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Conférence de presseÉlysée (sur YouTube)· 17 juin 2022 48 minAutoproduitFond programmatiqueNumériqueÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergieSanté

À VivaTech, le Président Emmanuel Macron échange avec des entrepreneurs

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    Quelle feuille de route pour changer d'échelle dans la FrenchTech ?

  • 2:01OuverteRéponse directe

    Comment passer à 100 licornes d'ici 2030 ?

  • 5:01OuverteRéponse directe

    Comment former 400 000 à 500 000 développeurs d'ici la fin du mandat et améliorer la diversité ?

  • 9:01OuverteRéponse directe

    Comment l'État peut innover sur les business models en e-santé ?

  • 14:01OuverteRéponse directe

    Comment pousser les chercheurs publics vers l'écosystème deep tech ?

  • 19:01OuverteRéponse directe

    Comment lever les verrous réglementaires pour les start-up de l'énergie ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:01Emmanuel MacronChiffre
    « On a multiplié par 5 les levées, on a fait 12 milliards en 2021. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Bonjour Monsieur le Président, merci d'être là. Merci surtout d'être fidèle, comme tous les ans, à VivaTech, on est vraiment extrêmement touchés, et merci tout particulièrement cette année parce que vous revenez d'Ukraine, il y a la guerre sur le sol européen, vous êtes mobilisé en permanence pour essayer de ramener la paix et on sait très bien que, sans la paix, il est difficile de construire et d'imaginer l'avenir. La FrenchTech, vous pouvez le constater ici, vous l'avez constaté en arrivant, fait preuve d'un très grand dynamisme.

Nous avons près d'une trentaine de start-up qui sont valorisées plus d'un milliard de dollars. C'est ce qu'on appelle des licornes. La France a même dépassé son objectif en la matière.

On en connaît beaucoup, certaines font même partie de notre vie quotidienne : Doctolib, ManoMano, Back Market et je pourrais en citer beaucoup d'autres. Il y a eu un vrai changement d'atmosphère ces dernières années, et de mentalité peut-être. Peut-être pouvez-vous nous dire, en introduction, quelle feuille de route vous verriez pour changer d'échelle et passer à l'étape suivante ?

Bonjour, je suis aussi très heureux de vous retrouver aujourd'hui à nouveau. Merci de m'accueillir, et je veux vraiment féliciter l'ensemble des organisateurs et des partenaires. Madame la Ministre, qui est à mes côtés aussi, est très heureuse d'être là parce que, quand VivaTech a été lancée, ça fait maintenant cinq ans, six ans, 2016, ça va faire six ans, c'était un pari et il y avait des gens pour dire qu'on pouvait en douter, que les Français jouaient au coq, en quelque sorte, et qu'ils avaient une place à prendre dans la technologie mais que ce n'était pas une évidence.

Vous vous êtes imposés et ce salon est devenu vraiment un événement extraordinaire, un peu à l'image de la transformation de l'écosystème français. Donc pour moi, être là parmi vous aujourd'hui, c'est d'abord vous dire bravo parce que vous avez parcouru un sacré chemin. Nous avons tous ensemble, à l'échelle de la nation, parcouru un vrai chemin.

Quand on se retourne et qu'on regarde le moment où on a créé VivaTech, on levait beaucoup moins d'argent ; on avait beaucoup moins de start-up ; surtout, on les faisait grandir beaucoup plus difficilement en France et en Europe. On se retrouve donc, en cette fin de printemps 2022, avec un écosystème français mais qui est nativement européen et où les chiffres ont complètement été transformés. On a multiplié par 5 les levées, on a fait 12 milliards en 2021, par 5.

Je me souviens que j'avais fixé moi-même, au début du quinquennat, un objectif en disant 25 licornes en 2025, on est à 27. Je félicite EcoVadis, le dernier qui a rejoint le club, si je puis dire. On a aussi accru la taille des levées, avec des tickets beaucoup plus importants qui n'étaient pas accessibles pour la France il y a quelques années, grâce à des vraies transformations, j'y reviendrai, le fonds Tibi et beaucoup d'autres choses.

On a retrouvé des IPO sur notre marché avec des vrais succès, OVH, Believe avec lesquels on était l'année dernière, et quelques autres. Et vous en avez une, là, qui s'est introduite en Bourse il y a quelques jours. Donc c'est une vraie transformation de notre écosystème.

Vous l'avez très bien dit, Nicolas, on a aussi des start-up qui sont devenues des groupes un peu plus grands, qui ont transformé notre quotidien et nous aident à traverser les crises, qu'il s'agisse des grandes crises sanitaires, qu'il s'agisse de la transition écologique ou du reste. Pour moi, le défi, c'est en effet de continuer à rêver le plus grand possible, d'aller le plus loin et le plus fort possible, de ne pas s'arrêter là, et de se dire que l'écosystème technologique français que vous représentez doit continuer à attirer le monde, les investisseurs et les talents avec pour moi, si je devais simplifier, je ne serai pas complet parce que je ne veux pas être trop long, deux grands objectifs. Le premier est de continuer à nous aider à participer aux grands défis du siècle, c'est-à-dire apporter des réponses à la transformation numérique, à la transition écologique et à l'adaptation au climat, la période que nous sommes en train de vivre nous en montre l'importance, il y a une partie des solutions dans la tech et, évidemment, aux défis sanitaires et autres.

Avoir une vie meilleure, la tech y contribue. La deuxième chose, le deuxième grand objectif, c'est de se dire qu'on doit aussi acter qu'on est à un moment de convergence entre la tech et des technologies critiques : l'intelligence artificielle, le quantique, beaucoup de choses que Madame la Ministre connaît beaucoup mieux que moi, donc je ne m'aventurerai pas, sous son contrôle, à aller trop loin sur ce sujet. Là-dessus, on doit aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort parce qu'on a en quelque sorte des éléments critiques de nos stratégies futures qu'il faut pouvoir détenir.

La tech a aussi un rôle souverain. Bilan des courses, quel objectif je nous fixe ? D'essayer, dans les cinq ans qui viennent, de développer dix géants de la tech en Europe et de monter le nombre de nos licornes à au moins 100 à horizon 2030, ce qui est faisable, mais en se disant qu'on doit au moins en avoir un quart dans les technologies vertes et l'émergeant.

