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interviewC dans l'air· 7 juillet 2026 13 min

Attentat en Syrie : Macron visé ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Avec la carte de fidélité Waaoh, ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. Nous allons revenir dans un instant avec les experts sur la condamnation de M.Le Pen, qui lui laisse malgré tout la possibilité d'être candidate à la présidentielle.

Une journée historique qu'on va commenter avec les experts. C'est d'une autre journée historique dont nous allons parler ensemble. E.Macron effectue la première visite d'un dirigeant d'une puissance occidentale en Syrie depuis l'arrivée au pouvoir d'une coalition islamiste depuis la chute de B.Al-Assad.

Une visite qui a débuté avec 2 explosions à proximité de l'hôtel du président français. 18 personnes, dont 4 policiers, ont été blessées. Bonsoir, J.-F.Colosimo.

Merci d'avoir accepté cette invitation. Vous êtes historien et essayiste. Je signale votre dernier documentaire diffusé sur France 5, "Les empires contre-attaquent", disponible en replay sur la plateforme france.tv.

Deux bombes placées dans une benne à ordures et dans un véhicule à proximité d'un hôtel de luxe de Damas, là où réside E.Macron. Est-ce que c'est clairement le président français qui était visé? - J.-F.Colosimo: En tout cas, c'est sa présence.

Peut-être pour le viser lui personnellement, il aurait fallu que l'attentat soit un peu plus développé. Mais la vérité, c'est qu'on ne sait pas qui a pu placer ces bombes. Daech, bien sûr, tout le monde y pense, mais ça peut être aussi les milices de B.Al-Assad, le président perdant, qui a été notre ennemi.

Ou alors, encore, c'est peut-être des gens qui regrettent que leur actuel président se montre si proche de l'Occident. Ils veulent peut-être enrayer le processus. Ca montre que cette Syrie reste au bord de l'implosion et de l'explosion en permanence. - C.Roux: L'Elysée a fait savoir très rapidement que le président était en sécurité.

On peut rappeler qu'en fin de semaine dernière, une explosion avait tué 9 personnes et fait 20 blessés dans un café du centre de Damas. C'était l'attaque la plus sanglante connue par la capitale depuis un attentat en juin 2025. C'est le retour de la menace terroriste en Syrie? - J.-F.Colosimo: Oui.

Vous avez un pays qui tient sur cette capitale qui est normalement étanche sauf quand il y a ce type d'attentat. Mais qui tient le pays? C'est la véritable question.

L'actuel président a un pouvoir très limité. Ce pays est un de ces pays d'Orient qui est un pays "millefeuille" qui comprend une multitude de communautés. Ces communautés sont territorialisées, donc refaire l'unité d'un pays n'est pas facile. - C.Roux: Vous parlez de A.Al-Chareh...

Vous le dites comme cela... - J.-F.Colosimo: C'est une question de prononciation...

En tout cas, cet homme, aujourd'hui, représente le plus gros pari de la diplomatie française et de la politique étrangère d'E.Macron. - C.Roux: C'est le premier président d'un pays occidental à se rendre à Damas pour le rencontrer.

Est-ce qu'il a raison, E.Macron, de prendre ce risque? - J.-F.Colosimo: C'est risqué, osé, manifestement courageux...

Et en même temps, ça va lui apporter beaucoup de reproches. Qu'en est-il des Kurdes, que nous soutenons et qui ont nettoyé la Syrie et Alep de Daech? Que deviennent ces chrétiens d'Orient auxquels la France est attachée?

Les Alaouites, qui sont le clan, le peuple de l'ancien président B.Al-Assad...

Que vont-ils aussi devenir? Les druzes...

Ces questions se posent. La France se porte garante, mais l'idée principale d'E.Macron, qui est assez gaullien de ce point de vue, c'est qu'on n'avait pas d'autres clés pour revenir au Proche-Orient.

On a fait le Liban. On a été protecteur de la Syrie. C'est nous qui avons accompagné le jeune Israël dans sa jeunesse, dans sa naissance.

