel que l'on défend et qu'on met en place. Jean Jouzel, oui.

13:21
Invité politique

Oui, bien sûr qu'il faut... Là je suis complètement en phase avec Pascal Canfin. Il faut produire chez nous, il faut... Cette souveraineté, en particulier en termes d'énergie, est extrêmement importante, c'est clair. Donc là nous partageons, je crois. Mais rappeler que 110 km heure et puis des voitures légères, ce ne serait pas si mal, ce serait quand même été peut-être très utile.

13:44
Présentateur

On passe au standard, on nous attend Christian. Bonjour Christian, vous nous appelez d'Auvergne.

13:49
Auditeur

Oui, bonjour. Écoutez, moi j'aurais voulu simplement dire qu'il me semble que tout ne peut pas être décidé par l'État et surtout par un président qui cache dans son en même temps l'incapacité à choisir. Et donc je pense qu'il faudrait arrêter d'assécher les finances locales pour leur laisser des moyens d'initiative. Toutes les situations sont très différentes et je me dis que, par exemple, plus qu'on parle de bagnole, avoir des voitures effectivement dans une région rurale comme la mienne, c'est indispensable. Mais encore faut-il qu'il y ait les moyens peut-être d'aider à fournir son électricité par soi-même et que les régions puissent avoir les moyens d'aider les gens localement.

14:24
Présentateur

Donc laisser la main au terrain, c'est ça ce que vous dites ? Un petit peu plus, je pense. Un petit peu plus.

14:29
Auditeur

On va arrêter de vouloir tout gouverner.

14:30
Présentateur

Merci, gouverner par le sommet. Merci Christian. Pascal Canter.

14:34
Pascal Canfin

C'est pour ça que l'on va faire des COP territoriales, régionales, pour trouver les meilleurs leviers territoriaux parce que vous avez raison, les Hauts-de-France, ce n'est pas l'Auvergne. Donc il y a des solutions qui sont locales, qui doivent émerger du terrain. L'organisation collective, ça passe par la négociation. C'est pour ça qu'on territorialise et c'est pour ça que Christophe Béchut est en charge de la territorialisation de la planification écologique. Donc quand l'État ne fait pas, on lui reproche de ne pas le faire. Et quand l'État fait, on dit « Ah mais en fait, ce n'est pas l'État, c'est les collectivités locales ». Non, en fait, la réalité, c'est qu'il faut faire les deux.

Donc l'État a pris ses responsabilités. L'exercice de planification est absolument inédit, est assez exceptionnel, je dois dire, dans sa granularité, dans son détail. Maintenant, il est financé, je le rappelle, parce que plus personne ne nous pose la question des moyens. Si nous n'avions pas annoncé les 7 milliards de plus, vous seriez les premiers et vous auriez raison à nous dire « Oui, tout ça, c'est bien beau, mais où est l'argent ? » L'argent, il est là. Et c'est la première fois qu'il est là. Et Jean-Joselle a rappelé la nécessité de se projeter dans le temps, d'avoir une loi de programmation climat.

Moi, je pense que c'est nécessaire et j'espère que ça fait partie des annonces que le Président de la République pourra faire aujourd'hui. Jean-Joselle. Oui, je pense qu'il faudrait donner

15:45
Invité politique

des ressources supplémentaires aux régions, justement. J'avais émis l'idée d'une taxe carbone qui soit utilisée au niveau des régions pour des initiatives, des investissements extrêmement marqués en termes d'un bâtiment, urbanisme, mobilité. Je crois que ça motiverait un peu, effectivement, ça rendrait plus dynamique cette mise en œuvre si les régions étaient directement concernées aussi par un petit peu, disons, les ressources. Cette transition sera peut-être facilitée si elle était vraiment conduite au niveau régional, au niveau des grandes régions.

16:22
Présentateur

Didier nous appelle d'Angers et veut, je crois, un complément d'information. Bonjour Didier. Oui, bonjour. Écoutez, j'en mets une couche à propos de la vitesse sur l'autoroute à ramener à 110 km heure et sur les nationales à 80 km heure. Le résultat est simple, c'est 110, ça fait presque 20% de consommation en moins. Donc au niveau des émissions de CO2, au niveau du coût pour l'usager, la vitesse sur les routes départementales, c'est pareil. Ça permettrait peut-être de redonner à vraiment les personnes qui en ont besoin. Et pourquoi on ne l'a pas fait ? C'était la question que vous vouliez... Et pourquoi on ne l'a pas fait ?

Avoir le courage de le faire et de se mettre le monde à dos comme elle l'a dit Yael Goz dans sa chronique. Merci Didier. La dernière chose, juste une dernière chose, le remplacement de la voiture thermique par la voiture électrique n'est autre chose que le remplacement d'un excès par un autre excès. Le premier, on n'a jamais su évaluer ce qui nous est arrivé avec cet excès. Et le deuxième, c'est la même chose. Merci Didier pour cette intervention. Pascal Confin, pourquoi on n'a pas fait le 110 km heure ?

17:24
Pascal Canfin

Tout simplement parce que les responsables politiques pensent que c'est une mesure très impopulaire. Et moi, je propose de trancher la question simplement par un référendum de manière collective, c'est-à-dire pas une seule question, mais plusieurs questions le même jour. Ce qu'on appelle les référendums à questions multiples. Le président de la République tourne autour de cette idée depuis maintenant plusieurs années en disant comment je peux redonner la parole au peuple pour trancher ce type de questions sans transformer le référendum en plébiscite, en disant à la fin je ne vote plus pour les 110 ou pas les 110, je vote pour Macron ou contre Macron. Il faut poser plusieurs questions.