Pour ce faire, on va y revenir mais il y a plusieurs leviers. Il y a le financement, on doit aller plus vite et plus fort sur ce qu'on a déjà lancé, financement public et privé. France 2030 est le fer de lance de cette stratégie, avec plus de 50 milliards d'euros mobilisés, mais avec des acteurs maintenant qui sont installés dans la place, comme BPI dont je salue le travail et tous les partenaires, et continuer la mobilisation du financement privé.

Parce que, ce qu'on a réussi à faire avec Tibi, je le rappelle, qui était de mobiliser 6 milliards d'épargne institutionnelle, nous a permis, en le démultipliant, de mobiliser au total plus de 20 milliards de financements privés. On l'a ensuite mené au niveau européen avec Scale-up Europe et on est en train de bâtir avec l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie, un vrai tour de table européen. Donc il faut continuer sur le financement pour aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort.

Il faut continuer sur les talents pour former, on y reviendra sans doute, mais dès le plus jeune âge et surtout adapter notre formation, enseignement supérieur et formation tout au long de la vie, à cette transformation des compétences. Ça va être un enjeu formidable. Il faut attirer les talents du monde entier, mais il faut en former beaucoup plus chez nous.

Il y a, là aussi, cet enjeu dans France 2030, mais ça va au-delà. On a entre 800 000 et 1 million de formations supplémentaires sur ces métiers nouveaux à faire dans le quinquennat. Troisième sujet, c'est d'investir encore plus massivement et de redévelopper des synergies entre sciences dures et tech.

Parce que, si on veut réussir ce pari des technos critiques, il faut acter que public et privé doivent financer encore plus massivement des technologies de rupture sur certains axes. J'ai évoqué l'intelligence artificielle, le quantique, on a le nucléaire, on a une partie des sciences du vivant, je ne serai pas exhaustif. Le dernier point, c'est de continuer notre travail sur la simplification de l'environnement réglementaire parce que c'est une course dans laquelle il faut lever du capital, attirer les talents, mobiliser de la science aux bons endroits, mais c'est une course de vitesse à l'égard de tous vos partenaires dans le monde.

À chaque fois qu'on vous fait gagner un jour, on vous permet de réussir plus vite. À chaque fois qu'on vous fait perdre du temps avec un différentiel parce qu'on est plus lents que les voisins, on réduit des chances et, au contraire, on donne plus d'opportunités à un concurrent dans le reste du monde. Voilà à la fois l'horizon pour moi, les objectifs un peu chiffrés et les moyens qu'on peut se donner sur les années à venir, pour donner un premier tour d'horizon.

Justement, vous avez évoqué la question de la formation. Vous avez, à côté de vous, Chloé Hermary, qui a créé Ada Tech School, et qui est justement spécialisée dans la formation pour tous les sujets que vous venez d'évoquer. Ada Tech School est présente à Paris et bientôt également en province, à Nantes.

Chloé. Bonjour, Monsieur le Président. Enchantée.

Effectivement, je suis Chloé Hermary, la fondatrice d'Ada Tech School. C'est une société que j'ai créée à la sortie de mes études, il y a un peu moins de trois ans, et qui est une école d'informatique alternative, fruit de plusieurs années de recherche en innovation pédagogique, dont la mission est de favoriser une plus grande diversité dans la tech. On a ouvert une première école en 2019 à Paris.

On a formé aujourd'hui un peu plus de 150 personnes, dont 70 % de femmes. On a des personnes issues de milieux très divers, allant d'un ancien démineur de l'armée de terre à un ancien moine de monastère, des élèves des Beaux-Arts, etc, donc avec des personnes vraiment très diverses. Après un nouveau tour de table, comme le disait Nicolas, après Paris on est en train de se déployer dans les territoires, à commencer par Nantes.

J'ai une conviction, et je voudrais vous la partager parce que c'est celle qui va aussi orienter ma question, c'est que je pense qu'il faut réinventer aujourd'hui l'éducation pour favoriser la naissance d'une société qui soit plus durable et plus inclusive. Je pense que le numérique est à la fois un accélérateur, un outil et une porte pour favoriser ça. Comme vous le mentionnez, on a eu énormément de succès d'un point de vue dynamisme et création d'emplois.

La contrepartie c'est que, comme vous le disiez, on a besoin de talents et, ce que j'ai vu aussi apparaître lors de votre dernier mandat, c'est beaucoup de discours autour aussi des enjeux de représentativité et de diversité qui sont vraiment très faiblement représentés dans la tech. Je trouve qu'il ne faut pas penser qu'on a un problème de pénurie et un problème de diversité. Selon moi, on a un problème de pénurie parce qu'on a un problème de diversité et, du coup, attaquer ces deux problèmes, c'est à la fois répondre à un enjeu de compétitivité, mais aussi un enjeu qui est démocratique, à une ère où aujourd'hui le numérique influence tous nos comportements.

Ma question donc, c'est que vous avez mentionné, dans une interview, le fait de former entre 400 et 500 000 développeurs d'ici la fin de votre mandat. Comment vous comptez adresser cet enjeu de volume ? Avec qui ?

Et, la deuxième partie de ma question, c'est sur la partie de l'enjeu démocratique, comment on va adresser ces sujets de représentativité, d'inclusivité et de diversité dans ce vivier de nouveaux talents ? Merci beaucoup. Je partage tout ce que vous avez dit.

Je vais commencer par la deuxième. Je pense qu'on peut commencer à le régler, en tout cas y contribuer fortement, d'abord en enseignant le code et les usages numériques plus tôt. C'est pour ça aussi que, ce que nous allons mettre en place, c'est un enseignement dès le collège.

Pourquoi ? Parce qu'on voit que, chez les lycéens qui demandent les options, en particulier dans tout ce qui est tech et numérique, il y a 10 % de jeunes filles et donc il y a déjà un déterminisme qui est créé à la fois par la représentation, l'autocensure et la mécanique de notre système d'études. Si on ouvre et qu'on propose à tous les collégiens, très tôt, l'apprentissage du code des usages numériques, on conjure ce déterminisme, on lève aussi des mécanismes d'autocensure et autres.

Donc ça, c'est le premier point qu'on va mettre en place. C'est pour ça qu'il faut le rendre obligatoire, je pense à l'option math notamment. Exactement.