Aujourd'hui, quel pouvoir avons-nous? Il nous faut revenir dans cette région. Et voilà que le président Macron s'est emparé de l'opportunité Al-Charaa.

Pourquoi? Parce que ce type a un parcours paradoxal. - C.Roux: Il a souligné aujourd'hui l'importance de la relation avec la France. - A.Al-Charaa: Il faut souligner l'importance de la position géographique de la Syrie, qui est un carrefour incontournable des échanges mondiaux.

Nous voulons que la France soit notre 1er partenaire dans ce parcours. - C.Roux: Avant de parler du partenariat et de son parcours, la France pose des conditions.

Le gouvernement accompagne le retour de la Syrie au sein de la communauté internationale à condition que les nouvelles autorités poursuivent les efforts engagés et assurent une gouvernance inclusive. Ca veut dire quoi? - J.-F.Colosimo: Ca veut dire qu'on ne va pas maltraiter ceux qui ne sont pas arabes et sunnites, c'est-à-dire la majorité du pays.

C'est-à-dire qu'on va laisser une place aux minorités. Non seulement on va les protéger, mais on va leur laisser une chance de s'épanouir et de se vivre. Evidemment que le pari est très compliqué.

La question kurde n'est pas qu'une question syrienne. Il y en a en Irak, en Iran, en Turquie. La Turquie est présente au nord de la Syrie comme puissance occupante.

Le Qatar est là. Si on le laisse faire, c'est lui qui prendra... - C.Roux: Vous expliquez qu'on n'a pas eu le choix que de faire avec lui malgré son passé de djihadiste. - J.-F.Colosimo: Oui.

Son passé est certain. C'est le gros point noir. C'est un djihadiste particulier.

C'est un enfant de la bourgeoisie intellectuelle de Damas. Il n'a pas grandi dans une mosquée où il a été endoctriné à grands coups de Coran. Il a choisi le nationalisme à travers l'islamisme.

Il va constituer son propre groupe contre Daech. Il va être, à un moment, soutenu par les Etats-Unis. Il est soutenu un peu par la Turquie.

Il a des rapports compliqués et d'un coup, il gagne cette guerre éclair vraisemblablement parce qu'une partie de l'appareil de B.Al-Assad a lâché B.Al-Assad et s'est tourné vers lui.

Il y a donc cet homme, tel qu'il est avec sa biographie, mais il y a autour aussi toute une équipe de ministres qui sont des ministres très techniciens, des patriotes qui ne sont pas islamistes, qui ne veulent pas de l'islamisme. Tout le pari est là. S'il s'avance vers nous, il est mort.

S'il ne s'avance pas vers nous, il est mort aussi parce qu'il retourne dans ce cas-là dans ce trou djihadiste. - C.Roux: Pour nous, il y a des enjeux.

Vous parliez des Kurdes...

La Syrie assure désormais le contrôle des prisons de djihadistes situées au Kurdistan. C'est aussi un enjeu de sécurité pour nous. Dans la délégation d'E.Macron, il y a beaucoup de patrons.

Il y a un enjeu économique pour la France. Je cite P.Pouyanné, le patron de TotalEnergies, qui fait partie de la délégation... ... - J.-F.Colosimo: Absolument.

C'est l'idée. Syrie-Liban-Jordanie...

Cette petite région, c'était quoi au Moyen Age? C'est l'aboutissement de la Route de la soie, de la Route des épices. C'était là, le terminal.

Au passage, l'un des plus grands ports de transit commercial s'appelait Gaza. - C.Roux: Le président de la République se rendra ensuite en Turquie, à Ankara, pour le sommet de l'Otan, qui a débuté.

L'objectif de ce sommet est de tenir l'alliance face aux coups de boutoir de D.Trump? - J.-F.Colosimo: Il y en a 2.