Comme ça, on peut être à la fois contre les 110 mais pour l'autre proposition du gouvernement, etc. Ça fait 3-4 questions. Je pense que c'est le moment sur l'écologie, d'ailleurs, comme sur d'autres sujets.

18:10
Invité politique

Pour moi, l'imposer aurait été difficile, je le comprends. L'encourager serait souhaitable. C'est très clair pour moi.

18:17
Présentateur

Une question sur la petite musique européenne qu'on entend ces derniers temps. Vous avez entendu Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne qui semble dire elle a défendu le Green Deal mais mezzo-voce. On a l'écologie honteuse un tout petit peu en ce moment en Europe et Emmanuel Macron qui a dit également il y a quelques semaines qu'il faut faire une pause dans les normes environnementales. Comment vous avez reçu ça, Jean Zouzel ?

18:39
Invité politique

De façon un peu négative. C'est-à-dire que moi, je pense que c'est une chance pour l'Europe, pour le dynamisme de l'Europe que de prendre le leadership de cette transition écologique parce qu'il faut bien comprendre que cette transition, elle se fera. La neutralité carbone, il faudra bien l'atteindre un jour parce que sans ça, c'est accepter implicitement que le réchauffement se poursuive indéfiniment. Donc, c'est quand même assez inacceptable. Et donc, je crois que ce sont les secteurs d'activité, voilà, et puis vraiment le continent, la force qui va, le premier qui gagnera économiquement.

Alors, c'est difficile dans le court terme, c'est vrai, mais à moyen et long terme, c'est vraiment une chance pour l'Europe et pour nos entreprises également, pour nos jeunes, pour... Voilà, c'est ça, le dynamisme de l'Europe que je souhaite mettre en avant.

19:22
Présentateur

Une question sur l'application. Frédéric, n'est-il pas paradoxal de voir que les dirigeants font l'inverse de ce qu'il faut faire pour la transition écologique, notamment pour l'essence ? Ils font tout pour qu'on n'en consomme plus. Emmanuel Macron a annoncé hier un chèque carburant de 100 euros pour les Français qui gagnent le moins mais doivent rouler pour travailler. L'essence également a pris le coûtant. C'est un arbitrage qui a été fait. Pascal Canfin, que répondez-vous à notre auditeur ? Justement,

19:48
Pascal Canfin

regardons la séquence. Quand on a continué la crise vraiment massive sur le prix des carburants avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie, tous les pays européens, sans exception, quelle que soit la couleur politique du gouvernement, ont adopté des mesures qui consistaient à créer un coussin budgétaire pour faire en sorte que les Français puissent supporter tout d'un coup le choc sur l'énergie, les carburants, l'électricité, le gaz, etc. On l'a fait comme les autres, plutôt même plus que les autres.

Mais on arrête exactement pour des raisons écologiques, c'est-à-dire que cette politique, elle ne peut avoir qu'un temps et il faut que les Français l'entendent, elle ne peut avoir qu'un temps à la fois pour des raisons écologiques et budgétaires. Et donc, ce qu'on fait, c'est ce qui a été rappelé par le président de la République hier, c'est quelque chose de très ciblé, ciblé sur les ménages qui ont les revenus les plus faibles et les dépenses de carburants contraintes les plus élevées, à savoir le temps domicile-travail le plus élevé. Voilà, ça, c'est la bonne façon de faire.

On n'arrose pas tout le monde, ce qui est insoutenable sur le plan climatique et financier, mais on aide et on accompagne les Français qui en ont vraiment besoin.

20:51
Présentateur

Dernière question à vous, Jean-Jouzel, vous avez marqué la rentrée économique il y a quelques semaines en étant au MEDEF, en intervenant dans un débat notamment avec Patrick Pouyanné, le patron de Total, et vous avez ensuite, vous vous êtes laissé aller à un lamento dans les échos en disant j'ai décrit les choses telles qu'elles sont face à un parterre de chef d'entreprise et j'ai reçu un accueil glacial et vous avez terminé en disant à la fin j'en ai marre. Vous en avez vraiment marre parce que si vous, vous en avez marre, c'est foutu quoi.

21:16
Invité politique

Non mais ce qui m'a marqué ce n'est pas tellement la réaction de Patrick Pouyanné qui est tout à fait dans son histoire forcément donc mais c'est effectivement le fait que ces chefs d'entreprise ou ces entrepreneurs qui étaient là ont applaudi de façon très claire cette idée qu'il fallait aller lentement et ça aller lentement c'est implicitement accepté qu'on ira vers 4 degrés en France et ça sera très difficile donc non à un moment c'est justement contre ça qu'il faut lutter c'est ce dynamisme nous sommes d'accord là-dessus

21:44
Présentateur

Mais vous n'avez pas marre rassurez-nous

21:45
Invité politique

Non je suis ici avec grand plaisir voilà et je vais continuer à essayer de se plaidoyer je crois qu'on est en phase avec quelqu'un comme Pascal Canfin depuis assez longtemps sur cette idée que la transition est extrêmement importante et j'espère ne pas être déçu cette fois tout simplement

21:59
Présentateur

Merci à tous les deux Pascal Canfin et Jean Jouzel d'avoir été au micro d'Inter ce matin et Jean Jouzel

22:05
Locuteur

et Jean Jouzel d'avoir été au micro d'Amérique