Ayant appris de l'expérience, il faut d'abord toujours faire tester la chose et donc permettre d'ouvrir l'option à tout le monde parce que, si c'est obligatoire, j'allais dire pour faire un clin d'œil, c'est comme avec les vaccins, quand on doit aller vite, il faut les rendre obligatoires parfois. Mais nous avons une psychologie collective, quand quelque chose est obligatoire, on dit forcément qu'on n'aime pas ça. Si on dit que c'est ouvert et que des gens le prennent, ça devient très attractif, et tout le monde progressivement en veut, si l'expérience est bonne.

Donc on va déjà l'ouvrir. Les gens vont voir que ça change leur vie. Je pense que, un, c'est bon pour permettre d'ouvrir à ces formations, à ces savoir-faire et compréhensions.

Ensuite, on va voir qu'on en a besoin pour aussi permettre de former nos adolescents au numérique, aux usages et à l'aspect plus « protection » de notre jeunesse par rapport à certains excès. Donc, un, on va l'ouvrir dès le collège. Deux, on va en effet multiplier les formations post-bac et, là, on va s'appuyer sur des acteurs privés comme vous, mais on va aussi avoir une palette d'options.

L'objectif c'est qu'avec nos universités, avec les écoles d'ingénieurs, avec les filières courtes comme les filières longues, avec des acteurs comme vous, Simplon, 42, des acteurs déjà installés, il y a une pluralité des choses, on se donne cet objectif. L'objectif que j'évoquais, on le voit, c'est une forme de prévision de besoins en compétences dans notre nation. On a besoin de former dans les cinq ans qui viennent 800 000 à 1 million de personnes sur des compétences critiques nouvelles.

La moitié sur le numérique, ce sont les chiffres que vous avez rappelés, l'autre moitié sur beaucoup des métiers qui sont liés au développement durable et autres, avec beaucoup de synergies sur nombre de ces formations. Pour ce faire, on va avoir une stratégie de multiplication de ces formations : formations courtes pour certains, formations longues pour d'autres. C'est un point absolument critique si on veut répondre à cette demande.

Si on fait cette stratégie pour le collège, qui très rapidement va devenir systématique ; si on ouvre les formations post-bac comme la vôtre, ce qu'on a commencé à faire et qu'on va généraliser ; si on installe aussi, au cœur des formations universitaires, des cycles qui intègrent encore davantage le numérique et qu'on le valorise ; si on développe des filières courtes et territorialisées, et j'insiste sur ce point parce que, si on veut former plus de jeunes, on a besoin aussi d'avoir plus de formations universitaires dans des villes moyennes, c'est-à-dire qui sont aussi accessibles aux classes moyennes, ce qui est un des vrais sujets pour des jeunes qui viennent de milieux plus modestes : accéder aux études supérieures quand c'est dans la grande ville qui est de plus en plus chère et où c'est cher de se loger, c'est compliqué, donc il faut, là aussi, innover en termes de déploiement de nos formations sur le territoire, des acteurs comme vous sont clés et sont des partenaires des universités, on arrivera à faire ça. Ensuite, il y a faire ces formations aussi dans les reconversions de carrière. Donc on a un énorme enjeu de formation professionnelle et de reformation, qu'on va mener là aussi avec universités et acteurs privés et innovants.

Puis le dernier point, si on veut réussir la bataille des talents, il faut continuer à les garder et donc avoir une stratégie pour récompenser ces talents avec la bonne fiscalité, je fais quand même ce point parce que tout se tient, et donc conserver ce qu'on a fait sur les BSPCE, sur une politique pour intéresser les talents et les garder dans notre pays, et continuer à améliorer nos outils tels que les visas développés avec la French Tech et tous les instruments qui nous ont permis de faciliter l'attraction de la France pour des talents venant du monde entier. L'Inde est à l'honneur cette année. On a eu plein de talents indiens qui sont venus grâce à ces visas de la French Tech, et il faut qu'on continue à développer ces outils.

Former dès le plus jeune âge, réussir le « en même temps » de la diversité et du nombre, et je partage totalement les effets de synergie ; les fidéliser en étant compétitifs sur la rémunération, et continuer à les attirer du monde entier. Merci. Avec Franck Le Ouay, on va s'intéresser cette fois au secteur de la santé et, notamment, Lifen s'occupe de traitement de données de santé.

Je te laisse expliquer ce que tu fais et poser ta question au président. Merci. Oui, rapidement.

Lifen, ça fait sept ans qu'on existe. Aujourd'hui, on travaille avec 650 hôpitaux. On aide à créer une infrastructure de données et à faciliter le voyage de la donnée entre toute l'équipe de soins et essayer de faire en sorte qu'on puisse l'exploiter aussi pour la mettre à disposition de toute innovation de l'e-santé.

On travaille aussi, par exemple, sur un grand projet avec l'AP-HP pour concevoir l'hôpital numérique de demain. Ma question est la suivante. Comme vous le savez, le secteur de la santé est en souffrance depuis quelques années, mais souffrance qui s'accélère avec le manque de soignants etc.

C'est malheureusement quelque chose qui risque de s'empirer parce qu'avec le vieillissement de la population, la demande de soins va s'accroître de manière certaine dans les cinq à dix prochaines années. Face à ça, le numérique est un énorme espoir parce qu'on va pouvoir trouver plein d'innovations, plein de poches d'innovation, là où le simple fait d'utiliser des soignants arrive à ses limites. Finalement, on a pas mal de chance de ce côté-là parce que, si on regarde sur l'année dernière, il y a 950 millions qui ont été investis dans les start-up de la e-santé en France, c'est considérable, donc il y a toute une vague de start-up qui arrive.

Donc ma question est la suivante, il y a beaucoup d'innovations qui se heurtent au fait qu'il n'y ait pas de business model. Par exemple, si une start-up veut optimiser les parcours de soins, ce n'est pas facile de se faire payer pour ça. Si une start-up va essayer de désengorger les urgences, ce n'est pas facile parce que l'hôpital est payé par patient.