Il y a celui de redéfinir l'Otan face à cette demande de partager le fardeau que Trump n'arrête pas de répéter d'une part, mais aussi face au fait qu'il est prêt à lâcher cette Otan, qu'il n'en a rien à faire. Les Etats-Unis ne sont plus là en Europe, mais se tournent vers le Pacifique. Et d'un autre côté, il y a une urgence aussi...

Comme l'Otan aide manifestement l'Ukraine et que l'Ukraine marque des points importants, et enfin, et c'est formidable, contre la Russie, quelle va être la réplique de Poutine? Il y a un enjeu très proche. Si Poutine, demain, attaque un pays balte, que va-t-il se passer?

Là, la question se pose de savoir ce que va faire Trump. Il y a cet article de solidarité. Si Trump prend Ne serait-ce que quelques heures pour répondre à la provocation de Poutine, l'Otan est politiquement morte. - C.Roux: C'est ce qui se joue en ce moment à Ankara, entre autres.

Ce qui est intéressant à commenter, c'est que les Européens misent sur la relation personnelle entre D.Trump et son ami le président turc R.T.Erdogan pour éviter les esclandres.

Il a dit avant ce sommet: "Si ce sommet n'était pas organisé par le président Erdogan, je pense que je n'y serais pas allé." - J.-F.Colosimo: C'est la mythologie Trump et la mythologie Erdogan.

C'est les 2 durs ensemble. Il y a eu cette scène étonnante où dans la Maison-Blanche, Erdogan est à côté de Trump, et Trump dit qu'Erdogan s'y connaît en trucages d'élections et en bourrages d'urnes...

C'est une amitié virile. - C.Roux: C'est ce qui lui plaît dans Erdogan? - J.-F.Colosimo: La 2e chose qui lui plaît, c'est qu'Erdogan s'est tourné à un moment vers les Russes pour s'approvisionner en armements russes.

Aujourd'hui, il a un positionnement stratégique qui ne tient pas. La Turquie, c'est le pays en face de l'Ukraine et le pays à côté de la Syrie. De ce point de vue... - C.Roux: Il peut être un facilitateur? - J.-F.Colosimo: Il aimerait, mais il est lui aussi très instable.

Lui non plus n'est pas un démocrate. Si on s'inquiète de ce qui se passe à Damas, il faut s'inquiéter de ce qui se passe à Ankara. La Turquie postule encore aujourd'hui à l'Europe et compte 160 000 prisonniers politiques dans ses geôles. - C.Roux: Quand vous voyez dans les commentaires qu'on essaie d'arrondir les angles avec D.Trump, de trouver des facilitateurs...

Est-ce que vous vous dites qu'au fond, les Européens n'ont pas totalement intégré l'idée qu'il faudra faire sans lui? - J.-F.Colosimo: C'est exactement ça, le fond de la question.

Les Etats-Unis ne sont plus cette République impériale. C'est un véritable empire dans un choc avec d'autres empires, comme la Chine, la Russie, l'Iran...

Vous avez vu la guerre pour rien...

La Turquie, l'Inde...

Cet empire qui se projette dans le monde tout seul voit l'Europe comme une espèce de second marché. "Payez, sinon, je ne vous aide pas." "Payez votre éco!" C'est une espèce de mépris de tout ce que représente l'Europe qu'on avait rarement atteint sous une présidence américaine. - C.Roux: Ca tient à lui, à Donald Trump, ou à ce choc des empires et à cette nouvelle donne mondiale?

Les Européens ont raison, il faut faire le dos rond 3 ans et on passera à autre chose quand il sera parti? - J.-F.Colosimo: Je ne crois pas.

Le drame, c'est celui-là. Trump, avec son théâtre exagéré, on se dit que ce n'est pas si grave que ça passera...

Faux! C'est une lame de fond. Biden avait une politique étrangère qui était, au fond, pas très différente.

Et le successeur, si c'est J.D.Vance, attendez-vous à ce que l'isolation des Etats-Unis soit encore plus forte.

Nous devons apprendre à grandir. - C.Roux: Merci beaucoup d'être venu sur ce plateau.