Si une start-up veut diagnostiquer des maladies rares avec la Big Data, il n'y a pas forcément de business model, donc ma question est la suivante : comment l'État, qui finance le secteur de la santé, peut travailler main dans la main avec les innovateurs d'où qu'ils viennent, pour innover aussi sur les business models et faire en sorte qu'on se fixe des objectifs communs et qu'on travaille avec une agilité qui est celle des start-up, pour arriver ensemble à innover et à sauver ce système de soins qui est en souffrance. D'abord, merci beaucoup parce que vous contribuez à l'effort collectif, et bravo pour ce qui a été fait ces dernières années. C'est vrai que des sociétés comme la vôtre, Alan, Doctolib, il y a une vitalité très forte.

On a un énorme défi sur notre système de santé, vous l'avez rappelé. Au fond, je pense typiquement qu'on a fait une erreur stratégique dans la formation des talents. Elle remonte à plusieurs décennies et elle s'est perpétuée jusqu'à récemment.

On a pensé que la santé était un secteur sur lequel on pouvait faire des gains en régulant par l'offre. Dans un pays qui vit de plus en plus âgé et où on ne meurt plus de plusieurs pathologies dont on mourrait avant, et qui a de plus en plus de gens âgés avec des maladies chroniques, ça ne marche pas. Le constat est là.

Donc nos compatriotes, et c'est une chance, vivent de plus en plus vieux. Ils ont des maladies chroniques et ce n'est pas parce qu'il y a moins de médecins qu'ils sont moins malades, au contraire. Donc on a un problème qui va durer, j'ai rouvert ce qu'on appelle le numerus clausus, encore dix ans parce qu'on met dix ans à former un médecin.

Et à ça s'est ajouté le fait qu'on a mis fin à la continuité des soins en 2003 dans notre pays et qu'on a dit, sur le secteur privé, vous n'avez plus de charges en quelque sorte le soir et le week-end. Je schématise mais c'est assez simple à comprendre, la mécanique dans laquelle on est. Après, il y a énormément de souffrance, énormément de difficultés, des soignants admirables, mais du coup il y a une pression qui s'exerce sur les points d'entrée de ce système, d'abord les urgences puis tout l'hôpital et les déserts médicaux, là où il manque des médecins.

Mais on a un problème qui va demeurer, c'est qu'on n'a pas assez d'offre de soins. Donc la clé de ce sujet, c'est de changer notre manière de penser parce qu'on ouvre les choses, on en forme de plus en plus. On peut former plus vite des paramédicaux mais les formations qu'on a ouvertes pour les soignants en 2018, pour le quinquennat qui s'ouvre, je n'en verrai pas la couleur.

Je peux dire qu'on va faire des réformes et améliorer les choses ; qu'on va attirer plus de médecins qu'on forme à l'étranger, ce qui se fait et que d'autres pays font. Ça va aider, ça ne va pas améliorer drastiquement. Donc la clé pour que nos soignants puissent mieux faire leur travail et pour que les patients puissent être mieux accompagnés, repose sur deux choses à mes yeux, qui relèvent d'un changement de méthode complet.

La première, c'est qu'il faut déverrouiller le système et lui donner plus de libertés localement, parce qu'au fond les problèmes sont sous contraintes locales et ils sont très hétérogènes. C'est la méthode qu'on va adopter en matière de santé comme en matière d'école. On va lancer dès l'automne, sur un cahier des charges très simple, 1 200 à 1 500 débats territoriaux pour bâtir une feuille de route qui donnera lieu ensuite à une contractualisation, qui est de dire qu'on n'essaie pas de régler tous les problèmes de la santé de la même manière dans tout le pays parce que c'est faux, les problèmes ne sont pas les mêmes, mais avec une logique qui est de bâtir des stratégies coopératives entre l'hôpital et la ville, entre les médicaux et les paramédicaux, pour dégager du temps de médecins et optimiser l'offre qu'on a qui est sous contrainte, et permettre de faire mieux le travail.

Ce faisant, parce qu'on redonne du sens aussi au travail des acteurs sur le terrain, quand on leur donne la possibilité de faire et choisir, de rendre le métier plus attractif et de réattirer des gens qui avaient lâché prise parce que, pour l'avoir vécu, on a accru la rémunération des soignants pendant cette crise. Malgré tout, des gens ont lâché et ont tourné le dos au secteur de la santé parce qu'il y a une forme de perte de sens quand le système est trop contraint. La deuxième chose qu'il faut faire, c'est l'innovation, et elle se bâtit elle aussi au niveau national et décentralisé, c'est-à-dire comment gagner de l'offre de soins en optimisant tout ce qui peut l'être par de l'innovation technologique de rupture, ce qui doit nous permettre, soit par de la data, soit par de l'amélioration de la gestion des flux de nos hôpitaux et de l'amélioration de la gestion du temps de nos professionnels de santé, de faire qu'un professionnel qu'on a formé pendant dix ans et qui a parfois x années d'expérience, on s'assure que son temps utile de travail soit mis devant un patient qui en a vraiment besoin et pas devant des tâches administratives qui ne sont pas de son niveau, pas devant des patients qui ont moins besoin de lui, pas devant des tâches répétitives qui prennent parfois beaucoup de son temps.

À côté de cette reconstruction et de cette réorganisation décentralisée, l'innovation technologique et ce que vous faites, et ce qu'avec vous plusieurs collègues que j'évoquais font, on doit la faciliter. C'est une révolution culturelle dans notre pays parce qu'il se trouve que nous avons une chance pour le sujet de la data et de la transformation numérique du système de santé, c'est notre jacobinisme. La France étant un système très centralisé, vous le savez mieux que moi, on a des réservoirs de données de santé très peu comparables à d'autres pays, la Caisse nationale d'assurance maladie, des grands acteurs.

On les protège très bien, et c'est aussi un levier. Cette donnée est très centralisée, elle est là et elle est très protégée. On a des règles de confiance avec des acteurs comme on sait les bâtir.

La Poste est là aussi, qui a bâti cette règle de confiance avec le citoyen français. C'est un élément très important. Ce qu'on ne sait pas bien faire, c'est que le système public n'a pas une culture de coopération avec le système privé en France, et c'est encore plus vrai dans le système de la santé.

Donc il faut bâtir des protocoles simples, beaucoup ont commencé à le faire, et créer cette culture d'écosystème. On a commencé à créer les infrastructures, le Health Data Hub et Paris Santé Campus. On a commencé à mettre ensemble ces acteurs, académiques, labos publics, acteurs privés et acteurs de la santé, maintenant il faut que, dans les 18 mois, on donne un énorme coup d'accélérateur parce que c'est ce qui va nous permettre d'optimiser les flux.

Ces termes ne sont pas très jolis, mais ça veut dire que les gens n'attendent plus des heures sur un brancard sans que personne ne s'occupe d'eux aux urgences ; que des soignants soient moins en souffrance quand ils accueillent trop de monde ; c'est de lutter contre les déserts médicaux. On peut le faire mais il faut lever des contraintes qui sont parfois des contraintes administratives, parfois aussi des contraintes corporatistes. Avant la crise Covid, je cite toujours ce chiffre, je poussais pour la téléconsultation.

Ce n'est pas la plus grande révolution technologique du mois. On peut la transformer, la téléconsultation, si on y met de l'intelligence artificielle et si on y injecte vraiment de la tech. Toutes les contraintes qu'on avait mises, c'est que les six mois qui précédaient la crise Covid, on avait fait je crois 10 000 téléconsultations, France entière.

Pendant le Covid, parce que le système était sous contrainte, dans les trois premières semaines, on a fait 1 million de téléconsultations, et on a sauvé des vies grâce à la téléconsultation. C'est un levier pour lutter contre les déserts médicaux, pour mieux soigner les patients en EHPAD ou autres. Vous voyez, il y a des tas de leviers qui sont à activer et à bouger pour vous faire réussir.

Voilà comment on va bouger sur la santé, mais on va avoir besoin de vous. Là, c'est moi qui en appelle à vous. C'est pour ça que je dis que c'est complètement partenarial, et je pense que les acteurs de la santé le savent maintenant.

Sur ce sujet, on a besoin de mener cette révolution. C'est la même qu'on va devoir mener dans le secteur de l'autonomie. On va devoir mettre des acteurs de confiance qui gèrent de la donnée, ça va aller chez les gens comme nos postiers, avec des acteurs de la santé et avec des acteurs de la révolution numérique.

C'est un levier formidable, parmi d'autres, pour résoudre la crise profonde dans laquelle nous vivons. Ce sont des révolutions culturelles qui prennent du temps, en effet. Avec Emmanuelle, on est toujours dans la santé mais cette fois dans la recherche, dans la recherche pure, puisque Emmanuelle travaille sur la recherche de nouveaux traitements, en se basant notamment sur l'intelligence artificielle.

Bonjour, Monsieur le Président. Emmanuelle Martiano. J'ai co-fondé en 2019 Aqemia, qui est issue de la recherche publique, issue de l'ENS et du CNRS.

C'est une plateforme de découverte de médicaments en accéléré, qui utilise de l'intelligence artificielle combinée à de la physique théorique issue de dizaines d'années de recherche académique. Aujourd'hui, on est une cinquantaine à Paris, on a des collaborations avec des grands laboratoires pharmaceutiques et on développe aussi nos propres médicaments. Ma question, je rebondirai sur le lien entre la recherche publique et privée, on a beaucoup parlé de formation de talents dans la tech mais, je prends ma casquette deep tech, il y a un enjeu sur les sciences dures aussi, que vous évoquiez tout à l'heure, et dans le développement d'Aqemia on s'est rendu compte, avec mon associé, notamment en allant aux États-Unis, que les modèles étaient assez différents.

C'est-à-dire que, quand on parle à des fondateurs d'entreprises, quand on parle à des investisseurs dans le domaine des biotechnologies, ils ont quasiment tous des PhD en biologie, en médecine ou en chimie. En France, c'est assez compliqué. Une bonne partie des start-up sont créées par des personnes issues de formations d'écoles d'ingénieurs ou de commerce.

Ma question, c'est comment on pousse les personnes qui font notre science aujourd'hui dans la recherche publique, pour plus contribuer à l'écosystème deep tech et faire les sociétés deep tech françaises de demain. Là aussi, c'est un sujet culturel qu'on touche. D'abord, je pense que l'écosystème tech a beaucoup bougé et qu'il est de plus en plus varié.

Ce que vous décrivez, dans la tech française en particulier, c'est aussi le reflet du biais de formation que nous avons de la plupart de nos cadres, si je puis exprimer ce terme qui n'est plus à la mode, dans le monde privé comme public. Le système français est plutôt un modèle où l'ingénieur et le cadre d'école de commerce avaient des rôles d'encadrement beaucoup plus que celui ou celle qui venait de l'université et, en plus de ça, celles et ceux qui sortaient des grandes écoles. C'est la France, c'est le modèle historique français.

Ce modèle est en train de changer. Je ne suis pas du tout manichéen, je pense qu'il faut garder ce qu'on a de fort, mais il faut essayer maintenant de regarder les limites et l'enrichir. Il se trouve qu'on est dans un monde de plus en plus complexe et qu'on s'aperçoit, sur beaucoup de questions, y compris des sujets critiques qui sont à gérer dans le secteur privé comme dans le secteur public, qu'on a besoin de gens qui ont des compétences qu'on forme mieux à l'université que dans des écoles d'ingénieurs ou des grandes écoles.

D'ailleurs, je note que de plus en plus de nos compatriotes qui vont dans les grandes écoles poursuivent et font des doctorats, parce que ça forme à quoi ? À la capacité à aller sur des sujets très complexes, à travailler à l'international sur des sujets très critiques, dans un univers très coopératif, et à savoir gérer de la grande complexité. C'est ça la compétence que ça donne, un doctorat.

Je réduis, après ça donne évidemment un savoir-faire dans un domaine, mais j'essaie d'être générique. On en a besoin, et d'ailleurs l'État en a besoin. C'est pour ça que moi-même j'ai voulu qu'on modifie la formation dans l'État et qu'on est passé de l'ENA à l'INSP, cet Institut national du service public qui a vocation aussi à être beaucoup plus en prise avec l'université et à pouvoir avoir des femmes et des hommes qui viennent de l'université pour aller vers des formations de cadres et, surtout, qui puissent en parallèle avoir des formations de recherche.

On a besoin de ces talents-là. Donc, pour répondre à votre question, nous on a besoin de continuer cette transition culturelle française. On a besoin de sortir d'un modèle qui était très binaire et il nous faut plus de doctorants et de docteurs dans des postes clés d'encadrement dans nos entreprises, start-up, ETI, grands groupes et dans l'administration.

C'est le travail que j'ai demandé à la direction qui est en charge de recruter les talents dans l'État, ce qu'on appelle la DIESE, et à l'ANRT, par exemple, qui nous aide beaucoup aussi du côté du secteur privé. C'est une vraie révolution qu'on a commencé à mener et qu'il faut continuer. Ensuite, il faut accroître cette culture de partenariat.

Je parle, là encore, sous le contrôle de Madame la Ministre qui a réussi ces dernières années une des plus belles symbioses et qui est un peu, en quelque sorte, la parfaite représentation de ce qu'on dit, qui est Saclay. Saclay, pendant des années, ne marchait pas comme site français, pourquoi ? Parce que vous aviez, en chien de faïence, des universités avec des vrais génies en math, en physique et dans des sciences très fondamentales, des écoles de commerce et Polytechnique.

On a trouvé une paix, si je puis dire, carolingienne il y a cinq ans sur le site, et les acteurs ont réussi à fusionner tout ça. Bilan des courses, on a maintenant, avec l'université Paris-Saclay un truc génial : on a de la science dure, on a parmi les meilleurs labos au monde en physique, en math, en quantique, etc. On a des start-up qui sont parmi les plus prometteuses du monde en quantique, en intelligence artificielle et j'en passe, et on y forme les meilleurs ingénieurs, à LIX et ailleurs.

C'est exactement ce qu'il faut faire. Comme ils sont sur le même site, dans une logique de campus qui n'était pas non plus une force française, vous avez des gens qui sont sur leurs paillasses et continuent à faire de la recherche, qui croisent à la cafétéria des gens qui vont devenir cadres dans une entreprise et qui vont aller dans un grand groupe industriel français, qui rejoindront JC Decaux dans quelques années, d'autres qui vont devenir cadres dans le public. C'est ça, c'est cette synergie humaine qui fait qu'ensuite les gens se financent, se connaissent et que ces réseaux informels nous rendent plus forts.

Ce que je veux dire par là, c'est que la réponse à votre question c'est la transformation culturelle qu'on est en train de mener, plus de docteurs partout et former plus de docteurs qui accéderont à des postes de responsabilité, et aller plus vite dans la transformation de nos universités pour nous permettre de développer cette logique de campus, où on a universités, organismes de recherche, écoles d'ingénieurs, grandes écoles, start-up et monde de l'entreprise qui travaillent ensemble et qui créent des convergences. On a parcouru beaucoup de chemin ces dernières années. On doit aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort et donc il faut que tous les acteurs qui sont là nous aident à faire ces transformations parce que là, encore une fois, elles sont bonnes pour tout le monde, et c'est une vraie révolution culturelle dans laquelle, et je finis là-dessus, il faut embarquer sciences dures et sciences humaines, parce que si on veut réussir ça, tout ce qu'on se dit, d'ailleurs, le montre, il ne faut pas considérer que ça ne concernerait que les sciences dures, comme on dit parfois.

Ça concerne aussi les sciences humaines, parce que dans tout ce qu'on se dit, il y a des sciences de l'éducation, il y a de la sociologie il y a de l'histoire, il y a de la philo, il y a de l'anthropologie. Et c'est dans le croisement de toutes ces sciences qu'on arrive aussi à faire les innovations les plus en rupture, en matière de santé, de nudge, de transformations profondes. Voilà !

Alors, avec Matthieu Guesné, on va changer un petit peu de sujet et aborder un sujet, alors là pour le coup vraiment brûlant. La Russie, en ce moment, réduit ses livraisons de gaz à l'Europe et Matthieu a peut-être un peu de la solution. Je suis Matthieu Guesné et effectivement je suis le fondateur de Lhyfe, mais je suis aussi le papa de ma petite Sidonie, qui a quatre ans, et de mon petit Félix.

Il y a aussi le mari de ma formidable femme, Agathe, et tous les jours, je me lève pour eux, parce que Lhyfe, c'est un producteur d'hydrogène. Et ce qu'on a fait dans l'ouest de la France, on a installé une usine, une première usine de taille industrielle, qui va chercher son énergie directement des éoliennes, et qui va chercher l'eau de l'eau de mer. Alors on dessale l'eau de mer, on fait l'électrolyse et on livre cet hydrogène, qui est donc vert, à nos clients, dans l'ouest de la France.

Et c'est une start-up qui a été la première à pouvoir connecter, en France, à des éoliennes, directement. Et c'est une start-up qui est une des rares sociétés à être capable de livrer de l'hydrogène vert aujourd'hui en France. Donc c'est vachement bien, c'est encourageant.

Et aujourd'hui, on imagine le faire en mer, avec des éoliennes offshore. On a signé un contrat il n'y a pas très longtemps, on l'a annoncé hier, avec les Chantiers de l'Atlantique, pour faire ces plateformes de production en mer. Vous voyez, on est innovants, on est en avance et l'énergie, c'est un domaine qui est extrêmement particulier.

Et quand on regarde ce qui s'est passé ces vingt dernières années, l'énergie, c'est quelque chose qui a été plutôt l'apanage de jeunes entreprises innovantes ou d'entreprises innovantes ou de petites entreprises. Pour l'éolien, pour le solaire, pour les batteries, pour le biogaz, ce sont des petites entreprises qui ont développé ça. Bien qu'en 2000, on ait eu des grands plans de soutien, ce sont des petites entreprises.

Et puis les grandes entreprises, nos géants de l'énergie français, ont ensuite crû, en rachetant ces entreprises. Alors tout le monde n'a pas forcément envie de se faire racheter. Et donc, quand vous dites que vous voulez avoir dix géants de la tech, dont un quart dans la green tech, ces géants, ils sont probablement dans la French Tech Green 20 et ils sont en train d'émerger.

C'est peut-être nous. Voilà. On doit être entre la 120ᵉ et 130ᵉ capitalisation boursière en France en ce moment.

Donc on grandit vite. Comment est-ce que vous pouvez permettre à des start-up dans l'énergie de se développer, de s'épanouir, en France, parce que c'est là où on se développe, et puis ensuite on va gagner des marchés à l'étranger ? Comment est-ce que vous pouvez permettre aux sociétés d'aller au-delà des verrous réglementaires, tout ça en cohabitation avec les grands groupes de l'énergie français ?

D'abord, bravo, et votre optimisme existentiel, si je puis dire, fait du bien à voir dans cette période, et je pense qu'il correspond à la réalité, qui plus est. C'est-à-dire que face à tous les défis qui sont les nôtres, vous avez une partie de la réponse dans l'innovation. Tout ne sera pas dans l'innovation.

Il est clair qu'on va devoir changer nos comportements, on le sait bien. Mais il ne faut pas être naïfs. Il faut aussi, collectivement, qu'on explique, qu'on arrive à se projeter vers des changements d'habitudes, de comportements, de la sobriété.

Il faut qu'on continue d'améliorer notre production et qu'on accompagne tout ça. Mais l'innovation est un des éléments de réponse. Premier point : on a commencé, au niveau européen, à vous donner un cadre.

C'est ce qu'on a appelé la taxonomie. Non, mais elle est très importante déjà, avec tout ce qui va s'en suivre et le programme européen Fit for 55, c'est qu'en fait, on arrête, déjà, de donner des mauvaises incitations au marché et on différencie ce qui est intensif en carbone et ce qui ne l'est pas, et donc il y a une gradation, si je puis dire. On a dit : on veut sortir progressivement, justement des énergies fossiles et carbone.

Et avec une gradation, le charbon étant le pire, après, il y a le gaz, et puis ensuite il y a le nucléaire, et puis après, il y a, justement, le renouvelable, avec toutes les technologies qui permettront peut-être de régler l'intermittence. L'hydrogène étant, je le dis, pour tout le monde, je le dis sous votre contrôle, parce que vous êtes un expert, moi, j'essaie de comprendre tout ça pour prendre les bonnes décisions, c'est plutôt un moyen de transporter l'énergie, de la véhiculer, voire peut-être de la conserver et de la convertir, mais ce n'est pas une création d'énergie en soi. Elle a d'ailleurs besoin d'électricité.

Je dis ça parce que quand beaucoup de gens disent qu'il faut aller vers le tout hydrogène, si l'hydrogène est produit avec de l'électrolyse qui repose sur une électricité qui, elle, dépend du carbone, c'est absurde. Vous, vous avez un très bon modèle puisque vous faites l'électrolyse avec de l'énergie ou éolienne, marémotrice, et donc bonne pioche. Donc 1, il faut un cadre incitatif et on l'a mis et il ne faut pas le lâcher.

Et je le dis parce qu'on va tous avoir beaucoup de pression dans cette période, parce qu'on voit bien que la crise, la guerre en Ukraine et les conséquences qu'elle a font que beaucoup d'énergie émise pour diversifier les approvisionnements de gaz, mais c'est autant d'énergie qui est mise à sortir moins vite, parfois, du gaz. Or le mieux à faire, on ne peut pas tout faire en un jour, mais c'est quand même de continuer à sortir des énergies fossiles. Je dis ça pour qu'on s'en rappelle tous.

Donc 1, vous avez le cadre réglementaire, on va le défendre, on le met en place. 2, on a besoin de continuer à attirer les financements chez vous, parce que c'est parfois capitalistique pour le faire, c'est parfois des technologies de rupture. C'est là ou les fonds Tibi, et justement la mobilisation de fonds plus importants est très importante.

Je le disais, on a utilisé 6 milliards de fonds d'investisseurs institutionnels, ce qui nous a permis de mobiliser au total 20 milliards ces dernières années. Beaucoup est parti dans le secteur de la santé, d'ailleurs ça nous a été très utile, qui est un secteur aussi très capitalistique, où le temps d'accès au marché est parfois long. Mais dans votre secteur, on en attire de plus en plus et on va continuer à le faire au niveau français et européen.

Donc on va bosser là-dessus. Et dernier point, pour vous permettre d'avoir un temps d'accès plus rapide, vous l'avez évoqué, c'est de lever les verrous réglementaires. Et parfois, les verrous réglementaires, ils intéressent certains acteurs plus gros que vous, qui ont envie que vous perdiez du temps et que vous inventiez la technologie, mais que vous n'accédiez pas au marché, pour parler pudiquement.

Et donc...

Exactement ! Mais quand on est face à des Américains, un an c'est énorme. Donc ce que je veux qu'on fasse, et on va le faire dès cet été, c'est une forme de loi d'urgence écologique.

Ça peut ne pas parler comme ça mais je vous explique la philosophie de ce que je veux que le gouvernement mette en place, on a largement commencé. C'est qu'au fond, tout, beaucoup de choses sont lentes, en tout cas à mes yeux, trop lentes dans notre pays. À chaque fois, il y a des bonnes raisons : des recours, des droits, des choses qu'on a protégées, mais ce qui fait qu'on met énormément de temps à faire beaucoup de projets, et dans tous les secteurs, ça nous pèse.

J'ai constaté, dans le quinquennat précédent, que le plus grand projet, d'ailleurs d'Europe, d'urbanisme, de création de logements qu'on avait fait, il était à la sortie de Paris, dans l'un des pires endroits pour le faire, des pires endroits pour le faire : la Seine-Saint-Denis, très urbanisée, très dense, avec beaucoup de contraintes. Pourquoi ? Parce qu'il y avait les Jeux olympiques.

Et donc on a pris une loi d'urgence. Cette loi d'urgence a dit : on supprime tous les délais, les recours, on y va, on doit tenir 2024, tous au front ! Bilan des courses : on a créé des logements dans des villes comme Saint-Ouen, Saint-Denis, qui en avaient besoin, qui en ont besoin, on a créé des infrastructures sportives qui, derrière, auront un avenir, un héritage, on a créé une piscine qu'attendaient ces territoires, on a créé des infrastructures, mais on a créé du logement, de la surface commerciale dans des territoires qui le méritent et qui en ont besoin.

Donc, il n'y a pas de fatalité. C'est la même chose qu'il faut faire pour développer les énergies renouvelables, les grands projets qu'on veut faire, dont l'économie a besoin. Ça va râler mais il faut le faire.

Et je regarde nos voisins, vous parliez de l'hydrogène, nos voisins allemands, qui ont une coalition où le ministre en charge de l'Économie est Vert, viennent de prendre la décision de mettre en place quatre terminaux gaziers pour importer du gaz qui n'est pas bon pour l'environnement, mais pour ne plus dépendre des gazoducs venant de Russie, ils vont réussir à faire d'ici la fin de l'année quatre terminaux gaziers. Honnêtement, c'est formidable, en termes de développement économique. Ce n'est pas ce qu'il y a de mieux pour le bilan carbone, mais ils se sont focalisés sur « sortir de la dépendance à la Russie ».

C'est cet exemple qu'il faut suivre mais il faut le faire pour l'écologie, parce que nous, on a cette chance. Donc on va prendre cette loi d'urgence pour développer beaucoup plus rapidement. Il se trouve qu'on peut faire beaucoup plus d'éolien en mer.

On est la deuxième puissance maritime au monde. Et aujourd'hui on a sous-investi et ça va beaucoup trop lentement. Et la deuxième chose, je finirai là-dessus, nous pouvons être une grande puissance de production de l'hydrogène, et je crois, beaucoup dans votre compagnie et dans tous les acteurs de votre secteur.

Pourquoi ? Parce qu'on est une grande nation du nucléaire. Or le nucléaire produit de l'électricité bas carbone non intermittente.

On a décidé d'investissements futurs. Et donc sur le sol européen, il est un levier de production d'électricité à d'autres usages que notre consommation. La deuxième chose, c'est qu'on a un potentiel de déploiement de nos ENR, de nos énergies renouvelables, et elles seront aussi un levier pour faire de l'hydrogène vert.

Troisièmement, on a des sites industriels qu'on veut garder et les meilleurs moyens...

On a commencé le programme de décarbonation avec, justement, le ministère des Finances, la BPI et France 2030 portent ces financements. L'hydrogène vert en sera un levier pour se substituer au gaz, parmi d'autres. Simplement beaucoup d'autres vont créer une nouvelle dépendance parce qu'ils ne pourront pas produire d'hydrogène vert, nos voisins allemands, néerlandais ou autres.

Ils importeront cet hydrogène, qu'ils iront faire produire ailleurs, avec beaucoup de risques : des nouvelles dépendances géopolitiques et des débats qui ne manqueront pas d'arriver, parce que beaucoup ont des grands programmes qui viennent d'Afrique ou du Moyen-Orient et ils font un pari géopolitique qui est de dire : ça va être super, on va donner des opportunités au renouvelable en Mauritanie, en Algérie, sur un continent qui aujourd'hui n'est pas électrifié et ne s'éclaire pas. Moi, je fais le pari que dans quinze ans ou vingt ans, on n'arrivera pas à expliquer que la priorité, c'est de faire de l'hydrogène vert pour l'Europe alors qu'on n'a pas encore électrifié l'Afrique. Donc ceux qui produiront de l'hydrogène auront un temps d'avance.

Donc il faut foncer sur ce cap-là, et je pense que c'est un énorme levier. Je ne pouvais pas faire un meilleur speech pour votre entreprise, là. Merci.

Il y a des postes ouverts, si vous voulez. Merci Monsieur le Président. Merci infiniment d'être venu à VivaTech et merci pour ces messages d'optimisme.

Merci beaucoup. Non, merci à vous ! Je voulais, d'un mot, d'abord vous féliciter, vous dire que les temps sont difficiles, graves, mais il faut que vous gardiez cet optimisme de la volonté.

Nous sommes, dans notre pays, en paix, avec beaucoup de force. Sachons aussi regarder comment ça se passe dans le reste du monde, parfois, quand les gens ont des discours trop catastrophistes. Et donc nous avons des difficultés, nous les affronterons, mais en nous tenant ensemble, avec la force, la solidarité d'une vieille nation, mais avec le dynamisme et la capacité à innover de la Start-up Nation.

C'est le « en même temps » français. C'est une extraordinaire force. Et vous êtes les femmes et les hommes qui, aussi, permettront de porter cette ambition et de continuer à transformer le pays, en montrant à chacun de nos compatriotes les solutions utiles, que vous n'êtes pas un monde à part, quand j'entends certains le dire, mais qu'au contraire vous êtes une partie de la solution dans le secteur de la défense, avec notre politique d'innovation, dans le secteur de la santé, toute la vie, aussi, du quotidien, qui permet de changer les choses.

Donc, soyez volontaires et optimistes, pas par naïveté, mais par volonté. Et je le dis dans un moment, et quelques heures après avoir été sur le sol ukrainien, et je le dis devant Monsieur l'Ambassadeur qui est là, et alors qu'il y a beaucoup de start-up : d'abord nous avons la chance d'être en paix, et c'est une chance qu'il faut préserver, consacrer. Cette chance, c'est l'Europe.

Et je vous le dis vraiment avec beaucoup de force : ne laissons pas l'Europe reculer d'un millimètre. C'est parce qu'il y a l'Europe que nous avons la paix sur cette partie du continent. Et moi, j'ai été bouleversé de voir, en Moldavie, en Ukraine, et en Ukraine, qui est en guerre aujourd'hui, des femmes et des hommes qui veulent devenir Européens, être reconnus par nous, parce que ce sont leurs valeurs et que c'est la paix, la paix.

Ensuite, je veux vous dire que toutes et tous, vous avez aussi un rôle à jouer, beaucoup d'ailleurs, je le sais, ont commencé à le faire, pour aider les Ukrainiennes et les Ukrainiens, les aider à passer les bonnes informations, à se protéger, à défendre, à continuer à lutter contre la désinformation de certains réseaux de propagande venant de Russie. Il y a une vraie lutte, qui est de la lutte, aussi, d'information libre sur internet, d'innovation. Et je dois dire que la guerre a été aussi menée en Ukraine par des innovateurs, de manière absolument incroyable.

Il y a des femmes et des hommes qui ont trouvé des solutions sur le terrain, qui ont permis à la résistance civile de se constituer, qui ont permis de lutter contre la désinformation, et du coup à un peuple de bâtir sa résilience et sa force. Donc, je voulais dire ici aussi notre admiration et notre soutien. Nous respectons tous les peuples du monde mais aujourd'hui, nous sommes derrière le peuple ukrainien parce qu'avec beaucoup de courage, il se bat simplement pour sa liberté et sa souveraineté.

Et je pense que l'écosystème technologique européen et du monde entier a beaucoup de choses à lui apporter. Nous continuerons aussi d'être là. Merci.

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